Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
1 janvier 2005 6 01 /01 /janvier /2005 23:06

En lui réservant un accueil triomphal place Djemaâ El Fna, les Marrakchis ne s'y sont pas trompés. Aishwarya Rai était la véritable star du festival du film de Marrakech. Miss monde 94, égérie de l'Oréal, primée au « Filmfare Award » pour « Devdas » en 2002, membre du jury du festival de Cannes en 2003, l'actrice adulée de Bollywood présentait cette fois son dernier film « bridge & Préjudice » (« Coup de foudre à Bollywood »).

 

Saviez-vous que les stars les plus connues au Maroc sont indiennes ?

J'ai découvert cela hier… Dès mon arrivée au Maroc, je suis allée à la place Djemaâ el Fna. Je ne pouvais imaginer meilleur accueil. C'était si gentil. Amitabh Bachchan était venu l'année dernière avec toute sa famille. Il m'avait parlé de l'accueil qu'il a eu ici et de son séjour très sympathique. Alors, lorsque le festival m'a invitée à Marrakech, j'étais vraiment très heureuse. C'est aussi ma première visite au Maroc.

 

Il y a de nombreuses similitudes entre les deux sociétés : indienne et marocaine. Le poids des traditions, le rôle de femmes… Pourtant, ces thèmes semblent obséder beaucoup plus le cinéma indien. Pourquoi ?

 

La réponse est dans la question : la tradition prend effectivement énormément de place dans la vie indienne. Les films en Inde sont réellement le reflet de notre culture, des relations affectives existant entre parents et enfants, hommes et femmes, frères et sœurs. Les films explorent toutes ces relations. Et bien sûr, en Inde, tous les grands films au Box office contiennent une histoire d'amour. Une histoire qui peut toucher tout le monde. J'aime ce genre de film, totalement indien dans cette approche des relations. Je trouve ces films fabuleux et suis heureuse de partager ce bonheur… et en musique. Mais vous devriez aussi me conseiller des films marocains ! (rires). Je les découvrirais avec plaisir.

 

Bollywood fait rêver. C'est aussi un cinéma très conservateur. La femme, entre autre, est toujours présentée sous la forme de l'épouse fidèle ou de la mère sacrifiée, dans le style « Mother India ».

C'est vrai pour certains films. Mais la magie du cinéma permet d'explorer toute sorte d'autres rôles et relations. Notre culture est faite de traditions, de fêtes, de célébrations, de danses… Le cinéma se trouve être la traduction de tout cela. Aujourd'hui pourtant, beaucoup de films sont des films « noirs », comprenant des rôles durs, même pour des femmes. Cela m'est arrivée sous des directions bengalies.

 

Pouvez-vous nous parler de votre dernier film « Coup de foudre à Bollywood » ?

 

C'était vraiment une nouvelle expérience et je me suis beaucoup amusée au tournage. Bien que je parle tous les jours anglais, c'était aussi mon premier film en anglais. J'ai eu de la chance de travailler avec la réalisatrice, Gurinder Chadha, qui avait déjà réalisé « Joue-là comme Beckham ». « Bridge & préjudice », adaptation du célèbre roman de Jane Austen, crée un lien entre le cinéma classique et moderne, entre les différentes cultures, entre une famille indienne et américaine… Avec une réalisatrice anglaise, des acteurs indiens, des Américains… c'était aussi pour moi une vraie expérience internationale !

 

Amitabh Bachchan et Chahrukh Khan sont deux véritables stars au Maroc. Parlez-nous de vos relations avec ces deux acteurs.

 

J'ai fait trois films avec Chahrukh. « Josh » était le premier. Une sorte de West Side Story qui a un peu surpris le public. Pas d'histoire d'amour en effet puisque nous étions frère et sœur. Dans « Mohabbatein » mon rôle était plus secondaire. En fait, je ne suis présente que dans l'esprit de Chahrukh, par des flash-back. Je hante sa mémoire. J'aime ces histoires d'amour plus forte que la mort. Puis, « Devdas », classique de l'industrie du film indien. J'ai adoré jouer ce film avec Chahrukh Khan. C'est un grand professionnel et un magnifique partenaire. Une expérience fabuleuse… Quant à Amitabh Bachchan, il est pour notre génération une icône absolue. C'est une véritable légende du cinéma. D'un point de vue professionnel, c'est magnifique de travailler avec quelqu'un avec tant d'énergie. J'ai aimé toutes les expériences de travail avec lui. Mais je le compte surtout parmi les amis sur lesquels je peux compter. J'ai une relation magnifique avec lui et sa famille. On s'adore.

 

Quelle est la place de la danse et du chant dans votre vie ?

 

J'adore danser. J'ai appris la danse classique indienne à l'école. Aujourd'hui, dans les films, je pratique la danse « hindi ». C'est très différent mais cet enseignement premier m'a quand même beaucoup aidé. J'aime beaucoup le style « bhârata natyam ». J'aime la musique et la danse et je pense que cela se voit à l'écran. La musique est ma meilleure amie.

 

Propos recueillis par Yann Barte  


 

 

 

Depuis des générations, le cinéma indien tient l'affiche au Maroc. Le festival du film de Marrakech lui consacrait un « panorama ». Une bonne initiative, mais beaucoup trop de condescendance encore semble-t-il pour ce cinéma populaire.

Il fallait s'armer de beaucoup de courage pour oser le froid des salles du Rif. Ce soir-là on y projetait « Chandralekha », une super production de Madras de 1948 de S.S. Vasan venue concurrencer les productions de Bombay.

Les habitués de la salle semblent être les seuls présents. Pas un badge, pas un festivalier en vue ! Ici, ni smoking, ni robe de soirée. Que des gros blousons et des bonnets bien vissés sur la tête ! Il ne me faut pas longtemps pour comprendre pourquoi. En hiver au Maroc, le ciné indien pousse souvent au rêve… de thermos et de couvertures chaudes.

On retrouve ici l'ambiance du Verdun ou du Rif de Casa, sans les canettes qu'on peut se prendre sur la tête ou les nuages de fumée euphorisante qui cachent quelquefois jusqu'à l'écran. Une ambiance presque sage. Presque… Mon voisin mange des pépites, frappe sur son copain… c'est le charme des ciné « hnoud ».

Alors, que je sois obligé de me faire des boules quiès du programme du festival, pour supporter les décibels assénés par des hauts parleurs mal réglés ou que les sous titrages soient coupés en bas de l'image, passe encore. Mais que je sois obligé, pour l'image du haut, d'attendre que le cavalier descende du cheval pour voir sa tête … ! Sans être très cinéphile, c'est quand même déplaisant !

Malgré le froid qui nous tient en éveil - que certains conjurent en changeant de places toutes les dix minutes - le projectionniste semble s'être endormi. Festival ou pas, presque tous les délices du cinéma indien au Maroc sont là : interruption brutale du film, images passées à l'envers (très drôle !) ou passées une deuxième fois (non, ça n'aide pas toujours à la compréhension du film !) et bien sûr… après les rires, les inévitables sifflets.

Alors, on finit par compter. Plus que deux heures de film… à moins qu'avec la coupure on ait gagné une demi-heure… qui sait ? L' « intermission »… Ouf ! C'est déjà ça. On a hâte que le gentil prince retrouve la belle Chandralekha et qu'il tranche en deux l'autre prince, Sasank, le félon et cruel frangin. Qu'on en finisse !

Puis on se met à raccrocher à l'histoire, réveillé par quelques surprenantes paroles de chanson, comme sorties d'un autre film. Comme dans cette scène montrant des bœufs : « Tu traînes tes pieds comme si tu allais voir ta belle-mère ». J'ai bien lu ? Et puis enfin… bien plus tard, la scène tant attendue : la danse sur les tambours. L'attaque du château et le dénouement. Fin.

 

Yann Barte, Femmes du Maroc, janvier 2005

Repost 0
Published by Yann Barte, dans FEMMES DU MAROC, janvier 2005 - dans Culture - sports
commenter cet article
1 janvier 2005 6 01 /01 /janvier /2005 15:21

Ex-æquo avec le film chinois « Meng Ying Tong Nian » de Xiao Jiang, « Moolaadé », le film sénégalais de Sembene Ousmane a remporté le prix du jury du festival de Marrakech. La jeune comédienne malienne, premier rôle de « Moolaadé » revient sur le thème central du film : l'excision.

 

Entretien avec Somé Fatoumata Coulibaly

 

Vous êtes actrice, réalisatrice productrice à l'ORTM. Comment avez-vous été repérée par Sembene Ousmane ?

 

Je suis comédienne et réalisatrice à la Radio Télévision malienne. J'avais joué auparavant dans plusieurs longs métrages. C'est dans « Kimba le tyran », réalisé par l'actuel ministre de la culture malien, Cheikh Omar Cissoko, que Sembene Ousmane m'a repérée. J'ai été retenue en 2002, lors du 2ème casting du film. J'étais très fière d'être choisie par cet homme, véritable légende en Afrique.

De plus, le thème de l'excision vous touchait particulièrement…

Bien sûr, ce thème me touchait. Avant le tournage de Moolaadé (« protection », « droit d'asile » en peul), je travaillais au sein d'une ONG. Nous faisions de la sensibilisation en milieu rural. Il s'agissait pour nous d'inciter hommes et femmes à abandonner l'excision, leur montrant aussi qu'elle n'est pas un précepte de l'islam. Nous passions des documentaires, en collaboration avec des sages-femmes, des chirurgiens, qui ont pu témoigner des blessures des femmes excisées durant l'accouchement. Le cinéma a un rôle a jouer dans cette sensibilisation. Les choses pourraient d'ailleurs évoluer rapidement, s'il y avait plus de salles de cinéma en Afrique

 

Au Mali, les religieux prennent-ils part à ces campagnes, comme on a pu le voir par exemple avec les imams au Sénégal ?

