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28 octobre 2005 5 28 /10 /octobre /2005 13:07

- Outil de management des plus archaïque, la délation reste encore encouragée dans certaines entreprises où " mouchard " constitue presque une fonction à part entière.

- Développement des ressources humaines et des méthodes modernes de management devrait pourtant mettre fin à ces viles pratiques.

 

« Ce n'est pas un poste de chef de ligne que vous me proposez, mais de mouchard ! » Karim, 24 ans, technicien en maintenance en métallurgie a ainsi décliné la proposition de « promotion » de son supérieur. En fait de promotion, la proposition était pour le moins ambiguë : « Si j'avais accepté, je n'aurais eu ni bureau, ni augmentation de salaire, ni changement de fonction sur mes fiches de paye ». La balance, en effet, doit toujours faire ses preuves, faire son « sale boulot » avant d'acquérir quelques avantages.

 

Après son refus, Karim ne voit pas son contrat renouvelé et doit quitter l'entreprise. Aujourd'hui, à sa 3ème entreprise, il n'a pas changé d'éthique mais a appris à détecter et se méfier des mouchards. Il en distingue deux sortes : les grands, « généralement connus et craints de tous, aussi importants par la place qu'ils occupent près de la direction qu'incompétents » Et les petits « d'autant plus dangereux qu'ils ne sont pas identifiables, ne s'affichant jamais avec la direction avec laquelle ils n'ont qu'un contact indirect. Ce peut être n'importe qui : un ouvrier, une femme de ménage, le concierge… ».

 

Tous ne sont pas remerciés de la même façon pour leur zèle : « A la différence des petits qui ne tirent que de maigres avantages de leur travail, les grands mouchards peuvent grimper très rapidement dans la hiérarchie ». Karim qui a le plus grand mépris pour les balances, reconnaît cependant avoir joué le rôle d'un petit « cafteur », dans le seul but de conserver sa place : « En m'alliant à un mouchard, j'ai réussi à dégager un chef de service lui-même balance qui me descendait toujours auprès de la direction. J'avais de la chance : les deux types se détestaient ! » Le monde de l'entreprise est impitoyable.

 

La délation pourrit l'ambiance de l'entreprise et nuit à sa productivité

 

Pour Abdelhak M'Hammed, chef d'entreprise et ex-président de l'AGF (association des gestionnaires et formateurs du personnel), cette pratique ne peut que disparaître parce qu'elle « nuit à la relation sociale et, en créant un mauvais esprit dans l'entreprise, à la productivité ». Le chef d'entreprise croit en la disparition progressive de ce type de comportements déplorables, grâce au développement des ressources humaines. Et pour ce qui est des « balances », « puisqu'elles sont déjà connues de tous », il préconise de « les transformer en contrôleurs. Cela ne fera que rendre les choses plus claires ! »

 

Hicham, 34 ans, n'est pas aussi optimiste sur l'avenir de ces pratiques. Professeur à l'université, il observe une surveillance des universités qui n'existait pas il y a seulement trois ou quatre ans : « Les profs sont de plus en plus surveillés dans les facs. Chaque jour, un chaouch passe à 8H15, 10H15, 16h15 pour vérifier que le prof est bien en classe ».

Le contexte international ne nous laisse guère plus optimiste sur le devenir de ces pratiques. Le délire sécuritaire post-11 septembre qui s'est emparé de la planète n'a pas épargné l'entreprise. Parallèlement à la surveillance rendue toujours plus serrée par les nouvelles technologies de l'information (mouchards électroniques, surveillance des heures et des sites visités, voire des mails), la délation elle-même a été encouragée entre salariés, voire organisée.

 

Le système de délation à l'anglo-saxonne fait tâche d'huile

 

Aux Etats-Unis comme au Royaume Uni, des procédures d'alerte dite « whistle blowing » (littéralement « coup de sifflet ») sont déjà légalement encadrées. Des lignes téléphoniques sont mises en place, véritables porte ouverte à tout type de dénonciations, sur la base de rumeurs ou de règlements de compte. L'anonymat est assuré au « mouchard » (bien que l'enregistrement fréquent des appels peut nous faire douter de cette confidentialité). En revanche, la victime, n'aura pas même la possibilité de savoir qui l'a « balancée ».

 

Le modèle anglo-saxon de délation cherche à s'imposer partout. Il n'a, pour l'heure, rencontré, de résistance qu'en France. Encore une exception culturelle ! Les salariés des filiales américaines en France refusent en effet de jouer les corbeaux et la CNIL (Commission nationale informatique et libertés) a refusé la mise en place de ces lignes appelées - sans ironie - « éthiques ». Un accord doit être trouvé avant la fin du mois.

