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1 octobre 2002 2 01 /10 /octobre /2002 20:58

L’été 2003 sera au « strict décontracté », aux matières soyeuses, aux blancs et blanchis, à la brillance et... au « vintage » conjugué à tous les temps. Depuis des mois déjà les jeux sont faits et les couleurs, matières hiver 2003 et été 2004 déjà présentées. Mais qui décident réellement des tendances ? Les bureaux de style ? Les couturiers ? Les tisseurs ? La rue ? Les salons ? Les magazines ? Petit tour d’horizon de ceux qui font la mode.

 

« La mode, c’est nous ! »

 

En matière de tendances, chacun bien sûr revendiquera la paternité : stylistes, bureaux de style, salons, créateurs… Difficile dès lors de définir exactement, de hiérarchiser parmi les réels décideurs. Difficile également de dire si ces tendances « prophétisées » sont réelles ou créées de toute pièce à partir d’intuition de quelques "sniffeurs du temps". Le fait d’énoncer n’assure-t-il pas l’existence de ces prophéties, devenues alors « autoréalisatrices » ?

 

Pour Karine Barte, responsable studio couture chez Ungaro ,« Les tendances sont d’abord données par les industriels et les bureaux de styles qui travaillent de concert et arrivent en amont dans la chaîne de l’habillement. Car tout part bien des tissus. Reste aux créateurs d’interpréter en fonction de leur marché et de leur personnalité. A cet égard, le salon Première Vision qui vient de s’achever constitue la Mecque de la mode ».

 

L’oeil de Première Vision

 

Avec ses 750 exposants sélectionnés, ses 35.000 visiteurs venus de toute la planète et ses 27 ans d’existence, Première Vision est le salon incontournable de ceux qui font la mode. Premier salon mondial de l’habillement et des tissus, il offre toute une gamme d’informations en direction des tisseurs, des visiteurs et acheteurs. C’est peut-être là, en effet, que se décide l’esprit d’une saison. « Ces orientations sont le fruit d’un véritable travail de concertation entre industriels et stylistes » explique la directrice mode du salon, Pascaline Wilhelm, « et non pas quelque chose qui sort tout droit du chapeau de la direction mode ». « C’est quand même celui qui hurle et braille le plus fort qui arrive à se faire entendre » nuance cette styliste indépendante qui a participé à quelques réunions mémorables de tendances du salon.

 

La concertation est aujourd’hui encore, presque exclusivement européenne, les Italiens restant les plus présents et, ajoute-t-on, « les plus créatifs ». Le timing et la méthodologie de mise en place des cahiers du salon sont extrêmement rigoureux, la sélection des exposants stricte. « Trop », jugent certains autres professionnels qui n’ont pas hésité à créer quasiment aux mêmes dates un salon concurrent pour tous les candidats exclus de Première Vision. Le salon présente aussi toutes les innovations technologiques. En février dernier, Première Vision dévoilait ainsi ces matières luxueuses : cachemire, soie…aux nouvelles vertus élastiques, imperméables, thermiques…illustrant la tendance « easy formal » ou « casual chic » de la saison à venir. La « micro-encapsulation » des tissus était aussi à l’honneur : des principes actifs sous forme de capsule dans la fibre des tissus (anti-acariens, anti-odeurs, amaigrissant…). Dim proposait ainsi les « fibres intelligentes » de ses collants hydratants micro encapsulés d’huile d’amande d’abricot.

 

Mais la modernité fait peur et la technologie se fait de plus en plus discrète dans le vêtement. La technologie vient quelquefois combattre une autre technologie. C’est ainsi que Levi’s souhaite lancer dès le printemps prochain une gamme de jeans pourvus de poches et de doublures destinées à couper les radiations des téléphones portables.

 

La rue, un film, une expo, des tours qui s’écrasent…

 

Tout peut influencer la mode. N’a-t-on pas entendu parler d’ « amélisation des tissus » suite au succès du film « Amélie Poulain » ? Et dans la foulée, le retour au kitch et à la tendance « ethno européenne » qui ont vu les tissus se fleurirent, non pas de nains de jardins, mais de surprenants petits sapins, de fleurs, de fermières et dentelles rappelant les folklores régionaux d’Europe.

