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7 août 2010 6 07 /08 /août /2010 14:20

Elles étaient cadres, sont devenues mères mais n’arrivaient plus à tout assumer. De plus en plus nombreuses, les mompreneurs lancent leur propre entreprise. Créneau privilégié: le e-commerce.


mompreneur-site.gifSes filles ont bien enfilé leurs gilets de sauvetage, leurs voiliers sont prêts à quitter l’embarcadère… Ségolène Finet a déjà le doigt sur le bouton "on" de son ordinateur. Bien calée dans le café du club de voile qui lui offre la connexion Internet salvatrice pendant ses vacances, elle va pouvoir gérer les urgences de son entreprise, MamaNANA. Oui, Ségolène est bien maman, mais elle est aussi entrepreneur. Et les deux sont intrinsèquement liés. Car l’ancienne directrice stratégie produits d’un grand groupe informatique a choisi de tout larguer et de monter sa propre boîte pour "voir grandir ses enfants".


Ségolène Finet est donc une mompreneur, selon le concept popularisé outre-Atlantique: une salariée, souvent de niveau hiérarchique élevé, qui, après le premier ou le second bébé, décide de créer sa propre entreprise. Le but: mieux harmoniser vie professionnelle et vie familiale. Beaucoup, comme Ségolène Finet, fuient des horaires trop lourds ou décalés, de trop longs déplacements, d’autres refusent une forme de placardisation due au statut de mère de famille.


Des horaires souples recherchés


Céline Fénié, la fondatrice de Maman Shopping et de l’une des deux associations militantes, Les Mompreneurs, témoigne: "Avec deux enfants en bas âge, on m’a bien fait sentir que je n’étais plus dans le groupe des personnes qui avaient un avenir." Leur refuge: le e-commerce, qui leur permet ces horaires souples tant recherchés. Et comme l’idée arrive souvent avec l’enfant, les mompreneurs se concentrent dans le créneau lié à la puériculture, la grossesse ou l’allaitement avant d’occuper les niches (bio, écolo ou exotique) des marchés de produits de beauté ou de services. La mompreneur de référence est d’ailleurs Sandra Wilson, une Canadienne qui a lancé en 1994 la marque de chaussons pour bébé Robeez. Son modèle initial: celui qu’elle avait tout simplement créé pour son fils, Robert.

logo-mampreneurs.png

Aujourd’hui Robeez emploie 400 personnes dans le monde et engendre 15 millions de dollars de chiffre d’affaires. En France, le phénomène émerge seulement depuis quelques mois. Difficile donc de chiffrer la tendance. Néanmoins, "on voit dans les salons de plus en plus de femmes enceintes ou de jeunes mamans avec une envie de travailler différemment", assure Alexandra Barth, consultante pour l’Agence pour la création d’entreprise (APCE). L’association créée par Céline Fénié en mars 2009 connaît d’ailleurs une progression fulgurante: en une année, Les Mompreneurs ont attiré 350 adhérentes, 2.000 membres sur le forum de son site, 1.600 membres du groupe Facebook et elle a organisé des rencontres, les MamCafés, dans une dizaine de villes en France.


Les success stories, comme Envie de fraises ou MamaNANA, restent rares


L’autre association militante, Mompreneurs France, lancée en 2008, s’oriente davantage vers le lobbying. Elle a créé le prix de la mompreneur de l’année dont la première édition a été décernée en novembre dernier au Salon des micro-entreprises. En creux, elle cherche à démontrer que les mamans sont des créateurs et chefs d’entreprise comme les autres. Tout bêtement. Mais sa fondatrice, Anne- Laure Constanza, se rappelle: "Quand j’ai voulu lever des fonds début 2007, les banquiers me regardaient comme si j’étais en plein délire postnatal, j’en ai vraiment souffert!"

Créée en 2006, son entreprise de vêtements de grossesse, Envie de fraises, affiche aujourd’hui 2 millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie 10 salariés. Même réussite chez MamaNANA, qui ambitionne de passer de 770.000 euros de chiffre d’affaires en 2009 à 1 million d’euros cette année. Mais les exemples de success stories restent rares. Le phénomène est encore trop récent et il s’est emballé. "On voit une proportion de mompreneurs qui doivent raccrocher après six mois ou un an, souligne Céline Fénié, de Maman Shopping. Certaines se lancent juste avec une idée, sans étudier la viabilité du projet ni être formées en gestion et comptabilité. Il faut aussi prendre en compte que la première année il n’y a pas de salaire possible." Les mompreneurs, des créatrices d’entreprise comme les autres.


Cécile Bontron, Le Journal du Dimanche, le 7 août 2010

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Published by Cécile Bontron dans LE JOURNAL DU DIMANCHE le 7 août 2010 - dans Société
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