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1 juin 2003 7 01 /06 /juin /2003 23:26

Depuis quelques années à peine, des milliers de salariés peuvent enfin pouvoir mettre un mot sur leurs souffrances. L'une des plus indicibles du monde du travail : le « harcèlement moral ». Début 2002, le terme entrait dans les textes. Dès lors il était dans toutes les bouches, résonnant dans les cabinets des médecins du travail comme sur les divans des psy, dans les bureaux des inspecteurs du travail comme dans les salles des Prud'hommes. A l'heure où ce comportement est passible de poursuites judiciaires, comment être sûr qu'il s'agit bien de ce que certains appellent encore la « psychoterreur » ?

 

L'air devient irrespirable. Vous êtes systématiquement discrédité dans votre travail, isolé, coupé de l'information, humilié quelquefois… Pourtant rien n'éclate. Jamais. Ni désaccords profonds, ni refus tranchés.

Alors de quoi s'agit-il ? De simples mauvaises conditions de travail ? De stress ? Comme deux millions de Français, vous êtes peut-être victime de harcèlement moral. Comment en être sûr ? C'est que le procédé est complexe. Le « harceleur » est pervers, refusant généralement de nommer le conflit pour vous plonger dans le doute.

 

"J'étais systématiquement exclue des réunions importantes"

 

« Harcelée… ? Heu non… Enfin… peut-être quand même, oui ! »Elise, 60 ans, animatrice en arts plastiques, dix ans après, doute encore. Pourtant durant des années elle a dû subir les assauts de sa chef de projet. « Entre deux vacheries, elle savait aussi m'envoyer des fleurs pour obtenir ce qu'elle voulait » tempère la plasticienne qui n'a jamais rien eu d'autres sur ses fiches de paye que la qualification absurde de « secrétaire . « Venez me chercher chez moi, m'avait-elle dit un jour où nous devions nous rendre chez un client mécène. Je me rendais chez elle, sonnais, sonnais… en vain. Je partais donc au lieu de rendez-vous, forcément en retard et là je la trouvais avec le client… ». Elise ne compte plus les coups bas de sa supérieure : « J'étais aussi exclue systématiquement des réunions importantes où se jouaient des choses qu'il m'était pourtant indispensable de savoir. Qu'importe, elle savait que je me renseignerai par d'autres moyens ». La victime cerne bien le profil de son agresseur."Autodidacte, elle avait un terrible complexe d'infériorité. Elle avait besoin de mes diplômes un peu comme un garant, un faire valoir, mais elle ne pouvait s'empêcher de me dénigrer et de me traiter sans cesse d'« intello ».

 

La victime pourtant a tenu. Une chance. Le « harceleur » cherche en effet presque toujours à pousser sa victime à agir contre lui, pour la dénoncer ensuite comme mauvaise. « Regardez, elle est complètement hystérique ! Elle est folle, comment lui faire confiance ? » La victime qui craque, épuisée, se trouve alors piégée.

 

Paranoïaque, obsessionnel, pervers... les pathologies du harceleur

 

Les profils de ces « serial killers » d'entreprises sont divers. Le paranoïaque veut tout contrôler, tout dominer et se méfie de tous. Souvent tyrannique, on le confond quelquefois avec le caractériel. Il ne se remet jamais en question. Très rigide également, l'obsessionnel a un fond dépressif, aussi vit-il une insatisfaction constante. Il cherche à maîtriser la vie en la figeant. Un peu à l'image de l'administration, il s'attache exagérément aux détails, souvent au détriment du résultat final. Retards, erreurs, imprévus de l'autre sont alors, pour lui, autant d'agression. Il souffre de ses obsessions mais il est capable de se remettre en question. Le pervers narcissique est un personnage aussi fragile que dangereux. Il attend tout du regard de l'autre. Il n'existe qu'à travers sa réussite professionnelle. Tous ceux qu'il n'arrive pas à séduire ou soumettre sont pour lui potentiellement dangereux. Il peut alors s'attacher à détruire systématiquement la confiance en soi de l'autre. Il est habile, séducteur, froid et calculateur. Il adore les sous-entendus, les non-dits destinés à créer un malentendu pour ensuite l'exploiter à son avantage. Il ne craint pas de dire une chose puis son contraire, le but étant avant tout de déstabiliser. Avec le pervers, votre désir se trouve systématiquement nié. S'il vous invite au restaurant, il commandera à votre place « pour vous faire plaisir ». Il vous culpabilise sans cesse : « je vous trouve bien agressif en ce moment ». Malheureusement, une sorte de sélection naturelle les place très souvent à des postes stratégiques dans l'univers impitoyable de l'entreprise… Devra-t-on tous apprendre à repérer les différentes pathologies psychiatriques de nos collègues ou supérieurs pour éviter les affres du monde du travail ?

