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1 avril 2002 1 01 /04 /avril /2002 23:40

Il enchaîne les plateaux TV, les podiums de défilés, les salles de concert, les cours de danse... A peine 30 ans et déjà un joli palmarès. Chorégraphe international d'origine kabyle, Kamel Ouali est sollicité partout et par tous, de Mariah Carey à Tom Jones, du jazz au hip hop, de Tokyo à Las Vegas, de Tom Ford à Cacharel et de Manu Diabango à... TF1 ! Oui, c'est Star Academy qui révèle au Maroc aux yeux du grand public (TPS oblige) cet artiste qui n'en était pourtant pas à son coup d'essai.

 

 

FDM : Vous avez fait énormément de choses et pourtant on vous connaît surtout pour être le prof de Star Academy. Ca ne commence pas à vous peser un peu ?

 

kamel-ouali---femmes-du-maroc.gifKamel Ouali : Non. Si les gens dans la rue ont pu mettre un visage sur un nom déjà entendu, c'est plutot positif. C'est vrai qu'on m'associe souvent à Star Academy. Mais généralement, on m'interroge aussi sur ce que j'ai fait avant, mes projets... Ceci dit, lorsque j'ai choisi de faire l'émission, je me suis posé plein de questions : est-ce bon pour mon image ? Est-ce que je ne vais pas me griller auprès des gens de la pub, du ciné... ? Le résultat a été en fait très bénéfique.

Qu'est-ce qui vous a fait hésiter ? L'image que vous aviez de la real TV ?

Quand on innove dans un projet, on s'interroge toujours. Mais nous avons peu d'images en France de ce type d'émission. On a eu le "Loft" mais le concept était différent. Dans Star Academy, il ya une vraie démarche artistique. C'est bien aussi d'être au commencement à l'origine d'un projet. On peut ainsi donner sa touche, son identité. Je pense l'avoir fait. Beaucoup de choses ont été dirigées enfonction de ma personnalité, ma façon de travailler.

 

En septembre, vous repartez donc pour une deuxième ?

Oui, car j'ai commencé à diriger l'quipe autour de moi, donné ma touche. En revanche, je ne suis pas sûr que j'aurais accepté si cela avait été une reprise de rôle.

 

Quel est le point commun entre les 10 commandements, les Folies Bergères, Star Academy, un défilé de Raph Lauren ou un clip de Tom Jones ?

 

Je pense être le même chaque fois. Ma démarche est toujours artistique quoi qu'en pensent certains. On m'a en effet accuser de vouloir faire du fric avec Star Academy. Pour moi c'est avant tout un challenge : former des gens en un minimum de temps ! Et les progrès ont été réellement énormes. J'en étais le premier surpris. Pourtant, lors du premier cours, je me suis dit "Au secours, faut que je me sauve de là !" Certains candidats n'avaient jamais dansé ! en fait, le point commund e tout cela, c'est le travail. On arrive toujours alors à quelque chose.

 

Je voudrais quand même votre avis d'expert : peut-on vraiment transformer un thon en star ?

 

Je ne prendrai pas le terme de star. Pour moi, ce n'en sont pas. Il y en a d'ailleurs très peu dans le monde : Madonna, Tina Turner... A Star Academy, ce ne sont pour moi que des apprentis stars. Mais si on travaille, on arrive toujours à des résultats.

 

Ce que montre votre parcours, et peut-être finalement une émission comme Star Academy, c'est les apports mutuels des disciplines entre elles. La danse aujourd'hui nécessite-t- elle cette pluridisciplinarité ?

 

Bien sûr. On demande aux chanteurs de savoir danser, jouer la comédie ; aux danseurs de savoir jouer la comédie, et même parfois faire le chorus... Nous arrivons à une nouvelle ère. De nombreuses écoles naissent. J'ai été plusieurs fois contacté pour ouvrir des structures calquées sur le modèle de Star Academy.

 

Est-ce un besoin, une mode ? Nous avons vu par exemple en France le succès, il y a deux trois ans, de la capoeira, mêlant la danse, le chant, l'art martial, la musique, l'acrobatie ?

