Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
10 octobre 2011 1 10 /10 /octobre /2011 12:24

    

Les quelques applications déjà nées de l'ouverture des données publiques concernent surtout les transports et la découverte des parcs arborés.

Les villes pionnières encouragent la communauté des développeurs à la réutilisation des données avant la recherche d'un modèle économique

 

Géolocaliser sur la carte de la ville les essences des arbres dans les parcs et jardins ? C'est possible aujourd'hui, grâce à l'initiative de deux développeurs qui ont réutilisé les données mises en ligne sur les sites « open data » de Paris et de Rennes. Anecdotique ? Pourtant, ces applications sont citées spontanément pas les deux premières villes pionnières du « lâcher de données publiques ». Même si l'exemple semble encore bien éloigné des « promesses vertigineuses de l'open data », comme nous titrions dans nos colonnes le 8 novembre 2010, le mouvement de la réutilisation des données publiques territoriales est bel et bien enclenché. Les villes pionnières élaborent, pas à pas, cette « plateforme d'innovation numérique », modèle de la ville 2.0 prôné par la Fondation internet nouvelle génération (FING), qui les accompagne dans leur démarche.

Si, à Paris, c'est la liste des prénoms donnés entre 2004 et 2010 qui est la plus téléchargée, à Rennes (Ille-et-Vilaine), les données liées aux transports mises en ligne par le délégataire sont plébiscitées. Bien sûr, faute d'accord à ce jour avec la RATP et le syndicat des transports d'Ile-de-France (Stif), les réutilisations des données de la ville de Paris semblent plus limitées en termes d'usage. Les jeux de données sont par exemple mis en forme sur des cartes interactives. On peut ainsi voir s'afficher l'historique des noms des rues de Paris, les statistiques de l'état civil, les bureaux de vote, les équipements de proximité, des informations en matière de voirie et d'urbanisme, les lieux universitaires. « Il n'y a aucune obligation d'informer des réutilisations si l'usage reste privé », indique Georges-Etienne Faure, conseiller auprès de Jean-Louis Missika, adjoint au maire chargé de l'innovation. Même si ces applications n'ont pas un usage de masse, les principes de l'open data sont respectés, puisqu'elles n'auraient pas été financées par la municipalité.

Mobilité privilégiée

De son côté, Rennes métropole, qui ouvert la marche en mettant en ligne en octobre 2010 les premiers jeux de données, conserve son avance, en particulier grâce aux données de transport de son délégataire Keolis. Le concours « Rennes métropole en accès libre » a aussi stimulé la création d'applications, majoritairement liées à la mobilité dans la ville et utilisables aussi bien sur ordinateur que smartphone (lire l'encadré p. 37). Parmi celles-ci, une carte des lieux accessibles aux personnes handicapés, des calculs d'itinéraires écologiques dans la ville, un descriptif géolocalisé des arbres du parc Thabor et des parcours de course à pied.

Ces applications sont accessibles au plus grand nombre sur le portail Proxima-Mobile, géré par la Délégation aux usages de l'internet. Concernant les données liées aux transports, Paris ne perd pas espoir de trouver un accord avec la RATP et le Stif pour combler le manque. De récentes captations sans autorisation des plans de métro ont d'ailleurs mis en lumière l'attente des usagers.

