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30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 00:00

PORTRAIT FAçON "LIBE" :
GABRIELLE TULOUP. Cette jeune prof de français, 26 ans, représente la France à la Coupe du Monde de Slam 2011 qui a lieu à Paris fin mai début juin. Performance en perspective.

 

Gab-.jpgDu 31 mai au 4 juin prochain, sur plusieurs scènes improvisées* dans l’« East village » du XXème à Paris, Gabrielle Tuloup brandira le micro tricolore pour défendre les couleurs hexagonale d’un slam toujours bien vivant. 

Gabrielle se prépare depuis plusieurs semaines, pas vraiment comme une championne de la césure, plutôt comme elle peut, entre deux copies à corriger et un tour de chauffe au bar-cabaret bellevillois Culture Rapide. Les règles de cette Coupe du Monde dont l’emblème 2011 est une plume rouge sang dans un poing serré sont pourtant strictes, immuables depuis leur création il y a 30 ans à Chicago : 3 minutes maxi par compétiteur (individuel ou en équipe), un micro pour seul décor, ni musique ni paillettes, un jury issu de la salle, dire ses propres textes, différents à chaque round… On est loin de la Poète Academy ou de l’Eurovision. Gabrielle se mesurera aux 15 autres performeurs venus d’ailleurs, les David (Angleterre), Roberta (Brésil), Chris (Canada), Mathias (Danemark), Yukka (Finlande), Rudy (Etats-Unis)…  eux-mêmes champions de slam dans leur pays.

Gabrielle ne sort pas de la cuisse à Baudelaire, ni de la guitare de Johnny. Lauréate 2010 du Grand Slam National en individuel, l’équivalent du Championnat de France, elle a fait ses preuves sur le circuit depuis sept ans qu’elle pratique, à Rennes sa ville d’ado puis à Paname. Elle a ses chances. A chacune de ses prestations scéniques, comme au patinage artistique, les juges brandissent leur note, et c’est la moisson assurée de neuf et de dix pour Gab’.  

Un faux air de Camille, la chanteuse, en moins délurée, quoique… sous son allure de jeune femme sage, on sent couler une vraie intensité, derrière certains de ses textes comme Bleu Bleu. Extrait : « A l’ombre des boulevards d’autres font de la couture, On dessine au rasoir, sourire de l’ange pur, Les pupilles dans le noir savent le bleu azur, Am-stram-drames, l’aiguille et la brûlure, Pique et pique les grammes, Comm’ des points de suture, elle est toujours bleue bleue la veine sous la piqûre. »

Ou dans cette autre envolée, intitulée « Elle habite un lit, juste au dessus de la mer », où elle parle du handicap, de la dépendance, quand « chaque jour la paralysie coule, coule dans les artères, dedans ses articulations, ça fait comme des nœuds marins, des vrais de vrais, des pas bidon, qui gardent au port, ça c’est certain. » A la chute du dernier vers, on comprend qu’il s’agit de sa mère.

Son truc à Gabrielle c’est mêler des textes forts, parfois très personnels, toujours imagés et bien ciselés, à une façon de les dire, musicale, à la fois douce et énergique, avec des points de suspension et des coups d’accélération. Lyrique, la belle prend bien la lumière. Ses bras ponctuent ses vers telle une Shiva élégiaque. « Ce qui me plait justement avec le slam c’est que ce n’est pas juste de la poésie, il y a la performance aussi », confie-t-elle. En France, on a tendance à être un peu statique derrière notre micro, marqué sans doute par la grande poésie romantique du XIXème, à écouter le soir au coin du feu. Quand on regarde les autres Coupes dans le monde, les poètes sont beaucoup plus dans le mouvement, ils bougent, ils ont énormément de présence. J’essaye aujourd’hui d’être plus théatrale, ce que je ne faisais pas au début où j’étais concentrée sur le texte. C’est mon côté littéraire. » Promis, ses nouveaux textes pour la Coupe donneront plus dans la performance.

Pas farouche pour avoir le cran de monter sur la « scène » d’un bar de nuit, saisir le micro et lancer son flow, elle ne se la joue pas pour autant, reste accessible. C’est son côté double, petit chaperon au nom de tueur de démons. D’ailleurs un de ses slams gagnants en 2009 Disney remasterisé revisitait les contes pour enfants en version X, devant un public hilare. « Gabrielle est une poétesse romantico-réaliste de comptoir, lance Pilote Le Hot, slam-animateur de ce Mondial de la rime pour la FFDSP*, qui l’a connait depuis 7 ans. Elle est simple, humble, sympathique, authentique et gentille. C'est ça qui pourrait toucher le public et lui faire obtenir de bons scores. » Car dans ce type de tournoi, on ne triche pas avec le public.

