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8 avril 2005 5 08 /04 /avril /2005 23:01

Evangéliser, nommer, guider, interdire, contrer les laïcs, favoriser les conservateurs, exclure les libéraux, amadouer les musulmans, demander pardon aux juifs, faire campagne contre les communistes... Un pape, ça fait tout cela à la fois. La preuve par Jean Paul II.

 

Dix mille discours, 129 pays visités, 14 encycliques… et une papamobile qui aura couvert plus de deux fois la distance Terre-Lune ! Jean Paul II (Karol Wojtyla) aura été un pape infatigable, animé par un sentiment d'urgence : celle de réévangéliser les populations. Et quoiqu'on dise, un pape, ça sert d'abord à ça ! Rien ne faisait plus horreur à cet « athlète de Dieu » que la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Jean Paul II n'a eu de cesse durant son pontificat d'exiger " un nouvel effort pour faire face aux défis du laïcisme".

 

Naturellement, JPII donne beaucoup de sa personne au dialogue inter-religieux (encore largement inachevé). Premier voyage en terre musulmane de son pontificat, le Maroc s'en souvient : 70.000 Casablancais l'ovationnent en 1985. L'année suivante, le pape se rend à la synagogue de Rome et lance aux Juifs du monde entier un message de « raccommodage » (au regard de l'antijudaïsme historique de l'Eglise) et d'amitié : « Vous êtes nos frères aînés et, en un sens, nos frères préférés ». Ce dialogue inter confessionnel connaît pourtant quelques ratés. En 1995, les bouddhistes boycottent le pape : ils ne lui pardonnent pas d'avoir qualifié leur religion de « sotériologie (philosophie du salut) négative » et de « système athée ». De même, avec l'Islam, le dialogue se trouve limité par la progression des courants islamistes et les attentats dans lesquels des chrétiens périssent (Algérie, Indonésie…). Son rapprochement avec les Anglicans a été pour sa part, freiné, après la décision de l'Eglise d'Angleterre en 1992 d'ordonner des femmes prêtres. Avec les Orthodoxes de l'Est, les conflits de frontières et d'influence qui se sont suivis depuis la chute du communisme, l'ont empêché d'être aussi entreprnant qu'il le désirait. Pas plus qu'à Pékin, le pape ne sera autorisé à mettre les pieds à Moscou. Et pourtant, la chute du communisme, JPII l'a largement inspirée. N'avait-il pas donné espoir au mouvement polonais Solidarnosc de Lech Walesa, en l'invitant à "changer la face du monde" ?

 

Un pouvoir romain personnalisé et centralisé

 

Détenteur de la plus haute dignité de l'Église et arbitre des questions de droit canon (1), le pape décide de l'orientation générale comme de la marche interne de l'Eglise. Avec son coup de barre à droite, le pontificat de JPII ouvre d'emblée une ère de radicalisation des positions de l'Église et sonne le glas de l'esprit du Concile Vatican II (symbole d'ouverture au monde moderne). Les catholiques traditionalistes sont réintégrés. L'Opus Dei jouit de privilèges exceptionnels (obtenant même un statut de « prélature personnelle » en 1982) tandis que les théologiens exprimant des idées divergentes sont sanctionnés : Hans Küng, Leonardo Boff, Drewermann, Monseigneur Gaillot... Les adeptes de la Théologie de la libération (l' « Eglise des pauvres », très vivace en Amérique latine) sont réduits au silence. Hostile à toute réforme visant à redonner du pouvoir aux églises locales, le « curé du monde » court-circuite toutes les médiations, châtie les contestataires, donne sa confiance aux mouvements les plus zélés, comme les charismatiques et nomme partout les évêques les plus conservateurs. Centraliste totalisateur, le pape réaffirme aussi les positions traditionnelles de l'Eglise en matière de morale sexuelle, de célibat des prêtres, d'ordination réservée aux hommes. Jean Paul II, rêvant d'un ordre moral universel, aura ainsi cloué sur la croix, dès ses premières années de règne, toutes velléités progressistes de l'Eglise.

 

Ce chef spirituel peut aussi donner son avis sur tout. Homme curieux, Jean Paul II aura ainsi amené l'Eglise à traiter de presque tous les sujets : des méfaits du capitalisme à la question du désarmement, de l'environnement aux idéologies… Il se sera aussi engagé pour la paix (s'opposant par exemple, en vain, à la guerre en Irak).

C'est sur les questions de la famille et de la morale, qu'il se montrera le plus conservateur, fulminant contre ce qu'il appelle "la culture de mort" (avortement, contraception, euthanasie, homosexualité et autres sexualités non reproductives), dans une véritable obsession. Dans « Mémoire et identité », le pape ose même un parallèle malsain entre l'extermination nazie et l'avortement. Le pape peut aussi soutenir des lobbies. JPII compte comme ami personnel Paul Marx, fondateur de « Human Life international » (une des plus importante organisation anti-avortement catholique au monde) militant, selon son fondateur, contre l'avortement des femmes catholiques pour « résister à l'invasion musulmane ».

 

Un pape peut aussi s'immiscer dans la vie intime de ses fidèles… et des autres. Jean Paul II ne s'en sera pas privé, attirant les foudres des catholiques modérés… et des autres. « Antiféministe et homophobe », le discours de l'Eglise sera à plusieurs occasions qualifié aussi d' « irresponsable » et « criminel », au regard de la question du sida. Le pape met en effet le préservatif à l'index, au mépris de l'urgence sanitaire (10.000 morts par jour !).