 

Les religieux sont majoritairement pour l'excision au Mali, en dépit de toutes les campagnes, conférences et ateliers sur le sujet. En dépit aussi des tentatives des responsables administratifs et politiques de les impliquer dans cette lutte. Cette pratique reste ancrée dans des traditions ancestrales, à la campagne comme à la ville.

Les pays arabes sont également concernés par des formes de mutilations génitales féminines, comme aux Emirats, au Yémen, au Sultanat d'Oman, en Egypte, au Soudan...

Ces pays pratiquent en effet l'infibulation (une excision suivie d'une couture des grandes lèvres destinée à empêcher toute relation sexuelle). Je sais aussi que dans certaines régions du Mali, comme à Kayes, cette pratique existe. Le but : contrôler le désir sexuel de la femme, afin d'empêcher des relations extraconjugales. Ma grand-mère me disait qu'il y a 20 ou 30 ans - cela continue malheureusement - des Maliens partaient 4 ou 5 ans travailler en France laissant leurs épouses en afrique. La femme était alors excisée pour rester fidèle. Certaines femmes excisées pourtant pourront continuer à avoir du plaisir.

 

Quels sont les dégâts provoqués par l'excision ?

 

Des jeunes filles de six à huit ans meurent, quelquefois une heure, deux jours ou une année après l'excision. Les hémorragies sont nombreuses. Beaucoup de femmes excisées meurent aussi des suites d'un accouchement. Autrefois, c'était les « forgeronnes », femmes et filles d'aiguiseurs de couteaux qui pratiquaient l'excision. Ce sont de plus en plus aujourd'hui des non-professionnelles qui coupent tout le clitoris avec des conséquences mortelles.

 

Malgré toutes les campagnes, l'excision continue à être pratiquée. A qui la faute ?

 

A nous tous. La sensibilisation aurait dû commencer il y a bien longtemps. Dans l'esprit de nos parents, la demande d'abandon de l'excision vient de l'Occident. Ils ne supportent pas qu'on leur impose quoique ce soit. « Vous avez été à l'école des blancs ! » nous disent-ils. C'est pourquoi avant d'interdire, il nous faut aussi convaincre. En montrant des exemples de décès de fillettes ou de femmes en couche. Nous devons prouver que ces traditions sont mauvaises pour nous-mêmes. Le Burkina a voté une loi interdisant l'excision. Au Mali, un avant projet de loi fait débat. Peu à peu, des villages abandonnent cette pratique. Des exciseuses se réunissent et fêtent l'abandon des couteaux. Le combat se gagne village par village…

Propos recueillis par Yann Barte

 

L'excision à la loupe

 

Près de 130 millions de femmes et de petites filles sont mutilées, principalement en Afrique et dans le monde arabe. Chaque année, près de 2 millions de fillettes et de jeunes filles sont exposées au risque de mutilation. Les dégâts des mutilations génitales féminines sur la santé sont nombreux, souvent mortels. La section du clitoris et des petites lèvres entraîne une douleur intense, accompagnée d'angoisse (voire d'état de choc). Une hémorragie peut entraîner la mort. L'émission d'urines sur la plaie occasionne des brûlures et quelquefois une rétention d'urines réflexe. Pratiquées dans des conditions d'hygiène souvent précaires, l'excision et l'infibulation sont à l'origine d'infections multiples pouvant entraîner une stérilité. On peut également évoquer les septicémies, le tétanos, le sida... Sans aide appropriée, la femme infibulée et l'enfant qu'elle porte sont menacés de mort lors de l'accouchement. De plus, l'ablation partielle ou totale du clitoris entraînent une inévitable altération de la sensibilité sexuelle. Il existe bien d'autres complications de ces mutilations comme les fistules vésico-vaginales ou recto-vaginales. On rapporte aussi des complications psychiatriques, des dépressions.

 


« L'excision est pratiquée dans 38 pays des 54 Etats membres de l'Union Africaine. Quelle que soit la méthode employée (classique ou moderne), exciser est une atteinte à la dignité de la femme. Je dédie Moolaadé aux mères, femmes qui luttent pour abolir cet héritage d'une époque révolue ».

 

Yann Barte, Femmes du Maroc, janvier 2005

Repost 0
Published by Yann Barte, dans FEMMES DU MAROC, janvier 2005 - dans Culture - sports
commenter cet article
1 juillet 2004 4 01 /07 /juillet /2004 14:45

 SPONSORING/COMMUNICATION

Derrière les sports de haut niveau se cachent souvent des entreprises de haut niveau. Au-delà de l'impact médiatique, celles-ci misent sur les performances et l'aventure humaine.


sponsoring.jpgA peine l'Euro 2004 a-t-elle déchaussé ses crampons, Wimbledon nettoyé son gazon, et voilà le Tour de France qui s'ébroue, le Grand Prix de Magny-Cours qui vrombit et les JO calés dans leurs starting-blocks. Championnats, tournois et autres trophées sont autant d'occasions pour les entreprises de brandir les valeurs positives du sport, moyennant finances ou prêt de technologies. Sans rivaliser avec l'investissement des secteurs automobiles, banques et télécoms, les acteurs du monde high-tech occupent une part non négligeable de la scène médiatique sportive. Leur objectif : utiliser l'événement comme vitrine technologique pour renforcer leur image auprès du grand public comme des grands comptes et mobiliser leurs collaborateurs.

 

A chacun son stade

 

Éditeurs, constructeurs et SSII « squattent » chacun une discipline. La plupart se positionne comme LE partenaire technologique officiel, les grands événements étant de plus en plus gourmands en informatique. Ainsi Atos Origin, en rachetant SchlumbergerSema, a hérité d'un contrat de « partenaire informatique mondial des JO » établi avec le CIO jusqu'en 2008. Outre le prestige du label « JO », la SSII compte montrer sa capacité à développer de grands projets mondiaux.
Même calcul chez IBM qui a su s'imposer au tennis comme partenaire du Grand Chelem dont Roland Garros. D'abord en fournissant la technologie d'affichage des scores en temps réel, puis en réalisant et en hébergeant les sites officiels des tournois, parmi les plus visités au monde. «  La technologie devient l'alliée du sport. C'est l'occasion de mettre au profit nos solutions d'e-business à la demande », confirme Rick Singer, directeur du Sponsoring mondial de Big Blue.
Depuis quatre ans, HP sponsorise l'équipe BMW-Williams dans le Championnat du monde de F1. L'occasion de tester la performance de ses technologies mises à rude épreuve sur les circuits. « En tant que partenaire technologique, nous intervenons à toutes les étapes du process, du design de la voiture jusqu'aux réglages finaux. La compétition nous pousse à la performance », indique Andrew Collis, directeur du sponsoring sportif de Hewlett Packard. La démarche est identique chez CSC devenu depuis cinq ans le partenaire informatique officiel du Tour de France cycliste.
L'autre élément qui fait pencher la balance pour tel ou tel sport est la passion du dirigeant, fréquent dans le milieu de la voile. Dans les SSII, on fonctionne au coup de cœur, et la forte personnalité du skipper compte presque autant que le défi à relever. « Le choix se fait aussi sur une personnalité. Celle de Olivier de Kersauson fait la différence, confirme Arnaud Jean, responsable du sponsoring au sein du groupe Cap Gemini. Nous racontons avant tout une histoire d'hommes au service des hommes. »
La course au large sur multicoques est un excellent vent porteur. D'autant que l'on retrouve l'alibi technique dans les Formules 1 des mers. Sopra Group est fidèle à Philippe Monnet depuis trois ans. "Au-delà de son impact médiatique, le projet de Philippe Monnet est en parfaite adéquation avec celui du groupe. Il implique l'esprit de conquête, la solidarité, la créativité et le savoir-faire, déclare, sur le site officiel du navigateur, le président de la SSII, Pierre Pasquier. Pour réussir un projet de voile, comme un projet informatique, il faut anticiper, faire les meilleurs choix, et maîtriser les contraintes techniques. »

Des retombées indirectes

A première vue, les entreprises high tech choisissent le sponsoring sportif d'abord pour renforcer leur image de marque. Les retombées médiatiques servent souvent à justifier l'investissement qui va de quelques à plusieurs millions d'euros, Et en cas de victoire, ce peut être le Jackpot. Quand Kersauson améliore le record du Trophée Jules Vernes, malgré une météo désastreuse, Cap Gemini et son co-partenaire Schneider Electric (50/50) raflent la mise. « 17 passages au « 20 heures », 1650 articles dans la presse…  », détaille Arnaud Jean qui affiche clairement la couleur : « Nous consacrons 960 K€ par an à Géronimo, le même montant pour le Biarritz Olympic et 750 K€ pour le club de Grenoble. En rugby comme en voile, le ticket d'entrée n'est pas encore trop élevé : sur le Trophée Jules Vernes, il nous aurait fallu mettre 7 M€ en équivalent achat d'espaces pour avoir la même couverture médiatique !  ».
« Le choix d'un sport individuel, bien plus abordable, peut s'avérer tout aussi efficace qu'un sport d'équipe avec ses stars comme le ballon rond : on est moins dans l'image », remarque Loïc Lavalou, d'EuroConsulting Partners dont le programme Business Champions fait intervenir en séminaire des sportifs moins médiatisés mais dont l'expérience parle d'elle-même.
Le retour sur investissement se chiffre aussi en retombées indirectes. Le sport est un bon booster commercial, notamment auprès des grands comptes. Les équipes de vente les invitent dans les gradins, sur le paddock, sur le pont du bateau. « Les clients qui assistent aux événements sont suivis en utilisant notre propre module de gestion de la relation client », reconnaît Chris Burton, directeur du sponsoring SAP. Mais en cas de contre-performances... D'où l'idée de s'engager sur plusieurs années et de se servir des événements sportifs pour mobiliser l'interne. Là, les DRH prennent le relais des directions marketing.

