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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 15:02

 La mise en conformité, pour 2012, se fait lors de la refonte du site.
Des villes de ce changement pour apporter des services au-delà des standards.

«Nous sommes des citoyens à part entière et nous ne voulons pas quémander l'accès aux services en ligne de notre ville », assène Fernando Pinto da Silva, président de la commission NTIC [nouvelles technologies de l'information et de la communication], du comité national pour la promotion sociale des aveugles et des amblyopes. Et d'ajouter : « Ce n'est pas une revendication égoïste. Respecter les règles en amont, dès la conception d'un site, apporte du confort à tout le monde et simplifie l'accès à des populations qui ne sont pas encore connectées. » Habitant de Montreuil (Seine-Saint-Denis), il a participé à des ateliers de test, à titre bénévole : « Grâce à lui, j'ai appris le fonctionnement d'une page braille, reconnaît Julien Boutet, chef de projet web de la ville. J'ai compris aussi qu'un site web était plus accessible pour un aveugle que la bibliothèque. »

Conforme et attrayant.

Les sites web territoriaux doivent donc, aujourd'hui, relever le défi de l'e-administration et l'e-citoyenneté, en tenant compte des conditions de lecture de l'information à l'écran de 10 % de la population. Ces personnes utilisent des aides techniques comme la synthèse vocale, les lecteurs brailles ou les flèches du clavier pour se déplacer sur une page web. Au-delà du caractère obligatoire et l'échéance de 2012 (en application de la loi « Handicap » du 11 février 2005), le référentiel général d'accessibilité des administrations (RGAA) a vocation à conserver à internet son universalité chère à Tim Berners-Lee, l'inventeur du World Wide Web.

Mais, au fil de son évolution, la « toile » est passée d'un mode textuel, simple d'accès à ces aides techniques, à un foisonnement d'images et d'animations qui viennent parasiter cette lecture des personnes handicapées visuelle ou moteur.
« Un site complexe au goût du jour peut être accessible, assure Philippe Balin, expert en accessibilité des handicaps aux technologies de l'information et de la communication numérique. Il suffit de figer les choses grâce au respect des standards et de structurer l'information pour être lisible par les aides techniques. » Pour résoudre ces contraintes de navigation, il est indispensable, dans la phase technique de conception du site, de séparer la forme du fond en utilisant les feuilles de style.
A Nantes (Loire-Atlantique), le respect des standards était à l'œuvre avant même l'obligation nationale. « Nous visons le niveau AAA, c'est-à-dire l'accessibilité maximum, confie Stéphan Ménoret, responsable technique du site de la ville. Ce travail a l'avantage de faciliter la consultation du contenu du site sur un téléphone portable, une console de jeu, une télévision ou une tablette interactive. »
La refonte du site internet est la meilleure opportunité pour intégrer les standards. Cette prise en compte représente 2 % du coût du projet. Mais, pour un site déjà accessible depuis 2007, comme celui de Nantes, l'adoption d'un nouveau gestionnaire de contenus fin 2009 (pour faciliter la mise en ligne des informations) a momentanément perturbé la lecture des pages. « Dans ce cas, nous signalons aux internautes les points que nous sommes en train de corriger. Nous préférons cette solution plutôt que de devoir traiter des plaintes qui arriveraient par mail ou par téléphone », ajoute-t-il.

Décrire les images.

Les fondations techniques construites, vient ensuite le maintien au quotidien. La question se pose particulièrement sur la mise en ligne des images et des vidéos. Quand les contributeurs disposent d'un gestionnaire de contenus conçu pour le respect des règles d'accessibilité, il donne l'alerte quand l'information n'est pas lisible par les aides techniques.

« J'ai suivi un stage d'une demi-journée durant lequel j'ai appris en particulier la notion de glossaire pour renseigner correctement toutes les photos que je mets en ligne », explique Marie-Pierre Fournier, responsable communication, chargée du site web de Bois-Guillaume (Seine-Maritime). Cependant, tout se complique pour le sous-titrage des vidéos, le RGAA étant très exigeant en la matière. « Il sera difficile d'atteindre l'accessibilité maximum dans ce domaine, sauf pour les animations scénarisées pour lesquelles il serait souhaitable de prévoir, dès la conception, une audio-description et sous-titrage synchronisé », reconnaît François Tanniou, chargé de mission « accessibilité aux nouveaux médias » au secrétariat d'Etat à la solidarité. La solution de contournement majoritairement adoptée est de diriger l'internaute vers une plateforme spécialisée (type Dailymotion ou une plateforme du prestataire), avec un descriptif succinct du thème de la vidéo.

A l'écoute des remarques.

L'application rigoureuse des normes d'accessibilité peut parfois se faire au détriment du désir de communication. Reste à trouver le juste milieu. « Nous avons préféré une démarche d'amélioration continue. Nous sommes à l'écoute des remarques et des suggestions. Si nous avions recherché l'excellence, nous serions encore en train de construire le site », explique Pascale Luciani-Boyer, maire adjointe, chargée des TIC à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne).

« Avec les outils et les méthodes que nous utilisons, nous avons vocation à être le plus accessible possible », renchérit Willy Dupont, responsable TIC de Blanquefort (Gironde). En revanche, le guichet de services pour les prestations municipales n'a pas encore pu être adapté. « Nous ne pouvions pas priver la majorité de la population d'un service en ligne, parce qu'il n'est pas encore accessible à un petit nombre n'entre deux », convient-il.
Certains sites vont au-delà du RGAA, qui traite surtout le handicap visuel, et s'adressent à la population des sourds. Toulouse ou Montpellier décrivent les démarches administratives par des vidéos en langage des signes ; Saint-Maur-des-Fossés propose un service de traductions en direct via une webcam (lire l'encadré, p. 43).