 

Désolé, un regrettable incident informatique a anéanti votre travail...

 

« Vous n'êtes que des nuls, des merdes ! » Ce sont les propos lapidaires que les quatre « emplois jeunes » fraîchement débarqués dans cette association d'aide aux alcooliques, ont dû entendre durant près de deux ans. « Cet homme qui nous encadrait, raconte Laure, m'humiliait, lors des réunions de groupe, en prenant systématiquement le contre pied de ce que j'annonçais aux malades. J'ai fini par douter totalement de moi, de mes compétences et mêmes de mes études de psycho qui disait-il - tout en ne recrutant que des profils psycho - ne servaient à rien ». A deux jours de la remise de son diplôme (D.U. d'alcoologie), Laure voit son mémoire anéanti. Un regrettable accident informatique de son supérieur. Bizarrerie : même la disquette avait disparu ! Et si l'affaire a continué aux Prud'hommes, c'est paradoxalement sur l'initiative de ce responsable, pour rupture du contrat : Laure a craqué, elle est partie, comme partiront les trois autres jeunes. Le harcèlement ne dégrade pas seulement le climat de travail, il met fréquemment en péril l'emploi de la personne. Avant de quitter, Laure fait un petit tour très instructif dans les comptes de l'association. Elle apprend que l'employeur détournait les 20% que le Conseil Régional lui versait pour ses salariés. L'histoire n'est donc pas finie…

 

Une arme pour liquider sans indemnités les salariés indésirables

 

La démission, conséquence fréquente du harcèlement, reste une grave erreur. C'est souvent le but recherché du « harceleur ». Le harcèlement est en effet devenu une forme de gestion de l'entreprise, une arme très actuelle pour liquider, sans indemnité, des salariés devenus indésirables, trop vieux ou trop chers par exemple. Mais si ce harcèlement stratégique a particulièrement cours dans le privé, le harcèlement moral demeure prédominant dans le service public. Les pervers n'y sont peut être pas plus nombreux, mais ils y sévissent bien plus longtemps… A moins d'une faute très grave, les « harceleurs » du public restent toujours désespérément protégés.

 

Propos débiles et insultes à connotation sexuelle

 

Cinq ans après, Adrien, n'a toujours pas digéré sa douloureuse expérience. Il peine aujourd'hui encore à trouver les mots pour décrire ces sept ans de cauchemar dans ce grand musée national où il était gardien de nuit. « Je suis arrivé à 23 ans, tout mignon et sans doute un peu naïf. Mes collègues ont très vite deviné ma différence : j'étais le seul à ne pas siffler à la vue d'une paire de seins à la TV, à ne pas tenir des propos misogynes ou à ne pas rire de ce qui les faisaient rire… C'était un milieu malsain, détestable, vicieux, de buveurs et, je peux l'affirmer, de pédophiles, débordant de haine des pédés alors même que ces personnes semblaient fascinées par l'homosexualité. Sept ans à subir des propos débiles, des insultes, toujours à connotations sexuelles, la nuit intensifiant encore ces comportements. Puis un jour j'ai été agressé physiquement, je ne pouvais plus esquiver et tout s'est retourné contre moi. La section CGT est intervenue pour m'enfoncer un peu plus, me calomnier. J'étais devenu le « harceleur » ». Après plusieurs refus de sa hiérarchie, Adrien a finalement été muté. Aujourd'hui, à 35 ans, son dossier est sali, son salaire a chuté, il a perdu ses primes de nuit. Il reste marqué à jamais par cette expérience traumatisante. « Contrairement à ce que l'on pourrait croire, en effet, les "harceleurs" ne visent pas forcément quelqu'un pour ses faiblesses, mais plus pour sa non-conformité » affirme Marie-France Hirigoyen, psychothérapeute et auteure de livres sur le sujet dans lesquels déjà plus d'une centaine de milliers de lecteurs ont retrouvé le portrait robot de leurs bourreaux. Le harcèlement moral est souvent plus subtil et moins repérable que la discrimination ouverte.