Les valeurs RH gagnent du terrain

Si le sponsoring sportif mondial n'a pas de stratégie RH déclarée, il joue de plus en plus sur la corde sensible de l'attachement à l'entreprise. Les directeurs du sponsoring le reconnaissent volontiers. « Outre toutes les actions de communication externes autour de l'événement, les relais en interne sont un bon moyen de vivre collectivement l'émotion que nous apporte chaque événement. La réaction vis-à-vis de l'entreprise est très positive », note Andrew Collis (HP). « Nos activités dans le sport donnent à SAP une "personnalité" qui correspond à nos valeurs de marque. Nos salariés sont fiers de voir le logo de l'entreprise sur un champion de golf (Ernie Els) ou sur une voiture de F1 », indique pour sa part Chris Burton (SAP). « En tant que partenaire technique, nous nous engageons davantage qu'un sponsor classique. Une partie de nos équipes sont à pied d'œuvre sur place. Et ça plait » ajoute Rick Singer (IBM Corp).
Au niveau local, chaque filiale bénéficie d'une certaine autonomie pour organiser des matches, inviter des collaborateurs et leurs clients. En France, Cap Gemini a associé ses « best performers » à l'arrivée du trimaran Geronimo. Tout au long du défi d'Olivier de Kersauson, le Club Geronimo a accueilli, autour du PC presse, de nombreux collaborateurs. Et Sogeti vient d'organiser au Stade de France un match d'intégration pour ses jeunes recrues auquel ont participé 5 rugbymen du club Grenoblois.
Même si peu d'entre elles mesurent l'impact de leur sponsoring au niveau des candidatures, les sociétés high tech n'hésitent plus à utiliser le sport pour séduire les meilleurs jeunes diplômés dans le cadre de partenariats avec les écoles. Depuis 5 ans, Unilog crée même son propre événement pour mieux recruter. Son Trophée a réuni cette année, 42 équipes au stade Charléty en une série de mini-matches de foot. Plus de 200 collaborateurs de la SSII se sont mobilisés pour l'occasion. « C'est devenu un peu notre marque de fabrique. Nous jouons sur l'émulation entre écoles. Et ça marche : 400 étudiants sont venus s'informer sur nos métiers et certains ont passé un entretien », explique Eric Estrier, membre du Comité Exécutif d'Unilog qui compte recruter cette année 800 personnes. Un autre levier interne consiste à participer à événement sportif inter-entreprises. Cela donne l'IT Cup, une compétition amicale de foot qui a réuni le 15 mai dernier à Clairefontaine une vingtaine d'équipes du secteur NTIC au profit de l'association Les Enfants du Sahara. « Nous y avons engagé 2 équipes internes, plus une troisième regroupant nos partenaires commerciaux. C'est un bon moyen de faire de l'incentive et du team building », admet Marc Jouve chez IBM France. Si le sport se taille la part du lion chez les sponsors high tech, les budgets misent parfois sur d'autres chevaux. Intel France sponsorise par exemple les grandes compétitions du jeu vidéo dont la finale de la Coupe du Monde où se mesureront 600 compétiteurs au Futuroscope , du 6 au 11 juillet.
Microsoft France et Steria délaissent le sport pour l'engagement citoyen. La première via son entité « Responsabilité Sociale et Environnementale » soutient, entre autres, les Restos du Cœur et Emmaüs. Steria, par l'intermédiaire de sa fondation, parraine plusieurs projets humanitaires. Juste une autre forme d'engagement, une façon de se démarquer du « sport business » tout en affichant sa solidarité sociale. Ce qui plait beaucoup en interne.

 

Quelques sites à visiter :

- www.trimaran-geronimo.com

- www.monnet.sopragroup.com

- www.rolandgarros.com

- www.hp.com/f1racing

- www.team-csc.com

- www.ITCup2004.com


Le top 5 des sports « high tech »

1. LA VOILE. Pas de doute, la voile hisse haut l'étendard des sociétés NTIC. Elle les séduit d'abord pour son côté « aventure humaine ». Qui ? Cap Gemini, CSC, EDS, Sopra… SAP et Oracle aussi, dans le cadre élitiste de la Coupe de l'America.
2. LES SPORTS MÉCANIQUES. Une valeur sûre, d'abord pour la technologie de pointe qu'ils véhiculent. Qui ? HP sponsorise la BMW Williams en F1 et SAP la McLaren Mercedes, NEC la team Tech 3 en moto GP, et Intel Corp les rallyes de Toyota Motosport.
3. LE RUGBY. Le sport qui monte, encore préservé du « sport business ». Excellent relais en interne. Qui ? Cap Gemini et sa filiale Sogeti pour les clubs de Biarritz et de Grenoble.
4. LE TENNIS. Toujours apprécié mais en légère perte de vitesse. Qui ? IBM est le fidèle partenaire des tournois du Grand Chelem depuis 10 ans, Compaq aussi avant sa fusion avec HP.
5. LE FOOT. Peu représenté chez les sponsors informatiques. Trop cher ? Il se fait discret (Cegid), ou se réserve aux événements ponctuels (IT Cup, Trophée Unilog) et aux clubs sportifs d'entreprise. Qui ? Cegid (Olympic Lyonnais), Unilog, clubs IBM...

 

Pierre Lorimy
Le Monde Informatique
Juillet 2004

Repost 0
Published by Pierre Lorimy dans LE MONDE INFORMATIQUE de juillet 2004. - dans Culture - sports
commenter cet article
7 mai 2004 5 07 /05 /mai /2004 02:08

- Tankages, tonneaux, crevaisons, crises de nerfs... La 14e édition du Rallye Aïcha des Gazelles a été rude.

- Cette année, 147 femmes se sont lancées à l’assaut des dunes. Les équipages marocains ont fait bonne figure.

- Commissaires sportifs, directeurs de course, médecins, hélicoptères, localisation satellite... le rallye est avant tout une formidable machine logistique.

 

 

«Et dire qu’on a payé pour faire ça !» Françoise (équipage 156) a du mal à émerger. Comme les autres gazelles, elle a dû se réveiller à 4 heures du matin. «J’ai pris de quoi faire un cahier de bord. Je pense que je n’aurai même pas le temps de prendre le crayon!» Pourtant, il faudra bien s’y faire : ce sera le timing quotidien des huit jours à venir. Lever 4 heures, briefing 5 heures, départ 6 heures et un retour bien aléatoire, souvent dans la nuit. Les 80 journalistes présents et tous les organisateurs sont soumis au même régime... très scout. Le petit-déjeuner avalé, tasses et assiettes sont vite écartées pour laisser place aux cartes, règle et compas. A la même table, les sœurs Navarro (équipage 154, également marocain) se préparent. L’une s’affaire déjà sur sa calculette, tandis que l’autre mange ses m’semen, imperturbable. Nous sommes le 22 avril, à quelques heures du départ de la 14e édition du Rallye Aïcha des Gazelles.

2 500 km à parcourir dans le désert, sans road-book, sans GPS !

 

Des dunes et des tonneaux

 

73 équipages sont sur la ligne de départ ce matin à Erfoud. Pas de grandes difficultés de franchissement pour cette première étape mais une belle navigation sur de grands plateaux arides et caillouteux. Une «bonne mise en jambe !», annoncent les organisateurs. Chaque étape présente son lot de paysages et de difficultés. Des plaines roulantes, des dunes de sable, des rivières asséchées, des sculptures rocheuses de sable rouge... et des tankages, des pneus éclatés, des problèmes mécaniques... La solidarité joue plein pot chez les filles. On se pousse, on s’échange des outils et des conseils... Mais c’est bien vite l’hécatombe, les premiers accidents et abandons. A la 3e étape déjà, l’équipage français 103 se retrouve sur le toit après plusieurs tonneaux. Il continuera le rallye, pare-brise cassé et cheveux au vent. La pilote Amina Benjouid et la navigatrice chevronnée Christiane Landrac de l’équipage Femmes du Maroc (150), négocient avec les mécaniciens un possible nouveau départ de leur 4x4 Toyota, tandis que Marithé et Françoise Girbaud (stylistes cette année des gilets des gazelles) donnent le coup d’envoi. Très bien parti (1er au classement relais média), l’équipage 150 doit à regret quitter la course à mi-parcours. La voiture a trop souffert. Les organisateurs se refusent à prendre un risque. Le châssis et l’arbre de transmission sont touchés. Quelques étapes plus tard, l’équipage libanais (151) est à son tour contraint à l’abandon. Sonia Ayoub qui n’en est pourtant pas à son premier rallye se retrouve sur le toit. Sa Nissan est morte. Les briefings suivants sont alors des appels incessants au ménagement des voitures et de la santé des équipages. «Buvez, buvez !», ne cesse de répéter Dominique Serrat, directrice générale du rallye, qui doit déjà déplorer quelques malaises et perfusions. Les tempêtes de sable des trois derniers jours n’arrangeront rien. Même équipées de GPS, quelques 4x4 presse ont du mal à retrouver le chemin du retour, la nuit tombée.

