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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 17:29

SUCCESS STORY Les Français ont fait grosse impression en arrivant jusqu’en finale du Championnat du monde de handibasket, en juillet. Leur jeu original, à la fois rapide et fort en défense, s’est construit dans l’indifférence quasi générale.

 

 

“On a une nouvelle fois été bluffés par nos jeunes !” Franck Belen, entraîneur de l’équipe de France de basket-fauteuil a encore la voix cassée. Il revient tout juste d’Afrique du Sud, où six matchs ont été disputés dont trois contre l’équipe nationale sud-africaine. Résultats : cinq victoires !

Depuis cette année, les Bleus ont le vent en poupe. En difficulté lors des premiers matchs de poules du Championnat du monde, l’équipe de France a enchaîné les victoires en juillet dernier à Birmingham, battant l’Angleterre chez elle en quart de finale, puis l’Italie, championne d’Europe en titre, en demi-finale, avant de s’incliner devant l’Australie, 79 à 69. Une médaille d’argent prometteuse avant l’étape des championnats d’Europe en Israël, en septembre 2011, passage obligé pour participer aux Jeux paralympiques 2012, à Londres.

C’est la troisième fois de son histoire que la France atteint la finale d’un Mondial après 1983 et 1990. Pourtant, peu sans doute auraient misé sur l’équipe il y a seulement deux ans : des résultats moyens et une combinaison de joueurs très éloignée du stéréotype des équipes classiques de haut niveau dans la discipline.


Vitesse et défense

 

“Presque toutes les équipes étrangères, australiennes, canadiennes, américaines, anglaises, italiennes… ont quelques joueurs de très grande taille, explique l’entraîneur. Nous, on n’en a pas. On a donc pris le parti de jouer sur la mobilité et sur nos principales qualités : la vitesse et l’agressivité défensive. Finalement, on a joué à l’envers de tout le monde et c’est peut-être ce qui a posé problème à toutes ces grosses cylindrées !” Depuis, le regard a changé. “Au début, on ne nous prenait pas au sérieux. Les Anglais, les Hollandais nous prenaient de haut, se souvient Morvan Merkling, président de la sous-commission handibasket de la Fédération handisport. Maintenant, on a plus de respect vis-à-vis de nos entraîneurs, notre cote a monté. Depuis que Franck Belen a pris les choses en main, on fait un travail sensationnel”, se félicite le président. La relève ? “Elle est à piocher dans le réservoir des jeunes espoirs, même s’ils n’ont pas trop brillé cette année. Ils sont encore jeunes. On en a même un de 16 ans.”

 

Faire vivre le ballon

 

Jean-Claude Boucher, animateur de sportethandicaps.com et excellent connaisseur de la discipline, confirme l’originalité du jeu de l’équipe française : “C’est un fond de jeu basé sur la transition (jeu rapide) et une grosse défense avec beaucoup de rotations défensives sur les écrans adverses. Le manque de joueurs de grande taille capables de scorer dans la raquette, de prendre beaucoup de rebonds et de créer un point de fixation dans les défenses est compensé par la vitesse et la mobilité de nos petits intérieurs, capables à la fois d’enchaîner rapidement les switch (changements défensifs) et de poser des écrans pour nos shooteurs extérieurs.” Sur la manière d’optimiser les chances de succès de l’équipe, chacun a sa recette. Pour Samir Goutali, du CS-Meaux, club national 1A, “on doit s’inspirer davantage du jeu à l’étranger, s’entraîner en Australie, en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada, où le schéma de jeu est assez stéréotypé, mais très efficace.”

 

Ce n’est pas l’option choisie par la France qui compose avec les joueurs (de petite taille) qu’elle a. Alors que dans les équipes étrangères, on donne le plus rapidement possible la balle à des pivots parfois de 2,10 mètres, qui ont un avantage certain pour marquer, l’équipe française fait davantage “vivre le ballon”.

 

Samir, qui est passé très près de la sélection pour Birmingham, pense aussi que les joueurs étrangers qui n’ont pas, comme les basketteurs français, l’obligation d’exercer une activité lucrative à côté du basket, ont un atout de poids. C’est peut-être ce qui a pu faire la différence en finale : “Les Australiens ont le physique pour gagner. Ils ne font que ça toute l’année. Nous, quand on arrive en finale, on est à bout de souffle.”