 

Quand la loi du silence tranforme le salariés en "collabos"

 

En ces temps de « guerre économique », pas besoin d'états d'âme ! La violence peut alors s'exprimer librement. Pire dans l'entreprise, le vice devient vertu. Faire le mal (opérer la sélection pour les charrettes de licenciement, violer le droit du travail…) serait paradoxalement le signe d'une attitude courageuse. Il faut du courage pour faire ce « sale boulot » entend-t-on. C'est ce que dénonce Christophe Dejours dans « Souffrance en France » lorsqu'il parle de la « virilité massivement tenue pour une valeur ». « Pour ne pas courir le risque de ne plus être reconnus par les autres hommes comme des hommes, écrit-il, (…) pour ne pas risquer de se trouver exclus et méprisés sexuellement ni tenus pour lâches, poltrons ou couards (..) des hommes en très grand nombre acceptent d'apporter leurs concours au sale boulot et de devenir ainsi des collaborateurs de la souffrance et de l'injustice infligées à autrui ». Que dire de la loi du silence qui prévaut encore dans l'entreprise ? Dans les associations contre le harcèlement, on parle de « non-assistance à personne en danger », mais aussi de « collabos ». A « Harcèlement moral stop » on constate une levée progressive mais encore timide du silence. La parole se libère, enfin. C'est sans doute dit autrement ce qu'exprime Dejours : « pour l'heure dans notre société, la critique de la virilité n'a fait que commencer… ».  


 

INTERVIEW "Pour qu'il y ait harcèlement moral, il faut qu'il y ait volonté de nuire"

 

Loïc Scoarnec est le Président de « Harcèlement Moral Stop ». Ce syndicaliste de 54 ans entame sa cinquième année de mise au placard. Pour résister, il y a quatre ans, il créait, avec trois autres personnes, l'association « Harcèlement moral stop ». Aujourd'hui HMS compte plus de 900 adhérents et recevait en 2002 plus de 17.000 appels.

 

Quel est le but de l'association ?

 

Ecouter et conseiller. Nous recevons des appels de demandes de conseils mais surtout énormément de témoignages de souffrance au travail. Nous nous intéressons à l'action sur le terrain, apportons des conseils juridiques, suivons des dossiers jusqu'aux portes du tribunal…

 

Ne commence-t-il pas à y avoir aujourd'hui quelques dérapages dans l'utilisation du terme « harcèlement moral » ?

 

Le risque pourrait être en effet que l'on évoque le harcèlement à la moindre contrariété : refus de congé ou d'augmentation, énervement passager d'un collègue, stress en période de haute activité, etc… Il y a effectivement quelquefois confusion. Aussi avons-nous mis en place des outils, un questionnaire afin d'être certain qu'il s'agit bien de harcèlement moral. Quels sont les facteurs déclenchants ? La victime est-elle systématiquement visée ? Les actes sont-ils répétés ? Car le harcèlement moral s'inscrit toujours dans la durée. Nous nous interrogeons également sur un point qui n'a pas été retenu par la loi : la volonté de nuire.

 

Observe-t-on une accélération du phénomène aujourd'hui ?

 

Il y a eu une véritable accélération dans la deuxième partie de l'année 2001. Nous espérions une décrue pour cette année. Elle n'a pas eu lieu. De plus, ce sont aujourd'hui de nouvelles couches de salariés qui nous contactent. Après l'arrivée en 2002 des premiers cadres moyens, ce sont désormais les cadres supérieurs qui n'hésitent plus à dénoncer des situations de harcèlement : des DG adjoint, des DRH qui refusent de participer aux méthodes de harcèlement que la direction leur impose. Avec les restructurations, les réorganisations, il y a souvent un fauteuil pour deux. Il s'agit alors de dégager un collaborateur. Il y a un véritable durcissement général du monde du travail. Tout à fait nouveau également : l'arrivée des hommes jusque là très minoritaires (10 à 15%). Aujourd'hui nous allons vers un équilibre. Cette prise de conscience - nous l'espérons - devrait entraîner une diminution des suicides « réussis » (qui sont le fait très majoritaire des hommes).

