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1 avril 2009 3 01 /04 /avril /2009 23:56

Sine-dans-Le-Courrier-de-l-Atlas-copie-1.JPGC’est la fin du feuilleton médiatique de l’été. Un mauvais Siné-ma qui a fini par lasser. Les deux procès successifs de Lyon et Paris autour du dessinateur n’auront en effet pas suscité la passion que l’affaire avait réveillée en juillet dernier.

 

Alors, antisémite Siné ? Après le show faurissonien de l’ex-comique Dieudonné, la tentative de réintégration par Benoît XVI, plus schismatique que jamais, d’un intégriste négationniste, les gesticulations de Kemi Séba et quelques dérapages des manifs pro-Gaza de janvier dernier, les paroles de Siné, c’est presque du pipi de chat ! Les faits : dans une chronique de Charlie Hebdo, Siné s’attaquait à la vie privée de Jean Sarkozy, reprenant le vieux poncif antisémite liant juif avec argent et réussite sociale (1). Il y avait assurément aussi matière à une plainte pour diffamation. C’est la seule plainte pour incitation à la haine raciale qui a été retenue.

 

Zéro partout

 

Premier round judiciaire : au tribunal correctionnel de Paris, le 20 janvier 2009. Siné avait porté plainte contre le journaliste Claude Askolovitch qui dénonçait sur RTL les écrits « antisémites » du dessinateur. La relaxe est demandée pour le journaliste.

Round 2 : au tribunal de Lyon, les 27 et 28 janvier, la plainte portée par la Licra contre Siné pour « incitation à la haine raciale ». La relaxe est demandée cette fois pour le caricaturiste. Le 24 février et le 3 mars, deux jugements contradictoires sont rendus par deux relaxes. Alors, un zéro partout ?

La plainte portée à l’encontre de Siné concernait curieusement une autre chronique touchant cette fois les femmes voilées : « Les musulmans m’insupportent et [que,] plus je croise les femmes voilées qui prolifèrent dans mon quartier, plus j’ai envie de leur botter violemment le cul ! J’ai toujours détesté les grenouilles de bénitier catholiques vêtues de noir, je ne vois donc pas pourquoi je supporterai mieux ces patates à la silhouette affligeante et véritables épouvantails contre la séduction! » écrivait Siné.

Mais quel rapport ? Soucieuse d’afficher un antiracisme tout terrain et percevant sans doute, derrière les soutiens de Siné, une certaine revanche de l’affaire des caricatures, la Licra avait cru bon de joindre ce second texte, ajoutant à la confusion générale. Les soutiens deviennent ainsi paradoxaux. Une association de Femmes musulmanes dénonce la manœuvre et soutient celui qu’elle considère pourtant comme « islamophobe », par détestation encore plus grande de Philippe Val, le directeur de Charlie Hebdo, qui avait sommé Siné de s’expliquer ou de quitter la rédaction. Ce n’était pas une première pour Val. Le directeur du journal avait demandé quelques années plus tôt à Robert Misrahi de quitter l’hebdo, suite à son soutien à Oriana Fallaci qui écrivait entre autre : « Les fils d'Allah se multiplient comme des rats ». Etait-on vraiment si loin des propos de Siné qui avait dit un jour qu’il fallait “euthanasier les juifs” pour “les empêcher de se reproduire entre eux”?

Siné se dit volontiers anarchiste. Mais en quoi le serait-il ? Préférer une « musulmane en tchador » à une « femme juive rasée », est-ce encore de l’anticléricalisme, s’interroge Philippe Val dans Reviens Voltaire, ils sont devenus fous ? L’anticlérialisme de l’anarchisme politique a sans doute bien peu à voir avec cette bêtise antireligieuse qui flirte ici avec le racisme. Siné évoque l’anarchisme, un peu comme Dieudonné cite Aimé Césaire.

Comme beaucoup de gens qui sous l’effet ou non du gros rouge, et au nom de l’antisionisme peuvent lancer des propos toujours plus limites, Siné se pense probablement sincèrement antiraciste. Ses propos seraient-ils alors seulement ceux d’un vieux beauf ? En 1982, quelques jours après l’attentat de la rue des Rosiers, le dessinateur lançait sur les ondes de Carbone 14 : « Je suis antisémite depuis qu’Israël bombarde. Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées devant tous les murs (…). On en a plein le cul. Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est pro-palestinien. Qu’ils meurent ! » Siné avait alors obtenu le retrait de la plainte de la Licra.

 

L’histoire du camembert qui dit au munster…

 

Certes, Siné n’est pas Dieudonné. Même si, certains s’en souviennent, il l’avait rallié dans son soutien à la liste Euro-Palestine, une liste qui, même pour Leïla Shahid, alors représentante de l’Autorité palestinienne en France, faisait plus de mal que de bien à la cause. Accordons au moins au caricaturiste le droit à la complexité. De même que l’on était aussi en droit de douter encore de l’intention de Siné, s’il n’avait refusé de s’expliquer. Ses propos sur Dieudonné qu’il a traité d’ « ordure » et d’ « antisémite » lui ont d’ailleurs valu quelques inimitiés parmi ses nouveaux soutiens. C’est un peu l’histoire du camembert qui dit au munster qu’il pue, pensent certains protagonistes des deux camps.

L’écrivain Marc-Edouard Nabe, lui-même « solidaire à 100% » de Dieudonné et d’Alain Soral, tous deux passés à l’extrême droite, et soutien, affirme-t-il, de Tariq Ramadan, a également peu apprécié de se faire rembarrer par l’équipe de Siné lorsqu’il a voulu collaborer à Siné hebdo. « Siné joue les Askolovitch » écrit Nabe. Siné n’aime pas les Juifs, mais pas plus les harkis, les pédés. En 1997 à propos de la GayPride, il écrivait : « Loin d’être un empêcheur d’enculer en rond, je dois avouer que les gousses et les fiottes qui clament à tue-tête leur fierté d’en être me hérissent un peu les poils du cul… Libé nous révèle leurs chanteuses favorites : Madonna, Sheila et Dalila… On ne peut que tirer la chasse devant un tel goût de chiottes probablement dû au fait que c’est l’un de leur lieu de plaisir préféré ». Sur la communauté harkie, en 1997, il écrivait : « Traitres à leur patrie, ils ne méritent que le mépris ! Quant aux enfants de ces harkis, les pauvres, ils n’ont guère le choix ! Soit 1/ ils en sont fiers ou 2/ ils en ont honte. Dans le premier cas qu’ils crèvent ! Dans le second, qu’ils patientent jusqu’à ce qu’ils deviennent orphelins ! ».

Alors antisémite, homophobe, raciste… Un peu tout cela sans doute, mais beauf avant tout, ce qui rend sans doute inutile de s’attarder sur tous les qualificatifs que l’on peut lui coller.

 

On ne pourrait plus plaisanter sur les Juifs, entend-t-on souvent. On peut assurément aller même beaucoup plus loin : plaisanter par exemple sur la Shoah sans être suspecté le moindrement d’antisémitisme. Encore faut-il s’appeler Pierre Desproges. Desproges avait l’humour noir plus vachard encore, mais il avait du talent et aimait les gens. Son sketch « on me dit que des Juifs sont dans la salle » est une désopilante réponse aux obsédés du « deux poids deux mesures ».

 

(1) Siné avait écrit à propos de Jean Sarkozy : "Il vient de déclarer vouloir se convertir au juadaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !"

 

Yann Barte, Le Courrier de l’Atlas, avril 2009

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Published by Yann Barte dans LE COURRIER DE L'ATLAS, avril 2009 - dans Buzz
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