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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 10:25

-61% sur une séance de spa, -59% sur un forfait « relooking », 1 € la place de ciné... Des « deals » alléchants fleurissent un peu partout sur la toile sous la forme de bandeaux publicitaires et sur certains sites spécialisés. Cet engouement pour l’achat groupé offre de bonnes occasions de faire des économies, sous certaines conditions.

 

 

1. Qu'est-ce qu’un coupon ou un « deal » sur le web?

C’est le phénomène du moment sur le web. Dans la lignée de l’Américain Groupon, très actif et qui l’a popularisé sur la toile, le « couponing » fait des émules partout dans le monde jusqu’en Chine. En France et en Europe, la culture du coupon est beaucoup moins développée qu’aux Etats-Unis mais cette formule répond aux attentes des adeptes du shopping en ligne et des chasseurs de « promos » dont l’appétit s’est aiguisé avec les comparateurs de prix et les sites de vente privée. 

En pratique, ces offres - on parle de « deals » - reprennent  les avantages de l’achat groupé (tarif négocié selon le nombre de clients) sous la forme de bons de réduction en y ajoutant une touche événementielle, sur quelques heures (« le Deal du jour ») ou quelques jours.

 

2. Comment ça marche ?

Bien que visibles seulement sur le web, ces réductions n’ont rien de virtuel. Elles sont valables dans un réseau de boutiques, ou chez un commerçant local ou dans l’e-boutique de la marque. Le principe, vieux comme le commerce, est celui de l’achat groupé, Internet apportant une réactivité et une visibilité sans précédent. Les sites spécialisés jouent le rôle d’intermédiaire, négociant avec les commerçants et offrant des remises de 50 à 90% au consommateur.

Pour en profiter, il faut consulter ces sites (voir sélection plus loin), choisir une catégorie de produits/services ou la bonne affaire du jour ou sa ville. On peut aussi être averti par e-mail. Pour que l’offre soit validée il faut qu’un nombre minimum de participants soit atteint avant la fin du deal. Ces infos et le décompte restant sont affichés pour chaque offre. Le coupon (à imprimer) ou le code vous est adressé ensuite par mail.

A noter : ne pas confondre les sites d’achat groupé avec les sites qui ne font que rassembler des avantages repérés sur Internet (codes promo, concours, échantillons gratuits…).

 

3. Quelques exemples de deals récents

-  « Un soin du visage Dr. Pierre Ricaud à 25 euros au lieu de 55 » sur www.dealissime.com

- Bon d’une valeur 150€ valable chez Optical Discount (lunettes) proposé à 19€ sur www.groupolitan.fr

- Place de cinéma Gaumont Pathé à 1€ (chèque cinéma, valable à certaines périodes uniquement), vue sur www.wonderdeal.fr

- Bon d’une valeur de 300 € valable sur les vols Corsairfly, proposé à 150 € sur www.vente-privee.com (Rosedeal)

- Un forfait « shampoing, coupe, couleur, soin et brushing à 32 euros au lieu de 80 » sur  www.dealgroop.com (Paris, Lyon)

- « Votre diagnostic de performance énergétique par Label Energy pour 59€ au lieu de 140€ » (sur Paris) sur www.dealprestige.fr

- 6 heures de formation Maxxivoice « prise de parole en public » à 39€ au lieu de 99€ sur www.bon-prive.com

 

4. Est-ce si intéressant que cela?

Oui, si vous aimez passer du temps à repérer les bons plans sur le web, profiter des offres à saisir rapidement, si vous êtes déjà un(e) habitué(e) des offres marketing. Vous pouvez ainsi vous offrir des services réputés cher (soins du corps, week-end détente, relooking, coaching, etc.), rendu accessibles à moins 50%.

Non, si la promotion n'est pas votre truc, si vous n’êtes pas intéressés par le gros des offres proposées (spas, coaching, restauration…), si vous achetez des produits ou des services très spécifiques, si vous n’avez pas confiance dans ce type d’achat.

 

5. Où trouver les meilleurs « deals » ?

Il existe aujourd'hui une quarantaine de sites en France (plus de 400 aux USA et 1500 en Chine!), certains dédiés, d’autres proposant ce service en complément de leur activité (vente-privee.com, e-buyclub.com, bientôt Amazon…). Mais les sites sérieux sont moins d'une dizaine. Car faire de l’achat groupé demande une expertise de la négociation commerciale et de la gestion des e-coupons pour être rentable. Voici une petite sélection :

-          www.bon-prive.com

-          www.dealissime.com

-          www.dealgroop.com

-          www.dealprestige.fr

-          www.everybodeal.com

-          www.groupolitan.com

-          www.groupon.fr

-          www.lookingo.com

-          www.wonderdeal.fr

-          www.automodeal.fr (spécialisé auto)

-          Et un comparateur de deals : www.tuttodeal.com

Astuce : ne donnez pas tout de suite votre vraie adresse mail souvent demandée pour pouvoir découvrir les offres. Inventez-en une, pour ne pas se voir imposer la newsletter. Si vous achetez, changez alors pour la vraie.

 

6. Conseils pour en profiter dans de bonnes conditions

  • Repérez le nombre de deals déjà vendus et leur échéance : 6h08min… C’est un indicateur de vos chances d’en profiter et de la réactivité du site.
  • Vérifiez - quand c’est possible - sur Internet, le vrai prix du produit ou de la prestation présentée. 
  • Attention aux dates de validité trop courtes ou aux conditions d’application qui vous empêcherait de profiter du service selon vos disponibilités.
  • Les deals les plus cassés, à -80% ou - 90%, sont rarement compatibles avec un produit/service de qualité ou cachent un produit de fin de série ou au prix de départ surestimé
  • Assurez-vous que le service ou la prestation visée est bien disponible dans votre ville.
  • Commencez par de petits achats, peu engageants, pour tester la qualité de service du site.

7. Quelles sont les limites de ces offres ?

L’une des principales limites de ces offres, malgré leur foisonnement, est leur manque de diversité : beauté/bien-être, courts séjours, formation et restauration représentent la majorité des deals en France. Si le modelage ou le coaching déco n’est pas votre truc…

De plus, comme pour les coffrets cadeaux à leurs débuts, il faudrait pouvoir vérifier leur réelle disponibilité selon leur durée de validité (3 à 6 mois en moyenne). Certains sites spécialisés « sur-vendent » leurs deals pour multiplier leur commission. En même temps des commerçants sous-estiment le succès de ce type de promotion et se voient contraints de refuser les réservations. Pour le détenteur d’un bon c’est frustrant d’autant qu’il est difficile de se faire rembourser ou d’obtenir au moins une prolongation de validité. Il faut donc lire les conditions générales de vente : la possibilité de rétractation sous 7 jours légale en vente à distance dépend du type de prestations fournies. Mais le secteur est appelé à se professionnaliser en respectant mieux le droit du consommateur.

