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21 novembre 2003 5 21 /11 /novembre /2003 23:49

Le Maroc consomme 10 525 tonnes de sacs en plastique par an. Un milliard de sacs sont déposés chaque année dans des décharges. La durée de vie d'un sac en plastique serait de cent ans à un million d'années, selon le type de plastique et son utilisation. Un véritable problème écologique ! Un projet de loi visant à interdire les sacs noirs en plastique est soumis actuellement au Secrétariat général du gouvernement.

 

Amoncelés aux bords des routes, prisonniers des branchages des arbres, virevoltant dans les grandes artères et sur les places publiques, les sacs en plastique auront bientôt recouvert toutes les beautés du Royaume. Les jours de grand vent, c'est un ballet aérien de sacs, de véritables pluies plastiques que l'on s'inflige dans les rues de certaines villes ou aux abords des décharges.

 

Voyage fantastique dans le monde du plastique

 

Comme pour ajouter à la laideur du spectacle, au Maroc, ces sacs sont noirs. Un mystère obscur... Pour cacher ses achats aux voisins, à l'entourage ? Les sévères inégalités sociales incitent sans doute à un pudique manque de transparence. Pourtant, peu à peu, dans l'alimentaire, chez le boucher ou le boulanger, le sac en plastique blanc ou transparent tend à remplacer notre illustre sac noir national qui s'accorde de moins en moins avec l'idée d'hygiène que se fait le consommateur marocain. Le sac noir fait pourtant encore figure de vedette. C'est en effet la gamme la plus produite : 60% de la production nationale globale ! Alors qu'en Chine on parle de « pollution blanche » pour qualifier cette souillure plastique, au Maroc c'est encore une véritable marée noire qui envahit nos parcs, nos rues, nos plages et nos rivières. Une pollution visuelle des paysages marocains qui revêt bien d'autres désagréments écologiques. Que représente un homme face à un sac en plastique ? Bien peu de chose en tout cas en termes de durée de vie. Songez : il vous faudra attendre de cent ans à un million d'années, selon les études et le type de plastique, pour voir disparaître le petit sac noir que vous venez de jeter en sortant d'une crémerie. Et des sacs au Maroc, on vous en distribue toute la journée. Il n'y a guère que le vendeur de pépites qui vous emballera artistiquement vos graines d'une jolie partition de musique biodégradable. Du boucher au supermarché, partout le sac portera vos achats. Le Maroc consomme 10 525 tonnes de sacs en plastique par an. Une consommation qui ne faiblit pas : l'importation de matières premières servant à l'élaboration de plastique a connu une croissance de 30% entre 1993 et 2000. Ainsi, des millions de sacs en plastique sont-ils abandonnés dans la nature, les villes, les rivières et les mers. « 1 052 000 000 sacs sont déposés chaque année dans les décharges marocaines ! », confirme Abdelghani Boucham, administrateur au Secrétariat d'Etat à l'Environnement. « Chaque famille dépose, en moyenne par mois, de manière impropre, 70 à 100 sacs. Un projet de loi concernant la gestion des déchets en général suit son cours », précise-t-il. L'impact environnemental est en effet considérable : pollution des cours d'eau, dégradation de l'esthétique des villes, bouchage des égouts, propagation de substances toxiques, étouffement d'animaux par absorption... Sans compter la toxicité propre aux sacs au contact desquels se trouvent les aliments. La réglementation des matériaux en contact avec les produits alimentaires est en effet très floue et peu contraignante. Rares aujourd'hui encore sont les industriels qui recourent à l'expertise de l'Institut national de l'emballage et du conditionnement (INEC) pour s'assurer de la conformité de leur emballage. La destruction même de ces sacs peut être extrêmement toxique. « La population n'a aucune idée des composants toxiques que contient le plastique noir », a pu constater sur le terrain Najib Bachiri, président de l'association Homme et environnement (Berkane). Dans la région de Nador, le plastique sert même de produit de cuisson ! Les autorités locales, qui mettent quelquefois le feu dans les décharges pour se débarrasser de tout ce qui est plastique, sont souvent tout aussi ignorantes des effets néfastes sur l'air et la santé des populations de la combustion de ces matériaux ». Parmi les projets d'éradication du plastique, l'association préconise la réintroduction du panier, une façon aussi d'offrir au monde rural une nouvelle source de revenu.

 

Un enjeu local et planétaire

 