Nombre de catholiques ne se reconnaissent plus dans le credo puritain d'une église de plus en plus déconnectée des réalités sociales. Même la très catholique Espagne s'éloigne du Vatican : mariage homosexuel, politique en faveur des femmes, retrait des cours de religion à l'école... et s'interroge sur le financement d'une institution contraire à l'égalité entre hommes et femmes. Il n'y avait plus de déplacement du pape en Europe de l'Ouest sans manifestations organisées de « malvenue ». En perte de vitesse évidente dans certaines régions du monde, le catholicisme se porte pourtant encore bien. Le temps dira probablement les conséquences de l'œuvre de restauration doctrinale et réactionnaire du pape sur l'Eglise.

 

Yann Barte, TelQuel, 8/14 avril 2005

 

(1) Dans les religions catholique et orthodoxe, ensemble des règles destinées à régir les rapports des membres de l'Église entre eux et de l'Église avec ses fidèles.


 

SUCCESSION

Et demain ?

Au Vatican, la course à la succession a commencé. Le conclave des 117 cardinaux chargés d'élire le successeur de Jean-Paul II commencera le 18 avril. Les Italiens semblent favoris. Parmi les plus souvent cités : Dionigi Tettamanzi (70 ans), archevêque de Milan et réformiste prudent. Celui-même qui dialoguait avec les manifestants antimondialisation lors du G8 de Gènes. Angelo Scola, plus jeune (63 ans) et aussi plus conservateur. Oscar A. Rodriguez Maradiaga (62 ans), est le favori parmi les non Italiens. Cet ancien prof de math au profil atypique joue du saxo et sait piloter un avion. Un peu trop original sans doute pour la Curie, ce Hondurien bénéficie cependant du soutien de nombre de cardinaux latino-américains et de pays émergeants. Josef Ratzinger (78 ans) est un chasseur impitoyable des théologiens de la Libération et de tous les suspects de déviation marxiste. Ultra conservateur, cet Allemand connaît bien la Curie. Mais le Vatican est-il prêt à renouveler l'erreur tactique de 1978 ? Et un pape noir ? L'Afrique se prend à rêver. 13 cardinaux africains (originaires du Soudan, du Ghana, du Nigéria...) peuvent en effet créer la surprise. L'ultra conservateur nigérian Francis Arinze (72 ans) parait le mieux placé.

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26 mars 2004 5 26 /03 /mars /2004 16:40

En éliminant le chef du Hamas, Ariel Sharon sabote le processus de paix et met l’Autorité palestinienne en difficulté.

La radicalisation du conflit qui en découlera profite à la stratégie actuelle de l’Etat d’Israël

Qui est Cheikh Yassine ? Retour sur un parcours.

 

Etrange contraste que cet homme au corps fragile, hémiplégique, cloué sur un fauteuil roulant et au discours inflexible, appelant à une lutte sans fin et par tous les moyens contre l'Etat hébreu. Cheikh Yassine était le chef spirituel incontesté du mouvement qu'il avait créé dans les années 80. Lundi 22 mars, à l'aube, sonne la fin d'un combat. Un combat qui avait sombré dans l'apologie d'un terrorisme aveugle n'ayant plus d'autres effets que de renforcer le délire sécuritaire et meurtrier du régime Sharon, toujours à l'affût du prétexte « attentat » pour écarter un dialogue avec l'Autorité palestinienne. A 67 ans, le cheikh a donc été assassiné, avec huit autres personnes, par un raid d'hélicoptères israéliens. Le début d'un nouvel embrasement, de nouvelles violences... La rencontre de Yassine avec l'armée israélienne remonte à 1948. Né près d'Ashkelon en 1936, en Palestine mandataire, Ahmed Yassine voit en effet son village rasé sous les bulldozers, au cours de la première guerre israélo-arabe. De quoi sans doute nourrir une juste révolte. Il trouve refuge avec sa famille dans un camp à Gaza. C'est là, lors d'une partie de foot, qu'il perd, enfant, l'usage de ses membres. Ahmed Yassine poursuit ses études secondaires au Caire où il fait la rencontre des Frères musulmans dont il restera toujours proche. De retour à Gaza, Yassine met sur pied une première organisation à vocation sociale et religieuse : « Al-Moujammaâ al-Islami » qui commence à recruter de jeunes Palestiniens. C'est l'époque où déjà Israël encourage en sous-main les réseaux islamistes à Gaza, dans le but d'affaiblir le Fatah de Yasser Arafat.