 

8. Quel avenir pour l’achat groupé?

Une fois le phénomène d’engouement un peu retombé, l’achat groupé va évoluer ces prochains mois, selon les spécialistes. Les commerçants deviennent déjà plus exigeants, vigilants à juste titre sur les termes de leur contrat. Ils refusent des commissions trop élevées et veulent un nombre limité de coupons. Les remises seront moins alléchantes, mais avec une meilleure garantie pour l’Internaute. La géolocalisation va se développer, en particulier via les smartphones, ce qui aidera à trouver l’offre intéressante la plus proche de chez soi.

En bref, les « deals » vont trouver leur place dans la panoplie du consommateur web malin, au même titre que les petites annonces, l’achat-revente, le troc, les ventes flash ou privées.

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Published by Pierre, sur PLANET.FR, mai 2011 - dans Economie
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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 12:35

Avec le développement de l’e-commerce en France sont apparus des sites dédiés à des "niches", des créneaux de vente ultra spécialisés... Découvrez ces surprenants sites marchands.

 

masquecatchBougies électriques en véritable cire, meubles en fûts de vin, vêtements pour chiens, masques de catch, objets 3D, matériel de randonnée ultra-léger ou équipement pour faire sa bière, feux d'artifices, pulls cachemire sur mesure, tableaux XXL…
 

 

Tous ces sites sont le fait de petits entrepreneurs du web, commerçants d’un nouveau genre, qui ont su saisir les nouvelles opportunités d’Internet pour compléter leurs revenus en misant sur leur passion ou en répondant à un besoin non satisfait par le commerce traditionnel.

Moyennant un abonnement mensuel raisonnable (moins de 100€ souvent), ils ont généralement créé leur site depuis leur domicile à partir d’une plateforme de vente automatisée telle que Oxatis (dont est issue une bonne partie de notre sélection), Prestashop ou Powerboutique qui propose des outils de création d’un mini-catalogue en ligne associés à des services de paiement sécurisé et de référencement. Pas besoin d’être informaticien pour réussir, mais il faut avoir quand même le sens du marketing et du commerce!

 

Une sélection de 17 sites à lire sur planet.fr.

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Published by Pierre Lorimy dans PLANET.FR le 5 novembre 2010 - dans Economie
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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 12:06

Sabine bient de publier un nouvel article dans la revue professionnelle MAG2 sur les distributeurs de matériel de BTP face à la crise. MARCHES.

  

 

Les distributeurs de matériel de BTP font face au retournement du marché avec lucidité. Réunis lors de la 8e journée nationale de la Distribution le 16 octobre dernier, les distributeurs se sont concertés pour conserver leur équilibre dans la tourmente qui s'annonce. Au cœur des débats, l'Europe, les constructeurs, nombreux à avoir répondu présent à l'invitation du DLR et les bonnes pratiques de gestions.

  

« Les chiffres ne sont pas bons, mais la profession aborde la crise en bonne santé, ce qui lui permettra de tenir et de repartir plus fort », estime Nicolas Bouzou, analyste et gérant d'Asteres, au terme de la présentation de la première enquête menée sur le secteur de la distribution de matériels pour le BTP et la manutention(*). Une enquête qui révèle que les excellents résultats de 2007 sont dus en partie à des gains de productivité, ce qui place les entreprises dans une posture bien différente des crises précédentes. Une nouvelle bien accueillie par les professionnels car le choc a été rude et a surpris par son ampleur. Après plusieurs années de bons résultats, les distributeurs de matériels pour le BTP et la manutention n'imaginaient pas un retournement aussi brutal du marché. « Nous avons toutes les raisons d'être inquiets », rappelait Michel Lemaire, président du groupe Distribution, en ouverture des débats. Avec le gel des investissements des grands comptes et les stocks de matériels neufs importants chez les constructeurs et les distributeurs, il y a une équation à résoudre pour permettre de garder l'équilibre. Je suis convaincu que les métiers de la distribution rencontrent les mêmes difficultés en Europe et qu'une action commune via l'ECED est une nécessité. » S'unir pour influer sur les futures règlementations « Loueur et fabricants vont faire des fusions, des acquisitions amicales ou hostiles et il y aura sûrement des faillites, prévient José Gameiro, président de l'ECED. En ce qui concerne les distributeurs, les fusions seront compliquées, les acquisitions presque impossibles et les faillites garanties. L'heure est arrivée, il va falloir lutter et s'unir pour survivre ! » Après avoir dressé un portrait sans concession de l'avenir du marché international de la distribution, José Gameiro, a révélé la stratégie offensive de l'ECED. Rendez-vous est pris avec le Directeur Général de la concurrence le 22 octobre prochain à Bruxelles où l'ECED fera part de sa position préliminaire concernant la révision du Règlement 1400/2002 qui régule les contrats de distribution d'automobiles. Insistant sur la nécessité de réunir les organisations nationales et des distributeurs volontaires pour se positionner en tant qu'acteur majeur des distributeurs en Europe, José Gameiro a rappelé la volonté de l'ECED de travailler de concert avec les constructeurs et l'ERA. Les 21 et 22 novembre prochains, un mini sommet de distributeurs européens se tiendra lors de la prochaine assemblée de l'ECED au Portugal et un meeting des distributeurs européens est prévu à l'occasion d'Intermat, en avril 2009.

La responsabilité des constructeurs

Rappelant que l'objectif de cette rencontre est d'échanger des informations et de décider des choix pour faire face à cette situation, Michel Gable s'est positionné en porte-parole du DLR pour attirer l'attention des constructeurs sur les difficultés que vont rencontrer les distributeurs. Le manque de cash des entreprises, tout d'abord, lié au décalage entre les commandes de matériel effectuées en période de croissance mais livrées en pleine crise, quand les ventes sont bloquées. Les stocks importants de matériels d'occasion. Et les déstockages massifs lors de ventes aux enchères, en Angleterre et en Hollande, de matériels quasi neuf à des prix inférieurs à 30 ou 40% à ceux des concessionnaires. « Dans quel état va sortir le réseau de distribution de la crise, combien vont rester sur le carreau ? interroge le président du DLR, évoquant la responsabilité des constructeurs. « Je fais appel à vous car vous aurez besoin d'un réseau fort en 2010 quand le marché repartira et qu'il sera à nouveau sollicité. » Réponse sans détour de Jean-Louis Hervieu de Manitou : « J'oserais presque dire vivement la crise, car après avoir distribué, nous allons recommencer à vendre ! Vos constructeurs vont pouvoir vous aider, mais la réponse ne se trouve pas que chez nous. Ceux qui ont diversifié leurs services en créant de la valeur ajoutée vont passer au travers de la crise. C'est dans les crises que se font les sélections. » Même discours du côté du SEMAT qui assure les distributeurs du soutien des constructeurs, notamment par une politique de marché et de lobbying auprès des pouvoirs publics. Quant aux ventes aux enchères, les constructeurs affirment ne pas y participer et n'envisager cette solution qu'en tout dernier recours.

