Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 16:37

ÉCLAIRAGE Le Villepin nouveau est arrivé. Oubliés le CPE ou la gestion calamiteuse des émeutes de banlieues... L'ex-Premier ministre fait aujourd'hui un carton dans les quartiers, où "l'autre", celui qu'il se refuse toujours à nommer, reste piteusement interdit de séjour.

 

"J'apprécie sa prestance, son charisme, son courage, sa façon de s'exprimer. Entre lui et le président actuel, c'est vraiment le jour et la nuit. De Villepin, c'est l'aristocratie, la poésie, l'ENA..." Azdine Ouis, éducateur et conseiller municipal de Corbeil-Essonnes est dithyrambique sur l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac qu'il a rencontré lors d'un entretien privé. Presque une déclaration d'amour aux accents gaulliens : "[...] Il incarne la dignité face à Sarkozy, une certaine image de la France... " Ainsi, la ferveur qu'inspire l'un semble inversement proportionnelle à la répulsion qu'inspirerait l'autre.

Il faut dire que l'image de la France en a pris un coup depuis 2007 avec l'atlantisme effréné de son président et le peu de cas réservé désormais aux droits de l'homme à l'étranger. L'international, l'image de marque justement de l'ancien Premier ministre, les frasques d'un président bling-bling, se glissant souvent bien malgré lui dans des situations ridicules, ont aggravé encore cette triste image de la France.

Dans les quartiers, le plan Espoir banlieue au point mort, le tout sécuritaire et le "Kàrcher", la stigmatisation permanente de ses habitants... tout invite à voir dans les opposants réels ou supposés au président de la République, des résistants, voire des messies, tant on est pressé là-bas de tourner la page, d'en découdre avec l'ère sarkozyste.

 

Le messie de Villepin, toujours dans le giron UMP, peut-il alors représenter une alternative? Quelle rupture peut incarner celui qui reprend, pour l'instant sans contenu réel, le thème chiraquien de la fracture sociale, qui se révéla n'être qu'un slogan de campagne bien vite oublié ? Les banlieues pourraient-elles être dupes une seconde fois ?

 

L'Irak, en guise de programme

 

"Sa position sur le. Conflit en Irak est clairement l'une des raisons pour lesquelles nous sommes derrière lui", reconnaît Azdine Ouis. Le 19 juin dernier, lors du lancement de son nouveau parti, République solidaire, l'élu a mobilisé des dizaines de jeunes, arrivés en T-shirts tout neufs aux inscriptions un peu surannées : "Non à la guerre en Irak, oui à de Villepin. "

Ces jeunes ne se sont pas trompés : l'intervention de Dominique de Villepin à l'ONU le 14 février 2003 est encore bien ancrée dans les esprits. Bien loin des discours de Nicolas Sarkozy teintés de renoncements serviles aux principes républicains ou d'arrogance presque coloniale (Latran, Riyad, Dakar...), le discours de Villepin au Conseil de sécurité a révélé la stature d'un chef d'Etat et, à défaut d'une vision claire pour la France, une "certaine image de la France" dont parlent aujourd'hui encore, avec une fierté presque patriotique, ses militants.

 

S'il a vu juste sur les conséquences de la guerre en Irak, il avait été bien moins visionnaire en 1997 en soufflant à Chirac l'idée de la dissolution de l'Assemblée nationale. Une vraie catastrophe, comme l'opération qu'il a menée de libération d'Ingrid Bétancourt en 2003 (opération dite des "Pieds nickelés en Amazonie"), faisant même capoter les négociations en cours entre l'Etat français et les Farc.

 

Mais de Villepin joue de son image. Il a compris aussi la place croissante qu'occupe aujour­d'hui dans les banlieues le conflit israélo-arabe. Qu'importe si, sur cette question, les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, ont toujours défendu une ligne globalement identique, pro-arabe. Les petites phrases feront la différence. Certaines inquiétantes, comme celle prononcée en 2001 décrivant Israël comme "une parenthèse de l'histoire". Les dernières déclarations fermes de Villepin à l'adresse de l'ambassadeur d'Israël Daniel Shek, comme autrefois l'énervement de Jacques Chirac à Jérusalem et son "Do you want me to go hack to my plane ?" constituent de véritables sésames dans les quartiers. Peuvent-ils pour autant tenir lieu de programme ? Les villepinistes l'espèrent.

 

Toujours encarté UMP

 

Pour l'heure, si le style de Villepin s'est révélé moins diviseur, plus chaleureux (plus chiraquien diront certains) que celui du président, sur le fond, rien ne semble vraiment différencier les deux hommes. C'est bien jusqu'à présent un projet de droite classique qui se dessine derrière le flou artistique de République solidaire. Contraint de répondre à quelques questions notamment sur les retraites, Dominique de Villepin se prononce pour l'allongement de la durée de cotisation, l'alignement public-privé, la suppression de ce qu'il reste des 35 heures...

Pourtant, ses fidèles aiment à le décrire comme "au-dessus des partis", à l'image de son dernier supporter de marque issu de la diversité, Azouz Begag, successivement passé par le PS, l'UMP et le Modem. Aussi l'affiliation de Villepin à l'UMP laisse perplexes nombre de militants. Certains semblent craindre sans le dire qu'il soit bien plus sarko-compatible qu'il ne le laisse entendre. "Avec le temps, il devra se positionner, se rassure Sidi El Haimer, maire adjoint à l'action sociale à Mantes-la-Jolie, aujourd'hui villepiniste. Pour le moment il se concentre sur la rencontre avec les Français. Mais je n'ai pas de haine contre Sarkozy", prévient l'adjoint qui ne veut griller aucune cartouche, à l'image peut-être de son mentor lui-même, un pied à l'UMP, un autre à République solidaire.

