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1 décembre 2009 2 01 /12 /décembre /2009 22:15

Thème majeur de la campagne présidentielle, l'identité nationale revient. Laïcité, égalité républicaine, modèle social… En deux ans et demi, tout aura été remis en question au point que la majorité elle-même ne sache plus trop définir ces notions. Reste alors à exhiber des symboles et une menace venue de l'extérieur.

 

Courrier-de-l-Atlas---dec-2009.jpg« Identité cassoulet ». La banderole qui flottait en guise de comité d'accueil pour Eric Besson à Sciences-Po résume le débat confusionniste lancé par le ministre. Sous les huées et au chant de « la Marseillaise », le ministre de l'immigration et de l'identité nationale s'est vu opposer les contradictions d'un gouvernement qui démantèle jour après jour les principes mêmes qui fondent l'identité française et du vivre ensemble.

La même semaine et au mépris des principes humanistes de la France, des Afghans étaient renvoyés dans leur pays. Eric Besson, grand démolisseur de l'identité nationale ? « A force d'abandon, nous avons fini par ne plus savoir très bien qui nous étions » reconnaît Nicolas Sarkozy le 12 novembre, lors d'un discours à la Chapelle en Vercors.

 

Vigilance républicaine à gauche

 

Mais qui abandonne quoi ? Qui se détourne des principes républicains ? Pas les Français, qui, dans un récent sondage CSA/Le Parisien plaçait à 64% la République et à 61% la laïcité parmi les éléments constitutifs de l'identité française les plus importants.

 

La gauche, dit-on, aurait peur de ce débat. L'identité nationale serait un gros mot et elle crierait de façon pavlovienne au fascisme. Mais n'est-ce pas elle qui, la première, a initié ce débat face à l'entreprise de démolition méthodique du modèle français ? Car ces mouvements de réappropriation citoyenne de la politique, rassemblés autour d'associations, de collectifs d'intellectuels et chercheurs, comme l'Autre campagne en 2007, étaient une façon de lancer un débat, de tirer la sonnette d'alarme et d'interroger notre identité.

 

C'était aussi le sens de la pétition lancée en 2007 par des historiens dans Libération contre le ministère de l'immigration et de l'identité nationale, celle de l'appel laïque lancé par la Ligue de l'enseignement ou encore l'appel « Vigilance républicaine », de l'hebdomadaire Marianne, auquel s'est même joint une droite exaspérée et soucieuse de réaffirmer son attachement aux principes républicains, à une laïcité vivante, à l'indépendance de la presse, de la politique étrangère… sans compter le foisonnement d'essais politiques sur les dangers de ce modèle post-républicain. Il existe encore une gauche, non rongée par le relativisme culturel, pour qui les valeurs communes, ne conduisent pas forcément à l'éradication des identités et au nationalisme.

 

Différentialisme anglo-saxon

 

Mais que propose Eric Besson en guise de débat participatif ? Un site-forum censuré (plus encore que le site clone du FN), des symboles (« Marseillaise » et drapeau en tête) plutôt que des valeurs. Pour finir, le ministère brandit une menace venue des étrangers qui résiderait plus dans les origines que dans les actes. On est loin du débat de fond serein…

C'est bien avec le modèle républicain que Nicolas Sarkozy est en « rupture », pour reprendre le leïtmotiv de sa campagne. Il se décrivait lui-mêem comme étranger dans son propre pays. Il se flattait aussi de son surnom de « Sarkozy l'Américain » qu'il ne devait pas seulement à son atlantisme en politique étrangère, mais aussi à la fascination qu'exerce sur lui l'approche essentialiste et différentialiste anglo-saxonne, en rupture avec le modèle français.

Faut-il pour autant voir dans ces penchants des convictions affirmées ? Sarkozy n'appartient à aucune école en particulier, si ce n'est, dirait-il, celle du pragmatisme. Ses détracteurs préfèrent parler d'absence de convictions réelles et d'opportunisme. C'est un fait que cette première partie du mandat a surtout été marquée par des atermoiements multiples, des reculades : « toilettage » ou non de la loi de 1905, mise en place ou abandon de la discrimination positive ou des tests ADN… Une politique d' apprenti sorcier dénoncent certains.