Le client au centre du dispositif

Des clients attentistes, des investissements que l'on retarde… sans être encore touchés de plein fouet, les entreprises sentent le vent tourner depuis la mi-septembre. Si des spécialistes comme OSEO (garantie de comptes bancaires, aide à l'innovation et cofinancement) ou CODINF Services (informations marketing et financières et recouvrement de créances.) ne détectent pas de signes significatifs d'une augmentation des impayés et des contentieux, ils n'en conseillent pas moins de faire du préventif sans attendre que la trésorerie s'assèche. « Il faut sécuriser les comptes clients qui représentent au moins 50% des actifs de la Distribution et donc le cash de vos entreprises, recommande Alain Cerkevic, président de CODINF Services. » Pour Stéphane Belliard, directeur général de Philippe Manutention, c'est le moment d'avoir l'œil rivé à la trésorerie, de réduire ses stocks et de se faire payer en mettant en place des garanties SFAC sur ses clients pour se protéger d'une défaillance. Délais de paiement surveillés et relations clients encadrées font partie des mesures prises par GVLP-Sami TP. « Il est urgent d'encadrer le poste client, notamment par les commerciaux, estime Frédéric Hermant, de GVLP-Sami TP. Chez nous, les commerciaux ne touchent leur commission sur une vente qu'à partir du moment où celle-ci est encaissée. » Motiver les hommes et les femmes est devenu vital dans cette période d'incertitude et de morosité ambiante. « Il est essentiel d'avoir un discours positif au niveau des équipes, pour les rassurer et arrêter les fantasmes, explique Stéphane Belliard. Il faut que les équipes se sentent pilotées, qu'elles aient un budget à trois ans, par exemple, quitte à le rectifier ensuite si nécessaire. La visibilité est essentielle, il faut montrer qu'on pilote le navire. »

« Après 10 années glorieuses il va falloir réduire la voilure et adapter l'entreprise à la crise, avertit Jean-Louis Llorach, président de Payant. Depuis le genou que nous avons mis à terre en 1990, avant de repartir encore plus fort, nous gérons notre société de façon extrêmement fine. J'encourage tous les adhérents à être très très près de leur activité. Nous organisons des réunions cadres tous les 1er vendredi de chaque mois avec un bilan et une révision du budget à 30 jours le 10. Cela nous permet de suivre l'évolution des activités au plus près, des machines jusqu'aux frais de chacun. » Enfin, parce qu'une crise ne dure pas et que celle-ci devrait prendre fin en 2010, 2011 avec le début des grands travaux planifiés, tous ont insisté sur l'importance de garder les forces vives des entreprises en persévérant dans la formation des jeunes pour anticiper les départs en retraite.

(*) Après trois années de bons résultats, et selon les prévisions du DLR, le chiffre d'affaires des entreprises de distribution passerait en négatif pour les matériels neufs : - 10% pour le 3ème trimestre et - 20% pour le 4ème trimestre 2008, avec une prévision qui se situerait entre - 20 à - 30% pour 2009. Pour ce qui concerne l'activité occasion, il est prévu - 10% pour le 3ème trimestre et - 20 % au 4ème, après un 2ème trimestre déjà en fort repli à - 11%.

 

6 conseils pour sécuriser ses comptes clients

 

 

Alain Cerkevic, président de CODINF Services

- 1 Prendre systématiquement et régulièrement des informations sur ses clients, même les récurrents, auprès de la COFACE, par exemple. Un avis extérieur sera toujours plus instructif que le vôtre.

- 2 Impliquer les forces commerciales dans la négociation des délais et conditions de paiement.

- 3 Mettre en place un mode paiement moderne qui sécurise le paiement comme les lettres de change informatiques, par exemple.

- 4 Organiser une relance dynamique dans chaque entreprise en modifiant les lettres de relance au fur et à mesure, ainsi que les modes de transmission, par fax, mail, etc.

- 5 Mettre en place des procédures de résolution des litiges très rapides.

- 6 Déclencher rapidement les procédures de recouvrement même s'il faut chouchouter ses clients. Si Un client qui se fâche quand on lui réclame l'argent qu'il doit, c'est qu'il y a autre chose derrière. Un tiers des dépôts de bilan est lié à un défaut de paiement et aucune entreprise ne s'écroule parce qu'elle récupère son argent, en revanche, elle peut disparaître si elle ne le fait pas. Nous sommes à l'aire de la Culture Cash !

 

 

Auteur: Sabine Ganansia

Thématique: Economie/Marchés

Média: MAG2

Date de parution: octobre 2008

 

 

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Published by Sabine - dans Economie
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17 juillet 2008 4 17 /07 /juillet /2008 14:24

 

 

Dans les 21 pays qui bordent la Méditerranée, deux habitants sur trois sont citadins contre un sur deux dans le monde. Un phénomène qui s'accélère au Sud et à l'Est du bassin méditerranéen dont les taux de croissance urbaine sont parmi les plus élevés au monde : de 48% en 1980, la population des villes y est ainsi passée à 60% en 2000 et pourrait dépasser les 70% dès 2015. Face à l'étalement des villes vers la mer, au développement urbain non maîtrisé et de plus en plus excentré, les villes nouvelles refont leur apparition.

 

« Les villes nouvelles se sont voulu des succédanés à la densification et la taudification de l'existant qui ont aboutit toutes deux à la multiplicité des bidonvilles. Pour y remédier, on installe une ville planifiée qu'on appelle ville nouvelle, mais tant en Egypte qu'en Algérie elles sont longtemps restées des squelettes dans le désert ! » Guy Burgel, géographe, directeur du Laboratoire de Géographie Urbaine de l'Université Paris X.

Imaginée par les anglais dès les années 1950, les villes nouvelles ont pour but de désengorger les capitales tout en créant de nouveaux sites d'urbanisation dans des zones souvent désertiques, loin des littoraux ou des terres agricoles. Elles naissent d'une volonté politique, s'inscrivent dans des schémas et plans directeurs d'urbanisme planifiés et sont conçues pour être autonomes. Sur le papier, elles intègrent donc logements, équipements et pôles d'activités économiques et commerciales. La réalité est beaucoup moins idéale.

