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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 15:37

ennui-au-boulot---dessin-Allan-Barte.jpgTâches mal définies, perte de motivation, entraves à l'initiative... et l'ennui s'installe.

L'ennui au travail conduit à l'anxiété et à la dépression, parfois au suicide.

 

Sur l'internet, de nombreux sites se développent pour divertir les victimes de l'ennui au travail.

« Je m'ennuie à mourir dans mon travail, sans doute comme les trois-quarts de la planète ! ». Driss, trente-sept ans, est directeur financier dans une grande entreprise de confection de la banlieue de Casablanca. Son salaire élevé ne suffit plus à le motiver. Pour cet homme qui n'a jamais eu la passion des chiffres, l'ennui est permanent. Les relations avec les autres employés n'ajoutent guère de piquant. Le paroxysme est d'ailleurs atteint lors des réunions, « de longs monologues où personne n'écoute personne, chacun n'étant intéressé que par son cas personnel. Alors, je fais comme tout le monde : je participe à l'ennui général en parlant de moi, dont tout le monde se fout ». Combien, comme lui, souffrent d'un manque d'intérêt pour leur travail ? Et combien ont fini par accepter l'idée de s'ennuyer durant toute leur vie active ?

 

Les cadres s'ennuient autant, semble-t-il, que les autres salariés. C'est que la primauté des résultats financiers et la pression du court terme, entre autres, répondent rarement à ce besoin impérieux de sens au travail qui fait si souvent défaut dans l'entreprise. Les progrès techniques, s'ils ont décuplé nos forces productives, n'ont pas apporté davantage de réponses à ce besoin. Le management du nouveau millénaire reste à inventer. A moins qu'il ne faille s'interroger plus profondément sur la nécessité du travail... En attendant la fin du travail, prophétisée par certains sociologues, des collaborateurs subissent leur labeur, en silence et par millions. Mouna, vingt-cinq ans, est responsable marketing. C'est en tout cas la fonction indiquée sur sa fiche de paie, car elle fait tout sauf du marketing « C'est une boîte sans réel service marketing et sans moyens », explique Mouna qui reconnaît être devenue en quelques mois « une vrai pro... du solitaire ! ». Pourtant Mouna refuse de continuer à se tourner les pouces. Elle s'invente, alors, chaque jour, de nouvelles activités, aux frontières de l'absurde. « Un jour je décide de faire des cartes de visite pour toute la société, le lendemain je dessine des plans de stands pour des salons pour lesquels nous n'avons de toute façon aucun budget et je harcèle des clients pour des devis. Je pique même quelquefois le boulot du commercial. Je fais pour lui de la prospection pour servir à quelque chose ».

 

L'ennui pourrait avoir un rôle « mobilisateur »

 

Rien n'est plus démotivant dans le travail, en effet, que ce sentiment d'inutilité. Les personnes mises au placard en savent quelque chose. Tout comme celles qui les y ont mises ! L'ennui est destructeur. Des études ont démontré que l'ennui au travail conduit autant à l'anxiété et à la dépression que des responsabilités importantes et nombreuses. Pour Farouk Dadi, médecin du travail, « l'ennui est une porte ouverte à la dépression pouvant même mener, dans des cas extrêmes, au suicide. On parle peu du harcèlement moral dans l'entreprise. Le mot ne figure même pas dans le nouveau code du travail ! Cette forme de harcèlement est pourtant, au Maroc, beaucoup plus fréquente qu'on ne le pense. Malheureusement, les salariés n'osent pas encore porter plainte comme en Europe ».

 

Destructeur, l'ennui est aussi presque toujours un terrifiant gâchis d'énergie, impossible à chiffrer en termes de coût pour l'entreprise. Fayçal, journaliste de cinquante ans, est d'un autre avis. Pour lui, l'ennui pourrait bien avoir un rôle mobilisateur, « indispensable, entre la fièvre de la réalisation et le moment mort du découragement ». L'ennui ferait partie intégrante du travail lui-même, « c'est une sorte de tremplin pour mieux rebondir. Ce qui devient dangereux, prévient Fayçal, c'est de commencer à construire des stratégies pour donner à l'autre l'impression de faire quelque chose. En ce qui me concerne, je ne crains pas d'exprimer mon ennui ». Alors, l'ennui mobilisateur ? Formateur ? Pour beaucoup, pourtant, l'ennui n'apporte rien d'autre que la conscience terrible d'une situation misérable. La perte de sens du travail est presque toujours la cause de cette situation qui reste dans la majorité des cas dévastatrice.