Bien sûr, chacun appréciera différemment face à une situation. Faut-il dénoncer cette secrétaire qui part chaque semaine avec une rame de papier sous le bras ? Ce salarié qui badge régulièrement pour ses collègues ? Ou encore cet autre, porté malade et que l'on vient de croiser pimpant au centre ville ? Beaucoup au Maroc, face à de telles situations, pratiqueront l'omerta.

 

Toute dénonciation n'est pas forcément délation

 

Mais faut-il toujours se taire face au phénomène des « salariés fantômes » et de toute cette corruption qui gangrène la société marocaine ? Et lorsque la vie de personnes est en danger ? Un pilote de ligne qui se soûlerait à chaque vol jusqu'à ne plus reconnaître les commandes ? Un restaurateur qui dispatcherait sa kefta avariée sur ses pizzas bolognèse ? N'a-t-on pas quelquefois un devoir de dénonciation/prévention ?

 

« Plusieurs fois, j'ai demandé au directeur des ressources humaines d'acheter des masques pour protéger nos poumons des poussières métalliques » explique ce chef de ligne dans une entreprise de fabrication de tubes métalliques. « Après des mois de refus, j'ai dénoncé ce RH (en sa présence), auprès de la direction. J'estimais que le danger était réel pour moi et tous les salariés. Les masques ont finalement été achetés le jour même et le responsable, sans subir de sanction (puisqu'il répondait à des consignes générales d'économie de l'entreprise), a quand même été réprimandé ».

 

Délation et flicage sont les deux mamelles d'un management malade. Le flicage peut prendre diverses formes : contrôles des horaires, du travail, mais aussi appréciation plus qualitative de la personne (qu'est-ce qu'elle pense ?) avec même intrusion dans sa vie privée « A Médi 1 », raconte ce journaliste, « nous avions un vrai chien renifleur du directeur. Tout ce que nous disions lui était rapporté. Les services de ce type étaient surtout utilisés lors de l'arrivée de nouveaux dans l'entreprise. Un collaborateur a ainsi été mis à la porte après avoir été balancé : il avait eu une conversation assez torride avec sa copine au téléphone ». Rien de grave ni de vraiment anti-professionnel donc. Le délateur prétend pourtant le plus souvent obéir à des mobiles élevés. Il protège la morale ou plus exactement… sa morale. Les mobiles sont souvent plus inavouables et régis par la jalousie, la peur, l'insécurité. Rien de très élevés finalement.

 

La délation est symptomatique d'un malaise

 

Le salarié marocain aurait-il une propension particulière à dénoncer plus que les autres ? En politique comme en entreprise, son acceptation des pouvoirs autoritaires, née de cette peur légendaire de la « fitna » propre à la pensée arabo-musulmane, le rendrait-il plus enclin à accepter la délation ? Pas sûr. D'ailleurs si les dictatures, antiques et modernes, se sont toujours appuyés sur la délation pour assoire leur autorité, la démocratie favorise aussi de plus en plus la dénonciation volontaire (fisc, police, système judiciaire…).

 

C'est cependant bien la peur et l'insécurité ambiante (celle-ci pouvant être artificiellement mise en place ou entretenue) qui est à l'origine de la délation. La mondialisation, l'arrivée récente des femmes sur le marché du travail, les méthodes nouvelles de management… tout cela a contribué à faire bouger les repères de l'entreprise au Maroc. Le mouchard dont la lâcheté est nourrie par un fort sentiment d'insécurité, dénonce d'abord des personnes représentant un système de valeurs qui l'effraie. L'entreprise ne fait pas exception.

 

La délation est donc bien symptomatique d'un malaise. Un management sain (comme une société saine) sera sans doute peu enclin à encourager ces pratiques délétères. La délation prolifère sur les terrains incertains où la communication réelle, la confiance et la transparence font défaut. Il est urgent pour l'entreprise d'entamer une réflexion sur tous ces sujets éthiques. Quant au « coup de sifflet », c'est à l'entreprise et à ses prétentions à se placer souvent au dessus de l' Etat qu'il doit être donné. La culture d'entreprise ne doit pas devenir « culte de l'entreprise ».

 

Yann Barte


 

 

France/USA : profond désaccord sur la question de la délation

 

• La loi américaine Sarbanes-Oxley impose à certaines entreprises la mise en place de canaux permettant aux salariés de dénoncer des actes frauduleux.