Ce n'est pas un phénomène nouveau. Le danseur a toujours pris des cours de théâtre, de chant, de même que le chanteur. Ce qui est nouveau, c'est cet engouement pour les comédies musicales. C'est d'ailleurs étonnant que ça ne prenne que maintenant en France. On sait qu'en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, des villes forment à la comédie musicale. Restait Paris... Et quoi de mieux que Paris pour la comédie musicale ?

 

Au Maroc, un type de comédies musicales a toujours beaucoup de succès auprès d'un public populaire : les comédies indiennes. Qu'en pensez-vous ?

 

J'ignorais leur impact, mais je trouve ça génial. Je trouve ces comédies fabuleuses, "kitschissimes" à mourir et en même temps pleines de magie. Il y a un côté irréel, une générosité qui sort de ces comédies indiennes, extraordinaires. J'adore. Mais je ne suis pas sûr qu'en France nous soyons prêts pour cette culture. ...

 

... Avez-vous travaillé aussi avec Yves Saint Laurent ? Quelle était cette collaboration ? La mode vous inspirerait donc aussi ?

 

J'ai travaillé en fait avec Tom Ford sur le lancement du parfum "Nu ". Nous avons organisé une soirée événementielle à la Bourse pour la sortie du parfum. Avec quarante danseurs nus dans un cylindre en plexi glace. Les gens évoluaient autour. Une performance qui a duré quatre heures. C'était très beau. Le design, les lumières somptueuses, plein de magie. Nous avions voulu quelque chose de végétal, d'animal. Nous avons été assez bien récompensés : les images sont passées dans le monde entier. Yves Saint-Laurent est un génie. C'est bien aussi qu'il y ait une relève. Tom Ford fait des choses fantastiques avec magie et simplicité. Il n'y a pas de mystère, il est au goût du jour. La mode m'inspire. Pour moi, le vêtement fait partie intégrante du show. C'est même quelquefois le costume qui va me diriger sur la gestuelle, la chorégraphie.

 

La danse est-elle accessible à tous ?

 

Oui. Mais tout dépend de ce qu'on veut en faire, bien sûr. La danse peut exiger un travail aussi dur que celui d'un sportif de haut niveau. Et nous ne voyons jamais un sportif de haut niveau obèse. Il y a donc des limites.Il faut un corps approprié.

 

Vous enseignez toujours à l'Académie de danse internationale de Paris et au Conservatoire de Saint-Denis et de la Courneuve. Vous devez avoir un public très différent ?

 

Non, aujourd'hui je n'ai plus le temps. Je ne donne que des sessions de stages. Je vais donner un stage à la Réunion, au Japon, maximum une semaine, 10 jours. Mais c'est effectivement là que j'ai commencé. J'ai affaire à des publics très différents, c'est ce qui me motive aussi. Ce que j'apprends avec des jeunes de la Courneuve, je m'en sers avec les jeunes du 16ème.

 

Un des candidats de Star Academy disait que la danse était -je cite "un truc de pédale". Ça ne vous insupporte pas de donner des cours à des Mickeys pareils ? Sans les caméras et le contrat qui vous lie à la chaîne, vous l'auriez viré ? Vous aviez sans doute déjà entendu ce genre de propos ?

 

Non. En fait, j'ai discuté avec lui. Il a 22 ans et il va évoluer. Il s'est d'ailleurs déjà ramassé quelques petites claques. C'est un fils unique d'une famille qui a beaucoup d'argent... Mais je ne veux pas faire de généralités. Je suis né à Saint-Denis. J'ai commencé la danse très tôt. Pas une seule fois je n'avais entendu ces propos auparavant.

 

La danse, et peut-être plus particulièrement la danse classique, reste encore largement associée à la féminité. Est-ce qu'elle n'a pas encore du mal à s'affirmer auprès d'un public masculin, notamment dans les pays du Maghreb ?

 

Je crois que les choses sont vraiment en train de changer. Au Maghreb comme dans les banlieues. C'est l'arrivée du hip hop qui a fait évoluer les choses. Les danseurs hip hop vont tous prendre des cours de classique, de jazz, de danse contemporaine.