Un coût à évaluer

Un retour sur investissement est espéré par les collectivités. Pourtant, les coûts engendrés ne sont pas budgétés en raison du caractère encore expérimental de ces initiatives. En effet, la mise à disposition des données, leur structuration et la création du site web ne sont pas chiffrées. Il s'agit plutôt de temps venu s'ajouter au travail quotidien des services.
« Nous sommes contents d'avoir des réutilisations, mais il est illusoire de chiffrer le retour sur investissement, notre objectif est d'apporter un soutien aux entreprises innovantes et de jouer la transparence citoyenne. Le métier d'une ville n'est pas de faire des applications pour l'Iphone », tranche-t-on à Paris. Il n'est pas non plus envisagé d'installer un comité de pilotage qui validerait le type de réutilisations possibles. En effet, les décisions sur l'exclusion des données « à risque » pour la sécurité ou les fichiers nominatifs sont prises en amont. La philosophie commune à ces villes est, bien sûr, d'encourager certains types d'usages, en toute conscience des effets pervers de certains autres affichages de données sur une carte.
Si la recherche d'un modèle économique n'est pas, pour l'heure, la priorité de ces premières expérimentations, le potentiel n'échappe pas aux acteurs de la téléphonie. Certes, l'open data s'inscrit, selon Orange, « dans la réflexion globale autour de la responsabilité sociétale de l'entreprise » au travers notamment de son partenariat avec la Fondation internet génération, l'association qui accompagne les villes pionnières. Cependant, l'opérateur ne s'interdit pas d'agir en tant que « tiers de confiance », de « facilitateur » entre collectivités locales et entreprises qui équipent la ville. Par exemple pour trouver des modèles de collecte de données issues des capteurs dans le domaine de la gestion des déchets, de l'eau, de l'électricité...
« Nous jouons aussi notre rôle d'industriel en mettant à la disposition de la communauté des développeurs des bibliothèques d'applications sous forme d'API [interfaces d'accès, ndlr], afin de stimuler l'offre de services autour de la téléphonie mobile. Et nos laboratoires travaillent sur la qualité des données pour mettre en place des standards », précise Anita Iriart-Sorhondo, de la direction des relations avec les collectivités locales de France Télécom - Orange.

Alternatives en perspective

Il ne suffit toutefois pas d'être une ville très impliquée dans le développement des usages numériques pour se lancer sans hésiter dans l'aventure de la donnée libérée. Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) - qui a pourtant remis le « Trophée de l'e-démocratie » à Rennes métropole, en octobre 2010, pour la création de son site « data.rennes-metropole.fr » lors du forum « World-e-gouv » - s'interroge ainsi sur l'intérêt pour une commune de sa taille de créer son propre « entrepôt » de données. « Nous sommes d'accord sur le principe de libérer des données pour développer des services auxquels nous n'aurions pas pensé, mais si c'est au prix de contraintes techniques supplémentaires, nous ne sommes pas si pressés que cela. Nous préférerions rejoindre une plateforme globale plutôt que de créer la nôtre », commente Eric Legale, directeur d'Issy Media, société d'économie mixte chargée de la communication et des technologies de l'information de la ville.
Le site « data.gouv.fr », qui ouvrira les données administratives nationales à partir de décembre 2011, pourrait apporter une réponse à ce souhait. La mission Etalab, chargée de préparer cette ouverture, associe actuellement à ses ateliers de travail les villes pionnières pour créer un espace dédié aux collectivités locales qui souhaiteraient publier leurs données.
D'autres alternatives voient le jour, basées cette fois sur l'échange de données entre opérateurs économiques et acteurs publics. Ainsi, le projet Dat Act - parrainé par les pôles de compétitivité Advancy, Mov'eo et Cap Digital Paris région - vise à constituer des bourses d'échange de données autour de projets de services liés à la mobilité dans la ville. « Il faut raisonner autour d'une donnée à partager dans une logique de flux. Une application liée aux déplacements aura un impact sur l'organisation de la ville. Une gouvernance qui associe les décideurs locaux est indispensable pour en maîtriser les conséquences sur le territoire », détaille Bruno Caillet directeur du développement chez Le Hub, entreprise maître d'oeuvre du projet.
Dat Act organisera ces prochains mois des ateliers pour que des collectivités locales rencontrent les grands opérateurs qui ont des données géographiques à partager. Bourse d'échange de données ou entrepôt ouvert au plus grand nombre ? La solution résidera sans doute davantage dans la complémentarité entre ces deux options que dans la concurrence. 

 

avantages

Le cadre juridique favorise la mise en ligne des données publiques.
Les citoyens et les entreprises ont la possibilité de créer des applications auxquelles la collectivité n'aurait pas pensé ou qu'elle n'aurait pas pu financer.

inconvénients

Les méthodologies de mise en oeuvre sont encore complexes. Les formats de données et les types de licences sont multiples.
L'accès n'intéresse qu'un public de spécialistes.
La gratuité des données fait encore souvent débat.

5 % des demandes faites en 2009 à la Commission d'accès aux documents administratifs concernaient la réutilisation des données. L'intégralité des réponses a été favorable aux réutilisateurs.