 

« Plus la personne harcelée attend, plus elle se rapproche de la porte de sortie. Il faut agir rapidement ».

 

Y-a-t-il des secteurs particulièrement touchés ?

 

Il y a des secteurs pour lesquels nous tirons la sonnette d'alarme. Il y a plus qu'urgence dans la fonction publique territoriale. La situation est dramatique dans nombre de mairies. Notons aussi les hôpitaux et l'Education nationale. Du ministère au rectorat ou aux inspections académiques, l'Education nationale ne répond quasiment jamais à une demande urgente d'un de ses agents. Le harcèlement est pourtant fréquent. Calomnies, mensonges, faux… Je suivais ce matin le dossier d'une institutrice accusée d'avoir mis le nez d'un enfant dans ses excréments. Une enquête a été diligentée par l'Inspection d'Académie qui se croit revenu au temps de la gestapo. Sans aucune preuve l'instit a été mutée payant ainsi un différend politique avec des parents d'élèves. Quelques cas aussi d'accusation de pédophilie… Dans le privé, vous avez les classiques : la grande distribution, l'hôtellerie restauration, les banques et compagnies d'assurance.

 

Reste-t-il un bon élève dans tout ça ?

 

Un « pas trop mauvais » en tout cas et que j'observe depuis quelques années : le premier employeur de France (plus de 300.000 salariés) : la Poste. C'est à ma connaissance le seul établissement public a avoir eu le courage de regarder le problème en face. Se rendant compte de la gravité de la situation, il a mis en place en février 2002 un protocole (au premier signalement, une enquête est diligentée, des résultats communiqués, des mesures prises).

 

Quelles parades une personne harcelée peut-elle mettre en place pour se protéger ?

 

Plus la personne attend et plus elle se rapproche de la porte de sortie. Il faut donc agir vite. Trois choses à faire : écrire, en parler, ne pas rester seul

1. écrire : nous sommes souvent face à un cas de relations strictement verbales et en tête-à-tête. Autrement dit sans témoin. Il faut donc réaliser un historique, une chronologie des faits. Adresser cet historique au plus haut personnage de l'entreprise. Nous nous sommes rendus compte en effet que le passage par des échelons intermédiaires atténuait très fortement la situation. Envoyer en copie à l'Inspection du travail (afin de laisser une trace s'il y a, un jour, procédure judiciaire). A l'association, nous pouvons donner des exemples de courrier.

2. En parler à sa famille, à ses amis, aux acteurs sociaux, aux assistantes sociales, pourquoi pas au DRH…

3. Ne pas rester seul(e). La personne peut trouver une aide à l'intérieur ou à l'extérieur de l'entreprise. Lutter seul, c'est risquer l'échec. INTERVIEW Y-a-t-il une vie après le harcèlement ?


 

 

Patrick Légeron est médecin psychiatre à l'hôpital Sainte-Anne, à Paris. Il dirige « Stimulus », un cabinet de conseil aux entreprises intervenant sur les problématiques de stress, notamment les effets progressifs et post traumatiques du harcèlement. Il vient de rééditer « le stress au travail » (Poches Odile Jacob)

 

Stress, harcèlement... est-ce qu'on ne confond pas un peu depuis quelques années ?

 

Oui, souvent. Si 30% des salariés, selon des statistiques européennes sont victimes de stress, tous ne sont pas en effet harcelés. Le terme « harcèlement moral » très médiatisé et désormais renforcé par un cadre juridique n'est qu'une forme - sans doute la plus dure - de stress relationnel. Alors stress... harcèlement : ce n'est pas la peste, c'est peut-être le choléra ! Mais les médecins ne confondront pas et ne soigneront pas de la même manière ces maux.

