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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 22:45

DÉBAT Dix ans que Nicolas Sarkozy tente de remettre en cause la loi de 1905 au nom de musulmans qui ne demandent rien ! Le Président aux velléités concordataires n’a toujours pas digéré, un siècle plus tard, la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

 

Le-Courrier-de-l-Atlas-n-47-avril-2011.jpgLa question a été tranchée il y a plus d’un siècle, mais le Président ne veut rien entendre. De la place Beauvau à l’Elysée, il n’a cessé depuis 2002 de remettre les pieds dans le bénitier, avançant un nécessaire “toilettage” de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. A chaque nouvelle offensive, un tollé général et une déclaration reculade du président qui confesse finalement qu’“on ne peut avancer sans consensus”. Mais d’un rapport Machelon à un rapport Gérin, d’un débat identitaire à un autre, le président repart chaque fois en croisade, quelquefois même contre son camp. Chaque fois, la proposition d’une légalisation d’aides financières directes de l’Etat à la construction de lieux de cultes ressurgit, remettant en cause l’essence même de la loi de 1905.

 

Qui veut un toilettage de la loi, les musulmans ou Sarkozy ?

 

Puisque le Président aime à parler au nom des musulmans, il est bon de rappeler quelques chiffres. Un sondage pour l’hebdomadaire catholique la Vie révélait, en septembre 2006, que 94 % des musulmans de France se déclaraient favorables à la laïcité et à 73 %, attachés à la loi de 1905. Les musulmans de France plébiscitent les valeurs républicaines, l’égalité hommes/femmes (91 % des sondés). Ils ont sans doute compris également que la laïcité protégeait l’islam de l’instrumentalisation politique.

 

Est-ce vraiment à l’Etat de financer les mosquées ?

 

“Permettre aux musulmans de combler leur retard” est l’exigence en apparence louable exprimée par le Président devant selon lui justifier une remise en cause de l’article 2 de la loi qui stipule que “la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte”. Il est pourtant illégitime d’opposer laïcité et égalité, en faisant valoir l’existence d’un plus grand nombre de lieux de culte chrétien, histoire oblige. Car “ce n’est pas la seule égalité de religions qui doit animer la conscience républicaine, mais l’égalité de traitement des croyants, des athées et des agnostiques”, écrit Henri Peña-Ruiz, philosophe, spécialiste des questions de laïcité.

 

Du reste, il existe des moyens divers d’opérer ce rattrapage (d’ailleurs presque accompli, avec encore aujourd’hui quelque deux cents projets de mosquées et déjà un peu partout des mosquées quasiment vides) : les mises à disposition de terrains communaux par bail emphytéotique (pour un loyer symbolique et des durées pouvant aller jusqu’à 100 ans) et la déduction de dons au culte musulman (que certains dénoncent comme un détournement de la loi). De plus, la communauté musulmane ne manque pas d’argent pour financer ces lieux sur fonds privés et afin de garantir son indépendance. Selon la loi, il n’est pas plus admissible pour l’Etat de financer des mosquées, que des églises, des synagogues ou quelconque établissement d’humanisme athée, de libres-penseurs ou des temples maçonniques.

 

Comment mieux faire respecter la loi ?

 

Dans les pratiques, notamment municipales, l’article 2 de la loi est régulièrement floué, par la gauche comme par la droite. Les mosquées sont alors financées en partie sur fonds public et la frontière entre cultuel et culturel, savamment brouillée. Seule l’extrême droite entame des poursuites judiciaires aujourd’hui contre la violation de la loi, mais toujours de façon extrêmement sélective : uniquement lorsqu’il s’agit de l’islam.

Il est donc urgent que les partis, de gauche comme de droite, donnent des consignes précises à leurs élus et rompent avec les pratiques clientélistes – du reste peu payantes –, à moins de vouloir encore donner du grain à moudre au Front national. Dans un but de renforcement de la loi de 1905, certains laïques souhaitent aussi voir mentionner son article 2 dans l’article 1 de la Constitution de 1958. Enfin, la loi demanderait à être appliquée sur tout le territoire comme l’exige les principes républicains. Là encore, personne, à gauche comme à droite, ne semble vouloir revenir sur l’exception concordataire de l’Alsace-Moselle. L’Alsace-Moselle serait-elle toujours allemande ?