Etats-unis : une création d'applications embryonnaire 

Les New-Yorkais peuvent télécharger la description des arbres de leur ville, mais aussi s'informer les retards des vols des compagnies aériennes ou localiser des délinquants sexuels... Pionnier de l'open data, le territoire américain voit aussi se développer les premières applications sans grande cohérence, mais avec une certaine ferveur utopiste. Après l'investiture du président Obama et avec le lancement, en mai 2009, du site « data.gov », 23 Etats et 8 villes ont emboîté le pas au gouvernement. Aujourd'hui, le pays compte 2 000 plateformes générales et 24 000 sous-sites. Plus de 200 applications sont issues de data.gov. Cependant, les autorités locales et fédérales ont compris qu'il fallait accompagner le mouvement, en incitant à la création de communautés d'intérêt, en encourageant les étudiants à développer des interfaces d'accès (ou API) simples à utiliser et en organisant des concours, appelés « hackathons », visant à créer des applications en une journée.

Rennes métropole (Ille-et-Vilaine) - 37 communes - 402 000 hab. - Priorité à l'animation du réseau des réutilisateurs 

« Nous restons en contact avec les lauréats du concours organisé en mai pour les aider à passer de la création à la vulgarisation de leur application », explique Yves Préault, conseiller communautaire de Rennes métropole et maire adjoint de Rennes. Le concours « Rennes en accès libre », doté de 50 000 euros, avait primé 8 des 43 applications présentées. A l'exception d'une entreprise, les participants étaient de développeurs amateurs, étudiants pour la plupart. « Nous avançons en marchant car, pour l'instant, les données sont brutes et difficilement accessibles à un public non spécialiste, reconnaît l'élu. C'est pourquoi nous organisons des ateliers de coconception?. » L'animation du réseau des réutilisateurs est donc un maillon essentiel pour l'ouverture des données publiques, opérationnelle à Rennes depuis avril 2010. En juin dernier, s'est tenu par un atelier « de visualisation de l'information rennaise ». Lors d'un prochain atelier, avant la fin de l'année, les lauréats du concours rencontreront des webmasters, des designers graphiques, des urbanistes, des créateurs de sites et des sociologues. « L'objectif est de collaborer avec les associations pour les encourager à faire des propositions d'applications. Ce qui nous intéresse dans l'open data c'est de faire appel à l'intelligence collective pour innover », conclut Yves Préault.


LE BILAN 

43 applications créées depuis avril 2010 et 1,5 million de connexions vers un catalogue de 157 jeux de données.

Communauté urbaine de Bordeaux (Gironde) ? 27 communes ? 719 500 hab. Un changement culturel pour les services - 

« La direction des systèmes d'information [DSI] a proposé d'être maître d'ouvrage sur le projet open data car les données libérées sont dans notre système d'information », explique Frédéric Théodore, directeur adjoint des SI de la communauté urbaine de Bordeaux (CUB). De son côté, l'agence des initiatives numériques d'Aquitaine anime le réseau des réutilisateurs. « Partir d'un gisement de données développées en interne pour favoriser la création d'applications non maîtrisées est un changement culturel pour la CUB. De plus, dès la conception de nos programmes, nous devons nous poser la question de la lisibilité des données pour leur réutilisation ultérieure », indique Frédéric Théodore. La collecte a consisté à se rapprocher des services pour dresser la liste des données « ouvrables » et à évaluer les risques et les contraintes légales. Cette charge s'est ajoutée au travail habituel de la DSI. « Nous sommes en phase d'expérimentation et, si nous devions poursuivre, il y aurait forcément un coût et des ressources associées », poursuit-il. A peine les données mises en ligne, le 6 juin, une application était créée. Elle fournit l'emplacement des arrêts de bus et des informations concernant les horaires. D'autres applications, telle l'évaluation de biens immobiliers, sont attendues d'ici la fin de l'année.


LE BILAN 

Un mois et demi après l'ouverture des données, 4 000 visiteurs uniques, 1 800 téléchargements et 1 application créée.

 

Sophie Maréchal, La Gazette des communes le 10 octobre 2002

IMAGE_20111011_15496125-copie-1.gif

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Sophie Maréchal dans La Gazette des Commues le 10 octobre 2011 - dans Vie numérique
commenter cet article

commentaires