 

147 concurrentes, 14 nationalités

 

Cette année encore, les Québécoises sont arrivées en force, avec, dit-on, un certain avantage : la conduite dans la neige ne serait pas si différente de la conduite dans le sable. Des dunes de sable, en revanche, Akiko, de l’équipage japonais 127, n’en a jamais vues : «Au Japon, tout est balisé, éclairé, goudronné... Difficile de trouver un chemin de terre». Alors, évidemment, M’Hamid, pour cette Japonaise, c’est un peu la planète Mars ! «Et puis, chez nous, toutes les voitures sont automatiques», complète Yuri, un pansement sur le menton, souvenir d’une dune mal passée la veille. Malgré un train d’enfer, Akiko a le temps d’admirer les paysages marocains qu’elle trouve «semblables à des décors de cinéma, magnifiques et irréels» tandis que Yuri, journaliste et navigatrice, prend sur les 4 ou 5 heures de nuit qu’il lui reste pour rédiger quelques articles pour des magazines auto japonais. L’équipage japonais ne désespère pas et envisage déjà une nouvelle participation l’an prochain. A la 3ème étape, les Japonaises trouvent enfin leur première balise du rallye et pleurent de joie devant les caméras de 2M.

 

Des cabines téléphoniques en plein désert

 

Les larmes et les fous rire auront été nombreux sur le rallye. Des images insolites aussi comme celle de ce bédouin pris en stop par un quad ou de ces gazelles prenant un drapeau marocain pour une balise «Aïcha» de même couleur, et se retrouvant aux prises avec des militaires, tandis qu’un autre équipage, cette année encore, fonçait droit sur l’Algérie. Des petits coups de gueule aussi, entre équipières... mais rien de grave. On a évité cette année les bastons à coups de casque! La consigne était sage : «Quand vous êtes énervées, sortez de la voiture, et respirez !»

Le rallye, c’est aussi une énorme machine logistique, désormais bien huilée. L’organisation sportive d’abord : règlement sportif, directeur de course, commissaires sportifs, gestion informatique des classements consultables sur le net. Une surveillance 24h/24 des véhicules est mise en place pour la sécurité, chacun étant équipé d’un terminal de tracking satellite MTS et d’une balise de détresse satellite. Sur simple appel, des véhicules d’assistance interviennent. Chaque moto, quad, 4x4, camion, SUV est pris en charge à son arrivée par un atelier, ravitaillé en carburant.... Les médecins disposent de localisation satellite, de 4x4 médicalisés et d’un hélicoptère. Le bivouac dispose aussi de salles de presse, de tentes repas, de sanitaires et même de cabines téléphoniques dressées en plein désert. L’image est surprenante. Alors que les villages voisins ne disposent souvent même pas d’électricité, le bivouac du rallye offre à ses journalistes la possibilité d’enregistrer leur «bobino» à l’autre bout du monde via satellite ou de se connecter pour suivre l’emplacement exact d’un équipage. Rien de magique, pourtant, pour Zitouni Bennini, cadre technique en transmission chez Maroc Télécom. «Suffit de mettre en opération la station portable. Seules les conditions climatiques viennent compliquer la donne : la chaleur, la poussière, le vent peuvent provoquer une légère dégradation du signal», précise-t-il. L’opérateur, qui dispose par ailleurs d’un équipage (145, Maroc Télécom-Nokia), souhaite multiplier ces expériences, développer ces services autour d’autres événements internationaux. La technique utilisée de VSAT est «très intéressante et peut rendre disponible la téléphonie dans les zones les plus reculées».

 

La caravane médicale à la rencontre des populations du désert

 

En marge du rallye opèrent des associations humanitaires. Amame’s a été créée par deux ex-concurrentes du Rallye des Gazelles, Habiba Dassouli et Chantal Vitelli, qui ont souhaité, après plusieurs années de compétition, vivre autrement l’aventure. L’association organise une caravane médicale en direction des populations locales du désert. Cette année, la caravane aura distribué gratuitement plus de 3 000 médicaments et soigné près de 1 500 personnes. Les pathologies rencontrées sont généralement à mettre en rapport avec le manque d’hygiène : problème d’eau, cohabitation avec les animaux... Il en est ainsi du trichiasis, complication du trachome, très courant dans ces régions de poussière et de sable. «On l’appelle la maladie des cils inversés. On a décelé 3 884 cas dans la région. Sans soin, sans opération, le trichiasis peut mener à la cécité», explique Chantal. «Outre les problèmes ophtalmologiques, ajoute Habiba, les parasitoses sont aussi assez fréquentes ainsi que les problèmes de malnutrition : ici on ne mange bien souvent que du pain avec du thé !». Près d’une quinzaine de médecins (ophtalmologues, gynécologues, infirmières...) et bénévoles parcourent les villages en 4x4, suivis d’un camion pharmacie. Le personnel s’installe généralement dans une école ou un centre de soins s’il en existe et commence les consultations, pratiquant même quelquefois des opérations (comme un abcès au sein, un trichiasis) dans des salles sans eau, ni électricité. Chaque fois, une nouvelle façon de travailler est à réinventer.

 

Equipages marocain et espagnol sur le podium

 

Sept équipages marocains participaient cette année. Annick Denoncin et Mouna Zniber de l’équipage 133 Comanav ont réalisé un parcours constant et remarqué. L’équipage arrive 5e au classement général. Mais ce sont les Espagnoles, Clara et Delia Moreno de Borbon (les nièces du Roi d’Espagne), qui ont, durant presque tout le rallye, mené la course. «C’était une expérience superbe, mais c’est dur après avoir été premières durant le rallye d’être doublées sur la fin», lance Délia qui reconnaît, bonne joueuse, les qualités de l’équipage marocain qui les a impitoyablement «grillées». C’est en effet l’équipage 156, à la navigation et au pilotage exceptionnels, qui a remporté le rallye (équipage Groupe 4 - HP - ALD Automotive ). Une performance d’autant plus impressionnante que les deux gazelles françaises installées à Casablanca (Françoise Giraudon et Florence Baudelin) participaient à l’épreuve pour la première fois. «J’ai eu quelques brefs moments de découragement, raconte Florence, c’est terrible de rester à genoux devant sa voiture, impuissante, sans idée, après avoir tout tenté : plaques, pelle... Puis finalement on pousse encore une fois et ça repart...». «On a joué le tout pour le tout en misant sur le parcours noir, le plus difficile, puis on a joué les Mike Giver dans les dunes», raconte Françoise, le soir de la dernière journée marathon. «On est quand même restées coincées des heures entre deux dunes, on a perdu notre boussole, et lorsqu’on a vu la voiture de Sonia à l’envers, ça a jeté un froid : j’ai levé le pied. Heureusement, on avait une voiture géniale, qui montait tout».

Les deux jeunes femmes partagent le même goût pour la compétition. Elles reconnaissent ne pas avoir eu beaucoup le temps «pour se marrer» ni même pour penser à autre chose. «En huit jours, j’ai tout oublié jusqu’ à mon numéro de téléphone. Je ne sais même pas combien de minutes j’ai pensé à mes enfants...» Qu’importe, ses enfants étaient tous là le 1er mai dernier pour l’applaudir à la remise des prix du rallye, à l’hotel Sofitel de Marrakech.

La dernière étape, dite «des Marocaines» (sur les 5 premiers, 4 équipages marocains), a été décisive pour les équipages nationaux. Les excellents résultats des gazelles marocaines susciteront, espérons-le, de nouvelles vocations chez d’autres femmes marocaines pour les rallies à venir. La recherche de sponsors peut commencer...

 

Equipages marocains: premiers et derniers

 

1er : Groupe 4/HP/ALD Automotive (Maroc)

2e : CrediWoman (Espagne)

3e : M6/Nissan (France)

5e : Comanav (Maroc)

33e : Sybase/Nissan Maroc (Maroc)

34e : Nations Unies Maroc (Maroc)

53e : Toyota Maroc/Minoterie Ohman/Nokia/Money Gram/Parade (Maroc)

63e : Femmes du Maroc/Toyota (Maroc) - Abandon pour casse mécanique

 

Yann Barte, La Vie Eco, 7 mai 2004

 

Repost 0
Published by Yann Barte, La Vie Eco, 7 mai 2004 - dans Culture - sports
commenter cet article
15 avril 2004 4 15 /04 /avril /2004 16:33

Dans un joyeux désordre, elle arrive enfin, de Casablanca à Tétouan. Longtemps attendue, la BD surgit au Maroc au cœur d'un tourbillon enthousiaste d'initiatives de jeunes dessinateurs, des bulles et des projets pleins la tête. Une véritable naissance.

 

Ici, c'est l'auberge espagnole ! On s'installe, on parle BD, et entre quelques planches de dessin et un café crème, on échange des techniques, une méthode japonaise ou quelques albums V.O. Les hotaku (fans de manga) sont, en effet, majoritaires dans le groupe. C'est la grand-messe du samedi pour cette trentaine de bédéistes rassemblés à la cafèt' du Centre culturel français ou dans un café alentour. Et chaque semaine, deux ou trois nouveaux dessinateurs rejoignent la joyeuse tribu. Pas simple à harmoniser pour le chef d'orchestre du groupe, Abdelaziz Mouride, journaliste et bédéiste ! C'est lui qui avait lancé, lors de la « Fête de la BD » organisée il y a quelques mois au CCF, l'idée un peu folle d'un magazine. Des jeunes avaient répondu présents. Tout de suite.