En Egypte, certaines des villes nouvelles de première génération créées dans les années 1970, comprises entre une trentaine et une centaine de kilomètres du Caire, comme Dix de Ramadan, Six Octobre ou Sadate, sont devenues d'importants lieux de production mais ont du mal à se peupler laissant des rues entières d'immeubles vides. « Les villes nouvelles attirent de nombreuses PME, PMI et industries à forte intensité de capital affichant de bons résultats d'insertion dans l'économie mondiale, explique Bouziane Semmoud, géographe, spécialiste du Magrheb. Mais elles n'abritent que 3% de la population de la métropole, la plupart des grandes entreprises industrielles assurant elle-même le transport de leurs employés qui rentrent le soir au Caire. Les carences au niveau des services sociaux et marchands, les problèmes de gestion urbaine et la pénurie de transports, privatisés à l'intérieur des villes, restent encore des points négatifs. Mais l'arrivée du métro devrait faire évoluer les choses ». Six milliards de livres Egyptiennes sont en effet prévus par l'état pour l'allongement des lignes de métro entre le Caire et ses villes nouvelles dès 2009. Mais en étant ainsi reliées à la capitale, elles abandonnent leur objectif premier de villes autonomes pour devenir des banlieues du Caire. Les nouvelles communautés urbaines de seconde génération (new settlements), construites dans les années 1990 le long de la rocade du Caire (Al-Qattamia, Al-Chorouk, Cheikh Zayed), ont elles aussi été détournées de leur vocation initiale. « Sans zones d'activités économique mais bien pourvues en équipements, universités, hôpitaux ou station d'épuration, par exemple, ces programmes d'habitats modestes en accession à la propriété, destinés aux personnes à bas revenus travaillant au Caire, sont aujourd'hui investis par les capitaux privés qui y ont créé des zones résidentielles plus luxueuses, loin de la pollution et de l'agitation du Caire », constate Sabine Jossifort, urbaniste et spécialiste des villes nouvelles en Méditerranée.

Des projets jamais sortis de terre en Algérie

Le premier projet de ville satellite autour d'Alger remonte à 1958, dans la région de Blida. Destiné à contenir l'étalement d'Alger et préserver la plaine de la Mitidja, il a été suivi de plusieurs autres projets de couronnes de villes nouvelles, notamment en 1975 et 1995, mais aucune n'est véritablement sortie de terre. Deux projets de villes nouvelles semblent émerger aujourd'hui : Sidi Abdallah, annoncé comme une technopole essentiellement destinée aux technologies de l'information et de la communication à vingt kilomètre d'Alger, dans une région touristique. Et Boughzoul sur les hauts plateaux à 170 km d'Alger, dont l'origine du projet remonte aux années 1970. « Boughzoul a de bonnes chances de voir le jour car elle se situe sur la route d'accès aux sites d'extraction de pétrole et de gaz d'Hassi Messaoud, dans le sud du pays et à proximité d'un centre stratégique d'étude atomique », affirme Sabine Jossifort.

Le Maroc se lance dans l'aventure

Contrairement à l'Algérie, le Maroc ne possède pas de tradition de la ville nouvelle. « Riche en programmes de construction et d'extension comme ceux de Casablanca, Tanger, Agadir, Rabat ou Fès, la politique des villes nouvelles s'est peu développée au Maroc et n'a pas fait partie des choix d'aménagement urbain », constate Jean-François Troin, géographe, spécialiste du monde arabo-musulman. « Le Maroc répond à deux problématiques majeurs en terme de construction, renchérie Sabine Jossifort, d'une part la résorption des bidonvilles et le relogement des populations chassées des centres villes par la spéculation immobilière, dans les terres. De l'autre, le développement de quartiers résidentiels pour revenus élevés, sur le littoral. » Les deux projets de villes nouvelles programmées par le gouvernement marocain sont dans la droite ligne : Tamesna à proximité de Rabat (250 000 habitants sur 850 ha) et Tamansourt à 14 km de Marrakech (300 000 habitants sur 1200 ha).

« Les villes nouvelles apparaissent toujours comme une solution idéale globale pour résoudre des problèmes multiples, mais les mécanismes économiques actuels jouent contre ce type de solution en favorisant les grands centres urbains comme lieu d'accumulation des richesses », conclu Bouziane Semmoud, rappelant que ce modèle de développement urbain est en recul dans le monde. Pourtant, soumises à l'évolution du contexte économique mondial, aux désengagements des états et à l'ouverture massive au secteur privé, les villes nouvelles s'adaptent et semblent avoir un bel avenir dans le Sud Est de la Méditerranée puisque dans sa Carte du développement et du peuplement en 2017, l'Egypte prévoit la création de quarante villes nouvelles sur 126 000 ha en complément des dix-neuf déjà existantes… Et la Chine envisage d'en construire quatre cents dans les années à venir. Sabine Ganansia


 

 

Des opportunités pour les entreprises françaises


« La rive sud de la Méditerranée en général, et les villes ou zones résidentielles nouvelles en particulier constituent un champ de développement pour les entreprises de la rive nord, y compris les PME, et bien au-delà de la sous-traitance, estime Albert Ollivier, délégué de la Caisse des Dépôts pour la Méditerranée. Les besoins d'équipement sont considérables : infrastructures et services locaux, mais aussi services à la personne, progressivement solvabilisés par l'émergence d'une classe moyenne. La proximité géographique, culturelle et linguistique y aide, et les efforts de la plupart des pays pour ouvrir leurs économies aussi. L'intérêt porté aux grandes puissances d'Asie ne doit pas distraire nos entreprises des opportunités considérables qu'offre le bassin méditerranéen. » Sabine Jossifort, urbaniste, spécialiste villes nouvelles en Méditerranée donne sa vision du terrain « Pas d'ouverture dans le BTP, car la concurrence est très forte du côté de la Chine et même des entreprises du Sud, comme le BTP Egyptien en Algérie. En revanche il y a des opportunités dans les services à la construction, les services aux entreprises qui s'installent et les secteurs à forte valeurs ajoutée et de pointe comme le traitement des eaux (éco système végétaux), l'electricité et les énergies renouvelables, l'irrigation, le transport etc. »

 

 


 

 

Les villes sur la carte

 

 

 

ALGERIE des villes nouvelles en devenir

Sidi Abdallah technopôle des TIC en zone touristique

 

 

A 25 Km d'Alger, Sidi Abdallah- Mahelma, a été imaginée en 1998 comme une technopole dédiée aux technologies de l'information et de la communication (TIC) entourée d'un périmètre de protection destiné a préserver les terres agricoles et stabiliser la densité d'occupation des sols. Projet actuellement relancé qui, outre 30 000 logements et équipements destinés à désengorger Alger, comprendrait des équipements de sciences médicales, diverses facultés et industries de pointe dont une centrale thermoélectrique solaire en tour en partenariat avec l'Allemagne. A ce jour une minoterie et une usine pharmaceutique sont en activité, 3000 logements sont en cours de réalisation et les travaux du Centre africain des TIC, devraient être lancés cette année, en partenariat avec la Corée. Boughzoul, site stratégique des Hauts plateaux

A 120 km au sud d'Alger, sur les hauts plateaux, la ville nouvelle de Boughzoul devait devenir la capitale administrative du pays dans les années 1970. Le projet fût abandonné mais sa situation géographique, sur l'axe routier qui dessert les grands sites d'extraction de pétrole et de gaz du Sud algérien, et la construction du réacteur nucléaire d'Aïn Oussera (destiné à la recherche), à 30 km en 1990, font de la future ville nouvelle un site stratégique et scientifique qui intéresse à nouveau le gouvernement. 100 000 habitants pourraient y vivre à l'horizon 2020. Actuellement elle accueille principalement les populations qui travaillent sur les sites technologiques.