• La France s'est opposée à ce système qui ouvre la porte aux dénonciations sans fondement, sur la base de rumeur ou de règlements de compte.

 

La façon d'appréhender la question de la dénonciation, pour la France et le monde anglo-saxon, est diamétralement opposée. Autant la France semble allergique à toute dénonciation institutionnalisée, autant cet acte peut être perçu comme civique dans les pays anglo-saxons. Depuis mai, un bras de fer se jouent entre la France et les USA sur cette question, ou plus exactement entre la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés) et la Commission de régulation des marchés financiers (Securities and Exchange Commission , SEC). De quoi s'agit-il ?

 

Secouées par de vastes scandales financiers (Enron, WorldCom…), les Etats-Unis ont récemment mis en place des procédures d' « alertes éthiques ». Le mot peut prêter à sourire lorsque l'on imagine les dérapages possibles d'une telle loi, mais l'intention initiale était bien celle-ci :moraliser l'entreprise. Il s'agit en fait ni plus ni moins que la mise en place d'un système organisé de délation professionnelle. La « ligne éthique » fonctionne par téléphone, ou par courrier électronique, télécopie ou courrier postal. Chaque employé peut ainsi, anonymement, dénoncer un collègue.

 

Votée en 2002, la loi américaine Sarbanes-Oxley impose ainsi aux groupes faisant appel public à l'épargne aux Etats-Unis d'avoir mis en place, depuis le 1er août, ces procédures dites de « whistle blowing » (coup de sifflet). Pour les rédacteurs de la loi, les scandales financiers d'Enron et WorldCom auraient pu être détectés si les cadres au courant des fraudes avaient été protégés (leur silence étant lié, dit-on, à la crainte de perdre leur emploi).

 

La France met en avant les moyens légaux de contrôle déjà existants

 

Pour diverses raisons, le Français est très mal à l'aise avec la dénonciation. En bon latin, il se solidarise toujours plus volontiers avec le fraudeur qu'avec le contrôleur, avec le voleur qu'avec la police. Il est aussi hostile à une société de l'ordre moral et profondément marqué par le traumatisme de l'Occupation (dénonciations de résistants, de juifs, de clandestins auprès de la Gestapo ou des autorités de Vichy). Les pays anglo-saxons, dans lesquels peut-être aussi la police est plus respectueuse des libertés individuelles (l'est-elle vraiment ?), tolèrent bien mieux cette pratique.

 

La CNIL a donc refusé en mai dernier la création par deux filiales françaises d'entreprises américaines : Mc Donald's France et la Compagnie européenne d'accumulateurs (CEAC) d'un système destiné à recueillir les confidences de salariés sur d'éventuelles pratiques contraires aux lois de l'entreprise. Tous les systèmes d'alertes mis en place en France par d'autres entreprises (qui ne se sont d'ailleurs pas toutes signalées à la CNIL) ont dû être gelés (BSN Glasspack, Bayer…). Ces dispositifs sont jugés par la CNIL disproportionnés et la possibilité de réaliser une « alerte éthique » de façon anonyme ne peut, pour elle, que « renforcer le risque de dénonciation calomnieuse ».

 

La CNIL précise par ailleurs que d'autres moyens prévus par la loi existent d'ores et déjà afin de garantir le respect des dispositions légales et des règles fixées par l'entreprise (actions de sensibilisation par l'information et la formation des personnels, rôle d'audit et d'alerte des commissaires aux comptes en matière financière et comptable, saisine de l'inspection du travail ou des juridictions compétentes…).

 

La CNIL cherche à présent un système qui pourrait la satisfaire tout en respectant la loi américaine. Un sursis pour les groupes non en conformité avec Sarbanes-Oxley a été demandé lors d'une rencontre entre un responsable de la CNIL et de la SEC (Securities and Exchange Commission). Ces groupes risquent en effet une radiation de Wall Street. Le gendarme de la Bourse américaine a fixé au 30 octobre la date butoir pour trouver un accord.


 

INTERVIEW "C'est par envie qu'ils dénoncent"

 

• Peu d'entreprises, au Maroc, ont mené une réflexion autour de l'éthique.

• Ce qu'on appelle délation au Maroc est souvent le fait d'indiscrétion. Cette dernière fait d'ailleurs énormément de tort à l'entreprise comme aux salariés.

• Comme la rumeur, la délation dans l'entreprise est un symptôme de dysfonctionnement en matière de transparence, de communication et/ou d'information.

 

Rolande Allene, directrice générale de Formaction et coach, travaille régulièrement avec les entreprises sur l'élaboration de systèmes de valeurs, de chartes éthiques. Peu d'entreprises au Maroc cependant ont réellement fait ce travail et aucune, semble-t-il, n'a réellement mené une réflexion sur la question de la dénonciation/délation.