 

Le projet porte un nom : « Bled'Art » et un numéro zéro, en voie de finition. Issus pour leur majorité de l'école des Beaux-arts de Casa, ces jeunes dessinateurs, presque tous autour de la vingtaine, essaient tant bien que mal d'assister aux « réunions », de boucler quelques planches, entre deux examens. Sans consigne particulière, la revue semble partir dans tous les sens, au gré des passions de chacun. Pourtant, malgré l'ambiance très ludique de ces rencontres, le projet avance méthodiquement, dans l'excitation partagée de l'aventure. Abdel Ali, 18 ans, groupie de « Racaille Blues » raconte « la bande à Moustafa » en guerre contre le clan de Hmida. De la castagne à chaque page, du sang qui gicle et des types envoyés à l'hosto toutes les cinq vignettes. Du « Street Fighter » couché sur papier ! Salah Eddine a choisi la période ante-islamique pour placer son personnage : « Antar, le mercenaire du désert ». Mais c'est bien du manga qu'il s'inspire pour la technique. En quelle langue ? « J'écris les bulles au crayon en arabe dialectal pour aller plus vite, ensuite je les réécris en français. Je sais pas pourquoi… » A « Bled'Art », seuls les animaux de Kalamour parlent l'arabe, darija.

 

Quant à la réalité marocaine, elle semble peu inspirer nos dessinateurs, bien davantage tournés vers les « anime » (dessins animés japonais) et les séries américaines. « Buffy, Charmed... je pioche un peu dans tout » explique Aïcha. « Mes décors sont toujours japonais, mes personnages plutôt français ou anglais. Je n'arrive pas à placer mes histoires dans un décor marocain. Trop sexe sans doute ! (rires) ».Le « bled » ne ferait donc pas bon ménage avec la création libre et l'explosion des sentiments amoureux pour cette fan de « shôjo manga » ! Ici pas de « hchouma ». Le décor occidental, japonais ou celui d'une 5ème dimension offre au crayon bien plus de liberté. C'est partout le métissage qui prévaut dans une recherche de style et d'identité propre sans doute à cette période de l'adolescence et… de globalisation. Ainsi Hasna, sans origine berbère, prépare une version revue et corrigée de « Isli et Tislit ». Long, maroco-vietnamien, se passionne pour les histoires de gangs aux couleurs US tandis que Samira flashe pour les décors japonais qu'elle espère bien connaître un jour, en poursuivant sa formation à l'école d'art de Kyoto.

 

A plusieurs centaines de kilomètres plus au nord, c'est autour de l'école des Beaux-arts de Tétouan que des jeunes s'animent. Un autre univers. Ici, on s'inspire des histoires des contes et légendes marocaines de nos grands-mères, de la guerre du Rif ou de la brutalité de la Sûreté nationale. Mais peut-être aurait-on tort de ne voir un regard marocain/maghrébin que dans les planches s'inspirant stricto sensu de la réalité marocaine. Toujours est-il que la langue arabe fait, cette fois, jeu égale avec le français. « Chouf », le fanzine du département BD de l'école, est d'ailleurs bilingue. C'est à un professeur bruxellois de BD, Denis Larue, que l'on doit la création de ce département en 2000. « Chouf », financé à part égale par la Délégation Wallonie-Bruxelles et le ministère marocain de la culture, pourrait bien pour son numéro 3 passer par un diffuseur. Pour le nouveau prof de BD, Renaud De Heyn, auteur des albums « La tentation. Carnet de voyage au Pakistan », pas de doute « La BD a un brillant avenir au Maghreb. Reste un éditeur, pour se jeter à l'eau. Quelques-uns ont déjà envie de s'investir davantage dans le livre de jeunesse, mais je pense que le développement de la BD passera par la presse et par les revues comme Tintin ou Spirou. C'est ainsi qu'elle a démarré aux Etats-Unis et en Europe… ». Pour l'heure, la presse reste encore timide, seul l'illustration, voire la caricature est parvenue peu à peu à se frayer une place dans les colonnes de nos journaux et magazines. Côté édition,Tarik est le premier (et le seul) à s'être lancé. C'était en 1999, avec l'album « On affame bien les rats » de Abdelaziz Mouride, le récit terrifiant de la détention de l'auteur durant les années de plomb. « Il s'agissait surtout de témoigner. Cet album était très parlant par son verbe, la force de l'image » explique l'éditeur, Bichr Bennani qui reconnaît le coût beaucoup plus élevé d'un album BD sur un ouvrage classique. Depuis Tarik a reçu une dizaine d'autres BD,« Rien que nous n'ayons retenu, mais nous restons ouverts ».

 

Jusqu'alors, faute de débouchés, beaucoup de bédéistes partaient exercer leur talent à l'étranger ou se recyclaient. Un véritable gâchis ! La nouvelle génération, elle, est bien décidée à faire émerger dans les années à venir les premières bulles marocaines, les premiers albums, revues et - qui sait - dessins d'animation. Reste à soutenir ces initiatives. L'entreprise Clairefontaine et l'ambassade de France pourraient sponsoriser l'aventure des bédéistes de Casa. Les Marocains, quant à eux, attendent encore en observateurs trop prudents. Mais déjà des rendez-vous s'annoncent. Du 15 au 18 juillet auront lieu les premières rencontres internationales de la bande dessinée de Tétouan. La BD, c'est parti !

 

Yann Barte, TelQuel, 15 avril 2004 

 


 

Demain, des mangas arabes ?

 

A Casablanca, des jeunes vivent à l'heure de Tokyo, s'enivrent de culture nippone et parlent un curieux jargon. Sur la dizaine de filles de Bled'Art, toutes étaient « mangaka » (dessinatrices de manga). Leur préférence va généralement au « shôjo », sorte de manga pour jeunes filles, pimenté d'histoires romantiques. Mais quelques-unes goûtent aussi au genre plus viril des « shonen », peuplés de défis, de compétitions sportives, de combats, de sang qui éclabousse et d'os qui craquent ! Au Maroc, on commence toujours « gagaballien » (fan de Dragon Ball) avant de découvrir d'autres talents, d'autres plumes... C'est qu'en matière de manga, c'est un peu la désolation ! « Pas de boutique ou de magazine spécialisé, pas de films projetés ! Oualou ! déplore Hind. Tout juste commence-ton à voir distribués quelques nouveaux éditeurs étrangers. Ici, le style manga flirte volontiers avec une thématique arabe. Du manga on prend ce qu'on veut, une technique, un thème… Garçons et filles crayonnent aussi très différemment le genre. « Les gars sont beaucoup plus tournés vers l'action et beaucoup moins intéressés par la psychologie des personnages » note Aïcha, 17 ans « Et puis on retrouve toujours un peu chez eux le cliché de la petite jouvencelle en détresse à sauver ! » ironise cette jeune mangaka. « Le manga en français perd sans doute un peu de sa richesse » . Pour Haruko, résidente japonaise au Maroc « Les onomatopées en idéogrammes japonais par exemple font souvent partie intégrante du dessin ». C'est en effet pour l'heure la langue choisie par ces dessinateurs. Pourquoi ne pas alors se réapproprier le manga, en arabe ? Cette écriture se prête assurément aussi bien que le japonais au dessin. Le manga est à réinventer… version arabe. Dans quelques années peut-être...

 

 

Yann Barte, TelQuel, 15 avril 2004 

Repost 0
Published by Yann Barte, dans TELQUEL, 15 avril 2004 - dans Culture - sports
commenter cet article
1 novembre 2002 5 01 /11 /novembre /2002 20:53

Plis courbes, plis en ellipse ou en arc de cercle, plis en larme ou en relief... Latifa Iraqui a la passion érotique des étoffes et l’obsession du pli. Fascinée par le haïk, c’est de ce vêtement traditionnel au cœur duquel elle se perdait enfant que Latifa s’inspire pour ses modèles. La styliste d’origine marocaine expose à Paris, dans une boutique associative de jeunes créateurs, à deux pas de la Bastille.

 

Ni coupe, ni couture, ni patron, ni ciseaux, ni montage, ni machine, ni Internet, ni logiciel… Latifa rêve de ne se servir que de ses dix doigts et des plis pour faire tourner le tissu sur le corps. Alors elle cherche, le geste, l'objet, de la fibule au pin's, teste et tord le tissu dans tous les sens. Un vrai casse tête ! Elle a même dû inventer une langue pour traduire la complexité des « pliages » de ses créations, semblable à d'étranges équations mathématiques. Elle est bien décidée à percer ce mystère du pli, peut-être à son « 1001ème modèle » dit-elle. Elle en a déjà dessiné 350 et créé la moitié. Car le temps s'inscrit dans ses créations. Elle ne craint pas d'ailleurs d'évoquer le linceul au pli d'une discussion sur sa démarche, ou le Ihram, cette pièce de tissu justement sans coupe ni couture des pèlerins de la Mecque. Le drapé est aussi cette continuité, cette absence de rupture.

