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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 22:05

RADICALISATION Depuis près de vingt ans, l’antiracisme sombre dans le différentialisme et dans un virulent réquisitoire contre l’universalisme. Une erreur qui lui fait adopter les travers du racisme qu’il combat. Par Yann Barte

 

Prenant la défense des particularismes, enfermant les individus dans leurs identités d’origine, glissant de la revendication de l’égalité du droit au droit à la différence, stigmatisant des groupes dits “dominants”... l’antiracisme s’est dévoyé. Serait-il devenu un nouvel essentialisme ?

L’universalisme, considéré comme “abstrait”, ne serait plus qu’un destructeur rouleau compresseur des individualités, une déclaration de guerre contre la société multiculturelle. Pis, les droits de l’homme n’auraient pas d’autre but que d’assurer la domination de l’homme blanc catholique. Et qu’importe si c’est au nom de ces mêmes droits de l’homme que les peuples colonisés se sont libérés.

On crache sur un universalisme qui se ressource dans la laïcité, elle-même dénoncée comme “intégriste”, “dogmatique”, voire “raciste”. De Mouloud Aounit à Esther Benbassa, de Houria Bouteljda à Rokhaya Diallo… tous, oublieux de l’histoire de la philosophie du droit naturel, tirent à boulets rouges sur les valeurs universelles, décrites comme une abstraction, une hypocrisie.

Dès lors, le milieu antiraciste se fracture. Quelques associations, comme SOS Racisme ou la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), refusent de renoncer à leurs principes fondateurs et se voient attaquées de toutes parts. A l’intérieur même des mouvements, des divisions éclatent au grand jour. Des comités du Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) entrent ainsi en guerre ouverte avec leur direction nationale, dénonçant l’abandon de l’universalisme, l’enfermement des Arabes dans l’identité musulmane et un malaise autour de la question de l’antisémitisme.

 

Le mythe du continuum colonial

 

De l’affaire Papon à la défense du voile, le Mrap perd en moins de dix ans plus de la moitié de ses adhérents. La Ligue des droits de l’homme (LDH) connaît en son sein quelques soubresauts similaires. Mais ce sont d’autres mouvements, plus clairement revendiqués comme ethnicistes qui inquiètent de plus en plus les tenants de l’antiracisme républicain. Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) qui prône un différentialisme législatif via la discrimination positive. Les Indigènes de la République qui, au nom du continuum colonial, assimilent le Blanc, le “souchien”, à un colon génétique, tandis que le Maghrébin reste chromosomiquement indigène à vie et éternelle victime. L’obsession du complot juif-sioniste traverse nombre de ces mouvements. Dans les manifestations, les Indigènes brandissent désormais les drapeaux du Hezbollah, les portraits de cheikh Yassine ou de Hassan Nasrallah.

 

Toujours plus identitaires

 

Au nom de l’antisionisme et de la lutte contre l’islamophobie, d’autres groupes plus radicaux encore (MDI, Egalité & Réconciliation, Centre Zahra…) se font les compagnons de route de l’extrême droite, qui a toujours conservé une certaine sympathie pour les mouvements islamistes et quelques régimes dictatoriaux arabes.

Des militants antiracistes tirent alors la sonnette d’alarme : Dominique Sopo dans SOS Antiracisme, Maurice Winnykamen dans Grandeur et misère de l’antiracisme. Car l’antiracisme n’est désormais plus la seule cible de l’extrême droite : il est devenu celle des laïques qui constatent ahuris depuis quelques années le dévoiement d’associations antiracistes historiques et la multiplication de nouveaux groupes identitaires faisant ami-ami avec des intégrismes religieux. C’est un fait : une part inquiétante du mouvement antiraciste est devenue aujourd’hui une machine de guerre contre l’universalisme.

 

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas (extrait) octobre 2011

 


Ces intellectuels qui déraillent

 

RELAIS Comme le mouvement associatif, chercheurs et médias peuvent se faire, au nom même de l’antiracisme, les vecteurs d’un discours qui divise et qui stigmatise. La posture victimaire qu’ils adoptent est totalement contre-productive.

 

Développement de la martyrologie, enfermement des personnes dans des identités recréées, mise en concurrence des mémoires, ethnicisation des questions sociales… Le monde universitaire n’est pas exempt d’un militantisme victimaire qui, à l’analyse, s’avère tout à fait contre-performant.