Qui peut prédire en effet l'avenir de ce mouvement encore neuf et de son président, crédité dans les sondages d'un 7 % (soit à peine moins que François Bayrou, qui oscille entre 8 % et 9 %). "Heu... oui, il a sa carte UMP, mais il ne partage pas certaines valeurs de l'UMP. Peut-être que d'ici là, il déchirera sa carte", semble espérer Azdine Ouis qui, bien que sur la liste Dassault, semble voir derrière le sigle du parti un gros mot: "Ah non, je suis avec Dominique de Villepin, mais pas à l'UMP!"

 L'élu semble cependant connaître la maison: "Le camp de Sarkozy rassemble beaucoup d'opportunistes. A l'UMP, ils sont déçus de Sarkozy, mais ils ont tous peur de lui. Ils attendent. Mais dès que de Villepin montera dans les sondages, on verra les parlementaires revenir vers lui." Les mêmes "opportunistes" donc ? Pour l'instant, ils sont encore peu nombreux, une dizaine peut-être. Sarkozy peut les "neutraliser" comme il l'a fait avec le villepi­niste Georges Tron, en le nommant, fin mars, secrétaire d'Etat à la Fonction publique. Les fameux "petits jeux tactiques de l'ouverture" dénoncés par de Villepin. "Il paraît qu'il a toujours voulu être ministre. Il a vu que c'était peut-être la seule chance de sa vie" dit Azdine Ouis, d'autant plus compréhensif sur ce genre de retournement que sa propre adhésion à de Villepin, toute sincère qu'elle est, n'est pas totalement désintéressée :"Nous allons lui faire des propositions concrètes et lui dire qu'il nous faut des postes dans son parti politique. Il doit nous considérer comme pouvant apporter des choses concrètes et pas seulement capables de mobiliser et de ramener des bus de jeunes avec des banderoles 'la banlieue est avec de Villepin'."

 

"On s'est déjà fait manipuler par la gauche..., prévient sans grand ménagement l'élu de Corbeil.

On n'est pas des opportunistes, mais il faut nous donner à un moment la possibilité d'exister." Au moins, le message est clair et le soutien des banlieues à de Villepin, peut être plus fragile qu'il n'y paraît.

Un carton dans les quartiers

 

C'est évidemment sur la durée que l'on verra l'intérêt sincère ou non du président de République solidaire pour la banlieue. Pour l'instant, dans les quartiers, on a oublié la gestion sécuritaire des émeutes de 2005 qui avait valu à l'ex-Premier ministre un bond de 7 points, alors que Nicolas Sarkozy en gagnait 11. Les visites de Dominique de Villepin à Bondy, puis à Mantes-la-Jolie ont d'ailleurs été un véritable plébiscite. "L'accueil était extrêmement chaleureux, se souvient Sidi El Haimer, qui avait organisé son déplacement à Mantes. Les gens venaient spontanément lui faire des cadeaux. Une Sénégalaise lui a couru après pour lui offrir ses produits, un commerçant turc lui a offert un pot et un grand bouquet de fleurs, un autre un CD... La communauté marocaine l'apprécie aussi, car il est né au Maroc."

 

Ce Ier juin 2010, de Villepin fait le tour des clubs sportifs, des commerçants du marché du Val-Fourré. Il rencontre même le recteur Ali Berka à la mosquée de Mantes-la-Jolie : il s'agit du siège de la Ligue islamique mondiale, l'ONG panislamiste d'origine saoudienne. L'électorat qu'il faut séduire, pense-t-il sans doute. En 2005, de Villepin avait aussi lancé la Fondation pour les œuvres de l'islam, qui reproduisait la gestion quasi coloniale de l'islam dit "de France" mise en place avec le CFCM : un fiasco !

 

Après la tournée réussie des banlieues, le lancement de République Solidaire, le 19 juin, a été un autre grand moment. Un succès incontestable quoi qu'en disent les ténors de l'UMP pour qui les Bleus et la polémique Anelka auraient tout fait échouer. Un casting réussi fait de paysans, de femmes, d'étudiants et de "personnes issues de la diversité", un discours fleuve de plus d'une heure, emphatique et généreux, centré quasi uniquement sur la dénonciation du sarkozysme dans lequel chacun pourra piocher quelque chose pour lui. De Villepin parle "sécurisation des parcours professionnels" lui qui, il y a peu, tentait à coup de 49.3 de faire passer le CPE après le CNE.
Il veut aussi revenir sur le bouclier fiscal, dont il a lui-même ébauché la mise en place en 2006. Son discours est tellement beau qu'on aurait presque oublié qu'il a déjà exercé le pouvoir...

 

Proche mais pas trop

 

Si sa popularité est condamnée à être inversement proportionnelle à celle du chef de l'Etat, on peut imaginer qu'il a quelque chance sans doute, mais avec des partisans qui n'ont de commun que l'anti-sarkozysme, c'est beaucoup moins sûr... Dominique de Villepin joue la proximité. Il ne vient pas en banlieue entouré de CRS, lui. Il ne veut pas non plus faire "de la politique du haut des estrades", mais "avec le peuple".

Pas trop près quand même: il vient d'acheter un hôtel particulier dans le 17e arrondissement de Paris, et pour le siège de République solidaire, ce sera le 8e.

 

Yann Barte, le Courrier de l'Atlas, septembre 2010

Partager cet article

Repost 0
Published by Yann Barte dans LE COURRIER DE L'ATLAS, septembre 2010 - dans Politique
commenter cet article

commentaires