 

Manque de soutien

 

“Si seulement l’équipe était un peu plus soutenue”, soupire Ryadh Sallem, ancien de l’équipe de France. “Le jour où la France développera à un niveau professionnel le basket en fauteuil, on fera définitivement partie des meilleurs !” Le joueur veut y croire, d’autant que le handibasket est la vitrine du handisport, “l’équivalent du foot chez les bipèdes !”

 

Mais comment rivaliser avec des joueurs qui ne font que ça ? Avec un budget de club entre 50 000 et 80 000 euros pour une saison, il semble malheureusement difficile aujourd’hui de salarier un joueur. “On ne touche pas non plus de gros sponsors, comme les Allemands ou les Italiens, qui peuvent même compter des marques automobiles”, précise David Schoenacker, directeur technique fédéral basket, qui avance pour la commission un budget de 150 000 euros.

 

En plus d’un manque de moyens, Abdelghani Djallali, basketteur de première division au CS-Meaux, s’agace aussi d’un manque de visibilité de la discipline : “La France est vice-championne du monde, vous en avez entendu parler ? La mascarade de l’équipe de France de foot, elle, a été commentée en long et en large !”

 

Mépris des médias

 

Pour ce joueur, ce déficit d’images est inséparable du retard de la France “de bien dix ans” dans le domaine plus général du handicap. Abdel se désole de la primauté des mots sur les actes : “Même à Paris, se déplacer c’est la croix et la bannière ! On se base sur des stats, le nombre d’ascenseurs dans le métro, par exemple, sans jamais se demander s’ils fonctionnent !” Et les politiques ne sont guère plus sensibilisés : “Jean-François Copé, le maire de Meaux, ne vient quasiment jamais aux compétitions du CS-Meaux. Alors qu’on participe à la Coupe d’Europe des champions, il n’a pourtant aucun scrupule à glisser un ‘on vous soutient à 100 %’ dans notre magazine.”

Quant aux médias… “Ignorance ou désintérêt ? Pourquoi un événement planétaire comme les Jeux paralympiques n’est-il même pas retransmis ?” s’interroge Abdel. Pire, la clôture des JO a eu lieu alors que les Paralympiques n’avaient même pas commencé ! “Et pourquoi voit-on des sports à peine nés déjà sur les chaînes sportives, alors que l’équipe de France de handibasket, première équipe française championne du monde en 90, n’y trouve pas sa place ?”

Si la critique des médias revient comme un leitmotiv dans le milieu du handisport, Stéphane Binot, l’entraîneur de Cap-Saaa Paris, club de nationale 1A, tient pourtant à relativiser : “On trouve le même problème chez les valides. Le volley n’est jamais rediffusé, le hand, très peu. Finalement, on ne voit que du foot ! Le championnat de France basket, lui, ne passe que sur les chaînes payantes. Mais on progresse, et Londres 2012 sera sûrement plus médiatisé que Vancouver…”

 

Professionnalisation

 

Pour l’heure, la discipline souffre encore du mépris des politiques comme des professionnels du sport : comment ne pas exploser sa télé lorsqu’on entend des journalistes sportifs de France 3 jeter après cinq ou six secondes d’images sur une Coupe du monde handibasket un consternant : “Et maintenant, place au sport !” ?

 

La Fédération n’échappe pas non plus à quelques critiques. “A la Fédé, les directeurs techniques sont presque tous bénévoles, regrette Abdel. Comment peut-on espérer avancer ? Un premier coach rémunéré a été mis en place depuis deux ans, remplaçant le bénévolat défrayé… Eh bien ça a payé !” constate le jeune homme qui se demande si la sous-commission handibasket ne gagnerait pas à être gérée directement par la FFBB (Fédération française de basketball) plutôt que par la Fédération française handisport (FFH), suivant le modèle allemand.

 

“La collaboration est déjà très présente entre les deux fédérations”, rétorque Stéphane Binot, entraîneur, mais aussi salarié du comité régional Ile-de-France handisport : “La FFH est déjà affiliée à une convention de partenariat avec la FFBB. Pour tout ce qui est mise à disposition d’arbitres, convocations, prise en charge des résultats, c’est la même entité. Nous avons aussi des échanges d’arbitres. Si la FFH devait lâcher le basket à la fédération valide, il restera surtout les sports d’athlètes en situation de handicap plus lourd.” Et parmi les 40 disciplines de la FFH, le basket n’est pas le plus mal loti : “C’est même la discipline prioritaire en vue des

Paralympiques.”

