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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 20:26

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EXCLUSIF Le 19 mars dernier, François Hollande nous donnait rendez-vous pour une interview en face à face, à son QG de campagne avenue de Ségur à Paris. Averti de la tuerie de Toulouse, il décidait sur le champ de se rendre sur les lieux. Pour l’ensemble des candidats, la campagne s’interrompait. L’entretien n’a donc pas eu lieu. Le candidat pressenti dans les sondages pour être le prochain Président de la République a cependant tenu à répondre par écrit. Un exercice bien différent bien sûr. Les circonstances ne nous ont malheureusement pas permis d’aborder l’ensemble des sujets que nous avions prévu (laïcité, islam, discrimination, gauche). Voici.


Propos recueillis par Yann Barte

 

 

  • Parité et diversité

 

Vous avez fait de la question de l’égalité un thème central de votre campagne, mais il semble qu’il existe des conceptions assez différentes de cette égalité y compris dans votre famille politique. Beaucoup, par exemple, utilisent les termes de « parité » mais aussi de « diversité » comme s’ils étaient nécessairement synonymes de plus d’égalité. D’autres trouvent ces concepts non seulement réducteurs, mais aussi contraires à l’esprit républicain et au principe même d'égalité. Comment vous situez-vous ?


L’égalité est la première des valeurs de la République, et je suis donc particulièrement attaché à celle qui doit exister entre les hommes et les femmes. Je n’accepte pas que les femmes soient en moyenne rémunérées 27 % de moins que les hommes, pas plus que le fait qu’elles représentent plus de 80% des travailleurs (emplois) à temps partiel de notre pays ou que leurs pensions de retraite soient en moyenne inférieures de 38% à celles des hommes. Force est de constater que si nous ne faisons rien, cette situation ne peut que perdurer. Afin d’abolir ces injustices, j’ai donc fait de l’égalité femmes-hommes (hommes-femmes) une de mes priorités. La parité est un des moyens d’instaurer plus d’égalité.

 

Vous avez dit vouloir appliquer de manière stricte la parité. Comptez-vous appliquer des quotas dans le cadre d'autres formes de discrimination positive ? Cette dernière reste-t-elle, pour vous, un concept républicain ? N'y a-t-il pas un risque à analyser davantage l'inégalité comme une conséquence de nos préjugés plutôt que de notre système social ?

La lutte pour l’égalité femmes-hommes est déjà bien engagée, mais des régressions sont à l’œuvre et la conquête des droits reste à poursuivre. Une lutte implacable contre les discriminations, contre ce qui est à l’origine des inégalités, est toujours préférable à des politiques de quotas, mais il ne faut jamais exclure un type de politique lorsqu’il est nécessaire. Pour construire l’avenir, mon action s’orientera aussi vers la jeunesse : tout au long de la scolarité, des actions de prévention contre les stéréotypes sexistes, racistes, homophobes, seront encouragées, afin de faire progresser la société vers plus d’égalité.

 

En matière d’inégalité Hommes-femmes, il demeure un vrai scandale, c’est celui des salaires. Que comptez-vous faire pour en finir avec ces salaires des femmes de 20 à 25% inférieurs à ceux des hommes ?

 

Les entreprises auront un an pour se conformer à la loi. Une fois ce délai passé, celles ne respectant pas leurs obligations en matière d'égalité professionnelle, notamment salariale, se verront sévèrement sanctionnées, en particulier par la suppression de leurs exonérations de cotisations sociales. En 2013, une campagne nationale de l'inspection du travail permettra de vérifier l'existence d'accords sur l'égalité professionnelle femmes-hommes ainsi que leur respect par les entreprises. Il faudra aussi lutter la précarité, qui frappe particulièrement les femmes, en augmentant les cotisations chômage sur les entreprises qui abusent des emplois précaires et notamment des temps partiels. Enfin la mise en place d’un service public de la petite enfance permettra de faire en sorte que le fait d’être parent n’éloigne pas les femmes de l’emploi.

 

  • Jeunes et seniors

Vous parlez beaucoup des jeunes, au point d'en faire une priorité. Sans vouloir opposer les uns aux autres, en quoi serait-il plus urgent de s'occuper des jeunes que des plus âgés, que l'on sait par exemple davantage discriminés au travail ?

 

Ces deux catégories de la population éprouvent d’immenses difficultés à entrer ou à rester sur le marché de l’emploi. 23% des jeunes de moins de 25 sont aujourd’hui au chômage, tandis que, depuis cinq ans, le nombre de demandeurs d’emploi chez les séniors a augmenté de 55%. Cette situation n’est acceptable pour aucune d’entre elles, et je les soutiendrai toutes deux. C’est tout le sens du contrat de génération que je propose, qui permettra à une entreprise de bénéficier d’exonérations de cotisations sur les deux emplois dès lors qu’elle emploiera un jeune de moins de 30 ans et qu’elle conservera dans l’emploi un sénior de plus de 55 ans, les deux en CDI. Dans ce contexte économique et social difficile, l’erreur serait de vouloir opposer les générations. Au contraire, je veux promouvoir la transmission du savoir et la solidarité entre les générations.