 

Une radicalisation croissante

 

Une politique qui, aujourd'hui, ne semble guère différente, même si la méthode est opposée. C'est à coup de missiles et d'assassinats que l'on renforce les radicaux, faisant des symboles de la résistance, des martyrs de la cause palestinienne. Au début des années 80, Yassine électrisé par la révolution iranienne, se radicalise encore et fonde « Majd el moudjahiddine » (Gloire des combattants de l'islam). En 1984, il séjourne une première fois dans les geôles israéliennes pour détention d'explosifs, puis est libéré à la faveur d'un échange de prisonniers. 1987, c'est le début de la première Intifada et la naissance du Hamas dont Yassine est un des fondateurs. Deux ans plus tard, le guide spirituel du mouvement est à nouveau détenu puis condamné à la prison à vie en 1991. Lorsque Israël le libère à nouveau, en 1997, le chef spirituel du Hamas est accueilli en héros par les Palestiniens. Il entretient alors des relations houleuses avec l'Autorité palestinienne d'Arafat, prise entre deux feux, qui le place brièvement en résidence surveillée. Yassine avait toujours donné le feu vert aux brigades Ezzedine Al kassam, l'aile militaire du Hamas responsable de la majorité des attentats suicide perpétrés en Israël et de la mort de centaines de civils. Le fondateur de l'organisation terroriste conditionnait l'arrêt des attaques suicides (qui tuaient des femmes, des enfants et des civils innocents) à la fin des incursions de l'armée israélienne qui « tuait des femmes, des enfants et des civils innocents ». Un échange de bons procédés en somme.

 

Après son élimination, le chaos ?

 

Par la liquidation du chef spirituel du Hamas, Sharon indique clairement son refus du règlement du conflit… s'il était encore besoin de preuve ! Le premier ministre israélien renforce ainsi un peu plus le camp des ultras dans les territoires occupés et jette des peuples entiers dans les bras des fondamentalistes. C'est la stratégie du chaos dénoncée cette semaine quasi unanimement par toute la planète y compris par le Shin Beth (service de sécurité intérieure israélien). Cette opération intervient aussi à un moment où la branche politique du Hamas opérait des changements importants dans son orientation, acceptant par exemple désormais l'idée d'une Palestine avec Jérusalem-Est comme capitale et les limites des frontières de 1967. Il s'agit donc bien en effet pour le gouvernement israélien d'éliminer tout interlocuteur palestinien crédible et pousser aux extrêmes. Il n'y aura alors plus de territoire à céder, puisque personne capable de les prendre en charge. Sharon pourra alors présenter, comme seul plan possible, la création de « bantoustans palestiniens », emmurant tout un peuple dans des enclaves. Cet assassinat a bien pour but d'affaiblir l'Autorité, en poussant au confit intra-palestinien. Déjà des cadres du Fatah ont rallié le Hamas. Gaza est devenue une poudrière. Le Hamas sera bientôt devenu totalement incontrôlable. Aujourd'hui, les organisations islamistes ont le vent en poupe. Dans la bande de Gaza, elles tiennent déjà le haut du pavé, Hamas en tête, encore renforcé par cet assassinat. Le Hamas, soutenu par la population, est prêt sans doute à prendre le contrôle du territoire. C'est Abdelaziz Al-Rantissi, chef de fil du courant le plus radical du Hamas dans les territoires occupés, qui a succédé à Cheikh Yassine à la tête du mouvement islamiste palestinien. La crédibilité de l'Autorité palestinienne et donc de l'OLP est en jeu. Les espoirs de paix tiennent sans doute à la survie désormais de cette Autorité déjà exsangue économiquement. En attendant, Khaled Mechaal, chef du bureau politique du hamas à Damas, a dores et déjà demandé la tête de Sharon pour venger la mort de Yassine. Une mort qui aurait évidemment des conséquences que n'aura jamais celle d'un gamin innocent dans un bus de Jérusalem.

 

Yann Barte, La Vie Eco, 26 mars 2004

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28 février 2004 6 28 /02 /février /2004 16:51

Condamné à mort en 1985 dans l'affaire de la "Chabiba Islamiya", Hakimi Belkacem(1) a passé 18 ans et demi en prison. Libéré le 7 janvier dernier, il nous décrit l'enfer du quartier B de la prison de Kénitra.

 

"Quand je suis entré par cette petite porte, tout était humide, obscur, le plafond était très bas. Même si tu ne sais pas que tu es dans le quartier B - ce qui était mon cas - tu le devines : ça sent la mort partout ! La vie ici, c'est l'attente, les sursauts à chaque bruit de clé, à chaque changement de gardien… surtout la nuit. Chaque fois on se dit "ça y est, c'est mon tour !" et tous les jours on meurt un peu plus. Il fallait nous faire sentir que nous étions différents.

Les histoires qu'on s'échange tournent aussi autour de la mort. Les cellules ouvrent à 9h. On va dans la cour. Chaque jour la même chose. Les sorties ? Les douches le mardi soir, l'infirmerie (fallait vraiment être K.O !) et en ce qui me concerne, le jeudi, une visite de cinq minutes de la famille avec toujours la présence d'un ou deux membres de la DST qui écoutaient et prenaient des notes.

 

Au quartier B, les jeunes condamnés à mort de 18 à 20 ans servent de marchandise sexuelle. Les plus vieux détenus les choisissent dans la cour. Pour 300 DH, empochés par les gardiens, ils pourront les violer. Les jeunes peuvent toujours crier, appeler au secours, ça ne change rien. Ça sert aussi à ça l'isolement ! Ces pratiques existent toujours...