Même si la FFH n’est pas la Fédération de football et est à des années-lumière de disposer d’un budget équivalent, l’entraîneur du Cap-Saaa constate malgré tout une indéniable professionnalisation. “Il est faux de dire que la Fédé n’a pas de moyens. Elle n’a pas vocation non plus à se substituer aux clubs. Elle a mis en place pas mal de moyens d’accompagnement ou d’aides à la performance.”

 

Avec 850 licenciés, le basket-fauteuil reste la discipline phare du handisport. “C’est une discipline à part entière, ludique, tactique et extrêmement physique. J’invite tous les valides à essayer.” Alain fait partie du bureau du

CS-Meaux. Il joue aussi en équipe 2. Son premier entraînement… ses bras s’en souviennent encore : “Ils me brûlaient. J’étais complètement cassé. Même mes jambes sur lesquelles j’appuyais beaucoup trop, en tant que valide, me faisaient mal.”

 

Un sport physique

 

Le basket-fauteuil a d’ailleurs été conçu à l’origine, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, en 1946, comme activité de rééducation pour les soldats américains. Il se pratique en France depuis 1955. En tant que valide, Alain sait qu’il ne pourra jamais participer aux grandes compétitions européennes ou internationales.

Spectateur impressionné par les exploits du club, la vélocité et la violence du jeu, puis supporter durant des années, il a souhaité un jour passer de l’autre côté de la barrière.

 

Après le basket valide, le foot, l’athlétisme, le VTT pratiqué en compétition, il se donne aujourd’hui complètement au basket-fauteuil depuis deux ans. Le basket valide n’a même plus ses faveurs. Il ne s’y essaie plus, de peur aussi de perdre ses réflexes : “Même si la hauteur de panier est la même, mes repères, je les ai maintenant assis. Je suis réglé pour shooter à une certaine hauteur.” Alain se réjouit de retrouver dans le handibasket la dimension “pilotage” qu’il rencontrait en VTT, discipline qu’il souhaite reprendre pour arracher encore quelques titres. Si le basket est pour lui un sport plus complet dans sa version handi, les règles ne sont guèredifférentes : passer ou faire rebondir le ballon par terre toutes les deux poussées de roues afin d’éviter d’être sanctionné pour un “marcher”.

Un système de classification par points vient aussi reconnaître les capacités fonctionnelles des athlètes. Chaque joueur est classé de 1 à 5 points selon son handicap. Plus celui-ci est haut, moins le joueur possède de points. Les valides comme Alain représentent d’office 5 points. L’addition des points des 5 joueurs d’une équipe ne peut dépasser 14 à l’international, 14,5 en national.

 

Et les filles ? On ne compte qu’une quarantaine de licenciées en France. Un chiffre bien faible, qui pourrait même poser quelques problèmes demain pour la sélection nationale, malgré un réservoir encore d’une quinzaine de joueuses. Aucune ne joue en première division 1A (toutes en 1B, 1C ou nationale 2). Toutes s’entraînent dans des équipes mixtes et n’ont donc pas les responsabilités, ni la taille de ballon qu’elles auront en compétition (6 pour les filles). Malgré cela, elles conservent encore, dit-on à la Fédération, de bonnes chances de se qualifier pour les Jeux.

Formation des jeunes

 

Mais c’est pour l’heure les garçons qui attirent l’attention. Pour Jean-Claude Boucher, de sportethandicaps.com, “avec cinq places qualificatives au prochain Euro (plus la GB qualifiée d’office) pour les JO de 2012, la France a de bonne chance de passer”. Si on connaît sa faiblesse, “ce manque de taille sous le cercle”, sa force reste incontestablement “ses petits pivots très mobiles et capables de défendre sur des intérieurs plus grands et plus lourds. Ajoutons aussi des arrières rapides et de bons défenseurs, capables d’exercer une grosse pression défensive sur demi-terrain.”

 

Reste enfin, pour l’avenir, à “améliorer la détection et la formation des jeunes, les structures et la qualité des entraînements en clubs, former des entraîneurs de haut niveau et se diriger, comme en Grande-Bretagne, vers une professionnalisation du handibasket”. Un vœu partagé par tous les joueurs.

 

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas, décembre 2010.


 

 

 

Pour en savoir plus

 

sportethandicaps.com Site de handisport très professionnel et extrêmement bien informé, animé par des passionnés de basket.

bloghandicap.com La web-TV du handicap.

handisport.org Site de la Fédération handisport.

france-handibasket.fr Site de la Commission fédérale handibasket.