 

A propos des plus âgés, il y a une situation très préoccupante dont peu de politiques semblent vouloir se soucier : celle de ce qu’on appelle les chibanis, les vieux retraités immigrés. Harcelés par l'administration et de façon discriminatoire, ils sont aussi toujours contraints de demeurer entre 6 et 9 mois en France pour toucher leurs allocations ou leur retraite. Que proposez-vous pour améliorer leur sort ? Est-il possible de revenir sur cette obligation de résidence ?

 

Il faut mettre fin à ces pratiques indignes à l’égard de populations en situations vulnérables, qui ont donné une partie de leur jeunesse à la France. Il faut permettre à ces migrants âgés de pouvoir retourner dans leur pays d’origine. Une solution avait été trouvée afin qu’ils puissent rentrer chez eux pour des périodes longues, en permettant des allers-retours, mais le décret d’application n’est jamais paru et la résolution de ces questions a été renvoyée à l’établissement d’accords bilatéraux. Je m'engage à mettre en oeuvre une solution qui permettra aux chibanis de vivre dignement leur retraite.

 

  • Pacs et mariages mixtes

Vous proposez le mariage pour tous. Comptez-vous aussi aligner le Pacs sur le mariage, notamment concernant le droit au séjour des conjoints étrangers ? Et veillerez-vous à la possibilité, de signer des Pacs et des mariages dans les consulats, y compris entre personnes de même sexe et dans les pays musulmans?

 

S’agissant des couples pacsés en France, cette situation est aujourd’hui déjà prise en compte pour l’obtention d’un titre de séjour, même si elle n'est pas de droit.

En revanche, concernant les personnes de même sexe résidant à l’étranger et souhaitant se pacser, les consulats ne peuvent appliquer que les dispositions du droit du pays dans lesquels ils se trouvent. Dans de nombreux pays, ils ne peuvent donc pas prononcer un tel acte. C’est une situation qui pose aujourd’hui des problèmes et qui interdit à des couples de même sexe, dont l’un est français et l’autre pas, de conclure un PACS et a fortiori un mariage lorsqu’ils vivent dans un pays où les couples homosexuels sont condamnés par la loi. Des solutions pourraient être envisagées, comme par exemple, l’octroi d’un visa de 3 mois à toute personne faisant valoir l'intention partagée de se pacser à un-e Français-e.

 

Les couples mixtes mariés sont victimes d’une suspicion accrue depuis le passage d’Eric Besson au ministère de l’Immigration. Nicolas Sarkozy veut conditionner - comme pour le regroupement familial -, le respect de leurs droits fondamentaux à un niveau de revenu. Quelles sont vos intentions dans ce domaine ?

 

Les mariages mixtes ont été parmi les premières victimes de la politique mise en œuvre depuis dix ans. C’est aujourd’hui dans un climat de suspicion systématique que sont accueillis les Français souhaitant se marier avec des étrangers. Je veux rompre avec cette logique.

Je continuerai à lutter contre les mariages de complaisance et les mariages forcés. Mais un mariage franco-étranger ne doit plus être considéré comme un mariage suspect comme c’est le cas aujourd’hui, alors que seuls 0,45% des mariages franco-étrangers sont annulés par la justice au motif de mariage blanc. Un couple mixte ne doit pas être jugé a priori comme potentiellement fraudeur. La saisine du procureur ne doit donc intervenir que s’il y a un réel soupçon de fraude et que si les éléments présentés laissent apparaître un doute.

 

Je veillerai à l’égalité des droits et de traitement entre les couples, qu’ils soient mixtes ou non, afin de permettre à ceux qui sont mariés avec une personne de nationalité étrangère de pouvoir vivre avec leur conjoint.

 

  • Santé

En matière de santé, comptez-vous revenir à la gratuité de l’Aide médicale d’Etat et au droit de séjour pour soins tels qu’établis en 1998 ?

Depuis le 1er mars 2011, le bénéfice de l’Aide médicale d’Etat est conditionné au paiement d’un droit annuel de 30 €. Une fois de plus, ce sont les plus fragiles et les plus précaires qui était visés. Je reviendrai sur cette mesure à la fois injuste socialement, dangereuse en termes de santé publique, et économiquement préjudiciable dans la mesure où des personnes entreront tardivement à l’hôpital, à des stades avancés de leur pathologie, faute d’avoir pu se faire soigner avant. L’Aide médicale d’Etat redeviendra donc gratuite.

