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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 22:58

ENQUÊTE - Entre “hchouma”, “haram” et libération sexuelle, les

Franco-Maghrébins auraient-ils le sexe schizophrénique ? Encore quelquefois tiraillés par la tradition, ils sont également en France, eux aussi, les héritiers d’une révolution sexuelle qui fête cette année ses 40 ans.

 

 

Tabou de la virginité, sens de l’honneur, obsession de la virilité… le modèle traditionnel de la sexualité au Maghreb érigé sur une solide hiérarchie des sexes, aurait-il le même poids chez les Maghrébins en France ? On peut se demander au nom de quel prodige les Maghrébins de France seraient si hermétiques à tout ce qui les entoure, alors même que le Maghreb n’échappe plus aux attractions – certains diront aux assauts – de la modernité, dans tous les domaines de la vie, y compris les plus intimes.

Il est usuel d’enfermer les Maghrébins dans des schémas rigides. La virginité serait la norme absolue pour la jeune fille avant le mariage, l’homosexualité impossible et l’ouverture d’esprit sur ces questions dans les familles maghrébines plus improbable encore. A tel point que chaque personne que nous avons interrogée semblait intimement persuadée d’être absolument “non représentative”. Ce sont ces millions de “non-représentatifs”, flirtant, rusant avec les interdits ou les ignorant tout simplement, qui forment pourtant cette communauté sur laquelle on projette tant d’images figées.

S’il n’est pas d’études spécifiques sur la sexualité de cette population, on sait que leurs comportements sont par ailleurs en tout point de plus en plus semblables aux autres Français. N’en déplaise à l’extrême droite et aux communautaristes de tous poils, adeptes du relativisme culturel ou du tout religieux, la vie des Maghrébins dans leur chambre à coucher (ou ailleurs) n’est pas entièrement déterminée par l’islam, les diktats familiaux ou des traditions éculées.

Cela n’empêche en rien, bien sûr, une sensibilité quelquefois différente qui n’affecte pas la liberté d’être soi. La relation avec les parents, entourée d’une extrême pudeur, est ainsi probablement ce qui résiste le mieux. Elle apparaît sans cesse dans les témoignages. De même, la virginité choisie, n’est pas nécessairement une négation de soi-même ou une désappropriation de son propre corps. La société française elle-même est parcourue de contradictions. Etrange société en effet. Il y a près de quarante ans, on lisait La révolution sexuelle de Wilhelm Reich et on prônait la “jouissance sans entrave”. Aujourd’hui, on exige toujours plus de garde-fous. On réclame une pénalisation du harcèlement sexuel entre collègues, une répression des actes homophobes, la castration chimique pour les délinquants sexuels… Même des féministes se sont transformées en meute de chiennes de garde, traquant la pornographie, vantant le différentialisme ou neutralisant la parole des prostituées qui ne tiendraient pas l’unique discours acceptable : celui de la victime.

Les premiers résultats d’une grande enquête sur le contexte de la sexualité en France (enquête CSF), troisième du genre, vont être publiés en mars prochain (1). On y apprend que l’âge du premier rapport sexuel est désormais de 17 ans pour les deux sexes, que le nombre de partenaires est de 4,4 en moyenne pour les femmes (qui ne parlent généralement que de ceux ayant compté dans leur vie) et 11,6 pour les hommes, et que les femmes en couple de plus de 50 ans connaissent aujourd’hui une vie sexuelle bien plus active que les femmes interrogées en 1970 ou même en 1992. Enfin, 4 % des femmes et 4,1 % des hommes déclarent avoir déjà eu des rapports avec une personne du même sexe.

Ce dossier n’est évidemment pas exhaustif, et c’est heureux de ne pouvoir résumer la sexualité en quinze pages. Voici cependant les thèmes que nous évoquerons pour appréhender quelques aspects de cette réalité complexe : les tabous, les liaisons quelquefois dangereuses des ados et de la pornographie, la virginité et l’hypocrisie qui l’entoure quelquefois, la communication sur le sexe dans le couple, l’adultère et, enfin, l’accès à la contraception inaugurant la liberté sexuelle. Le 28 décembre 1967, en effet, le député Lucien Neuwirth, dit “Lulu la pilule”, remportait enfin son combat avec la promulgation de la version définitive de la loi légalisant la pilule. A l’époque, la pilule passait encore mal. C’était il y a quarante ans.

 

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas, février 2008

 

(1) Enquête sur la sexualité en France, sous la direction de Nathalie Bajos et Michel Bozon, Editions La Découverte, 450 pages, 30 euros.

 

Le dossier complet -

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Published by Yann Barte dans LE COURRIER DE L'ATLAS, février 2008 - dans Société
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