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28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 15:43

Babyloan doit lancer en décembre la première plate-forme web de microprêt dans l'Hexagone

 

Marie-Eve a craqué sur la photo. C’était sa première fois, fin 2008. Pourtant l’image ne reflétait même pas le projet : posant devant quelques bibelots, Cuc, la vendeuse de cochon au marché d’Hanoï (Vietnam) requérait un micro-crédit de 180€ pour étoffer son activité. Mais la trentenaire francilienne alors commerciale chez Coca Cola s’est vite projetée. « J’ai fait un voyage au Vietnam, raconte-t-elle, et des femmes comme elle, des bosseuses qui se lèvent à 5 heures du matin, qui s’occupent de la maison, des enfants, de leur petit commerce et ne s’arrêtent pas jusqu’au soir, j’en croisé beaucoup. » Elle met 30€ dans le projet, « pour tester la fiabilité du système ». Le prêt est complété par quatre autres micro-prêteurs. Ou plutôt quatre autres Babyloaniens, nom donné aux membres de Babyloan.org, le site de microcrédit qui met en relation les petits prêteurs occidentaux et les petits entrepreneurs de pays en développement.

 

Arnaud Poissonnier et Aurélie Duthoit l’ont créé en 2008. Quinze jours avant la crise. Alors que la banque Leman Brother s’effondre, ils lancent un service web qui permet à n’importe qui de prêter 20€, 30€ voire 100€ à un entrepreneur du bout du monde pour lui donner la possibilité de s’en sortir par son travail. « Le micro-crédit est un formidable outil de dignité humaine », affirme Arnaud Poissonnier ancien gestionnaire de grande fortune.

 

Le fonctionnement de Babyloan est cependant plus complexe qu’un simple clic de Marie-Eve pour créditer le compte de Cuc. Babyloan s’est assuré les services des grandes structures françaises de micro-crédit pour sélectionner des IMF solides et sérieuses. Les Babyloaniens prêtent en réalité à ces IMF qui s’engagent à allouer les sommes à l’entrepreneur désigné. Sans intérêt pour le babyloanien, avec pour l’IMF et son fonctionnement. Une fois le prêt débloqué, le remboursement s’étale sur la période donnée. Marie-Eve a ainsi reçu 2,5€ par mois pendant un an de la part de Cuc. La responsable commerciale d’une très grande entreprise a été conquise.

 

En deux ans de Babyloan, Marie-Eve a acheté du riz, des fruits, une vache, trois taureaux, des dizaines de cochons et de moutons, elle a réparé un tuk-tuk, customizé un tricycle-taxi… Le site, lui, affiche plus d’un million d’euros de prêt, 7000 babyloaniens et 4000 projets financés. Sa prochaine étape : la France. « Nous voulions créer un volet France dès le début mais la loi n’avait pas prévu qu’une personne physique puisse financer un organisme de micro-crédit français. » Oubli réparé en juin dernier au parlement. Et Babyloan lance enfin son partenariat avec l’Adie, Association pour le droit à l’initiative économique.

 

Comment vont réagir les Babyloaniens ? Car si le projet moyen est aujourd’hui de 380€, monter un site Internet de commerce, un service d’aide à domicile ou un taxi-vélo en France fait grimper les dossiers à 2000 ou 3000 €. « C’est la grande inconnue, reconnaît Arnaud Poissonnier. Mais avec la crise, on a eu beaucoup de demandes pour une aide de proximité et certaines grandes entreprises sont plus intéressées par des projets français pour mobiliser leurs salariés, offrir des passeports cadeaux etc. » Marie-Eve qui ne fait plus tourner son portefeuille que par les remboursements de ses anciens prêts, se prépare à mobiliser la quinzaine d’amis et de membre de sa famille qu’elle a emmenés sur le site. Verdict dans quelques semaines.

 

Cécile Bontron, le Journal du Dimanche, le 28 novembre 2010

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Published by Cécile Bontron dans LE JOURNAL DU DIMANCHE le 28 novembre 2010 - dans Société
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