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26 mars 2004 5 26 /03 /mars /2004 16:40

En éliminant le chef du Hamas, Ariel Sharon sabote le processus de paix et met l’Autorité palestinienne en difficulté.

La radicalisation du conflit qui en découlera profite à la stratégie actuelle de l’Etat d’Israël

Qui est Cheikh Yassine ? Retour sur un parcours.

 

Etrange contraste que cet homme au corps fragile, hémiplégique, cloué sur un fauteuil roulant et au discours inflexible, appelant à une lutte sans fin et par tous les moyens contre l'Etat hébreu. Cheikh Yassine était le chef spirituel incontesté du mouvement qu'il avait créé dans les années 80. Lundi 22 mars, à l'aube, sonne la fin d'un combat. Un combat qui avait sombré dans l'apologie d'un terrorisme aveugle n'ayant plus d'autres effets que de renforcer le délire sécuritaire et meurtrier du régime Sharon, toujours à l'affût du prétexte « attentat » pour écarter un dialogue avec l'Autorité palestinienne. A 67 ans, le cheikh a donc été assassiné, avec huit autres personnes, par un raid d'hélicoptères israéliens. Le début d'un nouvel embrasement, de nouvelles violences... La rencontre de Yassine avec l'armée israélienne remonte à 1948. Né près d'Ashkelon en 1936, en Palestine mandataire, Ahmed Yassine voit en effet son village rasé sous les bulldozers, au cours de la première guerre israélo-arabe. De quoi sans doute nourrir une juste révolte. Il trouve refuge avec sa famille dans un camp à Gaza. C'est là, lors d'une partie de foot, qu'il perd, enfant, l'usage de ses membres. Ahmed Yassine poursuit ses études secondaires au Caire où il fait la rencontre des Frères musulmans dont il restera toujours proche. De retour à Gaza, Yassine met sur pied une première organisation à vocation sociale et religieuse : « Al-Moujammaâ al-Islami » qui commence à recruter de jeunes Palestiniens. C'est l'époque où déjà Israël encourage en sous-main les réseaux islamistes à Gaza, dans le but d'affaiblir le Fatah de Yasser Arafat.

 

Une radicalisation croissante

 

Une politique qui, aujourd'hui, ne semble guère différente, même si la méthode est opposée. C'est à coup de missiles et d'assassinats que l'on renforce les radicaux, faisant des symboles de la résistance, des martyrs de la cause palestinienne. Au début des années 80, Yassine électrisé par la révolution iranienne, se radicalise encore et fonde « Majd el moudjahiddine » (Gloire des combattants de l'islam). En 1984, il séjourne une première fois dans les geôles israéliennes pour détention d'explosifs, puis est libéré à la faveur d'un échange de prisonniers. 1987, c'est le début de la première Intifada et la naissance du Hamas dont Yassine est un des fondateurs. Deux ans plus tard, le guide spirituel du mouvement est à nouveau détenu puis condamné à la prison à vie en 1991. Lorsque Israël le libère à nouveau, en 1997, le chef spirituel du Hamas est accueilli en héros par les Palestiniens. Il entretient alors des relations houleuses avec l'Autorité palestinienne d'Arafat, prise entre deux feux, qui le place brièvement en résidence surveillée. Yassine avait toujours donné le feu vert aux brigades Ezzedine Al kassam, l'aile militaire du Hamas responsable de la majorité des attentats suicide perpétrés en Israël et de la mort de centaines de civils. Le fondateur de l'organisation terroriste conditionnait l'arrêt des attaques suicides (qui tuaient des femmes, des enfants et des civils innocents) à la fin des incursions de l'armée israélienne qui « tuait des femmes, des enfants et des civils innocents ». Un échange de bons procédés en somme.

 

Après son élimination, le chaos ?

 

Par la liquidation du chef spirituel du Hamas, Sharon indique clairement son refus du règlement du conflit… s'il était encore besoin de preuve ! Le premier ministre israélien renforce ainsi un peu plus le camp des ultras dans les territoires occupés et jette des peuples entiers dans les bras des fondamentalistes. C'est la stratégie du chaos dénoncée cette semaine quasi unanimement par toute la planète y compris par le Shin Beth (service de sécurité intérieure israélien). Cette opération intervient aussi à un moment où la branche politique du Hamas opérait des changements importants dans son orientation, acceptant par exemple désormais l'idée d'une Palestine avec Jérusalem-Est comme capitale et les limites des frontières de 1967. Il s'agit donc bien en effet pour le gouvernement israélien d'éliminer tout interlocuteur palestinien crédible et pousser aux extrêmes. Il n'y aura alors plus de territoire à céder, puisque personne capable de les prendre en charge. Sharon pourra alors présenter, comme seul plan possible, la création de « bantoustans palestiniens », emmurant tout un peuple dans des enclaves. Cet assassinat a bien pour but d'affaiblir l'Autorité, en poussant au confit intra-palestinien. Déjà des cadres du Fatah ont rallié le Hamas. Gaza est devenue une poudrière. Le Hamas sera bientôt devenu totalement incontrôlable. Aujourd'hui, les organisations islamistes ont le vent en poupe. Dans la bande de Gaza, elles tiennent déjà le haut du pavé, Hamas en tête, encore renforcé par cet assassinat. Le Hamas, soutenu par la population, est prêt sans doute à prendre le contrôle du territoire. C'est Abdelaziz Al-Rantissi, chef de fil du courant le plus radical du Hamas dans les territoires occupés, qui a succédé à Cheikh Yassine à la tête du mouvement islamiste palestinien. La crédibilité de l'Autorité palestinienne et donc de l'OLP est en jeu. Les espoirs de paix tiennent sans doute à la survie désormais de cette Autorité déjà exsangue économiquement. En attendant, Khaled Mechaal, chef du bureau politique du hamas à Damas, a dores et déjà demandé la tête de Sharon pour venger la mort de Yassine. Une mort qui aurait évidemment des conséquences que n'aura jamais celle d'un gamin innocent dans un bus de Jérusalem.

 

Yann Barte, La Vie Eco, 26 mars 2004

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Published by Yann Barte, dans LA VIE ECO, 26 mars 2004 - dans Politique
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