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1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 22:01

DM-nov-2006.jpgEn deux ans, elle est devenue une icône de l'art culinaire au Maroc. Télé, presse, édition, publicité, elle est partout, défendant avec passion et gourmandise, une cuisine traditionnelle qui gagne en légèreté et se nourrit des saveurs du monde.

Elle surgit de ses studios de la rue Mohamed Diouri, en plein cœur de Casablanca, les cheveux encore mouillés, tennis rouge aux pieds et petit chemisier qu'elle finit d'ajuster... de travers. Jolie et fraîche, elle s'excuse presque de ne pas être plus apprêtée pour la séance photo. A côté, quelques jeunes femmes voilées s'activent déjà en cuisine, tandis que, dans la salle mitoyenne, on boucle le spécial ramadan de « Saveurs & Cuisine du Maroc », son journal lancé en octobre 2005.

En deux ans à peine, Choumicha est devenue une référence en matière culinaire, en même temps qu'une véritable marque commerciale. Ambitieuse, la jeune femme prévoit la construction prochaine de 900 m2 de plateau près de la ville d'Azemmour, pour des tournages et ateliers culinaires, la réhabilitation d'un riad transformé en salon de thé au quartier Habbous de Casablanca et des versions internationales de son magazine. Avec un programme culinaire quotidien (« Ch'hiwate Choumicha ») sur 2M, la 2ème chaîne nationale, un second, régional et hebdomadaire (« Ch 'hiwate bladi »), des livres de cuisine en français et en arabe qui se vendent comme des petits pains, un site Internet et une revue bimestrielle tirant à plus de 20.000 exemplaires (chiffre très honorable au Maroc), Choumicha a conquis un large public.

La fée des petits plats fait même des émules dans les maternités. Des fillettes portent aujourd'hui son prénom, pourtant rare, qui signifie « petit soleil » en arabe.

Il suffit de déambuler avec elle dans les rues de Casa pour mesurer le capital de sympathie dont elle jouit. Ce jour-là, au Marché central, les gens l'interpellent avec tendresse et spontanéité : « Alors Choumicha, tu nous prépares le couscous aujourd'hui ? » lance un chibani assis sur une caisse retournée, à deux pas d'un vendeur de légumes. Au quartier Habbous, ce sont des gamines qui virevoltent autour de leur idole avant de venir l'embrasser. Choumicha répond à toutes ces marques d'affection par autant de petits mots gentils. A force d'apparaître au quotidien dans les foyers pour expliquer, avec simplicité, pourquoi il est préférable de ne pas ajouter de cumin au poisson m'chermel, elle a presque fini par faire partie de la famille ! Et chacun d'écouter religieusement, avant de les mettre ne pratique, les conseils de ce fin gourmet.

Pourtant, il y a peu, Choumicha taquinait davantage les éprouvettes que les casseroles. De formation scientifique, elle étudiait la chimie. Elle n'est pas pour autant une adepte de la gastronomie moléculaire ? « Mais j'ai eu l'occasion de rencontrer Hervé This (1) à Fez et je trouve ses travaux très intéressants ». Nul besoin toutefois de la chimie pour lever le voile sur les secrets cachés du fond des tajines : « Ma grand-mère, qui m'a communiqué l'amour de la cuisine, savait par expérience, qu'il fallait citronner un légume pour qu'il ne s'oxyde pas et ne pas laisser trop longtemps des pommes de terre dans l'eau pour conserver du goût ». Pour Choumicha, la cuisine est une affaire de cœur qu'elle appréhende « de façon ludique » : « Ma grand-mère m'a aussi appris à faire la pâte à pain, à éplucher, à connaître les mélanges heureux ou non… Il s'agissait surtout pour elle d'un savoir qu'elle se devait de me transmettre pour me préparer à devenir femme accomplie ». Après des études de communication interrompues par son mariage, la jeune femme a animé « le Mot juste », sur 2M, puis une émission féminine de conseils sur Radio FM durant deux ans, avant de se voir proposer l'émission qui a fait sa renommée.

Depuis, elle ne vit que pour la cuisine. Ici, elle remplace une herbe par une autre, là l'alcool par un jus de citron pour déglacer ou un bouillon de légumes, plus conforme aux habitudes marocaines. Elle invente, simplifie et allège la cuisine marocaine quelle juge souvent « trop grasse », mais si « bien composée », empruntant par exemple une méthode de cuisson asiatique pour rendre plus diététique un plat marocain encore trop riche. « La cuisine marocaine s'ouvre au monde » explique Choumicha qui reconnaît cependant son coté paradoxalement « très conservateur ».

Elle sait aussi s'enrichir de l'expérience des autres et projette de continuer à « se structurer avec d'excellents chefs comme Moha, Myriem Cherkaoui, Nadi ». Choumicha picore partout. Elle chérit l'inventivité de la cuisine française, raffole des soupes, poissons aigre-doux de la cuisine chinoise et goûte avec plaisir les cuisines italienne, espagnole, libanaise, sans jamais chercher à établir un palmarès. . « Chaque cuisine a quelque chose d'intéressant » dit-elle avec sincérité et gourmandise. Consommatrice moderne et gardienne des traditions, Choumicha n'est pas choquée par guerre du pot de terre contre le pot de fer (le tajine contre la cocotte) ou la vogue du fast-food, qui « n'aura jamais au Maroc le succès qu'il a au Moyen-Orient. On a déjà notre fast-food : le sandwich kefta fait à la marocaine avec une bonne salade me convient très bien ! »

 

Yann Barte, DM, novembre 2006 

 

 

(2) Hervé This est physico-chimiste à l'INRA (attaché à la Direction scientifique Nutrition humaine et sécurité des aliments).

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Published by Yann Barte, dans DM, novembre 2006 - dans Société
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