Nombre de travaux sur l’immigration, l’islam, la colonisation, le racisme… se détournent aujourd’hui de l’idéal républicain égalitaire et universaliste pour travestir la sociologie des minorités, redessiner l’Histoire… De nouvelles thèses apparaissent, comme celle du continuum colonial présenté dans l’appel du Mouvement des indigènes de la République (MIR) que nombre d’universitaires avaient alors signé en 2005, beaucoup s’étant retirés depuis. Ce texte caricatural affirmait que les Français issus de l’immigration vivaient une situation semblable à celle des indigènes des colonies. Une insulte à la vérité historique autant qu’aux victimes du colonialisme et une guerre lancée contre la laïcité et le féminisme qui y étaient décrits comme une “gangrène”. La tentation est grande, lorsque l’on veut dénoncer des discriminations, de caricaturer les identités. On a même vu des non-signataires de l’appel soutenir le MIR jusque dans ces excès racistes.

Le sociologue Dominique Wolton expliquait ainsi que le MIR avait “parfaitement raison” de parler de “souchiens”, à propos des Français de souche : “Ça permet de voir qu’il n’y a pas une catégorie de Français quelles que soient ses origines (…) ils ont raison de poser le problème comme ça.” Histoire, sociologie, politologie, théologie… Toutes les disciplines des sciences humaines peuvent se trouver aujourd’hui polluées par un discours différentialiste. En s’échappant du cadre républicain, essentialisant les groupes, prônant des droits spécifiques… ce discours s’avère d’une totale inefficacité. Pire, il pourrait bien renforcer un peu plus les préjugés, comme c’est souvent le cas de la posture qui consiste à se poser en victime et dans laquelle nombre de minorités et leurs soutiens restent enfermés.

 

 

 

ILS SE SONT ILLUSTRÉS RÉCEMMENT

 

VINCENT GEISSER

Le porte-parole officieux des islamistes

Des “Frérots” à Ennahda

 

Dernièrement, ce chercheur très contesté, au sein même du CNRS (1), s’est illustré par une ahurissante plaidoirie en faveur du mouvement islamiste tunisien Ennahda. Sur une vidéo de huit minutes postée sur oumma.com – un “remarquable site” avec lequel les Etats-Unis partagent les mêmes “valeurs”, selon des documents divulgués par Wikileaks –, le chercheur déjà compagnon de route des Frères musulmans qui l’adulent, assure la promo du parti islamiste de Rached Ghannouchi, qui pourrait bien mettre en échec la révolution tunisienne.

Pour l’universitaire, les membres d’Ennahda seraient aujourd’hui parmi les meilleurs défenseurs de la démocratie, des “légalistes” même. Un comble lorsqu’on se souvient de la période terroriste du mouvement qui vitriolait et a perpétré des attentats en 1987 et 1991 !

La “contribution scientifique” de ce chercheur se résume à une stigmatisation systématique de toute personne critique envers l’intégrisme musulman qualifiée alors d’“islamophobe”. Dans son ouvrage La Nouvelle Islamophobie (La Découverte, 2003), seront taxés d’islamophobie des personnes comme Dalil Boubakeur, Soheib Bencheikh, Malek Boutih, Latifa Ben Mansour, Abdelwahab Meddeb… Des musulmans libéraux mis sur le même plan que des personnalités douteuses comme Oriana Fallaci ou Alexandre Del Valle.

 

(1) Geisser fut convoqué par le conseil de discipline scientifique du CNRS pour ses positions polémiques en faveur de l’islam radical, mais jamais sanctionné.

 

PASCAL BONIFACE

Un “censuré” omniprésent dans les médias

L’obsession du lobby sioniste

 

Si son dernier essai Les Intellectuels faussaires (publié en mai 2011 aux éditions Jean-Claude Gawsewitch) a été refusé par quatorze éditeurs, ce n’est pas parce qu’il est mauvais ou mensonger, mais parce que ces éditeurs “ne voulaient pas se fâcher avec des gens puissants dans le milieu de l’édition et des médias”, explique son auteur.

Le lobby juif reste une des grandes obsessions de Boniface, même s’il considère qu’il doit être pris comme modèle par les Arabes et les musulmans “qui ne disposent pas d’un lobby en Occident, capable de corriger l’image erronée de l’islam”. L’homme se défend pour tant de tout communautarisme. Ce serait même, à l’écouter, sa vision universaliste sur le conflit israélo-arabe qui serait à l’origine de son départ du Parti socialiste en 2003. A l’origine, une note adressée à François Hollande invitant le PS à durcir le ton contre Israël pour s’attirer les suffrages de l’électorat arabo-musulman. Toujours complaisant vis-à-vis de la violence islamiste, il invitait aussi le PS à ne plus mettre en parallèle les attentats aveugles palestiniens avec la “politique planifiée de répression mise en œuvre par le gouvernement israélien”. Ses “principes universalistes” ne l’empêchent pas, lors d’une conférence tenue à Alger, le 5 novembre 2008, de désigner Mohamed Sifaoui par sa confession musulmane, plutôt que par sa fonction de journaliste, en l’accusant d’être un “traître”. Presque une nouvelle fatwa pour le journaliste déjà menacé de mort.