 

MAROC des projets

Tamesna, reloger les bidonvillois

 

 

Le coup d'envoi des travaux d'édification de la nouvelle ville de Tamesna a été donné le 14 mars 2007 et les premiers bâtiments devraient être livrés courant 2009. Située en milieu rural à proximité de Rabat, Témara et Skhirat, ce nouveau pôle urbain dont le coût est estimé à 22,3 milliards de dirhams a été conçu pour reloger les habitants des bidonvilles de Sidi Yahya Zaër et diminuer la pression exercée sur la capitale que la seule ville de Témara n'arrive pas à satisfaire. Elle s'étendra sur une superficie globale de 4.000 ha, dont 840 ha en tant que premier noyau urbain qui devrait accueillir 250.000 habitants. Le programme, très ambitieux comprend cinq zones d'activités, trois pôles d'activités tertiaires dont un centre d'affaires, une médina avec des activités artisanales, une vaste zone centrale réservée aux loisirs.

Tamansourt, aux portes de Marrakech Le projet de création de la ville nouvelle de Tamansourt sur 1 200 hectares est situé à une dizaine de kilomètres de Marrakech et entre dans sa troisième année de construction. Conçue pour désengorger la ville et accueillir à terme 300 000 personnes, Tamansourt fait l'objet d'une attention soutenue au Maroc où un salon lui a été consacré l'année dernière. Mille logements sociaux et 300 villas « économiques » seraient déjà livrables. Une partie de la ville sera réalisée en partenariat avec le secteur privé et 170 ha sont mis à la disposition des promoteurs privés nationaux ou étrangers. Le Maroc et la Corée du Sud viennent ainsi de signer une convention-cadre pour la construction d'un centre sportif. La zone industrielle de 730 hectares est actuellement en cours de réalisation.

 

EGYPTE

Six octobre, bientôt reliée par le métro

 

 

La ville du Six Octobre, du nom d'une victoire égyptienne sur l'armée israélienne en 1973, a été construite en plein désert, à 30 kilomètres du centre de la capitale égyptienne. Elle s'étend sur 20.884 km2 et l'on compte entre 80 000 et 150 000 habitants selon les sources, pour 2,5 millions à terme ! Le parc industriel de plus de 800 usines, implanté à l'extérieur du périmètre de la ville, devrait s'enrichir de 360 usines supplémentaires dans les années à venir… Mais c'est le cinéma qui pourrait bien transformer le Six Octobre en Hollywood du monde arabe. La ville compte aussi une dizaine d'hôpitaux, deux universités privées et la Cité des médias. Côté accès, elle est aujourd'hui reliée au Caire par l'axe rapide du Vingt-Six-Juillet et douze lignes de bus, la ligne de métro devrait atteindre la ville nouvelle d'ici 2010 et l'aéroport prévu est construit mais pas encore en service.

Al Qattamia

Al Qattamia est un des rares new settlements qui a rempli son rôle d'origine, notamment pour reloger les 3000 familles pauvres victimes du tremblement de terre de 1992 au Caire. Ces villes nouvelles construites dans les années 1990, plus petites et plus proches du Caire que celles années 1970, devaient à l'origine accueillir une population à bas revenus. Or c'est l'inverse qui se produit. D'un côté des parcelles entières de ces villes sont « gelées », les propriétaires les laissant en l'état, spéculant sur la montée des prix des terrains. De l'autre, des investisseurs privés institutionnels investissent dans des logements résidentiels de luxe.



Auteur: Sabine Ganansia

Thématique: Economie/Urbanisme

Média: Les Cahiers dela compétitivité

Date deparution: juillet 2008

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Published by Sabine Ganansia dans les Cahiers de la compétitvité publié en juillet 2008 - dans Economie
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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 15:37

 

Laure vient de publier un nouvel article dans Courrier Cadres sur le salaire des responsables de communication interne.

 

Faire comprendre en interne la stratégie de l'entreprise et fédérer l'ensemble du personnel : telles sont les principales missions du responsable de la communication interne. Rattaché à la direction de la communication, ce professionnel a en charge l'animation de l'actualité interne, la gestion du journal, de l'intranet et de tout autre média spécifique à l'entreprise. Il crée et organise également des événements à destination du personnel et travaille avec l'équipe des ressources humaines.

Une fois cette définition posée, il va de soi que la réalité en entreprise est fortement disparate. On trouve ainsi ce poste spécifique surtout dans les grands services, organisés par type de communication : externe, interne, relations publiques, financière ou encore institutionnelle. Dans les structures plus petites, le responsable de la communication chapeaute et anime tout ou partie de ces activités avec des chargés de communication. 

Et même parfois dans les grands groupes. Annie, au sein d'un organisme bancaire, est ainsi directrice à la fois de la communication interne, de la communication institutionnelle et des relations presse. Son salaire, en sachant qu'elle est en fin de carrière, est de 84 000 € brut annuel. D'après la dernière édition du Guide des salaires réalisé par Comundi / Reed Business Information, un directeur de la communication gagne en moyenne en un an 81 520 € brut avec un variable de 25%. En début de carrière, le curseur se positionne à 59 670 € avec 2% de variable ; en fin de carrière, il monte à 91 900 € et 50% de variable. 

Quand le poste de responsable de la communication interne existe en tant que tel, les niveaux de rémunérations sont plus bas selon une enquête menée en 2005 parmi les membres de l'association Entreprises et médias qui regroupe des directeurs de la communication. Sur les 29 réponses portant sur le poste, Entreprises et médias fait ressortir un salaire médian de 64 000 € brut annuel, avec un minimum de 37 000 € et un maximum de 125 000 €. Il s'agit cependant de fourchettes hautes en sachant que les membres de l'association sont issus de grandes entreprises et institutions. Selon le Guide des salaires, le chargé de communication, une fonction qui peut être celle du responsable de tout ou partie de la communication interne, touche ainsi 39 070 € en moyenne avec 11% de part variable, un salaire oscillant entre 26 440 € pour les juniors et 53 100 € pour les seniors. 

Pour briguer les postes de directeur ou responsable de la communication interne, une bonne expérience est exigée, ainsi qu'un niveau minimum de Bac + 3 généraliste ou spécialisé en communication. Une première carrière en journalisme est particulièrement appréciée pour la prise en charge des supports médias internes. 

Par ailleurs, si la communication interne a le vent en poupe, certains secteurs d'activité savent mieux rémunérer que d'autres leurs équipes. « Pour le directeur de la communication, c'est le secteur de la pharmacie qui s'avère être le plus rémunérateur, précise Claire Cabaret, éditrice du Guide des salaires. La chimie / parachimie suit. Viennent ensuite ex aequo la mécanique de précision et l'électricité et électronique. » A bon entendeur !

 

Auteur : Laure

Thématique : Economie / RH

Média : Courrier Cadres

Date de parution : mai 2008

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15 octobre 2005 6 15 /10 /octobre /2005 12:22


Sabine vient de publier un nouvel article dans le magazine Meet In sur le marché ultra concurrentiel des traiteurs organisateurs de réception. MARCHES.

