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3 avril 2008 4 03 /04 /avril /2008 10:38

Prospectiviste de l'édition, Lorenzo Soccavo s'intéresse depuis une dizaine d'années aux implications du numérique sur l'univers de l'imprimé : le livre, l'édition et la presse. Auteur du livre Gutenberg 2.0, ainsi que du blog de veille NouvoLivrActu, version Web et version Second Life, il était présent au Salon du livre de Paris, sur le stand de son éditeur, dans le nouvel espace Lectures de dem@in. 

Comment avez-vous vécu cette édition 2008 du Salon du livre ? 

 Lorenzo Soccavo : L'une des caractéristiques du salon cette année a tout d'abord été de proposer un village des lectures de demain ! C'est une nouveauté : le dernier village e-book datait de l'édition organisée en 2000. Cela m'a permis de mesurer l'intérêt des professionnels et du grand public. Les visiteurs venaient sur les stands du village pour voir ce qu'il en retourne et pour tester surtout les readers e-paper - on en trouve actuellement trois sur le marché français, l'Iliad d'Irex Technologies, le Cybook Gen3 de Bookeen et le reader Stareread Ganaxa de l'offre abonnement e-paper des Echos. J'ai un seul regret : l'emplacement dans le salon de ce village ne pouvait pas provoquer de passage spontané de visiteurs novices.


C'est assez symptomatique de la position de l'édition actuelle, non ? Le secteur sait qu'il ne pourra pas échapper aux supports numériques mais n'est pas prompt à les mettre trop en avant ? 

 L.S. : Depuis un an, les professionnels de la chaîne du livre ont réellement pris conscience que l'évolution du livre est inéluctable. Et les plus gros éditeurs sont en train de se préparer. Ils étudient les évolutions et les nouveaux supports de lecture et vont bientôt sortir en version e-paper des rééditions de livres. Par ailleurs, certains projets ouvrent de nouvelles voies. Comme des guides de voyage à la carte conçus pour la console Nintendo DS. Ou encore le fait que Gallimard jeunesse propose certains contes en version parlé pour le lapin intelligent wifi Nabaztag.

 

Etes-vous de ceux qui disent que le livre papier est amené à disparaître ?

 L.S. : Je dis que nous sommes en train de vivre une évolution du support de lecture. Je pense qu'on se rendra compte dans 5 ans que le livre papier relié aura été un chaînon entre les rouleaux de papyrus et les rouleaux d'e-paper. Mais les supports de cette feuille e-paper vont certainement encore beaucoup évolué. Tablette, cadre qui se déroule ou se déplie, de nombreuses expériences sont en cours dans le monde pour trouver le meilleur support de lecture. Je ne pense pas, bien au contraire, que le livre va disparaître, mais le support papier du livre, oui.

 

Pourquoi le papier électronique est si intéressant, pourquoi ne pas se dire qu'on lira sur des mobiles, des PDA ou des minis portables ? 

 L.S. : L'intérêt même de la technologie e-paper est de reproduire toutes les caractéristiques du papier, c'est-à-dire d'assurer un excellent confort de lecture, sans retro-éclairage : l'e-paper reflète la lumière ambiante, comme une feuille de papier. Personnellement, je trouve le confort de lecture meilleur que celui du papier, car on peut par exemple changer de taille de police. Par contre, comparées aux moyens de communication actuels, les readers peuvent sembler en retard : l'e-paper couleur n'existe qu'en laboratoire, et l'interactivité est encore minime. Mais il faut bien avoir en tête que la lecture constitue une activité spécifique, qui nécessite un dispositif dédié. Ceci dit, demain, on lira sûrement sur des supports variés, dont feront partie les readers e-paper.


Si dans 5 ans l'e-paper se sera imposé, un big bang s'annonce rapidement dans la chaîne du livre… 

 L.S. : En tout cas, certains acteurs seront particulièrement exposés : ceux qui sont directement liés à la matérialité, papetiers, imprimeurs, diffuseurs et distributeurs. Déjà aujourd'hui, des libraires, en France et en Suisse, réfléchissent à équiper leurs magasins de bornes de téléchargement. En Chine, la première librairie sans papier a ainsi vu le jour. De nouveaux modèles vont aussi s'inventer comme par exemple le livre imprimé à la carte, selon le choix du lecteur. Et puis on verra également d'autres formes de distribution, dans le Web 3D, dans des univers comme Second Life : avec des librairies virtuelles, où on commandera ses e-books à des avatars pilotés derrière par de vrais vendeurs.


Et la presse dans tout ça ? Va-t-elle se convertir aussi à l'e-paper ? 

 L.S. : Les Echos ont tout de même été le premier journal au monde à sortir une édition e-paper. Depuis, le Kindle d'Amazon est sorti avec un pack de multiples journaux et magazines, dont Le Monde. Historiquement, la presse a toujours été pionnière par rapport aux nouvelles techniques d'impression et le secteur regarde depuis longtemps l'e-paper. Aux Etats-Unis, même s'il s'agit encore de coup de comm, on trouve des tables de café qui servent de support au journal du jour. Dans la presse, on va spontanément vers la multiplicité des supports de lecture, la logique multicanale est déjà une évidence.

Au-delà de la presse et de l'édition, y a-t-il d'autres secteurs qui seront impactés par l'e-paper ? 

 L.S. : La qualité de la lisibilité, mais aussi la très faible consommation d'énergie des supports de l'e-paper, sont deux atouts qui lui prédisent un bel avenir pour de multiples applications. Par exemple en affichage urbain, Decathlon fin 2006 a expérimenté une campagne à base d'e-paper, avec MPG-Art et Tebaldo, une vraie révolution. Dans un domaine très différent, au Japon un hôpital a conçu le dallage de son sol en e-paper, afin de guider les visiteurs, en fonction de leurs parcours, jusqu'au service qu'ils recherchent. Et nous n'en sommes qu'au tout début.

Livre Gutenberg 2.0 - M21 Editions - parution février 2008. NouvoLivrActu : http://nouvolivractu.cluster21.com/

 

Propos receuillis par Laure Deschamps

Paru dans CB News, le 3 avril 2008

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Published by Laure - La Rédac Nomade - dans Société
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