 

Quelquefois on souhaite vraiment mourir. J'ai vu plusieurs demandes officielles de détenus qui suppliaient qu'on les exécute : ils n'en pouvaient plus. Beaucoup d'ailleurs tentent de se suicider. Waarab faisait un petit business avec les gardiens (cigarettes, nourriture…). Il voulait passer la nuit dans une autre cellule. Le gardien, Ahmed O., qu'il payait régulièrement, refuse. Il lui crache même dessus en lui disant : "Si t'as pas une corde pour te suicider, je te l'achète !". Vers 3h15 du matin, Waarrab se pend sous mes yeux. Je ne peux rien faire qu'appeler les gardiens, arrivés trop tard. Il avait écrit sur son torse les raisons de son suicide que je n'ai pas pu lire. C'était en 1990.

 

Si Abdelslam était un vieux qu'on respectait beaucoup. Lui, je n'ai jamais vraiment su comment il avait fait pour se pendre, entre le sol et le robinet qui était très bas. "Mjinina" (fou), c'est ainsi qu'on l'appelait, faisait peur aux autres détenus qui le trouvaient dangereux. Le chef de détention, Ahmed S., nous a alors rassurés : "N'ayez pas peur, ce mec, on va le tuer !". Le premier suicide de Mjinina avait échoué : il avait tenté de s'asphyxier en brûlant son matelas de paille. Il a passé plus de quatre mois dans un cachot, mains attachés dans le dos à un anneau, sans lumière. Régulièrement, on venait jeter des seaux d'eau dans sa cellule pour la rendre plus humide. Lorsque j'ai prévenu un gardien de son second suicide, il m'a répondu : "Cette fois, je vais le laisser crever !". Ce qu'il a fait. Il était alors 12h30. Le cachot n'a été ouvert qu'à 14h30 : Mjinina était pendu.

 

La prison rend fou aussi. C'est ce qui est arrivé à Maachi. Il était déjà là en 85 lorsque je suis arrivé. Il avait toujours en mémoire les putschistes de 73 qu'on avait traînés pour les mener à la mort. Depuis, il ne mangeait plus de viande. Chaque fois qu'on nous servait de la viande, il disait : "Vous mangez la chair de vos frères !".

Je me souviens aussi d'un autre Abdeslam, complètement renfermé. Il ne se remettait pas d'avoir tué sa mère. Il était rejeté par les autres détenus, comme souvent à l'égard de ce genre de criminels. Je discutais avec lui. Petit à petit il est revenu à la vie, peut-être aussi en devenant homosexuel, une chose normale en prison. La plupart étaient là pour meurtre. Et chaque fois, ces condamnés se repassent les images, entendent les cris de leur victime. Ils hurlent. Les condamnés à mort ne peuvent jamais dormir.

 

La fonction de la prison devrait être la réinsertion. Au Maroc, ça a été de la vengeance pure ! La perpétuité même est inhumaine. 15 ans, c'est amplement suffisant ! Aujourd'hui, les choses prennent une autre tournure, mais la peur reste. On craint une aggravation de la situation. Les condamnés ont d'ailleurs vécu le 16 mai comme une véritable souffrance".

 

Propos recueillis par Yann Barte, TelQuel, 28 février 2004 

 

(1) Condamné à mort en 1985 pour atteinte à la sécurité intérieure de l'État (accusé de trafic d'armes entre le Maroc et l'Algérie), Hakimi Belkacem a vu sa peine commuée en détention perpétuelle en 1994. Il fait partie des 33 graciés du 7 janvier 2004.

 

Blog marocain abolitionniste Le Maroc contre la peine de mort

http://peinedemortaumaroc.over-blog.com

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6 février 2004 5 06 /02 /février /2004 21:57

Le monde rêvé des intégristes musulmans ressemble à s'y méprendre au monde prôné par les intégristes juifs et chrétiens. Démonstration par les auteurs de l'ouvrage « Tirs croisés » (1).

 

Si le 11 septembre 2001 a sonné le début d'une prise de conscience du danger islamiste, l'événement ne semble pas avoir débouché sur une réflexion en profondeur sur le retour en force de tous les intégrismes. Pourtant l'Islam n'a pas l'exclusivité de la barbarie, comme le monde occidental a voulu le croire. Soumission de la femme, intolérance culturelle, violence… malgré l'impression qu'ils donnent d'être en guerre, les extrémismes des trois religions monothéistes partagent bien les mêmes valeurs et rêvent d'un monde infiniment semblable.

« En vingt ans, le mouvement intégriste chrétien « prolife » (anti-avortement) a commis aux Etats-Unis 44 400 actes de violence à l'encontre des partisans de l'avortement, 16 tentatives de meurtre, 2 400 assauts ou attentats à la bombes. Pourtant ces terroristes n'incarnent pas l'« axe du Mal » aux yeux du président Bush » qui a fait de ces mouvements, des alliés du Parti Républicain. L'anthrax - on s'est également bien gardé de le dire - est bien une spécialité de cette extrême droite religieuse américaine. Et qui se souvient en France du terrorisme chrétien ? Le 22 octobre 1988 des militants traditionalistes incendiaient, en pleine projection, un cinémaà Paris, lors de la sortie de « La dernière tentation du Christ » de Scorcese. A quoi tient la différence de violence entre l'affaire Scorcese et l'affaire Rushdie ?

