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2 novembre 2005 3 02 /11 /novembre /2005 11:46

Sophie a publié dans l'Usine Nouvelle le 1er novembre 2005 une initiative concrète sur les économies d'énergie, un exemple reproductible à toutes les entreprises de travaux publics et exploitants de carrières de calcaire

Le producteur de granulat explore les gisements d'économie d'énergie. Il s'est donné jusqu'en 2008 pour réduire le volume de sa consommation de 10% à la tonne produite

Dans la vallée de Thorigny, en plein cœur de la plaine berrichonne, la carrière de Baccon (Loiret) est une usine à ciel ouvert. En une journée, les machines y concassent et trient 1200 à 1800 tonnes de granulats qui recouvriront les routes de la région avant leur goudronnage. Cette installation de traitement de la roche calcaire a été choisie avec les carrières de Val de Reuil (Eure), Cintegabelle (Haute Garonne) et La Môle (Var), pour participer au « Programme Efficacité Energétique » dans lequel s'est engagé Morillon Corvol, société du groupe mexicain Cemex, un des leaders mondiaux de production de ciment et de granulats.

1 - Réaliser le bilan énergétique global

Les quatre sites pilotes sont représentatifs de l'activité des quatre-trois carrières qui place Morillon-Corvol au 5ème rang des producteurs français de granulats. « Nous extrapolerons, dès janvier 2006, à l'ensemble des sites les idées et les pistes d'économie d'énergie que nous avons testées sur place » explique Héloïse Hanot, chef de projet environnement de Morillon Corvol. L'entreprise a comme objectif de réduire de 10% la totalité de sa consommation d'énergie en axant en priorité ses efforts sur son outil de production. Cette décision a été prise après l'analyse globale de la consommation des carrières, de l'activité de transport fluvial et des sièges administratifs, réalisée à l'aide d'une méthode mise au point par son ancienne maison-mère RMC ( absorbée depuis avril 2005 par Cemex).
Un bilan énergétique, plus précis, des carrières, mené cette fois avec l'appui de l'ADEME, fait état d'une consommation de 55 % de fuel représentant 25% de la dépense énergétique, et 45 % d'électricité représentant 75% de la facture soit au total 76M de KWh consommés pour 20 M de tonnes produites. « Selon les sites nous identifions de 5 à 20% d'économies possibles, la moyenne de 10% est un objectif réaliste » précise Héloïse Hanot « Nous rapporterons donc notre objectif à la tonne produite. La limitation de la consommation aura un impact sur le coût de revient ». Sur Baccon, par exemple, la production annuelle est en moyenne de 250 000 à 280 000 tonnes, mais la carrière a connu une année record à 600 000 tonnes, la consommation d'énergie augmente donc proportionnellement. Aujourd'hui avec les fluctuations des marchés pétroliers et la dérèglementation de la vente de l'électricité, la réduction du volume de consommation se traduira inévitablement par unebaisse financière. « Notre principale mission est de considérer l'impact sur l'environnement, souligne Héloïse Hanot. Nous travaillons indépendamment du service achat qui se charge de son côté de négocier les prix avec les fournisseurs d'énergie »

2 - Observer les pratiques sur le terrain

Pour élaborer les futurs plans d'actions, les pratiques métiers ont été passées au peigne fin sur les quatre sites pilotes. Trois axes de réflexion se sont dégagés : les procédés et les équipements utilisés sur la carrière, les déplacements des engins de chantier et le comportement des employés. Les équipements de traitement varient d'une carrière à l'autre en fonction du gisement qu'elles exploitent. Certains utilisent des circuits d'eau pour laver le sable des graviers, d'autres minent la roche massive, concassent et criblent les morceaux à sec, d'autre font des extractions de roches alluvionnaires dans les rivières. A chaque pratique correspond une organisation et des choix techniques spécifiques. Cependant, les sites ont en commun le même point noir  : la consommation de carburant qui correspond à 70% de la consommation énergétique d'une carrière, les 30% restants représentent l'alimentaton des installations de production et des bureaux installés sur le site (en général des bungalows préfabriqués).
Les allers et retours, entre les zones d'extraction de la roche et celles de concassage, sont énergivores. Des stocks de granulats qui montent trop hauts entraînent aussi une surconsommation. Des engins trop petits effectuent trop de voyages, des engins plus grands consomment plus d'énergie… etc.. Enfin le comportement des conducteurs d'engins sur le site a aussi mis en exergue quelques pratiques trop consommatrices : le moteur allumé à l'arrêt, les accélérations sur les lignes droites, la conduite en sous-régime etc… Les différentes observations listées et les améliorations à y apporter seront consignées dans le guide qui sera distribué à la fin de l'année 2005. Chaque responsable de carrière réalisera à l'aide d'un CD-Rom, un auto-diagnostic de son site et proposera un plan d'action. Plusieurs actions de bons sens peuvent être lancées rapidement, sans attendre des décisions d'investissement plus lourdes à mettre en oeuvre, comme l'achat de nouveaux équipements.

