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1 février 2011 2 01 /02 /février /2011 00:05

Bloc identitaire, Riposte laïque, FN, Résistance républicaine...

 

EXTREMISME Les Assises contre l’islamisation de l’Europe en décembre dernier ont mis en lumière un nouveau syncrétisme anti-musulman rassemblant groupuscules d’extrême droite et militants issus de l’extrême gauche.

 

 Il y a des chiffres qui font mal : pour 42 % des Français, la présence d’une communauté musulmane en France représenterait “plutôt une menace pour l’identité de notre pays” (sondage Ifop/le Monde, déc. 2010). Evidemment, on pourra toujours rétorquer que les questions sont mal posées et même parfois biaisées. Qu’entend-on par “identité de notre pays” ? Il n’empêche. Le malaise est là, indiscutable, comme dans la quasi-totalité des pays européens, tandis que le rejet des musulmans se voit désormais théorisé à gauche comme à droite.

 

Le musulman, cet “autre”

 

Riposte-laique.JPGL’islam a souvent servi de figure de “l’autre”. C’est la culture différente, incompatible avec la nôtre, voire ennemie de la nation française (pour le FN), de la civilisation européenne (pour l’extrême droite païenne identitaire) ou de la civilisation chrétienne (pour le Mouvement pour la France). L’opposition à l’islam est une constante dans l’extrême droite française, même si les argumentaires varient selon les courants et les périodes. Avec Marine Le Pen, le FN s’est plus récemment “ouvert” à une certaine modernité culturelle en matière de mœurs. C’est ainsi que, lors d’un discours sur “l’islamisation des banlieues”, Marine Le Pen a pu jouer les gays contre les musulmans, comme le faisait, il y a quelques années au Pays-Bas, le populiste Pim Fortuyn, ouvertement homosexuel lui-même.

Elle jouera demain le contraire si la tactique s’avère plus payante. Il s’agit moins aujourd’hui d’opposer l’islam aux valeurs chrétiennes que de criminaliser l’immigré musulman.

 

Alors, l’hostilité à l’islam est-elle consubstantielle du mouvement national, comme s’interrogeait en 2007 Christian Bouchet, l’un des leaders du courant nationaliste-révolutionnaire français, à l’université d’été d’Egalité et Réconciliation ? Non. “L’islam n’a pas toujours été considéré négativement par les nationaux”.

Et de rappeler que la victoire des islamistes du FIS algérien a été saluée par beaucoup d’entre eux. Elle était “vue comme un début de solution à l’immigration à laquelle le FIS est hostile, comme il est opposé au mélange de la culture arabe avec celle de l’Occident”. De même, Bouchet écrivait en 2009 à propos des élections volées iraniennes : “Ne cachons pas notre joie. La victoire de Mahmoud Ahmadinejad, c’est aussi d’une certaine manière notre victoire, celle des mal pensants et des résistants…”

 

Ainsi, l’extrême droite a toujours salué à sa manière l’émergence, dans d’autres pays, de courants de l’islam politique ou intégriste. Une posture qui ne semble pas en contradiction pour elle avec une stigmatisation de la communauté musulmane du pays. Face aux succès des droites populistes européennes, comme l’UDC en Suisse, l’extrême droite française s’est emparée à nouveau du thème de la lutte contre l’islamisation qu’elle avait, en partie pour le FN, mis de côté lors de la campagne de 2007. Elle avait même tenté alors, sans succès, une opération séduction en direction des immigrés.

 

Au racisme traditionnel, suprémaciste, succède depuis quelques années un différentialisme plus discret, qui passe mieux au regard de la loi Gayssot. Mais dans cette croisade anti-islam, la droite extrême a trouvé dernièrement de nouveaux compagnons de route, à gauche cette fois. Dans un délire commun, les jihadistes anti-islam, de gauche comme de droite, partagent le même fantasme d’une islamisation prochaine de l’Europe et la même haine contre le musulman d’ici.

 

“Doriotisme”

 

Riposte laïque, Résistance républicaine… ces nouveaux groupuscules de gauche, ultra-laïques et à la capacité de nuisance réelle, en ont surpris plus d’un par leur présence aux Assises contre l’islamisation de l’Europe, qui se sont tenues en décembre dernier à Paris, aux côtés du Bloc identitaire.

 

Riposte laïque (RL) a trois ans. Son premier combat (l’affaire Truchelut) marquait une rupture dans le camp laïque. Aux côtés de l’avocat du MPF, RL soutient Fanny Truchelut, qui avait exigé de deux femmes de retirer leur voile dans les parties communes de son gîte. Caroline Fourest, qui défend à travers les deux femmes voilées sa conception de la laïcité et les différences d’exigence selon les espaces (rues, gîtes ou bien écoles), écrit : “En tant que prestataire de service, une propriétaire de gîte n’a certainement pas à dire à des clients qu’elle ne veut pas ‘de ces gens-là’ (…) à moins de franchir la fine barrière séparant l’exigence de laïcité de l’intolérance.” Et cette barrière sera allègrement franchie…

 

Bernard Teper, président de l’UFAL (Union des familles laïques) et membre de la rédaction de Respublica, connaît bien ces “ultra-laïcs” qui ne cessent depuis leur création de fustiger l’islam et les musulmans. Pour cause, le président fondateur de Riposte laïque, Pierre Cassen, était autrefois dans ses rangs.