 

Un intégrisme ne prospère jamais seul

 

Du Saint-Siège à Washington, d'Islamabad à Jérusalem, des alliances surprenantes se multiplient. « Pour résister à cette conception unanimement moraliste des droits humains, l'Union Européenne est bien isolée et la France, pays déchristianisé et enraciné dans la séparation de l'Eglise et de l'Etat, reste à l'échelle du monde une exception cernée de toutes parts ». Chacun alimente son jumeau et rival : la droite religieuse américaine soutient aussi à coups de millions de dollars le Likoud et les intégristes juifs pour qu'ils colonisent des territoires et entravent le processus de paix. Les intégristes juifs, eux, ne font que donner du grain à moudre aux plus radicaux de la cause palestinienne. Les islamistes ont assassiné Sadate, les juifs intégristes, Yitzhak Rabin et tous participent au même front de refus du sécularisme. L'anti-sionisme d'ultra orthodoxes juifs tels que « Netourei Karta » s'accommoderait très bien de la destruction d'Israël. Comme Meir Kahane, ces intégristes juifs, coqueluche des islamistes radicaux, méprisent moins en effet les Arabes que l'Etat juif laïc.

 

L'action du Vatican à l'ONU a le soutien de l'Organisation de la conférence islamique

 

En France, les islamistes liés à des mouvements anti-racistes font des procès pour « islamophobie » (le mot vient des mollahs iraniens). Le but commun : arriver à une loi « anti-blasphème » faisant taire toute critique laïque des religions. En 1995, des alliances se concrétisent entre juifs et intégristes catholiques : ainsi la très sectaire association chrétienne « Human Life International », fondée par Paul Marx, ami personnel du Pape, va financer l'organisation du rabbin Levin en contrepartie de son soutien à la cause « provie » et malgré son antisémitisme. Des groupes musulmans collaboreront également avec la droite religieuse américaine. Quant au Vatican, non-Etat membre, qui siège à l'ONU en tant qu'observateur permanent, son action ne ferait pas tant de dégâts s'il ne pouvait compter sur le soutien des pays de l'OCI (Organisation pour la Conférence Islamique).

 

Si l'intégrisme musulman représente un risque accru par rapport à ses deux jumeaux, c'est uniquement parce qu'il rencontre moins de résistance, évoluant dans un nombre important de pays où la religion inspire toujours la loi commune. En l'absence de laïcité et de démocratie, les islamistes resteront toujours dans ces pays plus légitimes que les laïcs (et cela même lorsqu'ils sont persécutés par le régime en place). Pour les auteures, « le Coran n'est pour rien dans le retard démocratique et séculier des pays musulmans. Comme la Bible, il peut d'un moment à l'autre être appelé à la rescousse de musulmans prônant la séparation entre le religieux et le politique ».

 

(1) « Tirs croisés, la laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman », Caroline Fourest et Fiammetta Venner, Editions Calmann-Levy, décembre 2003.

 

La laïcité en livres

 

Qu'est-ce que la laïcité ? Henri Pena-Ruiz, Gallimard, Folio Actuel, 2003.

L'Islam est-il hostile à la laïcité ? Actes Sud, 2002

La République et l'islam : entre crainte et aveuglement, J. Hélène Kaltenbach et Michèle Tribalat, Gallimard, 2002

Laïcité et République : le lien nécessaire, Guy Coq, Le Felin Poche, 2003

Bas les voiles, Chahdortt Djavann, Gallimard, 2003


 

LA LAICITE EST UNE VALEUR UNIVERSELLE

 

Trois questions à Caroline Fourest, rédactrice en chef de la revue « proChoix » et co-auteur de « Tirs Croisés… »

 

La Vie Eco : Existe-t-il encore une marge de manœuvre pour une réforme de l'Islam ?

 

Caroline Fourest : Attention, le mot « réforme » est très souvent utilisé par les Frères musulmans et tous les salafistes réformistes pour tromper sur leurs réelles intentions politiques. En fait de réforme, il s'agit pour eux davantage d'un retour à une lecture fondamentaliste de l'Islam. Il existe en revanche de véritables partisans d'un Islam moderne, éclairé et laïque. Suivant une lecture non politique du Coran, notamment théorisée par Ali Abderraziq. Le problème aujourd'hui est que la lecture ouverte et tolérante de l'Islam est totalement écrasée, étouffée par la lecture radicale et violente qu'en font les islamistes.

 

Pourquoi l'Islam donne-t-il le sentiment, plus que les deux autres religions monothéistes, d'être prisonnier de ses intégristes ?

 

La réponse n'est pas dans le Coran, mais dans le manque cruel de démocratie existant dans les pays arabes et/ou musulmans. L'absence de démocratisation permet aux islamistes de ne pas rencontrer d'opposition solide de la part d'une société civile de toute façon étouffée. La répression associée a l'absence de démocratisation leur permet de se faire passer pour des martyrs.

 

La laïcité est-elle une valeur universelle ?

 

Oui, je refuse de considérer, comme le font les islamistes, que la laïcité est une valeur européenne. C'est prendre en otage une valeur universelle, revendiquée d'un bout à l'autre du globe, par des gens de tous horizons, de toutes confessions, croyants et non croyants qui rêvent d'un système politique apaisé. La ligne de fracture ne se situe pas entre l'Orient et l'Occident mais bien entre les intégristes de toutes les religions et les modernistes de tous les horizons, croyants et non croyants.