3 - Engager très vite des actions à faible coût

Le changement de comportement individuel est l'un des facteurs de réussite d'un projet de diminution de la consommation d'énergie. Ainsi Morillon Corvol a lancé fin 2004 une campagne de communication interne dans le cadre de la mobilisation nationale « Economies d'énergie, faisons vite ça chauffe ! ». Les 530 salariés de l'entreprise ont reçu avec leur fiche de paie « le manuel de l'éco-citoyen » dans lequel sont rappelés, sous forme de messages simples et faciles à mémoriser, « les commandements » qui s'appliquent à la maîtrise de l'énergie, à l'utilisation des véhicules mais aussi à la consommation d'eau. Cette campagne était renforcée par l'envoi de courriels rappelant les « bons gestes ». Cette action de sensibilisation, jugée exemplaire, s'est vue decernée par l'ADEME, le trophée « Planète Gagnante » dans la catégorie « entreprises », en février 2005, six jours avant l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto ! « Eteindre la lumière dans les pièces inoccupées, ne pas faire tourner à vide ou en sous-régime les moteurs de camions, sont des gestes de la vie courante que les employés peuvent aussi bien appliquer à la maison que dans l'entreprise, commente Héloïse Hanot. Cette sensibilisation peut donc avoir un impact sur la consommation annexe à la production qui représente 11% ». Sur les sites, cela correspond à la vie dans les barraquements pré-fabriqués où les salariés font la pause, déjeunent et se douchent.
Dès janvier 2006, sera instauré un rapport énergétique mensue. Il faudra alors pouvoir mesurer les économies apportées par les améliorations engagées sur le terrain. « Nous devons repérer les endroits où poser des compteurs, détaille Héloïse Hanot. A raison de 1000 euros l'unité, nous devons cibler les endroits importants ». Mais il faut aussi savoir s'adapter à la bonne volonté spontanée sur le terrain, certaines actions à Baccon ont déjà été mises en place sans attendre de pouvoir en mesurer les effets. Elle ajoute « Nous aurons peut-être quelques indicateurs de moins, mais inutile d'attendre, lorsque des mesures de bon sens remportent l'adhésion rapidement ». Parallèlement, un programme de formation des conducteurs sera lancé dans les prochains mois pour leur faire « oublier », certains automatismes consommateurs d'énergie.

4 - Programmer les projets lourds

Enfin les directions régionales ont deux ans pour engager les investissements les plus importants et réaliser les arbritrages nécessaires. Par exemple, pour éviter les rotations de camions, le tapis roulant électrique est le bon choix : il permet de réduire les émissions carbone, mais il a aussi pour conséquence de supprimer des postes de conducteurs. La décision dépassera donc les seuls enjeux environnementaux. Il peut être envisagé aussi, de poser des sondes sur les climatiseurs utilisés pour refroidir les transformateurs de courant ou encore sur les convecteurs des barraques de chantier. Chacune représente un coût de 4000 euros pour un retour sur investissement de 3 ans. Certains engins, pourraient être remplacés par des modèles plus récents moins consommateurs : un chargeur avec pelle pivotante évite des déplacements supplémentaires, une machine à broyer électrique consomme moins que celle équipée d'un moteur Diesel…. A l'étude aussi l'alternative des énergies renouvelables : un essai de chauffeau-solaire pour les douches d'un site en région Provence-côte d'Azur a été réalisé. La généralisation de l'expérience n'est pas d'actualité, car ce type de matériel étant à ce jour rentabilisé sur plus de 60 ans ! Cependant sur ce type de sujet, les conclusions ne sont jamais définitives, il est utile de rouvrir les dossiers régulièrement car avec la fluctuation des marchés pétroliers, des retours sur investissements ont été divisés par 3 en 5 ans. A ce rythme, dans une dizaine d'année, qui sait ? les chauffeaux solaires chaufferont peut-être les douches installées sur les carrières de Morillon-Corvol.

 

Sept bonnes raisons de passer à l'action


- Réduire la facture énergétique

- Limiter sa dépendance aux énergies fossilles et à l'électricité

- S'affranchir des fluctuations des marchés pétroliers

- Se prémunir des éventuelles taxes sur les émissions de gaz à effet de serre

- Améliorer les processus de production

- Mobiliser le personnel autour d'une action citoyenne

- Contribuer au bilan environnemental de l'entreprise

L'AVIS DE L'EXPERT
« Un correspondant énergie-environnement doit être nommé »

Pierre Galio, ingénieur-conseil du département activité économique de l'ADEME

 

« Pour bien mener son projet, une PMI, qui ne dispose pas de poste affecté aux problématiques environnementales, doit nommer un « correspondant énergie-environnement ». Sa mission est de coordonner l'ensemble des actions concernant l'énergie dans l'entreprise. Il assure, par exemple, le suivi des factures, tient à jour le tableau de bord des consommations et analyse les dérives. Il est le point de contact privilégié des fournisseurs d'énergie et de l'ensemble des partenaires externes impliqués sur le sujet tels l'ADEME, les bureaux d'études, les équipementiers…Il a un rôle d'information et de sensibilisation du personnel de l'entreprise sur les comportements économes pour le chauffage, l'éclairage, l'utilisation optimale des machines, les réglages... Il est rattaché à la direction de l'entreprise à laquelle il propose puis rend compte du programme d'actions. Il est essentiel que cette dernière assure une implication forte sur le sujet. Le temps consacré à cette mission ne représente pas obligatoirement un poste à temps complet, il sera proportionnel à l'importance du poste énergie dans l'entreprise. »

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Published by Sophie Maréchal dans L'USINE NOUVELLE - dans Environnement
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