 

 

Jamais le monde des traiteurs organisateurs de réception n'a connu un tel niveau de concurrence. Réduction de budgets, nouveaux opérateurs et contraintes réglementaires font la vie dure aux professionnels, mais la part belle au client qui y gagne en économie, qualité et créativité… Pour l'instant.

 

« Bravo, belle soirée ! C'était vraiment super, on se revoit pour celle de l'an prochain. Mais vous serez quand même en compétition... » Une réflexion que les traiteurs organisateurs de réception entendent de plus en plus souvent et qui révèle un nouveau tournant dans la pratique du métier. « Le grand changement c'est qu'aujourd'hui les acteurs majeurs de profession sont détrônables, observe Ludovic Jean, directeur des ventes de Butard Enescot (CA 2003 : 13 134 K€). Les clients font marcher à fond la concurrence en lançant des appels d'offres tout azimut. Ils ne se réfugient plus sur une marque et sont devenus extrêmement volatiles. » L'implication des service achats dans les négociations, accusés « d'acheter du traiteur comme des photocopieurs », n'est pas étranger à cette pratique. « Nous assistons à un transfert du pouvoir de décision des services de communication vers les services achats, constate Thierry Suzanne, PDG de Riem Becker (CA 2003 : 11 400 K€). La relation personnelle fait place à une vision plus économique des choses. Là où nous parlions projet nous parlons aujourd'hui rentabilité. Il faut justifier chaque opération, cela nous oblige à plus travailler sur le fond du métier et à passer beaucoup de temps sur les devis et leur présentation. »

Des acteurs plus nombreux…

Autre facteur de concurrence, la multiplication des acteurs sur le marché. Les hôtels (et leurs chefs étoilés) et les restaurants à thèmes ou de grande capacité, proposent des solutions trois en un, salle de séminaires, restauration et soirée ou louent tout simplement le lieu et le service le temps de l'événement. Depuis peu, la restauration collective développe son activité traiteurs, en interne ou en sous traitant une partie des prestations à des traiteurs. Même si elle ne semble pas inquiéter les traiteurs haut de gamme pour des raisons d'image, elle gagne indéniablement des parts de marché. « Nous avons travaillé pendant des années avec un traiteur, jusqu'à ce que nous changions pour la Sogeres il y a cinq ans, confie Mireille Huet, secrétaire de direction de l'Amicale d'UTA (compagnie aérienne acquise par Air France en 1992). Trop d'irrégularités et des tarifs excessifs nous ont amené à faire un appel d'offre dans lequel nous avons inclus la Sogeres, déjà en contrat avec Air France pour la restauration d'entreprise. Ils se sont révélés les moins chers pour un niveau de prestation très satisfaisant. » Un nouveau métier a aussi fait son apparition dans la sphère des traiteurs : les assembleurs. Ces sociétés de services livrent des événements clés en main en sous-traitant tous les postes, y compris le traiteur… Ou plus exactement les traiteurs, car pour faire baisser le coût final, certains assembleurs n'hésitent pas à acheter une partie des produits chez un traiteur, une autre chez un autre traiteur plus bas de gamme, voir même chez des grossistes. Une pratique dénoncée par certains professionnels pour le manque de maîtrise de la production, mais reconnue du bout des lèvres par d'autres qui y trouvent un débouché pour leurs produits. Enfin, le secteur du haut de gamme semble s'être étoffé comme on le constate chez Potel et Chabot : « De nouveaux acteurs sont apparus sur le haut de gamme. Non pas qu'ils n'existaient pas, mais il n'avait pas encore atteint le niveau de prestation auquel ils sont aujourd'hui. Le marché est plus structuré et nous retrouvons plus nombreux à être en concurrence. »

… Sur un marché qui se concentre…

Cet environnement ultra concurrentiel touche une profession exposée en première ligne aux fluctuations de l'économie. Après des années 1980 florissantes, où les traiteurs ont commencé à se professionnaliser en investissant lourdement dans des unités de production de pointe, ils ont été touchés de plein fouet par les réductions de budgets des entreprises (guerre du Golf, crac boursier, Irak, 11 septembre, crise économique…). « On le voit bien sur les fêtes de fin d'année, témoigne Eric Lahcene, directeur de la communication de Kaspia Réceptions (CA 2003/4 : 5 574 K€). Fini les grands raouts, les entreprises préfèrent désormais offrir des chèques cadeaux. On observe aussi une réduction du nombre d'évènements en interne. Ils ont lieu une année sur deux ou sont fragmentés en plusieurs petites soirées… Quand ils ne sont pas annulés au dernier moment ! ». « Même si les grand mess de 3000 ou 5000 personnes sont incontournables pour motiver les troupes à la rentrée, le volume des réceptions a diminué, confirme Ludovic Jean, de Butard Enescot. Il est fini le temps où l'on invitait tout le monde. Aujourd'hui, les invités sont triés sur le volet et sélectionnés en fonction de ce que ça va rapporter à l'entreprise. » Du côté des entreprises publiques ou des grands sites d'expositions et de congrès, la tendance est aux contrats cadres. En fort développement ces dernières années, ils établissent une collaboration de deux ou trois ans avec une poignée de traiteurs au niveau régional et national. Les traiteurs sélectionnés se frottent les mains, assurés d'avoir un volume de commandes sur le moyen terme, les autres se voient exclus du circuit pour plusieurs années… De quoi exacerber la concurrence le jour de la présentation des candidatures.

… et des clients de plus en plus exigeants

Avec des budgets et un nombre d'opérations en baisse, on aurait pu s'attendre à une modération du niveau d'exigence des clients. C'est exactement l'inverse qui se produit. « Concurrence oblige, c'est à nous de nous adapter. Ils en veulent toujours plus aux plus bas prix ! », s'exclament les traiteurs en cœur. « En 30 ans, nous sommes passés du cochon de lait/gratin dauphinois à des produits équivalent à ceux d'un trois étoiles Michelin, avec une augmentation tarifaire qui se stabilise », explique Rémi Raymond, directeur commercial de Le Nôtre (CA 2003 : 80 516 K€). « Les clients ont toujours demandé plus, renchérit Didier Houdin, ex directeur général de Scott Mauduit, PDG de Lacoste Traiteur à Bordeaux (CA 2003 : 2 686 K€). Ça a commencé avec la qualité de la présentation, puis une surenchère au niveau déco. Aujourd'hui, on ne se différencie plus sur la qualité de la nourriture, tous les traiteurs haut de gamme ont atteint un très un haut niveau culinaire. L'écart va se marquer avec la créativité du produit, l'originalité de la présentation et bien sûr le prix. » Une compétition où la gestion devient un élément crucial et les experts sont autant en cuisine que dans les bureaux.