 

Yann Barte, La Vie Eco, 6 février 2004

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24 janvier 2004 6 24 /01 /janvier /2004 22:06

Plus question pour ces nouveaux militants de voir les islamistes occuper seuls en France, chaque fois qu'il est question d'Islam, tout l'espace politico-médiatique.

 

maghrebins-laics.jpg« La mobilisation des Maghrébins de France ne fait que commencer. Les Maghrébins constituent en effet ici les premières victimes de l'intégrisme, dont la stratégie des islamistes est de les associer malgré eux ! » Pour Kebir Jbil, Président du « Mouvement des Maghrébins laïques de France », c'est certain, « ils sont de plus en plus nombreux à souhaiter se désolidariser de l'Islam radical ».

 

En février 2003, ce Casablancais d'origine, de 37 ans, créé le « Mouvement des Maghrébins Laïques de France », « en réaction à la montée de l'intégrisme en France ». Pour Jbil, ses adhérents et sympathisants toujours plus nombreux (300 aujourd'hui), « la France est tombée sur la tête et semble céder depuis des années sous les chantages intégristes ». L'association, soutient activement le projet d'une loi d'interdiction des signes religieux à l'école, pétitionne pour une résolution onusienne interdisant la polygamie, multiplie en vain les contacts avec les instances musulmanes et crée en janvier 2004 un collectif « Tous contre le voile » tout en préparant un livre exposant les grandes lignes d'une réforme de l'Islam. Le Mouvement dénonce également l'absence d'outils de transmission par les canaux de l'éducation des valeurs laïques. Et qui connaît exactement la différence entre sphère privée et espace public ? « La confusion profite aux intégristes qui propagent par exemple la peur de voir après l'interdiction du foulard à l'école, son interdiction dans la rue ». La crainte d'apparaître comme anti-musulman est assurément à l'origine de cette mobilisation tardive en France, au sein de la communauté maghrébine. Le mot « islamophobie » est très à la mode en France. Il a été diffusé en France dans les milieux de gauche et anti-racistes (3) par des personnes à la double casquette de musulman réformiste fondamentaliste et tiers-mondiste, comme Tariq Ramandan. « Certains musulmans dont je fais partie sont qualifiés d'islamophobes », reconnaît Kebir Jbil, « au seul motif qu'ils s'opposent aux propos de prédicateurs plus ou moins illuminés tels que Tariq et Hani Ramadan ». Même les recteurs et les imams libéraux proches de la Mosquée de Paris sont aujourd'hui qualifiés d' « islamophobes ». Le mot s'avère plus efficace que celui d'antisémite pour faire taire toute critique de la politique d'apartheid israélienne. Créé en mai 2003, le « Mouvement des Musulmans Laïcs de France » souhaite bien remettre les pendules à l'heure. Rejetant la légitimité - dans sa composition actuelle - du Conseil du culte musulman, le Mouvement espère bien se faire entendre. Rachid Kaci en est le Président. Il est aussi secrétaire générale de « Droite Libre », le courant anti-communautariste de l'UMP, parti qui soutient le président jacques Chirac…et qui attire les Maghrébins depuis les prises de position claires de la droite : abrogation de la double peine, création d'une instance représentant les musulmans, fermeté française sur les droits des Palestiniens, hostilité à la guerre en Irak... Dans les rouages politiques, Kaci, ex-candidat à la présidence de l'UMP, a évidemment plus de facilité à se faire entendre.

 

Constatant la formidable démission laïque, l'apathie intellectuelle, voire la compromission de certains élus (beaucoup considèrent spontanément les imams comme des interlocuteurs légitimes, dès qu'il s'agit d'immigrés), la communauté maghrébine sait qu'elle doit se mobiliser. La loi interdisant les signes ostensibles religieux à l'école a été pour elle un appui important et un premier coup d'arrêt donné aux offensives islamistes. La communauté, encore mal organisée, des maghrébins laïcs de France, tout juste sortie du bois, et sans doute très largement majoritaire, pourrait bien se montrer beaucoup plus offensive les mois à venir face aux musulmans anti-laïcs qui sont sans doute, eux aussi, loin de la mobilisation maximale. Débats et des empoignades en perspective…

 

Yann Barte, TelQuel, 24 janvier 2004

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2 janvier 2004 5 02 /01 /janvier /2004 22:15

Le Président français a tranché : voile, kippa et grande croix seront proscrits à l'école publique. Les associations de musulmans brandissent le spectre d'une montée en puissance du radicalisme. Les mouvements « laïcs » remettent en cause la représentativité du Conseil du culte musulman.

Tout le monde s'est exprimé à propos du port du voile à l'école : des féministes aux islamistes, des associations laïques aux altermondialistes, des instances religieuses aux syndicats d'enseignants. Seule la France des " sans religion ", (désormais un peu plus de la moitié de la population) s'est difficilement faite entendre. Le rapport de la commission Stasi sur la laïcité, plébiscité dans les sondages par 72% d'opinion favorable, puis une semaine plus tard, le discours arbitrage du Président de la République (le 17 décembre dernier) ont encore suscité une avalanche de réactions. Les plus critiques émanaient des instances musulmanes.