La notion de traîtrise communautaire est bien dans le schème de pensée de l’idéologue-chercheur, directeur du think tank privé IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). Son dernier livre, cité par Bruno Gollnisch sur son blog, comme par Marine Le Pen lors du débat face à Caroline Fourest, dénonce comme “faussaires” toute personne en désaccord avec lui sur l’Iran, les révolutions arabes… ou défendant une vision trop laïque ou féministe. Tout opposant laïque à l’intégrisme musulman semble en effet, aux yeux du chercheur, vendu au lobby sioniste. Pour Me Patrick Klugman, avocat de SOS Racisme et élu PS, qui a témoigné à la barre lors du procès Sifaoui : “Boniface n’est pas antisémite, il est plutôt l’idiot utile de certains antisionistes, glissant vers l’antisémitisme.”

 

 

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas (extrait) octobre 2011


 

Rokhaya Diallo et ses Indivisibles qui divisent

 

“Déconstruire les préjugés ethno-raciaux” et lutter, grâce à l’humour, contre le racisme ordinaire. Tel était le projet de départ, malheureusement vite oublié, de l’association Les Indivisibles fondée par Rokhaya Diallo. Lire suite de l'article

 


 

 

Le pire
de la lutte contre le sexisme, l’antisémitisme, les discriminations ethniques…

 

MILITANTS On trouve de tout dans la formidable et exotique galaxie des mouvements de lutte contre les discriminations ! De tout, et surtout le pire. La loi de mars 2004 sur les signes religieux à l’école n’a pas seulement vu des mouvements historiques se fracturer (comme le Mrap). Elle aussi vu la naissance d’organisations (féministes, antiracistes, ultra-laïques…) sombrant dans l’ethnicisme ou la guerre des sexes, dénonçant la laïcité comme un nouveau colonialisme ou les musulmans comme de nouveaux envahisseurs et flirtant parfois avec l’islamisme ou l’extrême droite.

 

Mouvements dits antiracistes

 

-Cran

(Conseil représentatif des associations noires)

Création : 2005 Président : Patrick Lozès

Positionnement : communautariste bien que s’en défendant, fervent défenseur des statistiques ethniques et de la discrimination positive. Caution scientifique : le sociologue Michel Wieviorka.

 

-Les Indivisibles

Création : 2007 Président : Gilles Sokoudjou

Positionnement : assez flou, mais toujours plus centré sur la dénonciation exclusive de l’“islamophobie”. Déconstruction des préjugés ethno-raciaux. Défense des femmes en burqa (soutien au groupe Neutralité).

 

-Mrap

(Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples)

Création : 1949 Présidence : un collège de quatre personnes

Positionnement : détournement de la question antiraciste au profit de l’anti-“islamophobie” depuis la présidence de Mouloud Aounit (2004-2008). Direction nationale très proche des Indigènes de la République. Démocratie interne déficiente : de nombreux comités sont en dissidence avec la direction du mouvement.

 

-MIB

(Mouvement de l’immigration et des banlieues)

Création : 1995

Positionnement : dénonciation du “racisme institutionnel” dont seraient victimes les enfants d’immigrés. Comparaison entre la “situation coloniale” du Proche-Orient et celle des banlieues. Références religieuses fréquentes.

 

-Brigade anti-négrophobie

(ANC)

Création : 2005 Président : Franco

Positionnement : lutter contre la “négrophobie” et la pensée colonialiste qui rongent les médias et le système éducatif

 

-Les Indigènes de la République

Création : 2005 Porte parole : Houria Bouteldja

Positionnement : mouvement politique de protestation antiraciste, aujourd’hui parti (PIR). Opposé à la loi sur les signes religieux ostensibles à l’école, dénonce le féminisme et la laïcité comme formes de racisme, défend la thèse du continuum colonial, prône le racisme anti-Blanc, soutient le Hamas, le Hezbollah et des régimes islamistes au nom de l’anticolonialisme.

