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1 janvier 2005 6 01 /01 /janvier /2005 23:06

En lui réservant un accueil triomphal place Djemaâ El Fna, les Marrakchis ne s'y sont pas trompés. Aishwarya Rai était la véritable star du festival du film de Marrakech. Miss monde 94, égérie de l'Oréal, primée au « Filmfare Award » pour « Devdas » en 2002, membre du jury du festival de Cannes en 2003, l'actrice adulée de Bollywood présentait cette fois son dernier film « bridge & Préjudice » (« Coup de foudre à Bollywood »).

 

Saviez-vous que les stars les plus connues au Maroc sont indiennes ?

J'ai découvert cela hier… Dès mon arrivée au Maroc, je suis allée à la place Djemaâ el Fna. Je ne pouvais imaginer meilleur accueil. C'était si gentil. Amitabh Bachchan était venu l'année dernière avec toute sa famille. Il m'avait parlé de l'accueil qu'il a eu ici et de son séjour très sympathique. Alors, lorsque le festival m'a invitée à Marrakech, j'étais vraiment très heureuse. C'est aussi ma première visite au Maroc.

 

Il y a de nombreuses similitudes entre les deux sociétés : indienne et marocaine. Le poids des traditions, le rôle de femmes… Pourtant, ces thèmes semblent obséder beaucoup plus le cinéma indien. Pourquoi ?

 

La réponse est dans la question : la tradition prend effectivement énormément de place dans la vie indienne. Les films en Inde sont réellement le reflet de notre culture, des relations affectives existant entre parents et enfants, hommes et femmes, frères et sœurs. Les films explorent toutes ces relations. Et bien sûr, en Inde, tous les grands films au Box office contiennent une histoire d'amour. Une histoire qui peut toucher tout le monde. J'aime ce genre de film, totalement indien dans cette approche des relations. Je trouve ces films fabuleux et suis heureuse de partager ce bonheur… et en musique. Mais vous devriez aussi me conseiller des films marocains ! (rires). Je les découvrirais avec plaisir.

 

Bollywood fait rêver. C'est aussi un cinéma très conservateur. La femme, entre autre, est toujours présentée sous la forme de l'épouse fidèle ou de la mère sacrifiée, dans le style « Mother India ».

C'est vrai pour certains films. Mais la magie du cinéma permet d'explorer toute sorte d'autres rôles et relations. Notre culture est faite de traditions, de fêtes, de célébrations, de danses… Le cinéma se trouve être la traduction de tout cela. Aujourd'hui pourtant, beaucoup de films sont des films « noirs », comprenant des rôles durs, même pour des femmes. Cela m'est arrivée sous des directions bengalies.

 

Pouvez-vous nous parler de votre dernier film « Coup de foudre à Bollywood » ?

 

C'était vraiment une nouvelle expérience et je me suis beaucoup amusée au tournage. Bien que je parle tous les jours anglais, c'était aussi mon premier film en anglais. J'ai eu de la chance de travailler avec la réalisatrice, Gurinder Chadha, qui avait déjà réalisé « Joue-là comme Beckham ». « Bridge & préjudice », adaptation du célèbre roman de Jane Austen, crée un lien entre le cinéma classique et moderne, entre les différentes cultures, entre une famille indienne et américaine… Avec une réalisatrice anglaise, des acteurs indiens, des Américains… c'était aussi pour moi une vraie expérience internationale !

 

Amitabh Bachchan et Chahrukh Khan sont deux véritables stars au Maroc. Parlez-nous de vos relations avec ces deux acteurs.

