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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 14:24

 

 

Dans les 21 pays qui bordent la Méditerranée, deux habitants sur trois sont citadins contre un sur deux dans le monde. Un phénomène qui s'accélère au Sud et à l'Est du bassin méditerranéen dont les taux de croissance urbaine sont parmi les plus élevés au monde : de 48% en 1980, la population des villes y est ainsi passée à 60% en 2000 et pourrait dépasser les 70% dès 2015. Face à l'étalement des villes vers la mer, au développement urbain non maîtrisé et de plus en plus excentré, les villes nouvelles refont leur apparition.

 

« Les villes nouvelles se sont voulu des succédanés à la densification et la taudification de l'existant qui ont aboutit toutes deux à la multiplicité des bidonvilles. Pour y remédier, on installe une ville planifiée qu'on appelle ville nouvelle, mais tant en Egypte qu'en Algérie elles sont longtemps restées des squelettes dans le désert ! » Guy Burgel, géographe, directeur du Laboratoire de Géographie Urbaine de l'Université Paris X.

Imaginée par les anglais dès les années 1950, les villes nouvelles ont pour but de désengorger les capitales tout en créant de nouveaux sites d'urbanisation dans des zones souvent désertiques, loin des littoraux ou des terres agricoles. Elles naissent d'une volonté politique, s'inscrivent dans des schémas et plans directeurs d'urbanisme planifiés et sont conçues pour être autonomes. Sur le papier, elles intègrent donc logements, équipements et pôles d'activités économiques et commerciales. La réalité est beaucoup moins idéale.

En Egypte, certaines des villes nouvelles de première génération créées dans les années 1970, comprises entre une trentaine et une centaine de kilomètres du Caire, comme Dix de Ramadan, Six Octobre ou Sadate, sont devenues d'importants lieux de production mais ont du mal à se peupler laissant des rues entières d'immeubles vides. « Les villes nouvelles attirent de nombreuses PME, PMI et industries à forte intensité de capital affichant de bons résultats d'insertion dans l'économie mondiale, explique Bouziane Semmoud, géographe, spécialiste du Magrheb. Mais elles n'abritent que 3% de la population de la métropole, la plupart des grandes entreprises industrielles assurant elle-même le transport de leurs employés qui rentrent le soir au Caire. Les carences au niveau des services sociaux et marchands, les problèmes de gestion urbaine et la pénurie de transports, privatisés à l'intérieur des villes, restent encore des points négatifs. Mais l'arrivée du métro devrait faire évoluer les choses ». Six milliards de livres Egyptiennes sont en effet prévus par l'état pour l'allongement des lignes de métro entre le Caire et ses villes nouvelles dès 2009. Mais en étant ainsi reliées à la capitale, elles abandonnent leur objectif premier de villes autonomes pour devenir des banlieues du Caire. Les nouvelles communautés urbaines de seconde génération (new settlements), construites dans les années 1990 le long de la rocade du Caire (Al-Qattamia, Al-Chorouk, Cheikh Zayed), ont elles aussi été détournées de leur vocation initiale. « Sans zones d'activités économique mais bien pourvues en équipements, universités, hôpitaux ou station d'épuration, par exemple, ces programmes d'habitats modestes en accession à la propriété, destinés aux personnes à bas revenus travaillant au Caire, sont aujourd'hui investis par les capitaux privés qui y ont créé des zones résidentielles plus luxueuses, loin de la pollution et de l'agitation du Caire », constate Sabine Jossifort, urbaniste et spécialiste des villes nouvelles en Méditerranée.

Des projets jamais sortis de terre en Algérie

Le premier projet de ville satellite autour d'Alger remonte à 1958, dans la région de Blida. Destiné à contenir l'étalement d'Alger et préserver la plaine de la Mitidja, il a été suivi de plusieurs autres projets de couronnes de villes nouvelles, notamment en 1975 et 1995, mais aucune n'est véritablement sortie de terre. Deux projets de villes nouvelles semblent émerger aujourd'hui : Sidi Abdallah, annoncé comme une technopole essentiellement destinée aux technologies de l'information et de la communication à vingt kilomètre d'Alger, dans une région touristique. Et Boughzoul sur les hauts plateaux à 170 km d'Alger, dont l'origine du projet remonte aux années 1970. « Boughzoul a de bonnes chances de voir le jour car elle se situe sur la route d'accès aux sites d'extraction de pétrole et de gaz d'Hassi Messaoud, dans le sud du pays et à proximité d'un centre stratégique d'étude atomique », affirme Sabine Jossifort.