 

Latifa est une obsessionnelle. Elle voit des plis partout, dans les vagues de l'Océan Atlantique ou les sillons des rides de ce vieux marchand fassi. Un peu à l'image d'un Gaëtan Gatian de Clérambault (1872-1934), médecin psychiatre photographe, maître de Lacan qui, au début du siècle, a accumulé durant treize années une invraisemblable collection de photos de plis. Plus de trente mille clichés de femmes drapées réalisés au Maroc et légués au Musée de l'Homme ! « J'ai découvert qu'on partageait la même névrose du pli » reconnaît Latifa. « Il était fou du mouvement que prend le haïk et passionné par le noir et blanc. Il avait un regard psychiatrique sur le tissu et enseignait « l'esthétique et le drapé » aux Beaux-Arts de Paris ». Elle cite aussi « le Pli » du philosophe Gilles Deleuze, « pas facile ! » reconnaît-elle, sans doute avec le souvenir de quelques plis au cerveau. Car le pli inspire. De la géométrie fractale à la philosophie baroque de Leibniz envisageant la matière comme essentiellement pliée. Replis de la matière, plis de l'âme... le pli est partout et devient obsédant pour celui qu'il passionne.

 

Elle a la création bouillonnante, Latifa, accompagnant toujours ses créations de textes. Elle se projette alors dans le labyrinthe des rues de Fès ou en 2600 à l'ère du « malaise machinal » et des puces cotées en bourse. Les poissons sont devenus les animaux les plus intelligents de la planète, les "machinologues" s'inscrivent au chômage et la programmation assistée par ordinateur n'aide plus les survivants à s'habiller. Restent le corps, la tête et les dix doigts de Latifa...

Show Room : Cataliz (Laurence) 40, rue Faidherbe - 75011 - Paris Tel : 00 33 (0)1 40 09 88 88 ENTRETIEN AVEC LATIFA IRAQUI


 

« ... C'est à partir de ce moment que les plis ne m'ont plus quittée. J'ai su que j'étais passionnée du drapé »

 

D'où vous vient cet intérêt pour le haïk et le drapé en général ?

 

Une dame venait à la maison lorsque j'étais enfant, toujours enveloppée d'un haïk blanc. Elle m'impressionnait. C'était mon idole. Elle me prenait dans ses bras et je me perdais dans les plis de son vêtement. Quelquefois je paniquais, je m'énervais, n'arrivant plus à ressortir, cela m'amusait. C'était chaque fois, dans ce labyrinthe, une nouvelle expérience : se démêler et sortir des méandres, des vagues, des plis, des bosses. J'aimais défaire son haïk pour la regarder le remettre avec une dextérité, une technique qui m'a toujours échappée. Elle finissait toujours dans un geste élégant à poser la fin du tissu sur sa tête. Le drapé du bouquet du dos prenait toujours alors une forme nouvelle. C'est à partir de ce moment que les plis ne m'ont plus quittée. J'ai su que j'étais passionnée du drapé. Je peux parler des heures du drapé, du plissé. Le tombé d'une étoffe en lin, en soie, en brocart, en laine... Les transparences du taffetas, de l'organza. L'ajustement d'un tissu d'une épaisseur, de coupe ou de dimensions variables. Le drapé ample, soumis à la pesanteur du tissu. Le drapé lâche enveloppant le corps sans se coller à lui... Le drapé bouffant, le drapé volant qui semble animé par le souffle de l'air...

 

Comme le drapé, le plissé semble également vous fasciner ?

 

C'est une combinaison de lignes géométriques. Les plis ont quelquefois un tracé géométrique difficile à définir entrant en contradiction avec la direction générale du drapé. Les plis courbes, les plis en ellipse, en relief... Je me suis donc lancée dans une longue expérimentation d'une technique de pliage du tissu, un peu comme s'il s'agissait de papier. Cela dure depuis dix ans déjà. C'était un piège. J'ignorais lorsque j'ai commencé que cela allait être une recherche sans fin...

 

Le pli recèlerait-il quelques mystères ou secrets... ?

 

Oui, de nombreux chercheurs par exemple ont essayé en vain de pénétrer les secrets de la draperie antique. Personne ne comprend réellement ce qu'elle était. Moi-même je me perds dans les pliages de mes constructions.

 

C'est à cet effet que vous avez créé cette langue étrange, ces équations ?

 

Effectivement, pour pouvoir partager, transmettre également. J'établis pour chaque modèle une fiche technique, expliquant par où passe le tissu. Il peut commencer à l'épaule, passer sous le bras droit, remonter sur le dos, repasser sur le bras gauche, s'enrouler autour du cou... J'avais quelquefois des difficultés à relire mes fiches. J'ai alors créé une langue, un corps avec des points (le point soleil, le point soupir…), réalisé un lexique de tissus avec les pliages, les effets, les manches… puis j'ai écrit mes formules, mes équations.

 

Où débute vraiment votre parcours ?

 

Dans une cave, celle de notre villa à Fès. Mon oncle, journaliste, après des années passées à Londres, nous avait ramené de son voyage plusieurs malles en bois et en ferrailles remplies de tout ce qui pouvait faire rêver une fille de nos âges (mes amies, mes cousines et moi) : des jupons en tulle, des robes cintrées, des escarpins, des foulards en soie…toute la mode des années 50/60 ! Nous passions des après-midi à nous habiller. Nous traversions le plus discrètement possible toute la maison pour nous voir dans un miroir. La copine servait aussi quelquefois de miroir. Il nous arrivait également de piquer un chapeau ou un foulard pour une boum. Le jeu a duré tardivement jusqu'à l'adolescence. Ainsi commençait ma passion pour les tissus.

 

Votre relation très sensuelle au tissu vient donc du Maroc ?

 

Toutes les petites filles au Maroc ont baigné entre les pans multicolores en soie des caftans. Dans les mariages, nous nous ennuyions et passions d'un pan à l'autre. Nous nous cachions pour manger les cornes de gazelle. Et gare à celle qui tâchait la tenue ! Un mariage marocain est un feu d'artifice. Mille couleurs et gamme chromatique qui font tourner la tête. Un million de aqad qu'on s'amusait à compter, à fermer et à défaire. Je palpais les différences entre les étoffes. Et les tissus voltigeaient de plus belle dans ma tête.

 

Comment procédez-vous pour réaliser un modèle ?

 

Mes premières expérimentations partaient d'un tube de maille. J'entrais dans le tissu et l'entortillais autour de moi. J'expérimentais, je faisais mes pliages et dès que j'obtenais la forme esthétique et portable recouvrant le buste je fixais à l'aide de fibules et cousais. Après je suis passée au tube de tissu plissé et aussi au rectangle comme le haïk. Je voudrais arriver à un vêtement ni coupé ni cousu. Le haïk, c'est cinq mètres de tissu. Je n'en garde que trois pour faire des choses plus près du corps. Mes vêtements sont donc réalisés d'une seule pièce. Le tissu est extensible, double face et d'épaisseur et de dimensions variables. Je réalise un « haïk contemporain ».

 

Etes-vous toujours attirée par les matières brutes ?

 

Oui et très peu par les matières sophistiquées : soie, organza… J'ai commencé mes premières expérimentations, mes cent premiers modèles, avec la maille, une matière primaire, rugueuse, ordinaire. La laine filée, brute, blanc cassé, crème... j'adore aussi la couleur pierre. Un jour je ferai des manteaux avec de la grosse laine ! Mais les femmes s'intéressent peu à ses matières. Mes premiers modèles ont donc eu peu de succès dans cette maille et j'ai dû faire des concessions.

 

C'est pour ces mêmes raisons (plus commerciales) que vous êtes passée à la couleur il y a un peu plus de deux ans ?

 

Probablement. J'aurais préféré continuer dans les couleurs brutes. Les femmes préfèrent la couleur et le brillant. Les photographes aussi ! Je reste cependant très marocaine dans le ton sur ton. J'utilise les couleurs marocaines pétantes : bleu roi, rouge braise, orange Sahara, crème sable... Mais aussi, le bleu turquoise, le gris anthracite, le vert bouteille. Je ne connais cependant pas les règles du marché. Des règles qui nuisent sans aucun doute à la création. Je ne tiens pas non plus vraiment compte des tendances.

 

C'est difficile à Paris de faire parler de ses créations ?

 

Un vrai parcours du combattant ! Ne connaissant personne dans ce milieu (j'étais institutrice), j'ai procédé par annuaire professionnel : « Allô, bonjour j'aimerais que l'on discute de mes créations, donnez-moi un rendez-vous ». C'est ainsi que je me suis fait mon propre réseau. J'arrive alors chaque fois chargée comme une mule, le sac à dos et la bouteille d'eau qui dépasse, le cartable sur l'épaule droite avec les classeurs rangés dans l'ordre pour dégainer, la mallette avec les tissus pour les démo et les housses de vêtements suspendus sur des cintres. Un coup de peigne ou de fard à joue dans l'ascenseur et je passe péniblement entre deux portes. Je chasse la fatigue, la faim, le mal aux pieds, les quinze stations de métro... pour positiver. Il faut une bonne dose d'argumentation, ne pas se prendre pour l'artiste avant-gardiste pour ne pas s'entendre dire « vous rêvez ! ». Je répète toujours « je suis l'artisan » et c'est vrai. Des rendez-vous j'en ai eu cinquante ou cent. La discussion se termine ainsi « on se revoit dans six mois avec des nouveautés ». C'est ainsi que j'ai convaincu car je revenais tous les six mois avec un nouveau dossier et là... j'ai commencé à faire peur. Je dois gérer à présent cette nouvelle étiquette (rires)."