 

Quels peuvent être les dégâts causés par un harcèlement moral ?

 

Tout commence par la perte de confiance en soi, de l'estime de soi. Cet effet, d'ailleurs, déborde de la simple sphère professionnelle : une femme harcelée au travail peut finir par douter de ses compétences de mère de famille par exemple. Apparaissent ensuite les syndromes dépressifs. La personne perd le goût à la vie. Les tentatives de suicides sont alors fréquentes. Enfin, nous observons des syndromes post traumatiques. La personne a vécu des expériences extrêmement dures. Des images fortes (insultes ou humiliations en public par exemple) restent gravées dans sa mémoire. Ces images restent aussi prégnantes que celles d'une personne ayant vécu un attentat, un viol, une prise d'otage. L'ancien harcelé peut, durant des années encore, se réveiller en sursaut, faire des cauchemars, développer des attitudes de méfiance à l'égard des autres...

 

Y-a-t-il une différence dans ce domaine entre hommes et femmes ?

 

Non, pas vraiment. Ceci dit, peu d'études scientifiques ont été réalisées sur le sujet. Les femmes sont plus sujettes aux syndromes dépressifs. Il semble aussi que les formes de harcèlement moral exercées contre les femmes soient plus violentes (harcèlement sexiste et machiste). De même qu'il y a chez les hommes des formes de harcèlement, homophobes par exemple, extrêmement difficiles à vivre.

 

"Il faut passer par la reconnaissance du statut de victime. On ne peut pas oublier le traumatisme, mais il fat continuer à vivre..."

 

Comment dépasser un harcèlement ?

 

D'abord il faut évidemment que la situation de harcèlement cesse. Pendant longtemps c'était à la victime de partir. De plus en plus, c'est le "harceleur" qui se voit condamné. L'entreprise, rappelons-le, a une obligation de sanctionner un "harceleur". La seconde étape est celle de la reconnaissance. C'est d'ailleurs une constante en victimologie. Si cette reconnaissance passe par une condamnation, voire un affichage de cette condamnation sur le lieu de travail ou dans une publication... c'est assurément un plus pour la victime. Mais en tant que psychiatre, nous insistons bien sûr sur le troisième axe qui peut sembler paradoxal : éviter à tout prix que la personne ne s'enferme dans un statut de victime. Il y a une vie après le harcèlement ! Les Anglo-saxons utilisent le terme souvent mal compris en France de « survivant ». On ne peut pas oublier le traumatisme, mais il faut continuer à vivre. Certaines personnes ont gagné juridiquement mais sont totalement détruites psychologiquement. Comment peut-on parler de victoire ? Nous devons aider la personne à dépasser l'événement. C'est toute l'approche psychothérapique. Et dans le cas grave de stress post traumatique ou de dépression, nous ne pouvons pas non plus négliger l'approche plus psychiatrique et médicamenteuse. Un travail psychologique doit commencer le plus tôt possible. 3 associations pour en parler :


 

 « Solidarité, souffrances au travail ». Forum, lois, témoignages

 « Harcèlement moral stop ». 11, rue des Laboureurs, 94150 Rungis Tél. : 01 56 34 01 76 / 06 07 24 35 93 (du lundi au vendredi, de 10h à 20h)

 « Mots pour maux au travail ». Rue des Cailles 67100 Strasbourg. Tél. : 03 88 65 93 88 16

 Portail francophone de la santé au travail ». Le harcèlement moral peut prendre des formes diverses...


 

 Le refus de toute communication

 L'absence de consignes ou les consignes contradictoires

 La privation de travail ou le surcroît de travail

 Les tâches dépourvues de sens ou les missions au-dessus des compétences

 La "mise au placard", les conditions de travail dégradantes

 Les critiques, les sarcasmes incessants

 Les brimades, les humiliations

 Les insultes, les menaces. Livres : pour en savoir plus...


 

 

J'ai un patron psychopathe

L'entreprise barbare, Albert Durieux, Stéphène Jourdain, Albin Michel, janvier 2000. Harcèlement, intimidation, précarisation, mesures vexatoires, mépris... tout est bon pour mettre au pas les salariés. Voyage au cœur des cuisines peu reluisantes de grandes entreprises.