Le Maroc se lance dans l'aventure

Contrairement à l'Algérie, le Maroc ne possède pas de tradition de la ville nouvelle. « Riche en programmes de construction et d'extension comme ceux de Casablanca, Tanger, Agadir, Rabat ou Fès, la politique des villes nouvelles s'est peu développée au Maroc et n'a pas fait partie des choix d'aménagement urbain », constate Jean-François Troin, géographe, spécialiste du monde arabo-musulman. « Le Maroc répond à deux problématiques majeurs en terme de construction, renchérie Sabine Jossifort, d'une part la résorption des bidonvilles et le relogement des populations chassées des centres villes par la spéculation immobilière, dans les terres. De l'autre, le développement de quartiers résidentiels pour revenus élevés, sur le littoral. » Les deux projets de villes nouvelles programmées par le gouvernement marocain sont dans la droite ligne : Tamesna à proximité de Rabat (250 000 habitants sur 850 ha) et Tamansourt à 14 km de Marrakech (300 000 habitants sur 1200 ha).

« Les villes nouvelles apparaissent toujours comme une solution idéale globale pour résoudre des problèmes multiples, mais les mécanismes économiques actuels jouent contre ce type de solution en favorisant les grands centres urbains comme lieu d'accumulation des richesses », conclu Bouziane Semmoud, rappelant que ce modèle de développement urbain est en recul dans le monde. Pourtant, soumises à l'évolution du contexte économique mondial, aux désengagements des états et à l'ouverture massive au secteur privé, les villes nouvelles s'adaptent et semblent avoir un bel avenir dans le Sud Est de la Méditerranée puisque dans sa Carte du développement et du peuplement en 2017, l'Egypte prévoit la création de quarante villes nouvelles sur 126 000 ha en complément des dix-neuf déjà existantes… Et la Chine envisage d'en construire quatre cents dans les années à venir. Sabine Ganansia


 

 

Des opportunités pour les entreprises françaises


« La rive sud de la Méditerranée en général, et les villes ou zones résidentielles nouvelles en particulier constituent un champ de développement pour les entreprises de la rive nord, y compris les PME, et bien au-delà de la sous-traitance, estime Albert Ollivier, délégué de la Caisse des Dépôts pour la Méditerranée. Les besoins d'équipement sont considérables : infrastructures et services locaux, mais aussi services à la personne, progressivement solvabilisés par l'émergence d'une classe moyenne. La proximité géographique, culturelle et linguistique y aide, et les efforts de la plupart des pays pour ouvrir leurs économies aussi. L'intérêt porté aux grandes puissances d'Asie ne doit pas distraire nos entreprises des opportunités considérables qu'offre le bassin méditerranéen. » Sabine Jossifort, urbaniste, spécialiste villes nouvelles en Méditerranée donne sa vision du terrain « Pas d'ouverture dans le BTP, car la concurrence est très forte du côté de la Chine et même des entreprises du Sud, comme le BTP Egyptien en Algérie. En revanche il y a des opportunités dans les services à la construction, les services aux entreprises qui s'installent et les secteurs à forte valeurs ajoutée et de pointe comme le traitement des eaux (éco système végétaux), l'electricité et les énergies renouvelables, l'irrigation, le transport etc. »

 

 


 

 

Les villes sur la carte

 

 

 

ALGERIE des villes nouvelles en devenir

Sidi Abdallah technopôle des TIC en zone touristique

 

 

A 25 Km d'Alger, Sidi Abdallah- Mahelma, a été imaginée en 1998 comme une technopole dédiée aux technologies de l'information et de la communication (TIC) entourée d'un périmètre de protection destiné a préserver les terres agricoles et stabiliser la densité d'occupation des sols. Projet actuellement relancé qui, outre 30 000 logements et équipements destinés à désengorger Alger, comprendrait des équipements de sciences médicales, diverses facultés et industries de pointe dont une centrale thermoélectrique solaire en tour en partenariat avec l'Allemagne. A ce jour une minoterie et une usine pharmaceutique sont en activité, 3000 logements sont en cours de réalisation et les travaux du Centre africain des TIC, devraient être lancés cette année, en partenariat avec la Corée. Boughzoul, site stratégique des Hauts plateaux

A 120 km au sud d'Alger, sur les hauts plateaux, la ville nouvelle de Boughzoul devait devenir la capitale administrative du pays dans les années 1970. Le projet fût abandonné mais sa situation géographique, sur l'axe routier qui dessert les grands sites d'extraction de pétrole et de gaz du Sud algérien, et la construction du réacteur nucléaire d'Aïn Oussera (destiné à la recherche), à 30 km en 1990, font de la future ville nouvelle un site stratégique et scientifique qui intéresse à nouveau le gouvernement. 100 000 habitants pourraient y vivre à l'horizon 2020. Actuellement elle accueille principalement les populations qui travaillent sur les sites technologiques.