 

De l'artisan au gestionnaire

 

 

Bien loin de baisser le niveau de leurs prestations, les traiteurs n'ont jamais été aussi pro ni autant à l'écoute de leurs clients. « Avec les normes d'hygiène qui se resserrent un peu plus chaque année, nous sommes contraints d'investir pour rester sur le haut du panier et par conséquent d'innover sans cesse pour être toujours performant au niveau de la production, explique Thierry Mallein, directeur du développement commercial chez Raynier Marchetti (CA 2003 : 18 000 K€). Si l'on veut répondre à la demande, il faut proposer du sur mesure et inventer chaque jours quelque chose de nouveau. Le tout à des tarifs très compétitifs qui impliquent une gestion très pointue. On se surprend chaque année à être de plus en plus professionnel. L'artisanat s'efface au profit d'une gestion rigoureuse sans pour autant oublier les bases et la culture qui passent par les hommes et le savoir faire. L'artisan amoureux du métier est une image d'Epinal. » Une image que tous, pourtant, revendiquent, même s'ils reconnaissent être passés « de la gestion à la louche à la gestion à la petite cuillère, voire au milligramme ». Face au paradoxe du « toujours plus au meilleur coût », les traiteurs cherchent des solutions pour être plus compétitifs en réduisant et optimisant leurs coûts de production. Ils modifient leurs habitudes d'achats de matière première, se diversifient ou au contraire se recentrent sur le cœur du métier, s'ouvrent à l'international, etc.

Faire des économies tout en restant créatif

Les conditions extrêmement strictes en matière d'hygiène d'une part et l'obligation de justifier chaque opération en terme rentabilité face aux clients d'autre part, auraient pu pousser les traiteurs à standardiser leur production, réalisant ainsi des économies d'échelles. « Ce serait la mort du traiteur, lance Thierry Suzanne de Riem Becker, reconnaissant que, si en cuisine les procédés se sont industrialisés, ce sont toujours des mains d'hommes et de femmes qui posent les crevettes sur les tranches de concombre. La créativité est devenu le maître mot de notre métier. Aujourd'hui il est comparable à l'univers de la mode : une évolution et une remise en question permanente. » L'ensemble des traiteurs haut de gamme pratiquent plus que jamais le sur mesure. « Nous créons la demande en proposant des choses nouvelles car le client attend constamment d'être surpris, constate Xavier Pedurand, directeur commercial associé de Fleur de Mets (CA 2004 : 3 000 K€), dernier né des traiteurs haut de gamme parisiens, créé fin 2003 par Nicolas Lecoeur (ancien directeur de Butard Enescot). D'ailleurs, nous nous positionnons plus sur la restauration de l'événement que sur le traiteur. Le métier a considérablement évolué, aujourd'hui nos clients nous considèrent comme des vecteurs de communication. Le traiteur est devenu une valeur ajoutée qui doit passer un message au travers de sa restauration. Cela nous a obligé à modifier nos modes de fonctionnement en développant des partenariats avec des chefs de restaurants étoilés et une école de cuisine. » Un exemple : la Table spectacle, concept interactif mis au point par le chef Martial Enguehard et mis en scène par Fleur de Mets. Au cours d'un dîner, les invités se retrouvent en cuisine pour concocter l'entrée et le dessert, sous l'égide du chef qui détaille chaque étape et livre quelques astuces de son cru. Cette initiative s'inscrit dans la tendance plus générale des réceptions participatives. Basées sur la découverte et le plaisir d'apprendre elles se déclinent aussi en animations de buffets. Des chefs expliquent à des groupes de 20 à 25 personnes la provenance des produits qu'ils vont utiliser, leur production et leur transformation, avant de les inviter à en préparer une partie. Nous sommes effectivement bien loin de la standardisation. Quant aux économies d'échelles, les quantités sont tellement variables d'un jour à l'autre qu'il est très compliqué de mettre en place un système pérenne. En revanche, la maîtrise des coups commence par bien acheter ses matières premières. Les uns évoquent un retour au bon sens paysan et à la saisonnalité des fruits et légumes, par exemple, -ça tombe bien, après avoir poussé la sophistication et les associations à l'extrême, la demande revient à la simplicité et au naturel-. Les autres, comme Patrick Duval, directeur associé de Duval Traiteur (CA 2003 : 4 746 K€), décident de se passer d'intermédiaires pour certains produits : « Les producteurs gagnent de moins en moins et pour nous, utilisateurs, les prix augmentent… La différence passe bien quelque part. A nous d'être malins. » Du côté des fournisseurs, des industriels de l'agroalimentaire ont bien compris les nouveaux besoins des traiteurs et proposent des produits « prêt à l'emploi » qui facilitent le travail de ces derniers en cuisine. Gain de temps ou de main d'œuvre, c'est une façon de rééquilibrer les marges... A condition de ne pas en abuser au détriment de la qualité.

Diversifier son activité

La diversification permet dans certains cas de répartir, donc d'amortir des outils de gestion, de marketing ou de production comme un laboratoire. « Nous nous sommes aperçu que le mode de consommation avait évolué ces dernières années, avec moins d'événements festifs mais une augmentation du nombre de déjeuners et repas, raconte Thierry Mallein de Raynier Marchetti. Nous avons donc créé le Plumier en 2004 (plateau repas, NDLR), que nous allons décliner à la rentrée, notamment à destination de la restauration de congrès. L'idée est d'élargir l'offre sur un secteur où l'on portait moins d'attention au paravent… Et pourtant, si l'on fait moins la fête, les congrès eux continuent, surtout dans le domaine médical où les gens ont besoin de se rencontrer. » Autre stratégie de diversification, celle de Le Nôtre qui s'ouvre à l'international, avec de gros événements comme la Coupe du monde de football en Allemagne en 2006. « Nous sommes très demandés à l'étranger car le traiteur est une image très liée à la France », précise Rémi Raymond de Lenôtre L'entreprise vient par ailleurs d'étoffer son réseau de magasins en rachetant huit boutiques Fauchon, sur les treize que ce dernier venait de racheter à FLo. Rares sont les traiteurs organisateurs de réception haut de gamme qui possèdent encore des boutiques, excepté en province où l'on trouve encore des associations traiteur/ épicerie fine (Helen Traiteur à Avignon) ou traiteur/charcuterie (Hardoin Traiteur à Tours), par exemple.

Chez Fleur de Mets, on a opté pour le partage du laboratoire avec une entreprise de restauration intégrée (qui soustraite pour des sites de réception où la restauration est intégrée). « Les deux entités appartiennent à la même holding, tout en étant bien distinctes, y compris dans les lignes de production, précise Xavier Pedurand. Cette seconde activité nous permet de lisser les coûts, et, par exemple, d'investir dans un laboratoire de 2000 m2 sans en faire porter tout le coût sur notre clientèle traiteur. » Riem Becker, quant à lui, a été chercher la diversification à l'autre bout du monde en rachetant un traiteur japonais Sushi Map. Cette acquisition lui permet de proposer une des cartes les plus riches du secteur en spécialités asiatiques.