 

Yann Barte, Femmes du Maroc, novembre 2002

Repost 0
Published by Yann Barte, dans FEMMES DU MAROC, novembre 2002 - dans Culture - sports
commenter cet article
1 octobre 2002 2 01 /10 /octobre /2002 20:58

L’été 2003 sera au « strict décontracté », aux matières soyeuses, aux blancs et blanchis, à la brillance et... au « vintage » conjugué à tous les temps. Depuis des mois déjà les jeux sont faits et les couleurs, matières hiver 2003 et été 2004 déjà présentées. Mais qui décident réellement des tendances ? Les bureaux de style ? Les couturiers ? Les tisseurs ? La rue ? Les salons ? Les magazines ? Petit tour d’horizon de ceux qui font la mode.

 

« La mode, c’est nous ! »

 

En matière de tendances, chacun bien sûr revendiquera la paternité : stylistes, bureaux de style, salons, créateurs… Difficile dès lors de définir exactement, de hiérarchiser parmi les réels décideurs. Difficile également de dire si ces tendances « prophétisées » sont réelles ou créées de toute pièce à partir d’intuition de quelques "sniffeurs du temps". Le fait d’énoncer n’assure-t-il pas l’existence de ces prophéties, devenues alors « autoréalisatrices » ?

 

Pour Karine Barte, responsable studio couture chez Ungaro ,« Les tendances sont d’abord données par les industriels et les bureaux de styles qui travaillent de concert et arrivent en amont dans la chaîne de l’habillement. Car tout part bien des tissus. Reste aux créateurs d’interpréter en fonction de leur marché et de leur personnalité. A cet égard, le salon Première Vision qui vient de s’achever constitue la Mecque de la mode ».

 

L’oeil de Première Vision

 

Avec ses 750 exposants sélectionnés, ses 35.000 visiteurs venus de toute la planète et ses 27 ans d’existence, Première Vision est le salon incontournable de ceux qui font la mode. Premier salon mondial de l’habillement et des tissus, il offre toute une gamme d’informations en direction des tisseurs, des visiteurs et acheteurs. C’est peut-être là, en effet, que se décide l’esprit d’une saison. « Ces orientations sont le fruit d’un véritable travail de concertation entre industriels et stylistes » explique la directrice mode du salon, Pascaline Wilhelm, « et non pas quelque chose qui sort tout droit du chapeau de la direction mode ». « C’est quand même celui qui hurle et braille le plus fort qui arrive à se faire entendre » nuance cette styliste indépendante qui a participé à quelques réunions mémorables de tendances du salon.

 

La concertation est aujourd’hui encore, presque exclusivement européenne, les Italiens restant les plus présents et, ajoute-t-on, « les plus créatifs ». Le timing et la méthodologie de mise en place des cahiers du salon sont extrêmement rigoureux, la sélection des exposants stricte. « Trop », jugent certains autres professionnels qui n’ont pas hésité à créer quasiment aux mêmes dates un salon concurrent pour tous les candidats exclus de Première Vision. Le salon présente aussi toutes les innovations technologiques. En février dernier, Première Vision dévoilait ainsi ces matières luxueuses : cachemire, soie…aux nouvelles vertus élastiques, imperméables, thermiques…illustrant la tendance « easy formal » ou « casual chic » de la saison à venir. La « micro-encapsulation » des tissus était aussi à l’honneur : des principes actifs sous forme de capsule dans la fibre des tissus (anti-acariens, anti-odeurs, amaigrissant…). Dim proposait ainsi les « fibres intelligentes » de ses collants hydratants micro encapsulés d’huile d’amande d’abricot.

 

Mais la modernité fait peur et la technologie se fait de plus en plus discrète dans le vêtement. La technologie vient quelquefois combattre une autre technologie. C’est ainsi que Levi’s souhaite lancer dès le printemps prochain une gamme de jeans pourvus de poches et de doublures destinées à couper les radiations des téléphones portables.

 

La rue, un film, une expo, des tours qui s’écrasent…

 

Tout peut influencer la mode. N’a-t-on pas entendu parler d’ « amélisation des tissus » suite au succès du film « Amélie Poulain » ? Et dans la foulée, le retour au kitch et à la tendance « ethno européenne » qui ont vu les tissus se fleurirent, non pas de nains de jardins, mais de surprenants petits sapins, de fleurs, de fermières et dentelles rappelant les folklores régionaux d’Europe.

 

N’a-t-on pas ici aussi parlé de l’effet 11 septembre ? Les collections qui ont suivi se seraient faîtes, dit-on, moins exubérantes que prévues. A voir. Si certains créateurs ont en effet opté pour le noir, d’autres ont préféré jouer avec la couleur. « Il faut remettre les choses à leur place » dit Anne Gelbard, styliste indépendante travaillant pour les Galeries Lafayette, les broderies Deschamps et quelques denteliers, « Il est prétentieux de penser que la mode révolutionne le monde. Elle n’a pas de message philosophique ou politique. Ce n’est jamais que des robes et des bouts de chiffons ! »

 

Reste que les symboles de l’Amérique, drapeau en tête, commencent à s’afficher un peu partout : des tongs « stars and stripes » aux T.shirts USA. Des bazars de rues de New York aux griffes de luxe, la propagande s’étale. Même la vitrine Colette diffuse en exclu le dernier livre de Takashi Homma avec ses photos prises à New York en 2001/2002. « L’effet 11 septembre, vous l’avez peut être déjà constaté cet été sur les plages, c’est le côté « vêtement housse » soulignant très discrètement le corps, le côté surprotection, enveloppement » explique, très sûre d’elle, Françoise Serralta, la prêtresse des tendances de Peclers, l’un des plus fameux bureau de style parisien. « Un phénomène que nous avions prévu depuis déjà longtemps, tout comme les résultats des élections en France. C’est socioculturel ! C’était évident » affirme sans rire la madame Soleil de Peclers.

 

Les pythies de la mode

 

Car si les bureaux de style ne prétendent pas créer les tendances, ils ont en tout cas la certitude de les décrypter parfaitement deux, voire trois ans à l’avance. A Peclers, le 8 octobre prochain commencent ainsi les premières réunions sur les couleurs hiver 2004/2005. Seuls les épiphénomènes leur échapperaient : « C’est pour ça que nous ne nous sommes pas précipités pour faire des maillots de bain crochet Loana. Le court terme on s’en fout. On ne veut pas aller vers le mauvais goût populaire et tous ces excès modeux que l’on a pu constater par exemple avec le porno chic prôné par certains bureaux de style que je ne nommerai pas ! » balance Françoise Serralta. La directrice a une mission : aller dans le sens d’ « un produit plus juste ». Mais n’y voyez aucune allusion au commerce équitable ou à un quelconque aspect éthique de la mode. Les conditions de travail esclavagistes des gamins cambodgiens de chez Gap, ce n’est pas le problème de cette "pourchasseuse" de tendances : « Je ne veux pas me mettre dans ce problème sinon on arrête tout et on ne consomme plus. On nous culpabilise bien assez. La vraie liberté, c’est quand même de consommer ! » A chacun sa définition...

 

Business-business

 

« En fait, tout le monde peut se retrouver dans un cahier de tendances », explique cette collaboratrice indépendante qui travaille pour Carlin International, l’un des plus anciens bureaux de style du monde. « On s’arrange par exemple pour avoir toutes les couleurs mais dans des tendances différentes : la femme sauvage, glamour, romantique... afin de coller au maximum de personnes. Tous les ans, finalement c’est un peu la même chose » explique cette jeune femme qui a préféré conserver l’anonymat.

 

Existerait-il des « quotas » dans les cahiers tendances des bureaux de style ? Un quota jeans par exemple. Certains le prétendent, étonnés de revoir des matières renaître constamment, comme aujourd’hui le velours. Et comment expliquer ce retour il y a quelques années de la vraie fourrure après qu’elle ait été tant décriée ? Pression ? Lobby ? Chez Peclers on nie en bloc « ça n’existe pas ! On n’est pas en Chine ou en Russie » explique la directrice de la cellule recherches et tendances qui a vu rouge à la question. « Les pressions financières sont très fortes » reconnaît au contraire Anne Gelbard. « Il suffit de mettre en place un comité, de payer quelques bureaux de style ou de créer son propre bureau, de financer de grandes campagnes de pub pour relancer une mode ». Pour cette styliste free-lance, les bureaux de style seraient en plein déclin. « Après avoir été les premiers à parler de tendances et donner réellement une image à des industriels qui n’en avaient pas, ces bureaux sont aujourd’hui sur la pente descendante. Chaque industriel préfère en effet aujourd’hui avoir sa propre équipe de stylistes, sa propre collection » et ce malgré les recommandations produits très précises des bureaux de style, sur mesure et calées sur le bureau des charges des clients.

 

Ce phénomène aurait déjà quatre ou cinq ans. Face à une uniformisation des plus ennuyeuse, cette évolution aura sans doute des effets positifs sur les consommateurs. Pour l ‘heure, il n’y a guère que la Haute Couture qui soit réellement affranchie de ces diktats « tendances ». Pour Karine de Ungaro, l’équation est simple « tout le monde a les mêmes impératifs de vendre donc tout le monde répond aux mêmes tendances ». Il suffit d’observer le suivisme des marques. Dégagée des considérations mercantiles, la haute couture, également créatrice de tendances, est le secteur le plus libre. C’est de cette autonomie, sans doute, qu’elle doit son existence.