 

La Vie éco : Comment est perçue d'une façon générale la délation dans l'entreprise ? Le Maroc serait-il plus enclin que certains autres pays à dénoncer ?

 

Rolande Allene : L'entreprise marocaine ne s'est simplement jamais intéressée au problème. Peu d'ailleurs ont mené une réflexion sérieuse autour de l'éthique. Certes, les entreprises cotées en bourse ont réfléchi un peu à ce qu'elles appellent des « pratiques de conduites ». Cependant, aucune sanction jamais n'est prévue et la question de la délation, ou plus généralement, de la remontée de l'information, n'a jamais été abordée.

Ce qu'on appelle délation au Maroc est souvent le fait d'indiscrétion. L'indiscrétion est partout. Il y a certainement des raisons culturelles à cela, lié au tissu industriel souvent familial ou à la place de l'individu dans la société. Au Maroc, rien n'est privé, tout est collectif et ce que les gens vivent dans leur famille, ils le reportent dans l'entreprise. L'entreprise, c'est un peu du « familial agrandi ». Lorsque le salarié parle (trop), il n'a pas toujours conscience de faire le mal. Il sait quelque chose qu'il ne peut s'empêcher de divulguer. Ce comportement, tout à fait humain, n'en a pas moins des conséquences qui peuvent être graves, identiques à ceux d'une délation dont le seul but est de nuire. Peut-on parler aussi d'une culture de l'envie, de la jalousie dans laquelle on aime quelquefois faire du tort à l'autre ?

C'est possible aussi. Dans certaines entreprises, les boîtes à idées ont été retirées. On y trouvait tout… sauf des idées ! L'envie est une composante importante de la société marocaine. C'est aussi souvent l'omerta qui règne dans l'entreprise. Certains salariés par exemple badgent pour des collègues. C'est une chose qui ne sera jamais dénoncé par celui-même qui consciencieusement va badger chaque jour pour lui-même. De même, on va se taire devant la secrétaire qui va piquer. Des fournitures de bureau.

 

Doit-on distinguer délation et dénonciation ? Peut-il exister dans l'entreprise une dénonciation citoyenne, éthique ?

 

La délation a un coté véritablement amorale. Il s'agit de donner des informations pour nuire. La dénonciation peut être de la prévention. Bien sûr, la frontière n'est pas toujours nette. Dénoncer consiste en principe à contrer quelque chose de négatif. Doit-on laisser passer des actes de corruption, de harcèlement, etc… ? Dénoncer, peut, je pense, devenir dans certains cas une obligation. Dans les questions de sécurité notamment. On peut dénoncer dans le but même de protéger la personne qui s'expose elle-même (un ouvrier qui fume dans un endroit interdit et dangereux par exemple). Dans le cas contraire, on pourrait parler de « non-assistance à personne en danger ». Nous avons dans ces cas un devoir d'alerte. Mais jusqu'où peut-on dire les choses ? Que doit-on dénoncer ? C'est un peu à chacun de tracer la frontière.

 

L'usage répété de la délation est-elle un symptôme d'un dysfonctionnement de l'entreprise ?

 

C'est certain que plus l'entreprise est structurée, moins elle sera encline à user de ces pratiques. S'il s'agit de jalousie de la part d'un collègue, le simple fait d'avoir un interlocuteur peut permettre de soulager ce sentiment délétère, de dévier ses envies ou jalousies. Une entreprise où circulerait beaucoup de rumeurs, est certainement une entreprise où se pose un problème dans les systèmes d'information. De la rumeur à la dénonciation, on arrive très vite à la délation. Lorsqu'il y a une bonne communication, une transparence sur les rémunérations, le management… comme dans de nombreuses grandes entreprises, le problème ne devrait pas se poser.

 

Peut-on, à propos de cette pratique, parler de méthode de management ?

 

La délation peut tout à fait, en effet, être une méthode de management. Pour tout régenter, tout connaître. C'est en tout cas un mode de management qui devrait à terme disparaître avec la mise à niveau manageriale, de communication et d'information. L'entreprise ouverte et transparente devrait voir s'éteindre ce type de comportements. Une réflexion sur le sujet doit être menée. La confiance doit demeurer. Les Américains, sur le sujet, sont allés trop loin. D'ailleurs la loi Sarbanes-Oxley a été jugée anti-constitutionnelle par la Cour Suprême. Menons d'abord une réflexion et ouvrons tous les canaux de communication classiques.

