Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 17:00
Les territoires pionniers ont appris à travailler avec les professionnels de la santé.  
Régions et départements devront prendre position sur le développement
de la télésanté.

 

Le feu vert est donné au développement de la télémédecine en France depuis le 19 octobre 2010. En effet, le décret n° 2010-1229 pris en application de la loi « hôpital, patients, santé et territoires » du 21 juillet 2009 autorise les consultations médicales à distance grâce aux technologies de l'information et de la communication. Même s'il concerne d'abord le milieu médical, ce texte crée un appel d'air pour les secteurs de l'e-santé, du social et de l'aide à la personne.

Les colloques auxquels s'associent les ministres de l'Industrie, de la Santé et de la Recherche s'enchaînent pour valoriser les initiatives menées par les territoires avec des industriels et des centres hospitaliers universitaires (CHU). La réglementation ouvre donc la perspective de déploiements à grande échelle de dispositifs jusqu'à présent expérimentaux, qui visent notamment à compenser le manque de professionnels de santé dans les zones enclavées.

Homologuer les actions.

Les autorités locales veulent profiter du numérique pour apporter des services à leur population vieillissante ou en perte d'autonomie en raison d'une maladie ou d'un handicap. « Les régions devront se coordonner avec les conseils généraux, qui financeront en partie ces nouveaux systèmes ou leurs bénéficiaires », explique Alain Bénéteau, président de l'Observatoire des territoires numériques (lire l'avis ci-contre). Selon l'Association des régions de France, les crédits déjà engagés dans des politiques de santé par les conseils régionaux représenteraient 149 millions d'euros par an, alors que ces actions ne font pas partie de leurs compétences. Les projets soutenus portent principalement sur l'égalité d'accès aux soins, la prévention, l'éducation à la santé et le traitement des pathologies liées à l'environnement et au vieillissement.

Certaines régions comme Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), Midi-Pyrénées et Rhône-Alpes se sont particulièrement investies dans un spectre très large de la télémédecine. Le conseil général des Alpes-Maritimes a créé, en 2004, une sous-direction de la santé, qui mène un programme « santé et technologies ». Celui-ci se décline sur des projets comme « medecin@pays », dont la vocation est de soutenir les généralistes qui exercent dans les hautes vallées, là où la présence médicale fait défaut. Un dispositif de téléconsultation et de téléenseignement en lien avec des spécialistes (gériatres, psychiatres) du CHU de Nice est accessible dans les maisons de la santé rurales installées à proximité des principaux bourgs. En 2009, ce dispositif a été complété par la distribution de treize « e-valises » à des médecins généralistes exerçant dans les vallées. Ce matériel connectable par ADSL, clé 3G et satellite contient un ensemble d'outils d'expertise en cardiologie et pneumologie, un mini-laboratoire permettant de mesurer la glycémie et le cholestérol, une caméra pour les diagnostics en dermatologie, etc.

Interopérabilité.

L'e-valise intéresse aujourd'hui d'autres régions, comme la Bretagne ou l'Auvergne. Afin de poursuivre son développement et de le reproduire ailleurs, le dispositif est aujourd'hui en cours de mise à niveau, avec la mise en service, attendue ce mois-ci, du dossier médical personnel pour, dans un premier temps, un partage entre professionnels de santé. « La plateforme de téléconsultation est opérationnelle depuis 2008 alors que le cadre législatif n'est posé que depuis fin 2010, souligne le docteur Fabien Josserand, sous-directeur de la santé au conseil général des Alpes-Maritimes. Depuis, nous avons demandé un agrément à l'agence régionale de santé afin d'assurer l'interopérabilité de notre système dans le cadre du plan stratégique régional de santé. »

Dans l'agglomération de Castres-Mazamet (Tarn), à la technopole « santé et numérique », on souligne l'importance de disposer d'infrastructures de communication de qualité. « Nous avons bénéficié du premier réseau métropolitain entièrement constitué de fibre optique dès 1998. Aujourd'hui, ce réseau à très haut-débit est un formidable appui pour interconnecter les entreprises présentes sur le site et pour l'installation de l'hôpital du futur qui vient d'être construit », explique Caroline Lapelerie, directrice de Castres-Mazamet Technopole.

Nouveaux usages.

En dix ans, la technopole a acquis une expertise dans la conduite de projets mêlant toutes les cultures de la chaîne de la santé et des soins « Nous avons appris à travailler avec les établissements, pour bâtir des projets utiles, dans une perspective de développement économique », poursuit la directrice. Parmi ceux-ci, le portail mis en place pour le suivi à domicile des patients atteints du cancer. « Tous ces sujets sont sensibles car plusieurs acteurs doivent adhérer à de nouveaux usages, l'e-santé n'est pas un marché comme les autres. » Aujourd'hui, la technopole est associée aux travaux du Centre national de référence santé à domicile et autonomie (auxquels participent les régions Midi-Pyrénées, Rhône-Alpes, Paca et Limousin). « Bien sûr il faudra passer au stade de la généralisation en tirant le bon fil et en trouvant les synergies entre les logiques administratives et médicales. Sur le terrain, nous avons toujours travaillé pour rapprocher le local du national », commente Caroline Lapelerie.