Pour l’instant, elle évite les écueils médiatiques et les étiquettes qu’on s’apprête à lui coller. Elle n’a pas la notoriété d’un Grand Corps Malade ou d’un Abd al Malik. Sa page FaceBook est en accès limité. Juste quatre cinq vidéos filtrent sur le Net. Ni intello-chic, ni gouailleuse parisienne, pas plus poétesse de salon que chienne de garde, Gabrielle navigue libre, fidèle à elle-même et à sa bonne étoile.

Comme le slam ne nourrit pas sa femme, elle est devenue prof à la rentrée dernière, de français, dans un collège classé ZEP-Prévention Violence, dans le neuf quatre. Conforme à l’image du slam. Dans un collège de Passy, ça aurait eu plus de mal à passer. « Avec mes élèves, je suis sur scène tous les jours, et c’est un public super exigeant et en même temps formidable ». Elle anime avec eux un atelier, car le slam c’est fait pour partager, pour libérer l’oiseau-lyre de ses cages de papier. Certains de ses « gamins » vont même participer à la compétition catégorie Interscolaire. Une autre belle aventure. « Quand j’ai proposé du slam

comme atelier pédagogique, au début les filles n’avaient pas envie d’y participer, disant qu’elles n’avaient rien à dire, qu’elles n’étaient pas « en colère ». Les garçons étaient plus motivés. Si le slam est influencé par le hip hop, il a beaucoup perdu de son agressivité, par rapport au rap par exemple. Cela dit, les femmes qui font du slam ont du caractère! »

Justement, que dit-elle des récentes critiques de Hamé et Ekoué, rappeurs de La Rumeur, lors de la conférence de presse de leur téléfilm De l’encre (bientôt diffusé sur Canal+), disant que le slam aujourd’hui, c’est « le volet fréquentable de la musique urbaine », « ça ne dit rien, c’est de la musique d’ascenseur » ? « L’assimilation avec le rap est fausse. Le slam est par nature engagé, quand on se lève du public pour aller livrer ce qu’on a dans le cœur. Il est subversif dans l’acte plus que dans son contenu. » A ceux qui lui reprocheraient la joliesse de ses textes de jeunesse, elle leur balance son « bar PMU » et ses vers bien frappés au comptoir des désillusions bues.

Cette Coupe du Monde 2011 s’annonce comme un beau millésime. Gabrielle lui apporte sa fraicheur et son authenticité. Pas de textes publiés dans des revues littéraires, pas de recueil, pas de blog « ma vie, mon œuvre, mon art », pas plus de poses en prose... la poésie de Gabrielle se vit sur scène, dans le respect de l’esprit communautaire propre à la discipline. Comme un peintre qui préfère le street art aux galeries vernissées.

A l’heure où la chanson française à texte s’étiole, où quelques rares rappeurs osent encore bousculer la langue, belle endormie, les vrais slameurs et slameuses comme Gabrielle, adeptes du hors-pistes, rappellent à qui veut l’entendre que la poésie vivante se niche partout où elle peut. Sans renier pour autant les grandes filiations. « Quand j’étais petite, mon père, le soir, au lieu de me raconter des contes et des histoires, me chantait des chansons de Brel, Ferré, Brassens… Ca m’a sans doute nourri. Ensuite j’ai découvert Barbara. » Elle se sent aujourd’hui proche des univers de Mano Solo et Loick Lantoine, qu’elle admire.

Classieuse, jamais pleureuse la poésie de Gabrielle. Et surtout généreuse. Fin de l’interview, elle vous offre sa dernière bafouille écrite sur un genou dans le RER, inspiré de son vécu de prof de français. « Ya Molière dans la bouche du gitan, ya Hugo qui s’vénère pour sauver Jean Valjean, c’est le bagnard grand frère qui est en taule pour 20 ans… » (extrait). Alors, si vous voyez un joli minois en train de griffonner sur une copie double, souhaitez-lui bonne chance.

 

*liste des scènes sur www.ffdsp.com/grandslam2011/index.html

 

 

En 5 dates

1985  -  Naissance à Paris

2000-2005  -  Adolescence à St Malo puis à Rennes. Premières scènes

2009  -  Premiers tournois parisiens

2010  -  Gagne le Grand Slam National, à Bobigny

2011  -  Représente la France à la Coupe du Monde de Slam, et retente le Grand Slam National  

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Published by Pierre - dans Buzz
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