 

Quelles sont les conséquences de l'institutionnalisation de la délation dans la vie d'une l'entreprise ?

 

C'est assurément la porte ouverte à tous les abus, au n'importe quoi. La morale disparaît en même temps que la confiance aux autres. L'insécurité est partout et elle alimente à son tour, dans un cercle vicieux, l'acte de délation. Tous les systèmes de communication sont alors bloqués. L'entreprise elle-même tout entière est paralysée. On n'y fait plus preuve d'innovation. Et puis, comme dans les pays communistes, il faudra alors mettre en place un service de délation pour vérifier les informations obtenues. Je pense qu'on peut éviter tout ce gâchis et cette perte d'énergie.


Systèmes d'alerte « éthiques » en chiffres

 

En 2003, une étude, réalisée par le cabinet Deloitte, auprès de 373 sociétés américaines cotées, donnait une idée du dispositif d'« alerte éthique » aux Etats-Unis.

79,2% des entreprises interrogées avaient mis en place un système d'alerte sur des sujets éthiques ou de conformité.

Sur ces sociétés disposant d'un système :

33,1% en avaient confié la gestion à un prestataire extérieur.

90% disposaient de systèmes permettant d'alerter anonymement et disposaient d'un suivi de plaintes.

19,2% offraient une accessibilité de ces systèmes à des tiers (fournisseurs, actionnaires, grand public…).


Votre ordinateur peut vous trahir

 

Les nouvelles technologies de l'information (NTIC) « fliquent » le salarié dans un nombre croissant d'entreprise. Rien de plus facile désormais que de traquer le temps consacré à autre chose que le travail, filtrer les mails, consulter les sites Internet visités. Pourtant, l'outil ne devrait pas servir à autre chose que ce à quoi il est destiné. L'ordinateur n'a pas pour fonction de moucharder, pas plus que les caméras de surveillance à révéler autre chose que les vols.

La cyber surveillance peut paraître légitime, mais elle doit aussi obéir à des règles. Les secrets commerciaux, brevets, renseignements stratégiques confidentiels, bases de données clients …sont en effet stockés sur des disques durs ouverts sur le réseau Internet et donc exposés aux attaques externes et internes. Selon une étude, 50% des attaques seraient réalisées de l'intérieur des entreprises et plus de 70% des actes de cyber criminalité proviendraient des salariés.

Pourtant, cette cyber surveillance a des limites et des obligations. Le salarié doit avoir connaissance de la mise en place d'une telle surveillance. C'est la première des règles. Les entreprises n'ont pourtant ici aucune obligation à déclarer leur matériel informatique en réseau, ni même à informer les salariés sur la surveillance mise en place. Un flou juridique qui pourrait bien permettre toujours plus d'abus dans les années à venir.


Fuyez les commères !

 

Ce qu'on appelle délation est souvent au Maroc le fait d'indiscrétion. Les effets n'en sont pas moins toxiques. La commère est extrêmement dangereuse, d'autant qu'elle se montre généralement gentille et engageante. Elle aime se faire passer pour votre meilleur ami afin de vous tirer les vers du nez. Les ragots nourrissent son impression de puissance, voire d'existence. Elle tape à volonté sur les supérieurs hiérarchiques et n'épargne aucun collègue, se faisant le plaisir de s'attarder sur les supposées limites et méchancetés de celui qu'elle croit être votre pire ennemi. Sa vie est le seul secret qu'elle ne divulgue pas.

 

La commère doit savoir que vous n'êtes pas dupe. Recourez donc à la technique de l'affrontement. Dites franchement ce que vous pensez de ses gestes, de ses mots. Et si elle colporte des potins sur quelqu'un d'autre, stoppez-la par un « cela ne m'intéresse pas ».

Evitez ces personnes du mieux que vous pouvez. Vouloir s'en faire des amis pour les neutraliser comporte beaucoup plus de risques que de les ignorer. Quelles que soient les relations que vous ayez avec cette pipelette, soyez certain qu'elle parlera. Au besoin elle inventera. Et sachez que quiconque vous raconte des choses sur les autres en raconte également sur vous. Soyez donc sur vos gardes dès lors qu'on vous rapporte des indiscrétions sur les autres. Il n'y a pas de place dans votre vie professionnelle pour une commère. Elle peut ruiner des années de travail, transformer votre vie en cauchemar. A éviter à tout prix !

 

Yann Barte, La Vie Eco, 28 octobre 2005

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Published by Yann Barte, dans LA VIE ECO, 28 octobre 2005 - dans Société
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