 

N’a-t-on pas ici aussi parlé de l’effet 11 septembre ? Les collections qui ont suivi se seraient faîtes, dit-on, moins exubérantes que prévues. A voir. Si certains créateurs ont en effet opté pour le noir, d’autres ont préféré jouer avec la couleur. « Il faut remettre les choses à leur place » dit Anne Gelbard, styliste indépendante travaillant pour les Galeries Lafayette, les broderies Deschamps et quelques denteliers, « Il est prétentieux de penser que la mode révolutionne le monde. Elle n’a pas de message philosophique ou politique. Ce n’est jamais que des robes et des bouts de chiffons ! »

 

Reste que les symboles de l’Amérique, drapeau en tête, commencent à s’afficher un peu partout : des tongs « stars and stripes » aux T.shirts USA. Des bazars de rues de New York aux griffes de luxe, la propagande s’étale. Même la vitrine Colette diffuse en exclu le dernier livre de Takashi Homma avec ses photos prises à New York en 2001/2002. « L’effet 11 septembre, vous l’avez peut être déjà constaté cet été sur les plages, c’est le côté « vêtement housse » soulignant très discrètement le corps, le côté surprotection, enveloppement » explique, très sûre d’elle, Françoise Serralta, la prêtresse des tendances de Peclers, l’un des plus fameux bureau de style parisien. « Un phénomène que nous avions prévu depuis déjà longtemps, tout comme les résultats des élections en France. C’est socioculturel ! C’était évident » affirme sans rire la madame Soleil de Peclers.

 

Les pythies de la mode

 

Car si les bureaux de style ne prétendent pas créer les tendances, ils ont en tout cas la certitude de les décrypter parfaitement deux, voire trois ans à l’avance. A Peclers, le 8 octobre prochain commencent ainsi les premières réunions sur les couleurs hiver 2004/2005. Seuls les épiphénomènes leur échapperaient : « C’est pour ça que nous ne nous sommes pas précipités pour faire des maillots de bain crochet Loana. Le court terme on s’en fout. On ne veut pas aller vers le mauvais goût populaire et tous ces excès modeux que l’on a pu constater par exemple avec le porno chic prôné par certains bureaux de style que je ne nommerai pas ! » balance Françoise Serralta. La directrice a une mission : aller dans le sens d’ « un produit plus juste ». Mais n’y voyez aucune allusion au commerce équitable ou à un quelconque aspect éthique de la mode. Les conditions de travail esclavagistes des gamins cambodgiens de chez Gap, ce n’est pas le problème de cette "pourchasseuse" de tendances : « Je ne veux pas me mettre dans ce problème sinon on arrête tout et on ne consomme plus. On nous culpabilise bien assez. La vraie liberté, c’est quand même de consommer ! » A chacun sa définition...

 

Business-business

 

« En fait, tout le monde peut se retrouver dans un cahier de tendances », explique cette collaboratrice indépendante qui travaille pour Carlin International, l’un des plus anciens bureaux de style du monde. « On s’arrange par exemple pour avoir toutes les couleurs mais dans des tendances différentes : la femme sauvage, glamour, romantique... afin de coller au maximum de personnes. Tous les ans, finalement c’est un peu la même chose » explique cette jeune femme qui a préféré conserver l’anonymat.

 

Existerait-il des « quotas » dans les cahiers tendances des bureaux de style ? Un quota jeans par exemple. Certains le prétendent, étonnés de revoir des matières renaître constamment, comme aujourd’hui le velours. Et comment expliquer ce retour il y a quelques années de la vraie fourrure après qu’elle ait été tant décriée ? Pression ? Lobby ? Chez Peclers on nie en bloc « ça n’existe pas ! On n’est pas en Chine ou en Russie » explique la directrice de la cellule recherches et tendances qui a vu rouge à la question. « Les pressions financières sont très fortes » reconnaît au contraire Anne Gelbard. « Il suffit de mettre en place un comité, de payer quelques bureaux de style ou de créer son propre bureau, de financer de grandes campagnes de pub pour relancer une mode ». Pour cette styliste free-lance, les bureaux de style seraient en plein déclin. « Après avoir été les premiers à parler de tendances et donner réellement une image à des industriels qui n’en avaient pas, ces bureaux sont aujourd’hui sur la pente descendante. Chaque industriel préfère en effet aujourd’hui avoir sa propre équipe de stylistes, sa propre collection » et ce malgré les recommandations produits très précises des bureaux de style, sur mesure et calées sur le bureau des charges des clients.

 

Ce phénomène aurait déjà quatre ou cinq ans. Face à une uniformisation des plus ennuyeuse, cette évolution aura sans doute des effets positifs sur les consommateurs. Pour l ‘heure, il n’y a guère que la Haute Couture qui soit réellement affranchie de ces diktats « tendances ». Pour Karine de Ungaro, l’équation est simple « tout le monde a les mêmes impératifs de vendre donc tout le monde répond aux mêmes tendances ». Il suffit d’observer le suivisme des marques. Dégagée des considérations mercantiles, la haute couture, également créatrice de tendances, est le secteur le plus libre. C’est de cette autonomie, sans doute, qu’elle doit son existence.

 

Yann Barte, Femmes du Maroc, octobre 2002

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Published by Yann Barte, dans FEMMES DU MAROC, octobre 2002 - dans Culture - sports
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