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11 septembre 2008 4 11 /09 /septembre /2008 10:54

 

La cuisine africaine sort du ghetto. On sert aujourd'hui des feuilles de manioc ou du poulet braisé dans les quartiers branchés, voire BCBG. L'Afrique, c'est chic ! 


La rue Quincampoix (3e) : ses galeries d'art, ses boutiques trendy, ses restos à concept... et, depuis un an, son restaurant africain. Un poil à gratter en boboland ? La Fontaine au Miel  affiche bien les couleurs : au mur, quelques masques et un tableau de griot jouant de la Kora (cithare africaine). Au fond Restos-africains.jpgde la pièce principale, on peut même apercevoir un cocotier. Mais la Fontaine au Miel refuse le folklore. La propriétaire, Agathe Kambu-Lusala, d'origine camerounaise, voudrait qu'« on vienne manger africain comme on va manger italien, ou japonais ». Sans avoir l'impression de voyager en contrée exotique. Reste que ses tilapias (poissons d'eau douce) à la braise, s es mafés (sauce arachide) au boeuf ou ses yassa (marinade d'oignons et citrons) au poulet sont encore pionniers dans le 3e. 


La doctorante en anthropologie a cherché deux ans l'écrin idéal pour une cuisine africaine raffinée, au centre de Paname. « On voulait sortir du ghetto. Et on savait qu'il y avait un marché à saisir. » Elle n'est pas la seule à avoir fait le constat. Les restaurants africains commencent à investir d'autres beaux quartiers comme les 6e, 17e, 16e... Ismaël Traoré et Maurice Dir ont ouvert le leur, L'Albarino Passy, dans le 16e, il y a trois ans. Leurs tapas associées à leurs tiep bou dienn (riz au poisson) ou poulets braisés ont laissé perplexes quelques voisins. Ismaël Traoré, originaire du Sénégal et du Mali, admet : « Passy est très conservateur. On nous a regardés bizarrement au début. Mais aujourd'hui, on accueille Harry Roselmack, Marcel Desailly et même... Bruno Gollnisch ! » [bras droit de Jean-Marie Le Pen]. Une cuisine décomplexée pour une génération décomplexée ? « J'ai grandi en France, j'ai un bac+5... Peu de restos africains me ressemblent ! », convient Gipsy Dialakama, qui a installé son Malaïka rue de Savoie (6e). Pour elle, c'était le centre ou rien. « Mon objectif était de démontrer que la cuisine africaine ne se cantonne pas à des bouis-bouis. »

 

Message apparemment reçu : outre les clients d'origine africaine, ses brochettes et grillades titillent les papilles d'« Européens » tentés par l'aventure. Les curieux qui n'ont jamais posé un orteil en Afrique noire forment également la grande majorité des clients rue Quincampoix. Agathe Kambu-Lusala s'en étonne encore : « 80% sont des Européens qui viennent découvrir de nouvelles saveurs... J'en suis ravie ! » La cuisine africaine va-t-elle enfin entrer dans les classiques de la gastronomie parisienne ? Alexandre Bella Ola (lire l'encadré) n'y croit pas encore. Le chef et auteur du seul ouvrage solide sur la gastronomie du continent noir, constate bien une attente du public. Mais il estime que « pour l'instant, il n'y a pas assez de chefs qui portent cette cuisine », pour observer un véritable essor. A quand les Paul Bocuse et Joël Robuchon afro ?


Cécile Bontron, Le Nouvel Obs Paris, septembre 2008

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Published by Cécile - dans Société
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