 

MAROC des projets

Tamesna, reloger les bidonvillois

 

 

Le coup d'envoi des travaux d'édification de la nouvelle ville de Tamesna a été donné le 14 mars 2007 et les premiers bâtiments devraient être livrés courant 2009. Située en milieu rural à proximité de Rabat, Témara et Skhirat, ce nouveau pôle urbain dont le coût est estimé à 22,3 milliards de dirhams a été conçu pour reloger les habitants des bidonvilles de Sidi Yahya Zaër et diminuer la pression exercée sur la capitale que la seule ville de Témara n'arrive pas à satisfaire. Elle s'étendra sur une superficie globale de 4.000 ha, dont 840 ha en tant que premier noyau urbain qui devrait accueillir 250.000 habitants. Le programme, très ambitieux comprend cinq zones d'activités, trois pôles d'activités tertiaires dont un centre d'affaires, une médina avec des activités artisanales, une vaste zone centrale réservée aux loisirs.

Tamansourt, aux portes de Marrakech Le projet de création de la ville nouvelle de Tamansourt sur 1 200 hectares est situé à une dizaine de kilomètres de Marrakech et entre dans sa troisième année de construction. Conçue pour désengorger la ville et accueillir à terme 300 000 personnes, Tamansourt fait l'objet d'une attention soutenue au Maroc où un salon lui a été consacré l'année dernière. Mille logements sociaux et 300 villas « économiques » seraient déjà livrables. Une partie de la ville sera réalisée en partenariat avec le secteur privé et 170 ha sont mis à la disposition des promoteurs privés nationaux ou étrangers. Le Maroc et la Corée du Sud viennent ainsi de signer une convention-cadre pour la construction d'un centre sportif. La zone industrielle de 730 hectares est actuellement en cours de réalisation.

 

EGYPTE

Six octobre, bientôt reliée par le métro

 

 

La ville du Six Octobre, du nom d'une victoire égyptienne sur l'armée israélienne en 1973, a été construite en plein désert, à 30 kilomètres du centre de la capitale égyptienne. Elle s'étend sur 20.884 km2 et l'on compte entre 80 000 et 150 000 habitants selon les sources, pour 2,5 millions à terme ! Le parc industriel de plus de 800 usines, implanté à l'extérieur du périmètre de la ville, devrait s'enrichir de 360 usines supplémentaires dans les années à venir… Mais c'est le cinéma qui pourrait bien transformer le Six Octobre en Hollywood du monde arabe. La ville compte aussi une dizaine d'hôpitaux, deux universités privées et la Cité des médias. Côté accès, elle est aujourd'hui reliée au Caire par l'axe rapide du Vingt-Six-Juillet et douze lignes de bus, la ligne de métro devrait atteindre la ville nouvelle d'ici 2010 et l'aéroport prévu est construit mais pas encore en service.

Al Qattamia

Al Qattamia est un des rares new settlements qui a rempli son rôle d'origine, notamment pour reloger les 3000 familles pauvres victimes du tremblement de terre de 1992 au Caire. Ces villes nouvelles construites dans les années 1990, plus petites et plus proches du Caire que celles années 1970, devaient à l'origine accueillir une population à bas revenus. Or c'est l'inverse qui se produit. D'un côté des parcelles entières de ces villes sont « gelées », les propriétaires les laissant en l'état, spéculant sur la montée des prix des terrains. De l'autre, des investisseurs privés institutionnels investissent dans des logements résidentiels de luxe.



Auteur: Sabine Ganansia

Thématique: Economie/Urbanisme

Média: Les Cahiers dela compétitivité

Date deparution: juillet 2008

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Published by Sabine Ganansia dans les Cahiers de la compétitvité publié en juillet 2008 - dans Economie
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