Comment agir malgré tout en faveur de l’égalité ?

 

Il est un terrain où le gouvernement pourrait agir en faveur de l’égalité et où la discrimination entre l’islam et les autres religions reste criante : les “milieux fermés” (prisons, hôpitaux, internats, casernes…). L’Etat doit en effet “garantir” à chacun les moyens d’exercer librement sa religion. C’est dans cet esprit que sont instituées des aumôneries dans les milieux fermés. La loi autorise, dans ces seuls espaces, le financement public.

En 2008, le budget dévolu à l’indemnisation des aumôniers s’est élevé à environ 2 millions d’euros dont 1,1 million pour le culte catholique et seulement 333 000 euros pour l’islam, pourtant première religion des prisons… On comptait alors 69 aumôniers rémunérés et 78 bénévoles pour le culte musulman contre 203 rémunérés et 377 bénévoles pour le culte catholique. Malgré une progression de 30 % par rapport à 2007, l’écart reste démesuré.

 

Cependant, toutes les demandes au ministère de l’Intérieur d’augmentation du budget en faveur du culte musulman ont été jusqu’à présent rejetées. Le gouvernement méconnaît-il la loi, ou tient-il un double discours ? Toujours est-il que l’Etat préfère laisser se développer un islam radical dispensé par des détenus s’autoproclamant imams plutôt que de financer des référents religieux modérés et pacificateurs.

 

Fonds étrangers : quel est le problème ?

 

La mise au pas voulu de l’islam par l’Etat UMP brandit régulièrement la menace des “influences étrangères”. Le Président souhaite voir l’Etat français former des imams et interdire – exclusivement pour la religion musulmane –, les financements étrangers. Est-il question pareillement d’interdire au Vatican de financer les églises traditionalistes au nom du principe du “qui paye décide” et demander à ces dernières de cesser de parler latin ? Nullement. Les lois sanctionnant les propos racistes, violents… ne suffiraient-elles plus lorsqu’il s’agit des musulmans qu’il faille un autre arsenal législatif ou d’autres mesures de surveillance ?

 

Prières de rue, burqa… Quel rapport avec la laïcité ?

 

On voudrait nous faire croire que quelques prières dans les rues nécessitent un débat national. Mais cette question, que les pouvoirs publics semblent vouloir laisser pourrir, relève tout simplement de l’ordre public.

De même, le port de la burqa dans la rue ne pouvait en aucun cas relever de la laïcité qui consacre au contraire la liberté de chacun : “Le régime de laïcité impose l’abstention dans le seul espace relevant de l’autorité publique et parallèlement il établit la tolérance dans l’espace civil”, écrit Catherine Kintzler, professeur émérite de philosophie et auteur de Qu’est-ce que la laïcité ? (Ed. Vrin) qui préconisait un interdit au nom du “déni d’identification”. Le mélange des genres et la confusion des espaces sont toujours entretenus.

 

Quelle est la position de l’UMP et du FN sur la loi de 1905 ?

 

Aujourd’hui sur l’échiquier politique seule l’UMP ose encore remettre en cause cette loi de compromis, fruit de siècles de lutte entre le peuple français et l’Eglise catholique. Les deux partis prônent une laïcité sélective, qui ne s’appliquerait, quoi qu’ils disent, qu’aux seuls musulmans. Le concept de “laïcité positive” cher à Nicolas Sarkozy et à quelques communautaristes religieux devrait bien sûr dans les faits consacrer la supériorité de la religion catholique. Il en est d’ailleurs toujours ainsi.

 

UMP comme FN, qui tous deux ne cessent d’insister sur les racines chrétiennes, peuvent aussi très aisément s’accommoder des sectes (que Nicolas Sarkozy préfère appeler “nouvelles spiritualités”).

Tandis que l’un discute scientologie avec ses représentants, l’autre a su sceller un véritable partenariat politique avec la secte Moon. Les deux partis, on l’aura compris, aiment se draper des nouveaux habits de la laïcité pour mieux en torpiller le concept.

 

Yann Barte (texte photos), Le Courrier de l'Atlas, avril 2011

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Published by Yann Barte, dans LE COURRIER DE L'ATLAS, avril 2011 - dans Politique
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