 

Yann Barte, Femmes du Maroc, octobre 2002

Repost 0
Published by Yann Barte, dans FEMMES DU MAROC, octobre 2002 - dans Culture - sports
commenter cet article
1 mars 2002 5 01 /03 /mars /2002 23:27

Coup de tonnerre dans le monde de la mode ! Yves Saint Laurent annonce le 7 janvier qu’il veut en découdre. La Maison ferme. Les dés de la haute couture sont jetés. Plus que jamais la profession s’interroge sur son avenir. 44 ans après sa collection trapèze, le petit prince de la mode dépose donc sa couronne. Lors d’un dernier défilé rétrospective au Centre Georges Pompidou, auquel était convié FDM, le créateur fait ses adieux à un monde dans lequel il ne se reconnaît plus. Coup de projecteur sur ces années qui ont marqué à jamais la mode au féminin.

 

300 modèles, 200 mannequins, 2000 personnes triées sur le volet pour 3 lettres enlacées qui ont bouleversé le monde de la mode, YSL. C'était le dernier défilé du maestro. Une véritable histoire du vêtement défilait ce soir là au Centre Pompidou, à Paris. Ils étaient tous là, ses amis, ses admirateurs, ses anciens top-modèles remontées sur le podium pour l'occasion : de Naomi Campbell à Inès de la Fressange, de Jeanne Moreau à Lauren Bacall, de Kenzo à Hubert de Givenchy, de Françoise Giroud à Paloma Picasso. Un fond sonore : la voix d'Yves Saint Laurent répondant au questionnaire de Proust, puis soudain, un grattement de guitare électrique, « Satisfaction » des Rolling Stones, le défilé démarre comme une fête sixtee's. Les mannequins s'élancent sur le podium. Les années défilent. Les tailleurs-pantalons, les fameuses robes Mondrian des années Pop' art, les jupes écossaises, la robe violoncelle de 70 et ses robes noires dont il a fait sa couleur, son « refuge »... Claudia Schiffer en Saharienne nous rappelle les premiers détournements du vêtement militaire et huit beautés noires jaillissent du sol, Katusha, sublimant les charmes et atours du continent africain, Naomi Campbell émergeant d'un bouillonnement de plumes. Saint Laurent, on s'en souvient avait été, en 1962, le premier à faire défiler un mannequin noir à Paris. Jerry Hall, sur un air de la vie en rose, version Marlène Dietrich, vampe toute l'assistance, en robe de satin et mousseline. Carla Bruni, glamour, en fourreau de velours noir enveloppé d'une extravagante cape jaune déclenche un tonnerre d'applaudissements. Et voici les collections d'inspiration russe, chinoise, indienne, espagnole… de ce pionnier du métissage. Ses hommages aux peintres aimés : Braque, Matisse, Cocteau, Picasso…et sa toute dernière collection été, mousseline, tout en légèreté. La quintessence de la haute couture. La ligne. Puis soudain la musique s'arrête, laissant place au « merveilleux silence du vêtement ». Le temps s'est suspendu pour voir passer la garde-robe la plus révolutionnaire : le smoking, androgyne sexy, qu'il a su imposer comme marque d'ultra féminité. Une quarantaine de mannequins sur le même podium. Et au final, Laetitia Casta et Catherine Deneuve, chantant « ma plus belle histoire d'amour » de Barbara. Superbe hommage. Saint Laurent titube, rejoint l'actrice et quitte la salle en larmes. Rideau !

 

Evénement mondain ?

 

Pas sûr. C'est un hommage inattendu qu'ont rendu les Parisiens, à l'extérieur du Centre, sur la piazza Beaubourg où étaient installé pour l'occasion deux écrans géants. « L'élitisme ne paie plus. Il n'y a de place qu'aux fabricants de fringues et aux provocateurs » dit-on. Pourtant, c'est une foule populaire qui était ce soir là rassemblée dans le froid, sur le pavé. Ces hommages unanimes agacent certains. Trop de révérence peut-être pour un Lacroix qui n'a pas été invité ou pour un Lagarfeld exaspéré par les allures d'obsèques nationales que prend ce départ. Et pourquoi tant de bruit pour des vêtements que seules quelques bourgeoises argentées peuvent s'offrir ? lancent certains. Mais n'a-t-on jamais pensé remettre en cause le rôle d'un peintre sous prétexte que ses tableaux sont hors de prix, réservés à une poignée de collectionneurs ou à de grands musées ? « Saint Laurent, c'est pas le couturier des vieilles ? » entend-on aussi. Elles sont nombreuses pourtant les femmes de 2002 qui sans le savoir ont quelque chose de Saint Laurent. Un habit un rien masculin, une petite veste noire toute simple portée sur un jean, un style, une écriture…

 

L'homme qui aimait les femmes

 

Yves Saint Laurent posait nu pour son parfum, pendant que les féministes brûlaient leurs soutiens-gorge sur le pavé. C'était les années de la libération de la femme que le créateur a voulu accompagner. Pour cela, il a pioché dans la garde robe d'un homme. Il a cherché, traquant ses fantômes esthétiques, à travers le costume pantalon, l'imperméable, le smoking, le caban, à redonner la confiance aux femmes. Yves Saint Laurent, le timide, a tout osé : il a utilisé le jean, dénudé les seins et ouvert au luxe le prêt-à-porter. Il a dynamité le charme coincé de la bourgeoise des années 60 et créé la garde robe de la femme d'aujourd'hui. Saint Laurent construisait sur le mouvement. Il restait au service du corps, du geste, amoureux éternel de la féminité. Rien d'étonnant dès lors qu'il se sentait mal « dans un monde où on se sert des femmes plutôt que de les servir » disait Pierre Bergé, son protecteur et ami de toujours. « Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme, ce sont les bras de l'homme qu'elle aime, mais pour celles qui n'ont pas eu la chance de trouver ce bonheur, je suis là » disait-il aussi.

 

Oran, Paris Marrakech

 

Né à Oran, dès l'enfance le petit Yves est habitué à la lumière et aux couleurs de l'Afrique du nord. Mais c'est au Maroc, à Marrakech que le couturier développe son goût des couleurs et l'art des combinaisons vives. A l'ombre ocré de la Koutoubia, dans les jardins bleu de Majorelle, paradis de lumière et d'ombre, de fleurs et d'eaux. Il brise les règles du jeu, parle de « couleurs » plus que de « coloris » et fait claquer les rouges, les verts et les bleus.

L'époque l'a très vite reconnu, dès ses premiers croquis. A 18 ans, un an après son arrivée à Paris, il devient l'assistant de Christian Dior. A la mort du maître en 57, le jeune surdoué se retrouve propulsé au rang de directeur artistique. Le jeune homme en blouse blanche et petites lunettes à écailles perd son mentor et gagne un ami, Pierre Bergé. Son premier défilé en 58 est un succès. Il crée quatre ans plus tard sa propre Maison. Saint Laurent, nerveux, tourmenté, connaît plus tard les « faux amis que sont les tranquillisants et les stupéfiants, la prison de la dépression et celle des maisons de santé ». Ses « saisons en enfer » dont il parle sans aucune gêne, citant Proust et Rimbaud. Aujourd'hui, à soixante cinq ans, Saint Laurent se sent à côté et seul dans son combat pour l'élégance et la beauté. Et puis « quand on a vu la beauté, quand on a connu la beauté, on peut bien disparaître » dit-il.

 

La haute couture à quoi ça sert ?

 

Son départ relance le débat sur l'avenir de la haute couture. L'époque des grandes maisons est révolue. A l'ère des jeans et des Nike fustigés par Pierre Bergé, seuls les ventes d'accessoires, de parfums et de cosmétiques assurent de confortables marges. La haute couture ne serait-elle désormais qu'une activité de prestige destinée à l'image d'une marque ? « Le luxe ne se chiffre pas, il se contemple » dit-on dans la haute couture. Tant pis, soyons vulgaire : l'an dernier, Saint Laurent Couture affichait 10 millions d'euros de pertes pour un chiffre d'affaires de 5 à 7 millions d'euros. Sur les vingt-quatre maisons que comptait Paris il y a quinze ans, il n'en reste guère plus que onze. La création et le marketing ne font décidément pas bon ménage. « Cette époque n'est plus la nôtre » lance Pierre Bergé. Le dernier communiqué de Saint Laurent n'est pas tant un testament qu'un manifeste. Son dernier coup de griffe. Elégant et discret. Saint Laurent ne dira rien du bras de fer qui l'opposait à François Pinault, l'homme d'affaires qui avait racheté sa maison en 99. On comptera pourtant quelques provocations. Mais peut être n'en sont elles pas ? La création n'a que faire des considérations mercantiles. Pour célébrer les 40 ans de la maison, Saint Laurent reconstitue son atelier dans les vitrines des Galeries Lafayette, le concurrent, à deux pas du Printemps, fleuron de François Pinault. Saint Laurent et Bergé snobent les défilés de Tom Ford, le créateur texan de Gucci, actuel directeur artistique du prêt-à-porter Yves Saint Laurent. Pire, en janvier 2001, ils s'affichent aux défilés Dior, une maison contrôlée par Bernard Arnault, l'ennemi mortel de Pinault. Saint Laurent et Bergé dénoncent par leur départ l'absurdité d'un monde où les couturiers deviennent les petites mains des financiers

 

Et maintenant Monsieur saint Laurent, qu'allez-vous faire ? « Ecrire » dit-il, à nouveau. Une passion. Entre Paris et Marrakech. Et déjà des rumeurs d'un hypothétique retour. Une nouvelle aventure chez LVMH sous le nom de Mathieu Saint Laurent, son premier nom. Chanel était bien revenue à soixante et onze ans…

 

Yann Barte, Femmes du Maroc, mars 2002

Repost 0
Published by Yann Barte, dans FEMMES DU MAROC, mars 2002 - dans Culture - sports
commenter cet article