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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 00:05

L'appétence pour le très haut-débit par fibre optique est proportionnelle à la mauvaise couverture en ADSL des territoires ruraux.

 

«Depuis que 370 foyers de la commune ont été raccordés à la fibre optique, en juin 2010, il y a déjà 200 abonnés à une offre internet à très haut débit de 100 mégabits (Mbits) symétriques », se félicite Bruno Loustalet, maire de Thil (1 000 hab., Ain). En 2008, dans ce village, seuls 120 foyers bénéficiaient d'une offre ADSL à 512 kilobits.

Attente des habitants.

Entre investir dans l'installation d'un noeud de raccordement d'abonnés en zone d'ombre (NRA-ZO, 500 000 euros pour 2 Mbits) et dans le raccordement proposé par le syndicat intercommunal d'énergie et d'e-communication de l'Ain (300 000 euros pour 100 Mbits symétriques), le débat a été vite clos. Certes, Thil profite de conditions très favorables (lire page suivante). Mais l'attente des Thilois était comparable à celle des habitants de communes mal ou pas encore desservies par le haut-débit ADSL. A Sainte-Anne (23 457 hab., Guadeloupe), première commune d'outremer à avoir fait un choix 100 % FTTH pour toute sa population, le chiffrage des NRA-ZO était de 1,8 million d'euros pour apporter l'ADSL à 2 039 foyers. Celui de la fibre optique était de 4 millions pour les 10 500 foyers de la commune répartis sur un vaste territoire défini comme zone rurale. A Chevry-Cossigny (3 700 hab., Seine-et-Marne), le 2 février 2011, les habitants faisaient la queue en attendant l'ouverture du point d'information pour la fibre optique dans le cadre de l'expérimentation lancée dans le village (lire l'encadré p. 26).

Fort taux de pénétration.

Dans ces territoires, « le passage direct au FTTH bénéficiera d'un taux de pénétration bien meilleur que dans les zones très denses. Cette adoption sera d'autant plus forte si la zone souffre aussi d'une mauvaise couverture de la télévision numérique terrestre », remarque Stéphane Lelux, président du cabinet de conseil Tactis. « Le paradoxe c'est que les opérateurs réalisent des investissements importants pour construire une nouvelle infrastructure là où les performances de l'ADSL sont les meilleures et où le taux de pénétration du très haut-débit peine à décoller, reconnaît Jérôme Coutant, membre de l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep). Mais, bonne nouvelle, l'investissement public-privé sur le très haut-débit dans les territoires les moins denses rencontrera immédiatement son marché car l'attente est forte et il serait dommage de l'ignorer. »

En effet, les territoires ruraux qui ne figurent pas dans les plans de desserte en fibre optique déjà programmés pour les dix ans à venir devront soit subventionner l'augmentation de la capacité du réseau téléphonique en cuivre existant, soit investir dans une nouvelle infrastructure en fibre optique. Ces décisions se prennent en lien avec le département dans le cadre du schéma directeur territorial d'aménagement numérique ou des stratégies de cohérence régionale, en cours de finalisation dans toute la France. « Il faut être prudent sur la montée en débit, c'est un choix technique et économique, explique Michel Lebon, consultant du cabinet Lebon Conseil. Chaque territoire peut justifier d'une étude de faisabilité avant de prendre sa décision. La montée en débit de l'ADSL peut être vue comme une solution immédiate qui correspond aux besoins actuels, mais cela pourra vite être un piège, car les opérateurs privés de FTTH risquent d'être moins enclins à venir sur ces zones dans les cinq ans à venir. »

Réglementation en préparation.

L'Autorité de la concurrence avait elle-même mis en garde l'Arcep sur le risque de moderniser le réseau en cuivre de téléphone sans offre concurrentielle pour les consommateurs, le déploiement d'une nouvelle boucle locale en fibre optique restant la meilleure solution sur les plans technologique et concurrentiel. « Nous finalisons le cadre réglementaire de la montée en débit pour aider les collectivités à bien arbitrer entre l'investissement immédiat dans une nouvelle infrastructure tout fibre et le remplacement progressif du cuivre par celle-ci », indique Jérôme Coutant.

De son côté, France Télécom conseille, pour les 40 % de foyers qui ne seront pas concernés par son programme de déploiement d'ici 2020, d'adopter une démarche intégrant à la fois le FTTH et la montée en débit sur le réseau de cuivre, selon les capacités financières. « Il convient néanmoins d'attendre que le cadre réglementaire soit stabilisé pour lancer de tels projets », précise Bruno Janet, directeur des relations avec les collectivités locales de France Télécom Orange. A moins qu'une nouvelle régulation du secteur des communications électroniques ne vienne redistribuer les cartes. En effet, le 8 mars, l'Autorité de la concurrence invitait l'Arcep à étudier une éventuelle séparation fonctionnelle entre les activités de France Télécom, qui resteront en monopole, et celles qui relèvent du champ concurrentiel. Comme cela a été le cas dans d'autres industries de réseaux régulés - électricité ou chemins de fer. Une décision qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de péréquation pour les territoires ruraux.