L'éradication des sacs en plastique est un enjeu aussi bien local que planétaire. Malgré des avancées manifestes, le Maroc, en matière de législation environnementale, a encore beaucoup de retard sur les autres pays. L'Irlande, Taïwan, l'Afrique du Sud ont réagi efficacement contre la pollution plastique. Dernière initiative en date : la Corse, qui a proscrit de son île cet été le sac en plastique, au terme d'une vaste campagne de mobilisation et d'information (affichage, débats, prospectus...). Dans tout le circuit de la grande distribution corse, le consommateur avait été amené à s'exprimer sur ses préférences, grâce à un boîtier électronique situé aux caisses. 30 500 personnes ont joué le jeu. Le sac cabas de nylon (vendu 1 euro) et le sac en papier kraft biodégradable et recyclable (0,08 euro) ont été plébiscités. La population de l'île, qui vit en grande partie du tourisme, a compris la nécessité et l'urgence d'interdire ces sacs. Déjà en France, l'expérience fait tâche d'huile. L'île de Ré songe à une initiative similaire et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a déjà déposé une proposition de loi à l'Assemblée nationale. Six mois seulement ont été nécessaires à la Corse pour bouter le sac en plastique hors de l'île. Le Maroc ne peut-il en faire autant ? Il pourrait sans doute faire mieux et pour de nombreuses raisons. Le Maroc pourrait bien avoir en effet quelques avantages sur les autres pays pour interdire sur son sol ces pollutions plastiques. Tout d'abord, sa consommation de matière plastique (5,5 kilos par an et par habitant) est relativement faible en regard des pays comme la France (50 kilos) ou le Japon (100 kilos). Le nombre d'enseignes de la grande distribution est, lui aussi, relativement réduit. Il sera ainsi plus rapide sans doute de trouver une solution commune lors des ''négociations avec les grands distributeurs. Pour l'heure, le secteur ne semble pas s'être beaucoup penché sur la question. Si les super et les hyper-marchés ne sont en rien responsables de l'attitude des particuliers pollueurs, ils sont pourtant impliqués dans la mise en circulation de produits polluants.

 

Bientôt un texte interdisant l'utilisation des sacs noirs

 

Autre signe encourageant : le secrétariat d'Etat à l'Environnement semble bien vouloir en découdre avec le plastique, à commencer par le plus polluant : le noir. Malgré les réticences du secteur plasturgiste, notamment l'Association marocaine de plasturgie (AMP), jusque-là hostile à toute réglementation en la matière, un accord a bien été conclu : ces professionnels se sont engagés à ne plus produire de sacs noirs en plastique. L'annonce a été faite par Mohamed Al Morabit, secrétaire d'Etat, lors de la célébration, le 5 juin dernier, de la Journée mondiale de l'environnement. Reste au Maroc l'application prochaine d'un projet de loi interdisant l'utilisation de ces sachets, lequel texte est soumis actuellement au Secrétariat général du gouvernement. Cette volonté politique fait défaut dans nombre de pays, paralysés par un lobbying plasturgiste puissant. En France, le ministère de l'Environnement est ainsi incapable de prendre une décision, priant le ciel qu'une directive européenne contraignante vienne à son aide. Au Maroc, dès l'application de la loi, les pouvoirs publics auront du pain sur la planche. La guerre pourrait bien commencer alors contre les « industriels » informels spécialisés dans la production clandestine des sachets en plastique noir. Ils sont légion au Maroc et ils échappent aujourd'hui à tout contrôle. De plus, le sac en plastique n'étant soumis à aucune obligation de marquage, il est pour l'heure impossible de déterminer les responsabilités en cas d'accident. La traçabilité n'existe pas. Que faire des sacs ? Par quoi les remplacer ? Younès Rahmoun, plasticien, a trouvé une réponse originale. « Kammoussa », c'est le nom de son œuvre, des compressions d'un sac en plastique noir déposés dans des cases en bois... Mais combien de ces œuvres faudra-t-il pour venir à bout de ces millions de sacs ? Plus sérieusement, des villes se sont mobilisées sur ce thème du remplacement, du recyclage ou de la destruction de ces matières polluantes. A Laâyoune, par exemple, une convention de partenariat et de coopération en matière de sensibilisation aux dangers des sacs en plastique sur l'environnement a été conclue l'an passé. Le conseil municipal de Laâyoune et la section locale de l'association Afak ont commencé à alerter les habitants de la ville sur les dangers de ces produits et organisé des journées de sensibilisation dans les écoles. Les Cimenteries du Maroc, également partenaires, participent à la promotion de ces campagnes d'information et incinèrent dans leurs fours les sacs en plastique, sans préjudice pour l'environnement.

 

De Laâyoune à Essaouira... des initiatives locales voient le jour

 

A ''Fès, la chasse aux sacs en plastique est ouverte depuis bientôt deux ans. Les effets sont notables. Les sachets sont collectés et envoyés vers l'usine de ciment, la Cior, pour y être incinérés à des températures de 800 à 1000°C, sans répercussion là aussi sur l'environnement : ni fumée noire ni élément carboné ne se dégagent dans l'atmosphère. Un service que l'entreprise rend gratuitement à la communauté, espérant bien que l'initiative sera imitée. En mai dernier, l'association Argana et d'autres associations implantées à Essaouira organisaient un atelier de concertation consacré à la création d'un micro-projet de fabrication de sachets blancs en papier, en plastique ou en tissu, pour lutter contre les nuisances causées par les sacs et sachets noirs en plastique. Ce projet, qui doit mettre à contribution une trentaine de femmes, entre dans le cadre de propositions du département de l'Environnement. Partout au Maroc, face à une prise de conscience grandissante des risques écologiques, des initiatives locales se multiplient. La science, enfin, pourrait venir à la rescousse. L'avenir est sans doute aux plastiques non polluants et biodégradables. De nombreuses recherches sont en cours autour de nouvelles générations de plastiques d'origine végétale, à base de coton, de seigle, de colza... En attendant une loi contraignante et ces merveilles technologiques, nous sommes tous invités, en bons éco-citoyens, à modérer notre utilisation des sacs en plastique. Et pourquoi ne pas commencer en ressortant les paniers en doum de nos grands-mères ?

 

Yann Barte, La Vie Eco, 21 novembre 2003

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Published by Yann Barte, dans LA VIE ECO, 21 novembre 2003 - dans Société
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