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1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 04:07

État des lieux Mal aimés, sous pression, soumis à une course aux chiffres, de plus en plus poussés au tout répressif, et récemment épinglés par un rapport accablant d’Amnesty International, les policiers craquent. Suicides, dépressions, mises en dispo… Rien ne va plus dans la police.

 

‘‘Nous avons des policiers qui en ont marre, qui sont fatigués. Ils vivent en première ligne les tensions sociales de par leur métier et les difficultés sociales qu’ils rencontrent en tant que citoyens : problèmes d’argent, chômage du conjoint… En fait, ils cumulent des deux côtés les difficultés liées à la crise.”

Nicolas Comte, secrétaire général du Syndicat général police-Force ouvrière (SGP-FO), entend de plus en plus de policiers à bout de nerfs : “Ils sont consciencieux, font leur boulot, mais n’en peuvent plus. Il n’en faut plus beaucoup pour que ça s’enflamme !”

Aujourd’hui, les syndicats de police sont devenus un peu le bureau des pleurs. Ce n’est sans doute pas un hasard si les adhésions croissent avec le mal-être de la profession. “Il y a un vrai malaise, confirme Henri Martini, secrétaire général de l’UNSA Police, un malaise qui s’aggrave continuellement depuis 2004.”

 

L’Unsa-Police (premier syndicat de gardiens de la paix) et le SGP-FO étaient tous deux organisateurs des manifestations lyonnaises et parisiennes de fin 2008 des “policiers en colère”. Depuis, la grogne n’a cessé de monter. En cause, la défense du pouvoir d’achat, la “braderie du service public”, mais aussi “la culture du résultat qui mène à une tension croissante”, à “des contacts de plus en plus violents et répétés avec la population”, jusqu’aux guets-apens dont s’est récemment fait écho la presse. On compte une moyenne de dix policiers blessés et soixante agressés par jour, selon le syndicat des officiers de police Synergie-officiers.

La rupture n’est plus loin, avec les jeunes dans les quartiers difficiles, comme avec l’ensemble de la population, choquée de découvrir par exemple ces quotas de PV auxquels la police est tenue. “Les outrages et rébellions voient leur chiffre doubler, le nombre de gardes à vue explose et les Français n’ont pas plus l’impression d’être en sécurité. Toujours plus de violence gratuite, de braquages, de phénomènes de bande.”

 

Le blues du policeman

 

Porte-parole de ce mal-être policier, Henri Martini déplore ce chiffre incompressible d’une cinquantaine de suicides par an : “Un policier qui se donne la mort sur un parking ou dans le vestiaire de son commissariat avec son arme à feu, c’est un message sur le métier, même si les causes sont toujours multiples.” Comme dans l’Education nationale, on compte aussi nombre de dépressions et une multiplication des demandes de mise en disponibilité (la démission devenant plus difficilement envisageable en période de crise).

En plus de la pression hiérarchique, de l’obligation de “faire du bâton” et de la tension sur le terrain, les grands bouleversements de la profession viennent encore ajouter à l’inquiétude : la suppression attendue de 10 000 postes de policiers d’ici 2012, le chantier du Grand Paris, le rapprochement police-gendarmerie avec la question qui taraude les deux corps de métier : qui va manger l’autre ?

 

Alors, on tente de recoller les morceaux. On crée les unités territoriales de quartier (Uteq) pour rétablir le lien. “Une rigolade, résume Laurent Mucchielli, sociologue de la délinquance, pour qui la police de proximité est avant tout une doctrine, une attitude. Et ni l’une ni l’autre n’existent aujourd’hui !” C’est l’avis de nombre de policiers également qui comparent les Uteq à des “CRS améliorés de quartier” ou à une “nouvelle BAC (brigade anticriminalité)”.

 

“C’est de la patrouille qu’ils font. Nous ne sommes pas du tout dans la même configuration que les îlotiers. Lorsqu’ils arrivent comme des Power Rangers avec leurs flash-balls, ce n’est pas pour voir les commerçants, faire du renseignement ou discuter avec les gens !”, explique cet autre observateur des questions de sécurité. Plusieurs chercheurs contactés refuseront de répondre à nos questions, dénonçant de véritables pressions à leur encontre. “Les crédits sont coupés et on veut leur tête. Personne ne bronche. C’est une véritable terreur qui a été instaurée. Ils n’ont souvent pas plus de liberté que les journalistes accrédités Défense. Seuls les syndicats s’expriment encore. Quant aux policiers qui l’ouvrent, ils sont sûrs de se faire muter tout de suite.”

 

Une hiérarchie pesante

 

A des années lumière de la communication de l’Intérieur, la police offre une image ternie, dégradée. Les gardes à vue se multiplient, la délinquance augmente et la police a plus que jamais le blues. Pressée par sa hiérarchie et l’obligation de résultats chiffrés, de plus en plus honnie par la population, la police semble lancer un appel désespéré à une reconnaissance sociale.

 

  

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas, mai 2009

 


 

 

Les policiers pètent les plombs Amnesty flingue

Début avril, la police est une nouvelle fois montrée du doigt. Après un rapport en 2005, Amnesty International accuse une nouvelle détérioration des liens entre les Français et leur police qui agirait de plus en plus au-dessus des lois. L’association s’inquiète d’une montée de l’utilisation abusive de la force, d’injures racistes, de mauvais traitements, d’attitudes discriminatoires à l’égard des “minorités visibles” et des personnes dites “vulnérables” rarement sanctionnés.

Pire, le rapport de l’association fournit nombre d’exemples de violences policières et de décès suspects auxquels la justice n’a pas donné suite : Abdelhakim Ajimi, par exemple, mort le 9 mai 2008 suite à son arrestation à Grasse sans que les deux policiers soupçonnés d’être impliqués dans l’affaire n’aient été mis en examen, Abou Bakari Tandia, Malien sans papiers mort en garde à vue à Courbevoie…

Amnesty recommande de créer un organisme indépendant d’enquête sur les violences policières qui pourrait être saisi par tout citoyen. Lutter contre l’impunité. Un préalable sans doute pour limiter le fossé qui se creuse d’année en année entre la population et une police qui semble perdre le sens du service public. YB

 

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Published by Yann Barte dans LE COURRIER DE L'ATLAS, mai 2009 - dans Société
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