Les alternatives « sans fil »

 

Qu'elles soient hertziennes terrestres ou satellitaires, aucune des technologies sans fil qui couvriront les zones blanches du FTTH n'égalera les performances de débit de la fibre optique. Certaines d'entre elles pourraient être financées par une enveloppe de 250 millions d'euros du grand emprunt. Parmi les candidats, Eutelsat propose l'envoi d'un satellite de nouvelle génération capable d'offrir un débit de 50 mégabits, à condition de limiter sa portée à 250 000 personnes. Sont attendus aussi les réseaux mobiles de quatrième génération dont les fréquences seront attribuées par l'Arcep au printemps 2011 avec des obligations en matière d'aménagement du territoire. Parmi les solutions sans fil évolutives citons le Wifibre, qui relie des sites déjà équipés en FTTH avec des émetteurs Wifi en attendant la construction d'une boucle de collecte en fibre optique.

Ce qu'ils en pensent -
René Souchon, président de la région Auvergne et de la commission « aménagement du territoire » de l'Association des régions de France -
« Pas de modèle économique rentable »

 

« L'Auvergne est la seule région à avoir pris la maîtrise d'ouvrage régionale du haut-débit, en 2007, en fédérant ses quatre départements et ses six agglomérations. Pour le FTTH, nous sommes conscients qu'il n'existe pas de modèle économique rentable sur les zones rurales. Nous nous sommes portés volontaires pour tester l'installation de 700 prises FTTH dans un quartier d'Issoire (Puy-de-Dôme), avec les quatre opérateurs nationaux. Ceux-ci définiront ensemble le coût moyen de déploiement et les modèles de mutualisation. Nous serons alors en mesure, en octobre, de lancer un partenariat public-privé pour mener un déploiement du FTTH à grande échelle. En attendant, d'ici 2025, l'installation d'une prise dans chaque foyer auvergnat, nous utiliserons la montée en débit du réseau en cuivre de l'ADSL en le remplaçant progressivement par de la fibre optique. Nous compléterons, pour les zones inaccessibles, par la connexion à très haut-débit par satellite. »

Patrick Chaize, directeur du syndicat intercommunal d'énergie et d'e-communication de l'Ain, maire de Vonnas (Ain)
« Priorité aux zones qui n'ont pas l'ADSL"

 

« Les 419 communes du département nous ont transféré leur compétence d'aménageur numérique. Il y a de grandes similitudes entre l'électrification du pays et le déploiement d'un réseau en fibre optique. Celui que nous avons engagé est 100 % FTTH, afin d'équiper nos 250 000 foyers d'ici 2020. Nous desservons en priorité les zones sans connexion ADSL. Dans ces communes, le taux d'abonnement monte en flèche dès la commercialisation des offres FTTH alors que seuls des opérateurs locaux sont présents. Notre territoire est en zone peu dense et, si l'opérateur historique a des intentions de fibrage à Bourg-en-Bresse, nous savons très bien que son seuil de rentabilité se calcule à court terme, sur des prises dont le coût ne dépasse pas 250 euros l'unité. Notre retour sur investissement, lui, est sur douze à quinze ans. De plus, nous mutualisons et optimisons les coûts grâce à notre maîtrise des infrastructures électriques et de gaz. »

Patrick Mostefaoui, directeur de l'établissement public pour les autoroutes rhodaniennes de l'information (Epari) -
« Moderniser notre réseau avec le FTTH »

 

« Dans les années 90, le conseil général du Rhône a installé le câble, avec l'Epari, pour répondre au problème des zones d'ombre de la télévision, en particulier dans les zones rurales. A l'époque, nous avions déjà conçu cette infrastructure pour internet, en installant 2 000 km de fibre optique au plus près des utilisateurs. Ce choix technologique permet aujourd'hui de proposer du très haut-débit (100 megabits en réception et 5 en émission) sur 100 % du réseau du Rhône. Fin 2009, nous avons pris un avenant à notre délégataire, Numéricâble, pour traiter les zones blanches et installer de nouvelles prises. La prochaine étape sera de moderniser le réseau en stimulant la concurrence et en substituant la terminaison coaxiale par la fibre soit en FTTB soit en FTTH. C'est actuellement à l'étude au sein d'un schéma directeur départemental, en cohérence avec l'ensemble des initiatives publiques et privées. »

Sophie Maréchal;21 mars 2011

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Published by Sophie Maréchal La Gazette des communes - dans Vie numérique
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