 

  • Banlieue

Quel sera votre plan banlieue ? Et qu’est-ce qui nous permet de croire cette fois qu’il sera plus efficace que tous ceux qui se sont succédé (notamment le calamiteux plan Espoir banlieue) et qui se sont toujours révélés d’une inefficacité crasse ?

 

Je me suis engagé à lancer une nouvelle génération d’opérations de renouvellement urbain et de cohésion sociale pour mener de front la bataille de la qualité de vie et celle de la réussite pour tous. Mais un vrai désenclavement de ces quartiers passera avant tout par l’éducation et l’emploi, qui sont les premiers facteurs d’intégration. C’est pourquoi j’affecterai prioritairement les postes crées dans l’éducation nationale dans les territoires délaissés par la République, je créerai 150 000 emplois d’avenir à destination des jeunes, et je soutiendrai les entreprises qui innovent et qui embauchent des jeunes des quartiers.

 

  • Immigration

 

 Comptez-vous assouplir les conditions de régularisation ou d'obtention de la nationalité ? Quels seront les critères ?

La politique migratoire a fait l'objet depuis 10 ans d'agitation, de mystification et d'outrances.

A l'opposé, je veux assumer une politique responsable: c'est à dire une politique qui assure une gestion des flux et la nécessaire lutte contre l'immigration irrégulière. Mais aussi une politique qui perçoit l'immigration dans toutes ses dimensions, sécurise l'immigration légale et promeut une approche renouvelée en matière d'intégration des migrants.

Les régularisations doivent se faire sur la base de critères objectifs, clairs et transparents, sur la base d’un examen individuel des dossiers. J’ai déjà fixé trois critères principaux : la situation de travail, la situation de famille et la durée de présence qui seront précisés après concertation avec les acteurs concernés. Je veux mettre fin à l'arbitraire qu'on connait aujourd'hui. Il n'y aura donc pas de régularisation massive.

 

Qu'en sera-t-il de l'immigration légale également mise à mal aujourd'hui : droit d'asile, liste des métiers de la circulaire Guéant, étudiants ?

 

Je me suis engagé à abroger la circulaire Guéant du 31 mai 2011 qui a fait tant de mal, qui a éloigné de nous tant de brillants étudiants.

S’agissant de l’immigration professionnelle, aujourd'hui s'applique le système dit de "l'opposabilité de la situation de l'emploi", permettant de ne recourir à l'immigration économique que dans le cas de besoins avérés dans un secteur et un métier donnés. Cette opposabilité n'est pas utilisée dans les secteurs dits en tension.

Le principe sera conservé car elle permet le recours à une immigration économique en fonction de notre marché du travail. Mais il faut y apporter des adaptations et beaucoup plus de transparence. C'est le sens du débat parlementaire que j'ai proposé.

La liste des métiers en tension qui existe aujourd’hui ne correspond à aucune réalité économique, elle a été réduite de moitié en catimini en août dernier par Claude Guéant, sans aucune logique également. De même, il existe aujourd’hui tant d’autres listes qui viennent la compléter, comme les listes conclues par les accords bilatéraux. Je veux mettre fin à cette opacité.

Je souhaite par ailleurs développer une politique d'attractivité des travailleurs qualifiés.

Enfin, s’agissant du droit d’asile, son respect nous est imposé par nos engagements internationaux et j’entends bien sûr les respecter.

 

  • Monde arabe

 

Travaillerez-vous à une normalisation des relations avec l'Algérie ?

 

Si je suis élu, je ferai en sorte que l'année 2012 soit celle d'un nouveau départ pour les relations entre la France et l'Algérie, qui est un pays où je me suis souvent rendu. Nos pays se situent au cœur des enjeux de la relance de la construction d’un espace de paix et de développement durable entre les deux rives de la Méditerranée. Il nous faudra dépasser le passé avec courage et honnêteté pour préparer l'avenir avec ambition. C’est ce qu’attend tout particulièrement la jeunesse de nos deux pays.

 

Comment comptez-vous agir sur le dossier syrien ? Envisagez-vous une intervention, de quel type ?

 

Les massacres qui se poursuivent dans ce pays sont intolérables. Il n’est pas acceptable que la Russie et la Chine bloquent l’action du conseil de sécurité des Nations Unies. Tout doit être fait pour venir en aide aux populations civiles et pour soutenir les efforts de la Ligue arabe. Bachar el Assad et ses complices devront rendre des comptes devant la Cour Pénale internationale.

 

 Propos recueillis par Yann Barte pour Le Courrier de l'Atlas

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Published by Yann Barte dans LE COURRIER DE L'ATLAS - dans Politique
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commentaires

LOUANCHI 13/01/2013 17:05

HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE : HOCINE... DAILYMONTION