 

Les premières attaques ont concerné la laïcité. La référence au christianisme comme source fondamentale affirmée de l'identité française constitue un vrai virage. Jusque-là les responsables politiques avaient toujours eu le souci de distinguer l'identité politique et citoyenne de l'identité culturelle. La culture française elle-même, avec ses apports celtes, gréco-romains, ceux des Lumières et de la modernité, ne peut se réduire à la religion.

 

Nicolas Sarkozy n'hésite pas à opposer les valeurs religieuses aux valeurs républicaines : « La dimension morale est plus solide, plus enracinée lorsqu'elle procède d'une démarche spirituelle, religieuse, plutôt que lorsqu'elle cherche sa source dans le débat politique ou dans le modèle républicain » écrit-il dans La religion, la République, l'espérance (Cerf, 2004). Il n'hésite pas non plus à affirmer que « l'instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur ». Il renoncera cependant à supprimer la loi de 1905, comme il se proposait de le faire derrière l'euphémisme de « toilettage ». Le message est enregistré. Les municipalités de gauche comme de droite passent outre le non-financement public des cultes au nom de l'égalité entre les religions. L'école publique essuie les plâtres au profit du privé, essentiellement catholique. Le mois dernier encore, le Conseil constitutionnel validait la loi Carle, obligeant les communes à subventionner les élèves inscrits en école privée.

 

La diversité contre l'égalité

 

L'égalité de droit pourrait bien peu à peu également passer à la trappe. Au lendemain même de la remise du rapport de Simone Veil sur la diversité, Nicolas Sarkozy en prenait le contre-pied. Avant même que l'on ait pris connaissance dudit rapport, véritable réquisitoire contre le multiculturalisme, la discrimination positive et les statistiques ethniques, le président annonçait ses mesures et nommait Yazid Sabeg au poste de commissaire à la Diversité et à l'Egalité des chances.

 

Alors débattre sur quoi ? L'égalité républicaine est déjà ringardisée : « La nostalgie du creuset républicain n'est en aucun cas opérationnelle » et « le phénomène communautaire est inévitable dans une société globalisée » déclarait la ministre Roselyne Bachelot. C'est d'ailleurs aux mouvements les plus communautaristes que l'on confie des missions ministérielles. Ainsi Patrick Lozès, président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), et son conseiller scientifique Michel Wieviorka, se voient confiés une mission de lutte contre le racisme et le communautarisme. Une attribution aussi cocasse que celle de Tariq Ramadan comme conseiller sur l'islamisme auprès de Tony Blair.

 

Réaffirmer le modèle social

 

Faudra-t-il alors changer la Constitution et son article premier, qui interdit les distinctions d'origine, de race, de sexe ou de religion ? Il faudra sans doute aussi y gommer les références à la Déclaration des droits de l'homme. Non pas seulement que la promesse faite à l'automne 2007 par Sarkozy, dans son discours aux ambassadeurs, de défense des droits de l'homme comme priorité de l'action diplomatique de la France, n'ait pas été tenue, mais parce que le gouvernement s'est résolument détourné de la philosophie de droit naturel issue des lumières.

Diplomatie du carnet de chèque, recul du droit d'asile, course au chiffre des expulsions, silence sur le Tibet, tapis rouge pour Kadhafi et félicitations de Poutine… Les Droits de l'homme semblent loin d'être prioritaires.

 

« Ce qui a le plus fragilisé l'identité nationale, c'est le discours des déclinologues depuis le début du siècle, affirmant qu'on avait tout faux, qu'il fallait que la France s'adapte et devienne un peu anglo-américaine. C'est ce que nous disait Sarkozy au début de sa campagne : il fallait rompre avec le modèle social français », disait récemment le politologue britannique Jacques Reland dans une interview à Libération. Et le chercheur de rappeler aussi un sondage proposant quatre piliers de l'identité française : sa langue, son héritage historique et culturel, la laïcité et… la Sécurité sociale. La crise aura réaffirmé la valeur du système social.

 

Ce débat, bien que mal parti, est peut être l'occasion de ne pas considérer les remises en cause comme définitives. L'identité française est à l'opposé de l'identité nationale du ministère du même nom, frileuse et fermée. Elle a cette particularité de se confondre avec l'idéal universaliste. Il est donc moins question pour l'immigré visé d'adopter la posture de victime à qui on impose de se fondre dans un moule que de rappeler aux dirigeants les fondements oubliés de la laïcité et de la République.

 

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas, décembre 2009

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Published by Yann Barte, dans LE COURRIER DE L'ATLA, décembre 2009 - dans Buzz
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