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2 janvier 2004 5 02 /01 /janvier /2004 22:15

Le Président français a tranché : voile, kippa et grande croix seront proscrits à l'école publique. Les associations de musulmans brandissent le spectre d'une montée en puissance du radicalisme. Les mouvements « laïcs » remettent en cause la représentativité du Conseil du culte musulman.

Tout le monde s'est exprimé à propos du port du voile à l'école : des féministes aux islamistes, des associations laïques aux altermondialistes, des instances religieuses aux syndicats d'enseignants. Seule la France des " sans religion ", (désormais un peu plus de la moitié de la population) s'est difficilement faite entendre. Le rapport de la commission Stasi sur la laïcité, plébiscité dans les sondages par 72% d'opinion favorable, puis une semaine plus tard, le discours arbitrage du Président de la République (le 17 décembre dernier) ont encore suscité une avalanche de réactions. Les plus critiques émanaient des instances musulmanes.

" Un débat délirant ", " une loi catastrophe ", " une approche sécuritaire ". Les mots du recteur et imam de la mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou, sont sans ambiguïté. " Nous sommes dans les prémisses du totalitarisme !". Pourtant, cet imam refuse de faire l'apologie du voile, qui demeure pour lui " une prescription mineure de l'Islam ". La question fait d'ailleurs l'objet d'un débat parallèle houleux entre théologiens et historiens des religions. Le discours de Chirac relève pour lui d'une " conception crispée de la laïcité qui stigmatise". L'imam rappelle le poids des musulmans. " Il y a en France de plus en plus de convertis à l'islam, de plus en plus de femmes voilées... 8 millions de musulmans aujourd'hui ! " Un nombre de musulmans brandi, tour à tour comme un étendard ou un épouvantail... et une autre polémique qui se greffe sur le débat ! (*).

 

Le Conseil du culte musulman dénonce l'exclusion

 

" Le Président de la République est en train de former une nouvelle laïcité, d'exclusion poussant au repli communautaire " renchérit Thami Breze, Président de l' " Union des organisations islamiques de France " (UOIF), une des principales composantes du nouveau " Conseil français du culte musulman " (CFCM). Derrière la volonté affichée d' " accompagner la loi " subsiste le désir de la vider de sa substance : " Nous allons proposer un petit foulard comme signe acceptable ". Le mot "ostensible " fera sans doute encore couler beaucoup d'encre les mois à venir... Et interrogé sur les échos plutôt positifs de la loi dans la presse marocaine : " Je ne sais pas, je ne lis que Attajdid ! ".

 

En l'absence du Président de CFCM, Dalil Boubakeur, parti en vacances, sans doute épuisé par ces débats interminables, c'est Mohamed Bechari que nous avons sollicité, vice-président du CFCM et Président de la " Fédération nationale des musulmans de France " (FNMF). Pas de résignation non plus du côté de la FNMF : " le Président parle de voile, nous allons proposer une solution médiane : le bandana ! " Mohamed Bechari qui rappelle le climat peu favorable au débat de l'après 11 septembre, brandit aussi le spectre de l'Islam radical : " Avec cette loi, nous allons vers la radicalisation du discours religieux et anti français, la multiplication des écoles confessionnelles musulmanes ". Regret ou espoir ? Et ne lui parlez pas des associations de musulmans laïcs ! : " De quoi se mêlent-ils ? " Pour lui il s'agit d' " une mode " avec laquelle " il faut en finir ! Nous sommes légitimes, avons été élus. Qu'ils organisent des élections ! "

 

" Mais de quelle légitimité parlent-ils ? De ces 4000 délégués choisis par les mosquées ? " Pour Rachid Kaci, membre du " Mouvement des musulmans laïcs de France ", également secrétaire général de " Droite libérale " (courant de l'UMP foncièrement anti communautariste), " le CFCM n'a pas plus de légitimité à représenter les musulmans que nous. Pour cette représentativité de l'Islam de France, on a fait appel à des structures liées à des pays étrangers (Algérie, Arabie, Maroc) et à des politiques plus qu'à des théologiens en sur-représentant la mouvance des " Frères musulmans ". J'ai un trop grand respect pour l'Islam pour accepter de le voir accaparé et représenté ainsi ! ".

 

Les Maghrébins laïcs commencent à peine à se mobiliser. La crainte chez eux a, en effet, longtemps subsisté de voir l'affirmation de la laïcité entendue comme une attaque de la pratique religieuse. Kebir Jbil, Président du " Mouvement des maghrébins laïques de France" s'est félicité de voir les principes de la laïcité réaffirmés, mais pour lui " cette loi est encore insuffisante ".

 

Après l'attentisme, l'engagement pour la laïcité

 

Ainsi le Mouvement propose que le Code du Travail stipule la possibilité pour une entreprise de choisir la laïcité. " Nous attendons aussi une réforme de l'Islam et une prise de position claire du CFCM sur les questions de la polygamie, de la lapidation, de la peine de mort, de l'apostasie... Chaque musulman doit en effet être libre de changer de religion s'il le souhaite. Les associations dans le Maghreb avec lesquelles nous sommes en contact attendent beaucoup de nous, de la France, pour offrir l'image d'un Islam moderne. La laïcité est une chance pour l'Islam " conclue Kebir Jbil. L'idée est partagée par Fadela Amara, Présidente de " Ni putes ni soumises " et musulmane pratiquante : " Partout au Maghreb, on sent les prémisses d'un l'Islam entrant dans la modernité et épousant l'émancipation des femmes. La position de SM Mohammed VI est à cet égard importante et très clairvoyante ".

 

Ces dernières années, sous couvert de reconnaissance, on a enfermé les personnes dans des identités. Une erreur que la France paye cher aujourd'hui. Quelle que soit la nécessité de la loi, elle reste un aveu d'échec des politiques successives d'intégration. Le voile ne deviendrait-il pas un symbole identitaire pour une partie de la jeunesse ? En France comme au Maroc, l'islamisme est bien un produit de substitution des politiques sociales défaillantes.

 

(*) Selon la démographe Michèle Tribalat, qui s'apprète à publier prochainement une étude retentissante sur le sujet, le nombre de " musulmans possibles " par filiation serait de 3,7 millions.

 


 

Laïcité : Jacques Chirac s'est prononcé en faveur d'une loi

 

Une loi interdira le port de signes " ostensibles " religieux. Seuls les " signes discrets " resteront possibles. En revanche, le président n'a pas retenu la proposition du rapport Stasi prévoyant des jours fériés pour la journée de l'Aïd el Kébir et de Kippour. Réaffirmation également de la laïcité du service public " A l'hôpital, rien ne saurait justifier qu'un patient refuse, par principe, de se faire soigner par un médecin de l'autre sexe ". Un code de la laïcité devrait être remis à tous les agents publics dès leur entrée en fonction. Jacques Chirac a insisté enfin sur la question de l'égalité entre hommes et femmes. : " le degré de civilisation d'une société se mesure d'abord à la place qu'y occupent les femmes ".

 

Yann Barte, La Vie Eco, 2 janvier 2004

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Published by Yann Barte, dans LA VIE ECO, 2 janvier 2004 - dans Politique
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