Clarifier les rôles 

De leur côté, les vingt-six ARS entrées en fonction depuis avril 2010 doivent, elles aussi, intégrer la dimension numérique dans les politiques d'aménagement sanitaire des territoires sous leur responsabilité, grâce à des espaces numériques régionaux de santé. « Attention, prévient Jean-Yves Robin, directeur de l'Agence des systèmes d'information partagés de santé (Asip-Santé), tant que la doctrine n'est pas posée, le sujet est instable. » Des mesures d'accompagnement sont en préparation par un comité de pilotage interministériel qui associe la santé, le social, l'industrie, la recherche et l'aménagement du territoire. Et d'ajouter : « Nous sommes conscients que les collectivités locales ont la volonté de se saisir du sujet. Mais il est important de clarifier le rôle et les prérogatives de chacun afin d'éviter de se lancer dans des initiatives hasardeuses. Par exemple, dans le cadre de l'allocation personnalisée d'autonomie et du maintien à domicile, où se trouve la frontière entre le médical, le social et le sanitaire ? »

Parmi les projets fédérateurs, la domotique offre les perspectives les plus consensuelles. Le maintien à domicile des personnes âgées grâce à un « pack domotique » sur lequel travaille le département de la Creuse (*) illustre bien la ligne de partage entre le champ directement lié à la santé et celui lié au service à la personne. « C'est un domaine émergent où chacun a tendance à travailler dans son coin, remarque Xavier Daran, porteur du projet « maison intelligente » à l'IUT de Blagnac (Haute-Garonne). Financée à hauteur de 350 000 euros par la taxe professionnelle et 100 000 euros par la commune, la maison intelligente permet de tester toutes les technologies développées pour porter assistance aux personnes à leur domicile. Elle a été construite pour accompagner la formation « technologies-sciences humaines et sociales » ouverte à l'IUT en 2009. L'objectif est de trouver des standards pour les services à la personne et de définir les emplois de proximité de demain sur les territoires. Car, au final, ces technologies demanderont des compétences sur le terrain pour être maintenues !

Le bien-être grâce au numérique

 

Nombre d'appels à projets sont lancés régulièrement sur la thématique de l'e-santé par plusieurs ministères. Le commissariat aux Investissements d'avenir a choisi de couvrir l'axe de la santé et de l'autonomie sur le lieu de vie grâce au numérique, dans le volet consacré au développement de nouveaux usages, services et contenus innovants. Les solutions proposées dans ce cadre devront porter sur la prévention, la sécurité des personnes et/ou le suivi à distance sur leur lieu de vie, dans une perspective de santé et de bien-être. Ceci grâce au développement de capteurs pour la rééducation, le suivi et l'alerte, de solutions de domotique et d'objets communicants, de dispositifs médicaux communicants. 

 

Communauté de communes du massif du Vercors - Expérimentation d'un dossier de soin à domicile

 

«La plateforme Royans-Vercors-santé propose un service médicalisé aux habitants vivant seuls, en perte d'autonomie ou souhaitant bénéficier d'un suivi après une hospitalisation », résume Chantal Carlioz, vice-présidente de la communauté de communes du massif du Vercors (Isère). Depuis le lancement de l'expérimentation, fin 2009, cent personnes ont accepté d'y participer, dont trente à leur domicile. Le principe : coordonner dans un même système - le dossier de soin à domicile - toutes les données médicales et sociales de la personne suivie. « Pour que cela soit efficace, tous les acteurs de la chaîne de soins doivent partager des données, chacun en fonction de son rôle », ajoute l'élue. Ce dossier est accessible par téléphone mobile GPRS, il peut aussi être visualisé sur un écran de télévision. La télécommande du téléviseur, simplifiée, permet d'accéder aux informations par un menu déroulant. « C'est un objet familier pour les personnes de plus de 80 ans, commente Chantal Carlioz. Il est important que l'intéressé ou sa famille puissent accéder ou mettre à jour les données. » Une dizaine de volontaires, désignés « parrains ou marraines », accompagnent l'opération pour aider à la prise en main et détecter les problèmes et les blocages. « L'aspect technologique n'est pas le plus complexe à gérer, prévient l'élue. Nous avons encore beaucoup à faire pour convaincre tous les intervenants de contribuer à ce système. »

AVIS D'EXPERT - Alain Bénéteau, président de l'Observatoire des territoires numériques (Oten) - « Un champ stratégique à investir »

 

« Les régions vont devenir chefs de file de l'aménagement numérique de leur territoire. Cette gouvernance se traduira en termes de services et d'usages. L'e-santé sera l'un des champs stratégiques à investir, autant en ce qui concerne l'aménagement du territoire et le développement de l'innovation que la formation du personnel des secteurs sanitaire et social. Nous publions une étude Tic et santé?, réalisée avec les onze régions membres de l'Oten, dans laquelle nous dressons la carte d'un certain nombre d'actions que celles-ci ont engagées. Avec ce rapport, nous souhaitons aider les collectivités encore réticentes à percevoir l'intérêt de se saisir de l'e-santé, mais aussi les risques qu'elles font courir à leur population en négligeant ce champ. »

LES POINTS CLÉS

   

Télémédecine : Pratique médicale à distance, en présence du patient ou entre médecins, par transmission d'un indicateur clinique, biologique ou radiologique, ou pour porter assistance dans un contexte d'urgence.

Télésanté Technique : incluant la télémédecine, mais aussi tous les systèmes de transmission et de partage d'informations entre professionnels de la santé et des soins.

Dossier médical personnel : Partage de l'information médicale entre professionnels de santé avec l'accord du patient.

CONTACTS

  Communauté d'agglomération de Castres-Mazamet, Caroline Lapelerie, directrice de la technopole, tél. : 05.63.73.50.01.
Communauté de communes du massif du Vercors, Chantal Carlioz, vice-présidente, tél. : 04.76.94.50.00.
Oten, Alain Béneteau, président, tél. : 09.53.56.79.39.

(*) Lire « La Gazette » du 3 janvier, pp. 30-32.

Renseignements : www.industrie.gouv.fr/fsn/e-sante

Sophie Maréchal. La Gazette des communes. 11 avril 2011

Partager cet article

Repost 0
Published by Sophie Maréchal - dans Vie numérique
commenter cet article

commentaires