 

-Centre Zahra

Création : 2005 Président : Yahia Gouasmi

Positionnement : association islamiste chiite proche du Hezbollah voulant “faire connaître le message de l’islam”. Proche de l’extrême droite et des milieux antisémites et négationnistes. A donné la parole à Dieudonné, Kémi Séba, Jean-Marie Le Pen…

 

-MDI

(Mouvement des damnés de l’impérialisme)

Création : 2008 par Kémi Séba après la dissolution en 2006 de la Tribu Ka (groupe de défense du peuple noir). Président : Héry

Djéhuty Séchat

Positionnement : “ethnodifférentialiste” revendiqué et anti-impérialiste. Modèle : le Hezbollah libanais. Proche du Centre Zahra et des juifs ultra-orthodoxes antisémites de Neturei Karta. Négationniste.

 

-LDJ

(Ligue de défense juive)

Création : 1968 aux Etats-Unis par le rabbin Meir Kahane, 2000 pour la branche française. Président : Michaël Carlisle

Positionnement : “mouvement d’autodéfense antiraciste et opposé au terrorisme”. Selon le FBI, “organisation juive extrémiste et violente”. D’extrême droite, violemment anti-arabe. Entraîné au krav-maga, technique de combat israélienne.

 

Mouvements dits féministes ou lesbiens-gays-bi-trans (LGBT)

 

-Les Chiennes de garde (CDG)

Création : 1999

Président : Marie-Noëlle Bas

Positionnement : lutte contre les insultes sexistes. Pratique un différentialisme de genre. Victimisation à outrance et police du langage. En guerre contre les badintéristes. Le mouvement La Meute est sur la même ligne, ciblant davantage la publicité sexiste et la pornographie.

 

-Les Panthères roses

Création : 2002

Positionnement : association d’activistes gays et lesbiennes. Lutte contre l’ordre moral, le sexisme, le racisme et l’“islamophobie”. Nombreux communiqués communs avec les Indigènes de la République. Dénonce aussi comme “colonialiste” l’interdiction de la burqa. Définit sa démarche comme procédant “d’une rupture, plutôt que d’une intégration, une assimilation”. Soutien affiché de mouvements islamistes propalestiniens.

 

-Les TumulTueuses

Association LGBT à peu près sur la même ligne que les Panthères roses et que nombre de militants de l’association de lutte contre le sida Act-Up.

 

-Collectif féministe pour l’égalité

Création : 2004

Ex-vice-président : Ismahane Chouder, de Participation et spiritualité musulmane, branche française du mouvement islamiste marocain Al-Adl Wal Ihsane.

Positionnement : lutte contre l’exclusion des jeunes filles voilées à l’école. Caution féministe des militantes pro-ramadan au sein du collectif Une école pour tous-tes.

 

-Collectif Une école pour tous-tes

Création : 2004

Positionnement : rassemble nombre d’associations pro-voile : le Collectif féministe pour l’égalité, Femmes plurielles, Femmes publiques, Les Sciences potiches se rebellent… A reçu notamment le soutien de la sociologue Christine Delphy et de la députée écologiste Halima Thierry Boumedienne.

 

-Ni putes ni soumises (NPNS)

Création : 2003

Président : Sihem Habchi

Positionnement : lutte contre les violences faites aux femmes, les communautarismes, le relativisme culturel, l’intégrisme. Problèmes de démocratie interne. Stigmatisation des garçons de culture musulmane dans les quartiers. Confessionnalisation à outrance des problèmes des banlieues. Abandon des questions sociales.

 

Autres mouvements

-Riposte laïque

Création : 2007 Président : Pierre Cassen

Positionnement : issu de l’extrême gauche, proche aujourd’hui de l’extrême droite païenne et du Bloc identitaire. Violemment anti-musulman. Adhésion à la théorie conspirationniste d’Eurabia. Majoritairement favorable à l’abrogation de la loi Gayssot (antiraciste).

 

-Résistance républicaine

Création : 2009

Présidente : Christine Tasin

Positionnement : identique à celui de Riposte laïque dont il est issu. Aucune production particulière.

 

-AGRIF

(Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et chrétienne)

Création : 1984 Président : Bernard Antony

Positionnement : groupe d’extrême droite catholique traditionaliste. Multiplication des procès pour racisme anti-chrétien avec beaucoup moins de succès et de résonance que les procès pour islamophobie. Raciste, antisémite. Sympathisant des Phalanges chrétiennes libanaises. Sa bête noire : Charlie Hebdo. Ces cibles : la banalisation de l’homosexualité, l’avortement, l’islam, le communisme.

 

Extrait du dossier dérives de l'antiracisme, Le Courrier de l'Atlas, octobre 2011 

Réponse de Yann Barte aux attaques d'Afrik.com (Interview) ou sur le site d'Afrik.com

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Published by Yann Barte dans LE COURRIER DE L'ATLAS, octobre 2011 - dans Politique
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