Niveau de technicité.

« La mise en conformité demande un niveau de technicité que les petites communes n'ont pas. Il serait judicieux, de créer une bibliothèque de petits programmes réutilisables », suggère Philippe Balin. Pour l'heure, quelques solutions « clés en main » sont proposées par les prestataires pour faciliter la mise en ligne rapide de contenus accessibles.

Les villes de Béthune (Pas-de-Calais) ou de Villeneuve-d'Ascq (Nord), par exemple, ont acquis un logiciel (e-citiz) pour créer des téléservices conformes aux normes d'accessibilité. « Nous avons mis en ligne l'état civil et bientôt la réservation des salles communales, mais il faut d'abord s'organiser dans les services pour ouvrir de nouveaux services », reconnaît Damien Filbien, webmaster de Béthune.
La vocalisation des pages, directement sur le site (avec Read speaker ou Voxreader), aide une population qui a des difficultés de lecture à l'écran sans pour autant être équipé de matériels adaptés.
De son côté, la délégation aux usages internet (DUI) mettra en ligne, cet été, une plateforme de téléchargement pour ouvrir la blogosphère aux personnes handicapées. Un dispositif qui pourra être utilisé par les sites des collectivités locales. Enfin, le non-respect des normes pourrait être sanctionné à partir de 2012, par la présence sur une liste « noire » des sites non conformes. Mais François Tanniou tempère : « Il serait peut-être plus pertinent de dresser le palmarès des sites engagés dans un effort d'accessibilité avec les objectifs à atteindre, selon les niveaux identifiés. Un dispositif à compléter d'une ligne de réclamations pour signaler les sites non accessibles. »

 

Prendre en compte l'accessibilité

La mission « accessibilité aux nouveaux médias » du secrétariat d'Etat à la Solidarité veille à ce que tous les appels d'offres, lancés pour la refonte de sites web des collectivités locales, prennent en compte l'accessibilité. Elle sensibilise les services achat à l'ajout de conditions pour soumettre le prestataire aux points de contrôles prévus par le référentiel général d'accessibilité de l'administration (RGAA). Cette attestation d'accessibilité deviendrait donc un livrable inscrit dans le marché et une condition contractuelle parmi d'autres. Par ailleurs, il est conseillé d'ajouter une clause de prise en main du site par les contributeurs.

Toulouse - Ne pas traiter seulement le handicap visuel

Quand l'internaute arrive sur le portail web de Toulouse, six grands icones sur fond rose remplissent l'écran : accessibilité, culture, génération Web.2.0, e-services, actualité et moments de vie. Le ton est donné, la simplification de la navigation et l'interaction avec les visiteurs ont été les deux fils conducteurs des travaux de refonte du site. « Une fois les standards appliqués, il reste encore des milliers de cas à traiter, hormis le handicap visuel, les catégorisations sont encore floues, les seniors, par exemple, ont des particularités non prises en compte », souligne Franck Ménigou, chargé de mission médias numériques à la direction de la communication.

La ville a donc organisé des ateliers avec différents types de public pour répondre à des besoins spécifiques et écouter toutes les suggestions.
Par exemple, le magazine municipal est proposé sous plusieurs formats (Flipbook, PDF, RTF, etc.) ainsi qu'une version audio (MP3).
Par ailleurs, la ville a confié à la société toulousaine Websourd, la traduction en langage des signes de formulaires mis en ligne. En cliquant sur la ligne de texte, une vidéo apparaît avec une personne qui effectue la gestuelle compréhensible par les sourds.
« Nous nous limitons aux démarches administratives, car la production de ces traductions représente un coût important, confie-il. La création d'un portail d'e-administration national pour le public des mal-entendants serait une bonne chose pour accompagner les municipalités. »

TÉMOIGNAGE - Aude Meritza-Bozon, chargée de projets TIC à Meyzieu (Rhône) - « Suivre les standards à la lettre »

« Nous avons demandé à notre prestataire d'obtenir le label AccessiWeb, niveau argent, pour développer notre nouveau site. Nous sommes la deuxième ville en France à obtenir ce niveau d'accessibilité, c'est-à-dire à appliquer 76 critères qui assurent aux handicapés visuels et moteurs une navigation confortable. Nous voulions suivre les standards à la lettre tout en créant un site attractif. Comme l'audio-description des vidéos est trop complexe à traiter, nous dirigeons les internautes vers un autre site. Au-delà des standards, nous avons travaillé à rendre accessible le tchat [*] du maire organisé une fois par mois, ainsi qu'un fil d'actualité et les démarches en ligne. Ce label est attribué pour une durée de deux ans avec un audit à mi-parcours. »

LES POINTS CLÉS

1 700 000 personnes souffrent d'une déficience visuelle, soit 10 % de la population française.
Octobre 2009 : publication du référentiel général d'accessibilité de l'administration, traduit du guide des standards internationaux du Web Accessibility Initiative du World Wide Web Consortium.
Fin 2012 : échéance pour la conformité les sites internet des collectivités locales, arrêté du 21 octobre 2009, en application de l'article 47 de la loi « Handicap » du 11 février 2005.

En savoir plus
(*) Feuilles de style : un langage qui sert à décrire les pages mises en ligne sous le format internet html.
Sophie Maréchal, La Gazette des communes, 21 juin 2010

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Published by Sophie Maréchal dans LA GAZETTE DES COMMUNES - dans Vie numérique
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