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8 octobre 2011 6 08 /10 /octobre /2011 01:31

“Déconstruire les préjugés ethno-raciaux” et lutter, grâce à l’humour, contre le racisme ordinaire. Tel était le projet de départ, malheureusement vite oublié, de l’association Les Indivisibles fondée par Rokhaya Diallo.

 

LCDA-octobre-2011.jpgL’arrivée d’un petit nouveau dans la galaxie antiraciste aurait dû nous réjouir. La forme est plutôt plaisante : de courts films d’animation estampillés “Les Indivisibles, Français… sans commentaire !”, pour lutter contre le racisme ordinaire. Malheureusement, le discours dévie très rapidement et perd sa marque de fabrique, la distance humoristique. Les Indivisibles deviendraient-ils une machine de guerre contre l’universalisme républicain ? Certains parlent à leur sujet de “version Bisounours des Indigènes de la République”.

Sa fondatrice, Rokhaya Diallo, productrice dans l’audiovisuel et chroniqueuse sur RTL et Canal+, se fait en effet aujourd’hui la nouvelle compagne de route des mouvements pro-hijab, se liant même à des mouvements de défense de la burqa comme le groupe Neutralité. La vice-présidente des Indivisibles a la même condescendance à l’égard des musulmans modérés que le chercheur Vincent Geisser qui fustige cet “islam light” contaminé par les valeurs de l’Occident. Elle, parle de “musulmans Canada Dry”.

 

A la dérive

 

La vraie musulmane serait-elle voilée, revendicative, tandis que celle qui vit sa foi de façon laïque ne serait qu’une honteuse qui rase les murs ? Elle a juste la couleur et le goût d’une musulmane pour pasticher le slogan du fameux soda auquel elle fait allusion. La militante antiraciste, qui doit toute sa renommée à son opposition au populiste Zemmour, ne rate pas une occasion de donner la parole à ces femmes voilées, de vanter le “cheminement spirituel” de Diam’s, ou de louer ses amies branchées du magazine féminin en ligne Hijab in the City, tellement modernes qu’elles répondent même à une musulmane attirée par les femmes qu’il ne faut quand même “pas tenter le diable”, avant de lui glisser l’adresse d’une psy certifiée halal. Une voilée qu’on retrouvera, ça va de soi, au grand bazar du Congrès de l’UOIF.

 

Peu à peu, les Indivisibles deviennent les adversaires de la laïcité, qualifiée de “laïcisme intégriste”, et du féminisme, adversaire trop bruyant de l’intégrisme. Dans “Appel pour une république multiculturelle et postraciale”, Rokhaya Diallo propose la suppression de l’interdiction des signes religieux à l’école. En mars, les Indivisibles coorganisaient la conférence intitulée “Islamophobie au nom du féminisme : non !” avec des membres des Indigènes de la République, comme Pierre Tévanian, fondateur du collectif les Mots sont importants ou l’association homosexuelle d’extrême gauche Les Panthères roses, dont les militants défilent désormais, sans crainte du paradoxe, au milieu des banderoles pro-Hamas des Indigènes.

 

Rokhaya Diallo, dont le combat  contre ce qu’elle appelle l’islamophobie semble être prioritaire, est, en revanche, bien moins troublée par les expressions racistes lorsqu’elles désignent les Blancs. Ainsi, si le terme de “souchiens”, inventé par les Indigènes de la République pour désigner les Français de souche, est si mal perçu, c’est “parce que les majoritaires n’ont pas pour habitude de se voir imposer un nom qu’ils n’ont pas choisi”, explique-t-elle simplement.

 

De plus, le concept de racisme anti-Blancs ne servirait qu’à “noyer le poisson”. “Si on suit la même logique, pourquoi ne pas demander aux féministes de s’inquiéter des hommes battus ?” écrit-elle dans son essai Racisme, mode d’emploi (éditions Larousse, mars 2011). Cette remarque résume admirablement bien l’approche différentialiste (de genre, comme de “race”) de la militante qui ne peut concevoir le racisme que principalement le fait de Blancs, et la violence que n’émanant de la gent masculine.

 

 

A propos de la Shoah

 

L’antisémitisme, comme le racisme anti-Blancs, serait-il lui aussi plus acceptable ? Rokhaya Diallo trouve, à propos de Dieudonné, “regrettable que la sanction sociale se soit traduite par une forme de censure l’empêchant d’exercer son métier”. Pour la militante antiraciste, l’ex-humoriste, qui n’a jamais fait l’objet d’une telle mesure et qui transforme ses spectacles en shows antisémites, allant jusqu’à “décorer” un négationniste notoire comme Faurisson, n’exercerait donc que son droit d’expression.

N’a-t-on pas d’ailleurs un peu exagéré la discrimination dont on fait l’objet les Juifs de la part des nazis ? “L’idéologie nazie, dit-elle, si elle a prêté aux Juifs les caractères négatifs que l’Eglise leur avait déjà associés (fourbes, assoiffés par l’argent, etc.), ne leur a jamais attribué des caractéristiques inférieures”, contrairement aux Tsiganes, aux homosexuels et aux personnes handicapées “perçus comme des populations nuisibles ou malsaines”.

Pour quelqu’un qui s’intéresse au racisme, c’est une assertion assez consternante ! Le peuple juif appartenait à peine à la race humaine au regard de l’idéologie nazie. Il était l’incarnation d’une “antirace” ou d’une “contre-race” (Gegenrasse). Diallo reconnaît tout de même que l’extermination des Noirs “ne revêtait pas alors un caractère aussi prioritaire, obsessionnel ou systématique que celle des Juifs”.

Quel est l’intérêt d’énoncer une telle évidence si ce n’est pour instaurer le doute ? A moins, à sa décharge, que ce ne soit un message adressé à ces groupes qu’elle côtoie désormais et qui mettent en concurrence de façon absurde Shoah et esclavage. Pour l’heure, les Indivisibles se distinguent encore de ces groupes ethnicistes caricaturaux. Ils dénoncent aussi des racismes plus subtils, comme celui de personnes qui disent “aimer” les Asiatiques, les Noirs, les Arabes… développant des a priori favorables sur des “fondements tout aussi simplistes que ceux qui poussent d’autres à ne pas les aimer”. Ou accuse cette injonction au métissage qui serait, selon une idée reçue, un remède au racisme et dont les Antilles sont un des contre-exemples criants. Du Pierre-André Taguieff mal digéré et plus confus.

 

Ces Indivisibles au discours ambivalent semblent encore se chercher. Prônant par exemple la discrimination positive qu’ils appellent “affirmative action”, tout en dénonçant “cette forme de discrimination inversée” qui consiste, par exemple, “à juger non pas les personnes objectivement sur la base de leurs compétences, mais sur l’idée qu’ils apporteraient une touche exotique à l’entreprise”. C’est un fait qu’on préfère aujourd’hui promouvoir la diversité que sanctionner durement les comportements racistes. Mais difficile de savoir aujourd’hui jusqu’où se perdra l’association. Le terrain antiraciste est une fois de plus pavé de bonnes intentions.


Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas, octobre 2011

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Published by Yann Barte, dans LE COURRIER DE L'ATLAS, octobre 2011 - dans Politique
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commentaires

jean 27/02/2015 16:15

https://www.youtube.com/watch?v=dw_mRaIHb-M


racisme anti blancs=reverse racism, si vous parlez anglais ou sous titres

joseph k 14/10/2011 10:39


Voici article qui confirme ce qu'écrit Yann Barte au sujet de Rokhaya Diallo.
http://elrond.over-blog.com/article-la-mort-de-la-republique-indivisible-et-laique-39061124.html