" Un débat délirant ", " une loi catastrophe ", " une approche sécuritaire ". Les mots du recteur et imam de la mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou, sont sans ambiguïté. " Nous sommes dans les prémisses du totalitarisme !". Pourtant, cet imam refuse de faire l'apologie du voile, qui demeure pour lui " une prescription mineure de l'Islam ". La question fait d'ailleurs l'objet d'un débat parallèle houleux entre théologiens et historiens des religions. Le discours de Chirac relève pour lui d'une " conception crispée de la laïcité qui stigmatise". L'imam rappelle le poids des musulmans. " Il y a en France de plus en plus de convertis à l'islam, de plus en plus de femmes voilées... 8 millions de musulmans aujourd'hui ! " Un nombre de musulmans brandi, tour à tour comme un étendard ou un épouvantail... et une autre polémique qui se greffe sur le débat ! (*).

 

Le Conseil du culte musulman dénonce l'exclusion

 

" Le Président de la République est en train de former une nouvelle laïcité, d'exclusion poussant au repli communautaire " renchérit Thami Breze, Président de l' " Union des organisations islamiques de France " (UOIF), une des principales composantes du nouveau " Conseil français du culte musulman " (CFCM). Derrière la volonté affichée d' " accompagner la loi " subsiste le désir de la vider de sa substance : " Nous allons proposer un petit foulard comme signe acceptable ". Le mot "ostensible " fera sans doute encore couler beaucoup d'encre les mois à venir... Et interrogé sur les échos plutôt positifs de la loi dans la presse marocaine : " Je ne sais pas, je ne lis que Attajdid ! ".

 

En l'absence du Président de CFCM, Dalil Boubakeur, parti en vacances, sans doute épuisé par ces débats interminables, c'est Mohamed Bechari que nous avons sollicité, vice-président du CFCM et Président de la " Fédération nationale des musulmans de France " (FNMF). Pas de résignation non plus du côté de la FNMF : " le Président parle de voile, nous allons proposer une solution médiane : le bandana ! " Mohamed Bechari qui rappelle le climat peu favorable au débat de l'après 11 septembre, brandit aussi le spectre de l'Islam radical : " Avec cette loi, nous allons vers la radicalisation du discours religieux et anti français, la multiplication des écoles confessionnelles musulmanes ". Regret ou espoir ? Et ne lui parlez pas des associations de musulmans laïcs ! : " De quoi se mêlent-ils ? " Pour lui il s'agit d' " une mode " avec laquelle " il faut en finir ! Nous sommes légitimes, avons été élus. Qu'ils organisent des élections ! "

 

" Mais de quelle légitimité parlent-ils ? De ces 4000 délégués choisis par les mosquées ? " Pour Rachid Kaci, membre du " Mouvement des musulmans laïcs de France ", également secrétaire général de " Droite libérale " (courant de l'UMP foncièrement anti communautariste), " le CFCM n'a pas plus de légitimité à représenter les musulmans que nous. Pour cette représentativité de l'Islam de France, on a fait appel à des structures liées à des pays étrangers (Algérie, Arabie, Maroc) et à des politiques plus qu'à des théologiens en sur-représentant la mouvance des " Frères musulmans ". J'ai un trop grand respect pour l'Islam pour accepter de le voir accaparé et représenté ainsi ! ".

 

Les Maghrébins laïcs commencent à peine à se mobiliser. La crainte chez eux a, en effet, longtemps subsisté de voir l'affirmation de la laïcité entendue comme une attaque de la pratique religieuse. Kebir Jbil, Président du " Mouvement des maghrébins laïques de France" s'est félicité de voir les principes de la laïcité réaffirmés, mais pour lui " cette loi est encore insuffisante ".

 

Après l'attentisme, l'engagement pour la laïcité

 

Ainsi le Mouvement propose que le Code du Travail stipule la possibilité pour une entreprise de choisir la laïcité. " Nous attendons aussi une réforme de l'Islam et une prise de position claire du CFCM sur les questions de la polygamie, de la lapidation, de la peine de mort, de l'apostasie... Chaque musulman doit en effet être libre de changer de religion s'il le souhaite. Les associations dans le Maghreb avec lesquelles nous sommes en contact attendent beaucoup de nous, de la France, pour offrir l'image d'un Islam moderne. La laïcité est une chance pour l'Islam " conclue Kebir Jbil. L'idée est partagée par Fadela Amara, Présidente de " Ni putes ni soumises " et musulmane pratiquante : " Partout au Maghreb, on sent les prémisses d'un l'Islam entrant dans la modernité et épousant l'émancipation des femmes. La position de SM Mohammed VI est à cet égard importante et très clairvoyante ".

 

Ces dernières années, sous couvert de reconnaissance, on a enfermé les personnes dans des identités. Une erreur que la France paye cher aujourd'hui. Quelle que soit la nécessité de la loi, elle reste un aveu d'échec des politiques successives d'intégration. Le voile ne deviendrait-il pas un symbole identitaire pour une partie de la jeunesse ? En France comme au Maroc, l'islamisme est bien un produit de substitution des politiques sociales défaillantes.

 

(*) Selon la démographe Michèle Tribalat, qui s'apprète à publier prochainement une étude retentissante sur le sujet, le nombre de " musulmans possibles " par filiation serait de 3,7 millions.