 

“On peut véritablement parler à leur sujet de ‘doriotisme’(1) : des gens qui partent de la gauche ou de l’extrême gauche et organisent un virage vers la droite et l’extrême droite.” Pierre Cassen incarne parfaitement ce virage surprenant. “Il a suivi le parcours d’un certain François Morvan, membre du comité central de la LCR et fondateur du mouvement Vive la République qui a intégré le Pôle républicain de Chevènement en 2002 avec l’idée de lier ‘les républicains des deux rives’. Le groupe rejoindra ensuite Debout la République, de Dupont-Aignan. Tout cela en quelques années à peine.” Pierre Cassen, ancien trotskiste, fait partie de cette mouvance. “Mais il se rallie à l’idée de Fabrice Robert, président du Bloc identitaire : le champ politique n’est pas la priorité, il faut d’abord gagner la bataille idéologique.” C’est ainsi que Cassen va vers les médias et les associations. Il devient membre de la rédaction de Respublica, journal en ligne de la gauche républicaine. “‘Il faut rencontrer François Morvan’ C’est la première chose qu’il nous a dite lorsqu’il s’est infiltré chez nous”, se souvient Teper.

 

Imposture

 

Christine Tasin, présidente de Résistance républicaine, a elle aussi connu cette incroyable transhumance politique, PS, puis MRC, elle a finalement rejoint un temps Dupont-Aignan, pour applaudir aujourd’hui aux propos de Marine Le Pen.

Aujourd’hui, c’est le FN qui se rapproche le plus du discours de RL. Pierre Cassen, que nous interrogions lors des Assises contre l’islamisation sur la comparaison de Marine Le Pen entre les prieurs de la rue Myrha et l’occupation allemande, déclarait alors : “On pourrait effectivement demander des droits d’auteur sur beaucoup de ses phrases”, avant de rappeler la désertion des politiques de gauche sur ces questions.

 

 

Après la rupture avec Pierre Cassen, “nous avons été attaqués en 48 h par toute une nébuleuse de groupes d’extrême droite : bivouac, cochon halal…” poursuit le président de l’UFAL. “Avec tous les liens qu’il avait avec l’extrême droite païenne et juive de type Ligue de défense juive”, un groupuscule ultra-violent qui, on ne sait pourquoi, n’a jamais été dissous.

Riposte laïque et Résistance républicaine partagent avec les intégristes musulmans littéralistes une même lecture essentialiste de l’islam, qui ne serait pas ce qu’en font les croyants. Ce serait une “religion à part”, intrinsèquement totalitaire, liberticide et absolument incompatible avec les valeurs de la République.

 

L’islam n’est pas, pour ces militants, une construction sociale ou historique. Le Coran est une norme juridique absolue, figée dans le temps. C’est pourquoi intégristes musulmans et mouvements racistes anti-islam se renforcent mutuellement. “L’antiracisme de Riposte laïque est en parfaite concordance avec celui des Indigènes de la République, qui ne dénoncent le racisme que lorsque les victimes sont noires, arabes ou musulmanes”, écrit Caroline Brancher, dans la revue Prochoix. “L’antiracisme affiché par Riposte laïque tient plus de la lutte clanique destinée à servir les intérêts d’un communautarisme blanc que du véritable combat antiraciste à portée universaliste.”

 

Mais alors que les Indigènes jouent franc-jeu, dénonçant d’emblée la laïcité et le féminisme comme une “gangrène de la République”, les mouvements ultra-laïques se parent au contraire des habits de la laïcité et du féminisme, tout en méprisant dans les faits l’universalisme et ignorant le concept philosophique même de la laïcité. En somme, une parfaite imposture.

 

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas, février 2011

 

(1) De Jacques Doriot, ancien communiste qui fonda le Parti populaire français, l’un des principaux partis de la Collaboration.

 

Voir l'article en PDF  sur le site de l'UFAL

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Published by Yann Barte, dans LE COURRIER DE L'ATLAS, février 2011 - dans Politique
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commentaires

prevost 18/08/2014 23:05

quand la grande Croisade salutaire anti-islamique commencera, il faudra, en tout premier lieu, éliminer physiquement, tous les irrémédiables tarés congénitaux comme Yann BARTE.

bousseau 22/01/2012 20:42

Le collaborateur ... c'est vous Yann Beurt ... collabo du système fasco-mondialiste etc ... AB

YB 24/02/2012 02:09



Vous vous êtes reconnu dans le terme de "doriotiste" ? Vous êtes aussi sans doute adepte des thèses d'Eurabia ? Je vous conseille de lire sur le même site l'article sur les théories du complot.