Prenant le contre-pied de la diversification, d'autres traiteurs se recentrent sur leur cœur de métier. « Nous nous sommes concentrés sur ce que nous savons faire de mieux : traiteur organisateur de réception, témoigne Patrick Duval de Duval Traiteur. Plus d'entreprise de fabrication de chocolat, plus de boutique et un développement de partenariats extérieurs avec des producteurs, un décorateur, la presse spécialisée, etc. » Une stratégie qui paient puisque après avoir été en redressement judiciaire en 1995, l'entreprise familiale affiche une augmentation de 18% de son chiffre d'affaires par rapport à 2003.

Mettre l'accent sur le commercial

C'est le choix stratégique de deux grandes maisons, Dalloyau (CA 2003 : 31 219 K€ hors exportation) et Potel et Chabot (CA 2003 : 53 961 K€). Emblèmes des traiteurs haut de gamme, reconnus par leurs pairs, ils conservent une clientèle attachée à l'image de leurs marques respectives mais ne peuvent plus s'en contenter aujourd'hui. Et si tous deux affirment avec force que jamais ils ne faibliront sur la qualité, la créativité et le service, quitte à refuser certaines opérations hors cadre, il doivent, eux aussi, s'adapter. « C'est vrai qu'il y eut un temps où les dossiers arrivaient plus spontanément, reconnaît-on chez Potel et Chabot. Aujourd'hui, en plus d'augmenter régulièrement notre niveau de prestation, nous faisons un effort en terme de prospection en menant des actions commerciales plus étudiées, plus structurées. En analysant de façon pointue les secteurs où nous sommes moins présents, nous avons découvert qu'il y avait matière à progresser en terme de développement. » Stimulante, la concurrence ? Elle pousse en tous cas à trouver de nouvelles solutions. « La confrontation avec les services achats depuis deux ou trois ans nous a permis de mieux nous placer au niveau budgétaires en accordant des remises sur un volume de commande à l'année, explique Anne Guyon, directrice du développement chez Dalloyau. Parallèlement, nous accordons beaucoup d'importance à la relation commerciale que nous tenons à personnaliser, avec la remise des dossiers en main propre, par exemple. » Dans un registre différent, le traiteur Honoré James (CA 2003 : 7 000 K€) mène une politique commerciale « à tête chercheuse » afin de poursuivre son ouverture vers de nouveaux marchés « En tant que jeune traiteur créé en 2001, nous ne pouvons nous comparer aux traiteurs installés depuis des décennies, précise d'entrée Laurent Belfore, directeur d'Honoré James. Mais depuis le début, avec la reprise des activités des sites de Paris Expo, nous avons compris qu'il fallait aller voir à l'extérieur pour avoir une croissance. En complément au corporate, notre corps de business et face à la montée en puissance de la concurrence, nous développons notre activité vers des niches où les traiteurs n'ont pas encore eu la démarche d'exprimer leur talent. Nous travaillons, par exemple, avec le Parc de princes pendant les matchs du PSG. »

 

Paris province, inversement de tendance

 

 

La situation des traiteurs a toujours été différente entre Paris et la province, où la compétition était souvent moins exacerbée que dans la capitale. Mais cette fois-ci la dureté du marché provoque une véritable scission. Ce qui tire la profession vers le haut à Paris provoque l'effet inverse en province. « Ici aussi le marché est devenu ultra concurrentiel, mais on a de plus en plus de mal à se distinguer par l'originalité car les clients cherchent avant tout des prix bas, déplore Eric-Helen Louis, PDG de Helen Traiteur à Avignon (CA 2003 : 5 734 K€) et président de l'association des Traiteurs de France. Le risque c'est qu'à force de tirer le secteur vers le bas, cela porte préjudice à toute la profession. On assiste à une telle guerre des prix que tout semble permis et qu'il devient difficile pour un client de s'y retrouver. » En province, comme à Paris, les traiteurs haut de gamme ont investit dans des labos fort coûteux dont l'amortissement se répercute sur le prix du produit final. « Quand j'ai entretenu les 1200 m2 de laboratoire à raison de quatre personnes trois heures par jour pour désinfecter, que j'ai payé l'ingénieur qualité et tout le reste, la note est élevée. Il faut bien l'imputer quelque part ! » lance Julien Garnier, directeur général de Hardoin Traiteur à Tours (CA 2003 : 2 782 K€). Un surcoût qui, au lieu des les valoriser, pénalise ces entreprises face à certains clients qui privilégient le prix avant tout. Or avec des tarifs de 25% à 35% plus bas que dans la capitale, les marges sont considérablement réduites. « En province, un traiteur qui dégage 5% de résultats nets est un cador, estime Didier Houdin de Lacoste Traiteur. Avec de telles marges, s'il y a la moindre perte de vitesse, c'est le bouillon ! » Le problème, c'est que tout le monde ne respecte pas les même règles. Certains traiteurs ne sont pas équipés en laboratoires, d'autres, par tentation ou dépit franchissent le pas : relâchement dans le respect de la réglementation, devis flous sur le nombre de pièces ou de serveurs, vente à perte, etc. « Des pratiques qui feraient long feu à Paris où tout le monde se connaît et où il en faut peu pour démolir une réputation », estime le directeur commercial associé de Fleur de mets. Il n'empêche que ces écarts, même s'ils concernent un minorité de professionnels, fragilisent l'ensemble d'une profession qui, surtout en province, a plus que jamais besoin de la reconnaissance de l'application des bonnes pratiques, que ce soit en matière d'hygiène, de sécurité alimentaire ou de service. Le reproche a souvent été fait aux institutions de ne pas assez communiquer sur l'importance du respect de ces règles. « Rappelons tout de même que sur une réception, le responsable légal est autant le traiteur que l'organisateur, prévient Julien Garnier de Hardoin Traiteur. Ce dernier a tout intérêt à vérifier que le traiteur a tous les agréments nécessaires. »

Après la démesure des années 1980 et la crise des années 1990, les traiteurs organisateurs de réception haut de gamme on atteint un niveau de professionnalisme jamais égalé. Ils savent faire et inventer en répondant aux besoins d'un client devenu de plus en plus exigeant… Tant que celui-ci prend en compte l'ensemble des paramètres qui contribuent à la qualité d'une prestation et ne se limite pas à comparer les prix en bas des devis. Stimulé par le contexte ultra concurrentiel ou sur le fil du rasoir, aujourd'hui les traiteurs on une visibilité limité à quelques mois. « Soit il y a une véritable reprise économique et nous continuons à faire du bon et du beau à des prix idouanes. Soit les budgets continuent à se réduire et il va falloir s'adapter en gardant la qualité gastronomique, la qualité de service, la créativité, la déco… Là, je n'ai pas de solution ! », conclut Eric Lahcene, directeur de la communication de Kaspia Réceptions.

Sabine Ganansia Publié dans Bedouk n°66 oct-nov 2005

 

Auteur: Sabine Ganansia

Thématique: Economie/Marchés

Média: Meet In

Date de parution: 15 novembre 2005

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