 

Avez-vous des préférences pour un style de danse ?

 

J'aime vraiment mélanger différents genres, différents univers. Je n'ai pas de préférence. Dans un spectacle, j'aime aussi mélanger des danseurs hip hop avec des danseurs "classique " ou "contemporain". C'est très enrichissant. Musicalement, c'est pareil.

 

Qu'est-ce que le style "0uali" des "chorés dynamiques et sexys" comme on a dit ?

 

Tout dépend. Lorsque j'ai par exemple travaillé avec Tom Jones pour le clip de "Sex Bomb",c'était effectivement très sexy. C'était aussi à sa demande. Mais ce n'est quelquefois pas du tout sexy, comme pour le parfum "Nu ". J'aime changer d'univers, me bousculer. Je n'aime pas rentrer dans la facilité.

 

Quand avez-vous eu le déclic pour la danse ?

 

Lors de mon premier cours de danse, à 12 ans. C'était du jazz. Ma soeur faisait de la danse dans une MJC à la Courneuve. Sa prof voulait un garçon pour le spectacle de fin d'année. Elle a demandé à toutes ses élèves d'auditionner leurs frères. Je suis issu d'une famille nombreuse : j'ai 12 frères et soeurs. Nous sommes trois à avoir été testés. J'ai été pris. A la fin du cours j'ai annoncé que ce serait mon métier. Je voulais déjà apprendre aux autres. Je ne connaissais pas le terme de "chorégraphe" mais pour moi, c'était déjà ce que je voulais faire.

 

Qu'est-ce que vous préférez le plus dans la danse ?

 

La création. Le moment où on cherche, où on s'enferme dans un studio à plusieurs et où on cherche durant six, huit heures... à être juste.

Pina Bausch, grande chorégraphe de la danse contemporaine, disait que la danse commence avec la marche...

J'adorerais la voir. A chaque fois que j'ai voulu voir son spectacle, c'était complet. C'est sans doute vrai. Je me suis quelquefois inspiré pour des spectacles de la façon de marcher des gens. Il y a plein de démarches différentes et, très bizarrement, elles varient selon les quartiers. Les gens se tiennent beaucoup plus droit à Saint Germain. Ces mêmes personnes se tiendront différemment aux Halles ou à Strasbourg Saint-Denis. C'est assez étrange.

 

Vous avez des contacts avec le Maghreb ?

 

Je reçois énormément de courrier du Maroc, de l'Algérie... des messages personnels, des invitations à donner des stages. Et j'espère bien trouver le temps de le faire. Ces messages me touchent beaucoup. Je suis aussi contacté par de nombreuses mères de famille, dans la rue aussi. Elles viennent m'embrasser. Elles sont contentes de voir que des petits jeunes de banlieues, comme elles disent, réussissent. J'ai aussi été contacté par le Palais royal pour deux soirées événementielles en mai. Je suis en pourparlers. Je connais un peu le Maroc pour avoir été à Marrakech et Essaouira. J'ai adoré. J'aimerais faire le tour du pays, un mois, un mois et demi...

 

Quels sont vos projets ?

 

Star Academy continue. Je fais toujours la chorégraphie des spectacles. Bientôt, je prendrai un assistant pour me seconder. Je prépare aussi une nouvelle comédie musicale dont je ne peux encore parler et Les 10 commandements que nous allons monter à Los Angeles, New York et Las Vegas. Trois équipes aux Etats-Unis ! Ce sera dans chaque ville un spectacle un peu différent. A Las Vegas, par exemple, le spectacle aura lieu au-dessus d'un hôtel, en extérieur, dans un "jardin de Babylone ". A New York, ce sera sous un chapiteau. A Los Angeles, on étudie encore la question. Au Canada, nous montons deux équipes : francophone et anglo-saxonne. En fait, je suis pris sûr jusqu'en janvier 2003 !

 

Propos recueillis par Yann Barte, Femmes du Maroc, avril 2002

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Published by Yann Barte, dans FEMMES DU MAROC, avril 2002 - dans Buzz
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