 

J'ai fait trois films avec Chahrukh. « Josh » était le premier. Une sorte de West Side Story qui a un peu surpris le public. Pas d'histoire d'amour en effet puisque nous étions frère et sœur. Dans « Mohabbatein » mon rôle était plus secondaire. En fait, je ne suis présente que dans l'esprit de Chahrukh, par des flash-back. Je hante sa mémoire. J'aime ces histoires d'amour plus forte que la mort. Puis, « Devdas », classique de l'industrie du film indien. J'ai adoré jouer ce film avec Chahrukh Khan. C'est un grand professionnel et un magnifique partenaire. Une expérience fabuleuse… Quant à Amitabh Bachchan, il est pour notre génération une icône absolue. C'est une véritable légende du cinéma. D'un point de vue professionnel, c'est magnifique de travailler avec quelqu'un avec tant d'énergie. J'ai aimé toutes les expériences de travail avec lui. Mais je le compte surtout parmi les amis sur lesquels je peux compter. J'ai une relation magnifique avec lui et sa famille. On s'adore.

 

Quelle est la place de la danse et du chant dans votre vie ?

 

J'adore danser. J'ai appris la danse classique indienne à l'école. Aujourd'hui, dans les films, je pratique la danse « hindi ». C'est très différent mais cet enseignement premier m'a quand même beaucoup aidé. J'aime beaucoup le style « bhârata natyam ». J'aime la musique et la danse et je pense que cela se voit à l'écran. La musique est ma meilleure amie.

 

Propos recueillis par Yann Barte  


 

 

 

Depuis des générations, le cinéma indien tient l'affiche au Maroc. Le festival du film de Marrakech lui consacrait un « panorama ». Une bonne initiative, mais beaucoup trop de condescendance encore semble-t-il pour ce cinéma populaire.

Il fallait s'armer de beaucoup de courage pour oser le froid des salles du Rif. Ce soir-là on y projetait « Chandralekha », une super production de Madras de 1948 de S.S. Vasan venue concurrencer les productions de Bombay.

Les habitués de la salle semblent être les seuls présents. Pas un badge, pas un festivalier en vue ! Ici, ni smoking, ni robe de soirée. Que des gros blousons et des bonnets bien vissés sur la tête ! Il ne me faut pas longtemps pour comprendre pourquoi. En hiver au Maroc, le ciné indien pousse souvent au rêve… de thermos et de couvertures chaudes.

On retrouve ici l'ambiance du Verdun ou du Rif de Casa, sans les canettes qu'on peut se prendre sur la tête ou les nuages de fumée euphorisante qui cachent quelquefois jusqu'à l'écran. Une ambiance presque sage. Presque… Mon voisin mange des pépites, frappe sur son copain… c'est le charme des ciné « hnoud ».

Alors, que je sois obligé de me faire des boules quiès du programme du festival, pour supporter les décibels assénés par des hauts parleurs mal réglés ou que les sous titrages soient coupés en bas de l'image, passe encore. Mais que je sois obligé, pour l'image du haut, d'attendre que le cavalier descende du cheval pour voir sa tête … ! Sans être très cinéphile, c'est quand même déplaisant !

Malgré le froid qui nous tient en éveil - que certains conjurent en changeant de places toutes les dix minutes - le projectionniste semble s'être endormi. Festival ou pas, presque tous les délices du cinéma indien au Maroc sont là : interruption brutale du film, images passées à l'envers (très drôle !) ou passées une deuxième fois (non, ça n'aide pas toujours à la compréhension du film !) et bien sûr… après les rires, les inévitables sifflets.

Alors, on finit par compter. Plus que deux heures de film… à moins qu'avec la coupure on ait gagné une demi-heure… qui sait ? L' « intermission »… Ouf ! C'est déjà ça. On a hâte que le gentil prince retrouve la belle Chandralekha et qu'il tranche en deux l'autre prince, Sasank, le félon et cruel frangin. Qu'on en finisse !

Puis on se met à raccrocher à l'histoire, réveillé par quelques surprenantes paroles de chanson, comme sorties d'un autre film. Comme dans cette scène montrant des bœufs : « Tu traînes tes pieds comme si tu allais voir ta belle-mère ». J'ai bien lu ? Et puis enfin… bien plus tard, la scène tant attendue : la danse sur les tambours. L'attaque du château et le dénouement. Fin.

 

Yann Barte, Femmes du Maroc, janvier 2005

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Published by Yann Barte, dans FEMMES DU MAROC, janvier 2005 - dans Culture - sports
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