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21 mai 2005 6 21 /05 /mai /2005 15:10

Islam, immigration, partenariat Nord-Sud... Nous sommes aussi concernés par la Constitution européenne, actuellement en ballotage.

 

La Constitution européenne est un peu comme le Coran : chacun en tire les arguments les plus contradictoires. « Souvent par proximité avec les mouvements d'extrême gauche et altermondialiste, la majorité des Maghrébins de France votera non » est persuadé Abdelkebir Jbil, « européen convaincu » et président du Mouvement des Maghrébins Laïques de France. Chez lui, c'est la question de la laïcité qui a retenu toute son attention et il votera « non ». Si l'Europe ne devient pas ce « Club chrétien » très fermé, souhaité par certains pays membres (la France s'étant violemment opposé aux références de « racines chrétiennes » dans le préambule de la Constitution), le texte n'est assurément pas pour autant d'inspiration laïque. Le mot lui-même n'y figure pas une seule fois sur les quelque deux cents pages !

 

« L'institutionnalisation du dialogue avec les religieux - de tous bords - (art. I-52) nous inquiète particulièrement. C'est encore donner du grain à moudre aux islamistes qui ont déjà essayé d'utiliser les textes de la Convention européenne des droits de l'homme ». Abdelkebir Jbil craint une remise en cause de la loi du 15 mars 2004 sur l'interdiction du port des signes religieux « ostensibles » dans les écoles publiques et celle plus ancienne de 1905 (de séparation de l'Eglise et de l'Etat).

 

Avec des chercheurs, historiens, journalistes et associatifs, le Mouvement se mobilise d'ailleurs pour la restauration et le renforcement de la loi qui fête cette année son centième anniversaire.

De la question turque, à la question des droits des femmes… chaque fois dans le débat, la laïcité refera surface. « Rien sur les droits des femmes à disposer de leur corps, sur le droit à l'avortement, à la contraception, au divorce… » S'inquiètent les féministes pour qui ces droits sont loin d'être acquis aujourd'hui en Europe (Portugal, Irlande, Pologne Chypre et Malte interdisent toujours l'avortement). Gisèle Halimi qui voit dans ce texte une « menace contre les femmes » les invite à dire « non ». L'avocate regrette en outre l'absence de force contraignante d'une charte proscrivant « toute discrimination sur le sexe » et dénonce l'hymne au libéralisme (une "économie sociale de marché hautement compétitive" (art. I.3)) qui « frapperait plus durement les femmes que les hommes ».

 

La question de la Turquie surgit également au détour du débat sur la laïcité. Cependant, si « On agite des facteurs culturels, civilisationnels et religieux » est convaincu l'économiste Najib Akesbi « ce sont les données économiques qui jouent dans la crainte de l'adhésion de ce pays qui s'apprête à devenir une puissance exportatrice ». Possible au niveau des politiques, mais dans l'opinion publique, le rejet reste pesamment « culturel ». Les derniers projets de réforme du Code pénal turc criminalisant l'adultère (provisoirement abandonnés sous la pression) n'ont fait que nourrir ce front de refus français, générant un tollé dans l'Union au plus mauvais moment du calendrier européen.

 

Najib Akesbi ne croit pas à l'adhésion turque avant dix ou quinze ans. « Le pays pourra probablement développer comme le Maroc, l'Ukraine ou la Macédoine des relations fortes, mais sans devenir membre à part entière ». Si a contrario, la Turquie intégrait l'Union, Le Maroc pourrait légitimement à nouveau espérer…

 

Concernant la politique d'immigration, pas de surprise réelle ! Il n'y a pas à espérer d'ouverture généreuse et miraculeuse. Rapprochant les législations nationales, le traité constitutionnel ira plus loin dans l'européanisation des politiques d'immigration. Seule, la gestion des flux migratoires restera de la compétence des Etats. L'immigration clandestine sera plus que jamais traquée et les politiques d'asile restreintes de façon drastique.

 

Il ne faut pas pour autant se laisser impressionner par les « récents propos électoralistes et de circonstance de M. De Villepin » prévient Mehdi Lahlou. « Il lui faut rassurer son électorat et celui de l'extrême droite. La réalité c'est que la France est déjà pleine d'infirmières espagnoles comme de médecins marocains et qu'elle aura encore besoin de main d'œuvre. Dans les 10/15 ans à venir, l'Europe devra faire appel à une vingtaine de millions de travailleurs ! »

En matière de partenariat, le Maroc gagne certainement à avoir une visibilité face à une politique commune. « Mais compte tenu de la composition actuelle à 25, une grande partie des nouveaux arrivés pourraient aussi entrer en conflit avec des pays comme le Maroc » s'inquiète Najib Akesbi. « Demain, la Hongrie, la Pologne… pourraient bien jouer le rôle que l'Espagne et le Portugal ont par exemple joué sur les produits agricoles ».

 

Pour cet économiste, le problème du partenariat euro-marocain est lié aux règles de fonctionnement régissant l'Union. « La manière dont l'Europe prend les décisions est contraignante et paralysante. Pour un intérêt extrêmement catégoriel, un seul pays pourra ainsi s'opposer à l'avancée d'un domaine. Le Parlement étant le terrain où s'affrontent tous les lobbies, ce sera le nivellement par le bas. Il faut réduire le domaine d'unanimité, prendre davantage de décision à la majorité qualifiée ». Même son de cloche chez l'économiste Driss Benali qui regrette déjà la « flexibilité d'antan » avec laquelle le Maroc pouvait jouer dans ses échanges avec la France. « Avec l'Europe, la France qui a toujours été le porte-parole du Maghreb, pourrait bien se trouver ligotée ».

 

Yann Barte, Tel Quel, 21 mai 2005

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Published by Yann Barte, dans TELQUEL, 21 mai 2005 - dans Politique
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