Le harcèlement moral dans la vie professionnelle, Marie-France Hirigoyen, Editions Pocket, septembre 2002. Depuis son premier livre sur le sujet en 1998, les témoignages se sont accumulés. Aujourd'hui l'auteur peut mieux encore mesurer l'ampleur du phénomène. Des réponses concrètes à toutes les questions que son premier livre à suscitées.

Le bouc émissaire, René Girard, collection Le livre de poche, janvier 1986. Réflexion critique sur le bouc émissaire. Un mécanisme reposant sur une illusion persécutrice partagée entre bourreaux et victimes.

Souffrance en France, Christophe Dejours, Poche Seuil, février 2000. Les Français souffrent et se taisent. Spécialiste du travail, l'auteur s'interroge sur ce silence et la banalisation de l'injustice sociale. Comment démonter le processus ?

Le Vampirisme au quotidien, Gérard Lopez, L'esprit du temps, octobre 2001. Proches, conjoints, collègues supérieurs... les vampires sont parmi nous. Mais comment les reconnaître, comment comprendre leur psychologie, comment s'en protéger ?Le harcèlement dans les textes


 

 

 

 

 

 


Me Annie Chaumény est avocate à la Cour d'Appel de Paris, spécialisée en droit du travail.

 

"Tout salarié peut invoquer le droit de retrait si sa santé est menacée".

 

Comment peut-on réagir quand on est victime de harcèlement ?

 

Je conseille aux victimes de ne pas démissionner. Le but du harcèlement étant justement la plupart du temps d'obtenir une démission qui privera la victime de ses indemnités de licenciement, des indemnités ASSEDIC, etc... Il faut savroi qu'il existe en cas de danger imminent pour votre santé ce qu'on appelle le "droit de retrait". C'est le droit, pour tout salarié, de quitter son poste, s'il pense raisonnablement que sa situation de travail présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ou celle de ses collègues (article L 231-8 du Code du Travail). Il ne s'agit pas de démission, mais d'une suspension d'exercice du travail. Aucune sanction ou retenue de salaire ne peut alors être prise à son encontre. Si ce droit a été invoqué ces dernières années par des enseignants quittant leurs cours, par des convoyeurs de fonds ou des chauffeurs de bus se sentant menacés, il demeure peu utilisé. Le risque en effet : se voir accusé d'abandon de poste. Bien souvent les victimes se sentent coupables du harcèlement. Elles ne songent donc pas à « se retirer de leur poste de travail », mais tentent de « tenir le coup » jusqu'à ce qu'elles voient un médecin. Un mauvais calcul souvent : j'ai connu le cas d'une salariée harcelée qui faute d'avoir utilisé son droit de retrait, s'est rendue dans les toilettes et a tenté de se suicider… »

 

Comment prouver le harcèlement ?

 

" C'est le problème, comme celui de toute action en justice. Avec cette particularité que le harcèlement se traduit par des atteintes morales du salarié, pas toujours visibles, matérielles. En droit du travail, la preuve s'établit bien souvent par les témoignages de collègues. Souvent peu facile à obtenir ! C'est pourquoi la loi a tenu à protéger particulièrement ces témoins d'actes de harcèlement moral, au même titre que les victimes elles-mêmes ".

 

Qu'est-ce qui peut constituer des preuves ?

 

Les arrêts de travail motivés par le harcèlement, les ordonnances de médicaments anxiolytiques et antidépresseurs, voire les certificats d'hospitalisations.

Une expertise médicale révélant un état anxio-dépressif, en relation manifeste avec Les agissements de l'employeur.

Les témoignages d'autres salariés ou d'anciens salariés.

Le passé judiciaire du « harceleur » (précédents jugements de condamnation).

Les échanges de courriers, d'e-mails, les notes de toute sorte, particulièrement celles émanant de l'auteur du harcèlement.

Les procès verbaux des Comités d'entreprise et des Comités d'Hygiène de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT) lorsque ces questions ont été évoquées.

L'avis du médecin du Travail devant lequel de tels faits ont été évoqués.

 

 

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Published by Yann Barte dans CHANGER TOUT, juin 2003 - dans Société
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