 


 

 

 

INTERVIEW Champion d’Italie, vainqueur de la Coupe d’Italie et de la Super Coupe, vice-champion d’Europe des clubs avec Rome et vice-champion du monde avec l’équipe de France, Sofyane est probablement l’un des meilleurs joueurs au monde dans sa catégorie. Il évoque son parcours et dresse un diagnostic critique du handibasket français.

 

Sofyane Mehiaoui

Vice-champion du monde, meneur de jeu de l’équipe de France

 

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le club italien Santa-Lucia-Roma-Sport, que vous avez rejoint en 2010 ?

 

J’avais eu plusieurs propositions, en Espagne, en Allemagne, en Turquie… Il était important pour moi d’avoir un bon coach, très présent, un club avec des moyens et des objectifs clairs. Outre les raisons purement sportives, je souhaitais aussi m’installer dans une grande ville, dans laquelle je puisse aussi m’amuser et rencontrer des gens… Cette proposition italienne répondait à toutes ces attentes. L’Italie est aussi une des plus grandes nations de basket-fauteuil. Je suis vraiment heureux, aujourd’hui à Rome.

 

C’est aussi un pays où la discipline est mieux reconnue…

 

A tout niveau. En Italie, on est mieux encadrés, on a une vraie structure, un staff, comme un club de foot. En ce qui me concerne, j’ai un coach, un assistant coach, deux kinés, un médecin, un préparateur physique… Là-bas, toutes les finales ont été retransmises à la télé, sur la Raï Sport, souvent plusieurs fois dans la même journée. Toujours de façon très pro, avec à chaque fois trois ou quatre caméras. Idem pour les Jeux paralympiques.

 

C’est encore loin d’être le cas en France…

 

En Championnat du monde, si on a eu droit cette année à quelques secondes sur France 2 et France 3, c’est uniquement grâce à deux blogueurs de bloghandicap.com, qui nous ont suivis durant dix jours à Birmingham et qui ont accepté de donner leurs images aux chaînes. En équipe de France, même s’il y a des améliorations, il y a toujours des problèmes de défraiement. Un joueur n’a ainsi pas pu participer au dernier Championnat du monde, les autres ont dû prendre sur leurs congés. Au Mondial, on a vu des équipes toucher des primes en quart de finale et nous, qui sommes allés en finale, on a reçu… des félicitations !

 

Y aurait-il un intérêt à ce que le basket-fauteuil dépende de la Fédération française de basket plutôt que celle du handisport ?

 

Le basket-fauteuil est un peu la vitrine du handisport, c’est aussi la discipline qui compte le plus de licenciés et je ne pense pas que notre Fédération voie d’un très bon œil le départ éventuel de cette discipline. En revanche, on peut regretter le fait qu’il n’y ait pas davantage d’ententes entre les deux fédérations. Si on intégrait la Fédération de basket (valide), on risquerait de nous coller des vieux briscards bénévoles dont on ne sait plus trop quoi faire.

Peut-être envisager une fédération propre au basket-fauteuil…

 

Va-t-on vers une professionnalisation de la discipline ?

 

Oui, on voit déjà quelques améliorations, comme l’arrivée en équipe de France de Franck Belen, un coach professionnel (et non plus bénévole). Mais on a toujours cinq ou six ans de retard sur les autres pays. D’ailleurs, il y a déjà un problème de relève, les jeunes préférant s’orienter vers l’athlétisme, le tennis ou d’autres sports individuels, mieux indemnisés. C’est dommage. En championnats internationaux, on joue avec des gars professionnels, qui s’entraînent tous les jours. Difficile alors d’exiger des résultats identiques de joueurs qui doivent travailler à côté. Moi j’ai eu la chance d’avoir deux sponsors, Nike et l’Ocirp (un organisme de prévoyance), qui me soutiennent financièrement.

 

Le prochain rendez-vous sportif important ?

 

Il y en a plusieurs, mais je dirais les championnats d’Europe, l’année prochaine, avec l’équipe de France, car c’est une coupe qualificative pour les Jeux paralympiques 2012, à Londres.

 

Propos recueillis par Yann Barte pour Le Courrier de l'Atlas, décembre 2010.

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Published by Yann Barte, LE COURRIER DE L'ATLAS, décembre 2010 - dans Culture - sports
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