 


 

Laïcité : Jacques Chirac s'est prononcé en faveur d'une loi

 

Une loi interdira le port de signes " ostensibles " religieux. Seuls les " signes discrets " resteront possibles. En revanche, le président n'a pas retenu la proposition du rapport Stasi prévoyant des jours fériés pour la journée de l'Aïd el Kébir et de Kippour. Réaffirmation également de la laïcité du service public " A l'hôpital, rien ne saurait justifier qu'un patient refuse, par principe, de se faire soigner par un médecin de l'autre sexe ". Un code de la laïcité devrait être remis à tous les agents publics dès leur entrée en fonction. Jacques Chirac a insisté enfin sur la question de l'égalité entre hommes et femmes. : " le degré de civilisation d'une société se mesure d'abord à la place qu'y occupent les femmes ".

 

Yann Barte, La Vie Eco, 2 janvier 2004

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1 novembre 2002 5 01 /11 /novembre /2002 23:23

Publié simultanément dans le monde entier, le témoignage de Abd Samad : « Zacarias Moussaoui, mon frère » (1) pourrait bien être le best seller de la saison. Mais qu’est-ce qui a poussé Abd Samad à écrire ce livre ?

 

Moussaoui---La-Vie-Eco.gifA quelques jours des attentats du World Trate Center, Abd Samad répond aux journalistes. Ses mots sont terribles pour son frère Zakarias qui risque pourtant la peine de mort. On s'interroge alors, on pense à un règlement de compte.

Avec la publication il y a quelques jours du livre « Zakarias Moussaoui, mon frère », l'attitude de Abd Samad laisse plus perplexe encore. Pourquoi ce livre ? S'agirait-il pour l'auteur de se protéger ? D'après le quotidien Le Monde, Abd Samad appartient au « courant ahbache, (2) dénoncé par la plupart des musulmans comme une secte malfaisante ».

Alors que la presse américaine dénonce un dossier d'accusation extrêmement faible et que des doutes se font entendre au sein même du FBI, Abd Samad, lui, a déjà condamné son frère. Pas une page, pas un mot en effet pour laisser place au doute quant à l'implication de son frère dans les attentats ! Pas même un rappel de l'ambiguïté de ce procès : lors des événements rappelons-le, Zakarias était en prison pour « visa expiré ». Une condamnation à mort pour intention criminelle constituerait un précédent.

L'auteur préfère régler ses comptes avec sa famille et dénoncer violemment les idéologues de l'extrémisme wahhabite et qotbiste (3). Ainsi décrit-il avec application les méthodes de recrutement de ces mouvements.

"L'Etat français ne fait rien"

Ce livre, moralisateur avant tout, est aussi une mise en garde des dérives de plus en plus fréquentes en Occident de jeunes vers cet Islam radical et ravageur. Pour Abd Samad, tous les ingrédients étaient là : les problèmes identitaires d'un franco-marocain ne parlant pas l'arabe et ignorant sa culture, sans père, ni repère, le racisme ordinaire, celui bien connu de l'Education nationale et de la police mais aussi des employeurs, des parents de la petite amie et bien sûr... la rencontre.

Si Aïcha El Wafi accepte de nous répondre, bien que très secouée par les propos de son fils Abd Samad, elle refuse pourtant de polémiquer : « J'ai fait tout ce que j'ai pu pour mes enfants. J'aime mes deux fils mais c'est Zakari qui a aujourd'hui besoin de moi. J'aurais fait pareil pour Abd Samad. S'il règle ses comptes à travers cette histoire tragique ou qu'il se protège, comme beaucoup le disent, lui ou son mouvement, c'est son problème ! ». Pour l'heure, Zakarias est l'objet unique de toutes ces préoccupations, de toutes ses angoisses et douleurs de mère. Et que fait aujourd'hui l'Etat français ? La réponse de Aïcha est laconique et sans appel : « rien ! Je ne vois rien. Ils ne sont pas pires que les précédents ! » On se souvient en effet qu'au mépris de ses principes contre la peine de mort, la France sous le précédent gouvernement avait accepté l'entraide judiciaire avec les Etats-Unis, destinée à recueillir sur le sol français, des éléments à charge contre Zakarias. Quant au Maroc... il ne s'est toujours pas manifesté.

 

(1) Zacarias Moussaoui mon frère, de Abd Samad Moussaoui et Florence Bouquillat (journaliste à France 2), aux éditions Denoël Impacts. 214 pages, 16 euros.

(2) Ce courant dont le maître à penser est le cheikh Abdallah Al-Harari (de la ville de Harar en Ethiopie), dit Al-Habachi est apparu au Liban au début des années 80. Très rigoristes sur le fond, les Ahbaches se donnent une image d'ouverture en critiquant violemment les wahhabites et les Frères Musulmans qu'ils accusent d'intégrisme. Présents en France sous le nom d'Association des projets de bienfaisance islamique en France (Apbif), ils sont implantés dans plusieurs villes comme Montpellier, Narbonne, Lyon, Toulouse.

(3) Sayyed Qotb fut un des grands idéologues égyptiens des « Frères musulmans ». Il décrète que le monde n'est plus musulman, qu'on vit à nouveau la jahiliyya, la " barbarie " anté-islamique et qu'on a le devoir d'abattre le pouvoir impie pour instaurer de nouveau l'Etat islamique. Qotb meurt pendu en 1966.

 

Yann Barte, La Vie Eco, 1er novembre 2002

 

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