 

Chat, courrier électronique, forums, tout est bon pour combattre l'ennui

 

Quelles sont les parades ? Combattre en interne pour un changement, fuir ou se soumettre. Beaucoup choisissent de « survivre », intégrant l'ennui comme une composante inhérente à leur travail. L'Internet, qui a rompu l'isolement et sauvé de l'ennui total des millions de travailleurs (chat, courrier électronique, forums...), est aussi le support privilégié de ce malaise planétaire. Sur la toile, les sites pour divertir les victimes de l'ennui au travail se multiplient, des groupes s'organisent pour réfléchir à cette notion de « glande participative » comme sur ce site de « Glande club », « entièrement développé durant les heures de bureau » où ses membres, qui « refusent d'être des esclaves modernes dans une bergerie climatisée » ont compris que « le travail ne menait à rien, surtout pas à l'élévation de l'esprit ». Là, il y a malaise dans la civilisation et sûrement des réponses urgentes à apporter en termes de management

 

Yann Barte, La Vie Eco, 23 juillet 2004


 

 

Face à l'ennui, il faut agir ou partir

- L'ennui peut s'installer si les échanges se limitent à des relations d'exécution.

- Il est très difficile d'inverser la tendance lorsque la monotonie s'est déjà installée dans l'entreprise.

- Mise au placard, travail routinier, mauvaise définition de poste, management directif… La liste est longue des facteurs qui peuvent engendrer l'ennui au travail. Pour éviter l'enlisement, on doit avoir le courage de provoquer la rupture. Mais tout dépend de la personnalité et des motivations de la victime. Les explications de Jamal Khalil, sociologue et professeur à l'Université Hassan II - Aïn Chock, Casablanca, également expert consultant en entreprises.

Jamal khalil Sociologue

- « La rationalité froide peut être source d'ennui, comme l'absence de rationalité. »

- « Lorsqu'on se sent prisonnier d'un travail, d'une famille… derrière ce que l'on appelle "devoir", se cache très souvent en réalité un inavouable manque de courage. »

 

La Vie éco : Le Maroc est-il plus touché que d'autres pays par l'ennui au travail ?

 

Jamal Khalil : L'absence de données sur ce sujet ne nous permet aucune comparaison. Nous ne pouvons qu'émettre des hypothèses tirées d'une expérience sur le terrain. Nous nous trouvons devant trois situations : celle où l'intérêt de l'individu prime, celle où c'est celui du groupe et enfin celle où les intérêts convergent. Dans les entreprises, les trois situations coexistent. Tout dépend du mode de management appliqué. C'est en fonction de ces données que l'on peut parler du climat au sein de l'entreprise, entre autres, de l'ennui. Il est bien entendu que l'ennui ne peut se développer que dans un environnement où il y a divergence d'intérêts.

 

Qui sont les responsables de cette situation d'ennui dans l'entreprise ?

 

Les responsabilités sont toujours partagées. Elles sont aussi à chercher dans les fonctionnements particuliers de chaque entreprise. On peut cependant penser que la responsabilité est en rapport avec le niveau hiérarchique.

 

L'ennui serait alors le résultat d'un mauvais management ?

 

Oui, bien qu'il soit difficile de définir le bon management. Peu à peu le management participatif se substitue, au Maroc, au management autoritaire (on saisit de mieux en mieux son efficacité), mais il reste encore minoritaire. Si les échanges au sein de l'entreprise se limitent à des relations d'exécution, il peut y avoir très vite ennui. La rationalité froide peut être facteur d'ennui comme l'absence de rationalité (une mauvaise organisation, des tâches mal définies…). La multiplication des liens entre les personnes au sein de l'entreprise, l'écoute, sont les meilleurs remèdes.

 

Le phénomène peut-il avoir des conséquences sur la santé ? Peut-on physiquement mourir d'ennui ?

 

On peut mourir de tout. On passe le tiers de sa vie d'adulte au travail. Si celui-ci est ennuyeux, inintéressant, on est devant trois choix : rester et subir, partir ou se battre pour changer les choses. Tout dépend de ce qu'on veut faire de sa vie et de sa mort.

 

Préconisez-vous la rupture ?

 

Oui. Cependant, chasser l'ennui nécessite un certain dynamisme. Ce qui est quelquefois peu aisé. Il devient en effet très difficile d'inverser la tendance lorsque la monotonie s'est installée dans l'entreprise. Une rupture est nécessaire et donc l'acceptation de l'idée de changement. Beaucoup y sont réticents. Une démarche pédagogique est souvent utile. Personne n'est totalement enchaîné. Lorsque l'on remonte dans l'histoire personnelle des gens, on se rend compte qu'ils ont bien fait des choix. L'adulte a perdu l'énergie qu'il avait, enfant, son goût pour le changement, la nouveauté. Il est toujours possible de basculer d'un système de vie à un autre, radicalement différent. Lorsque l'on se sent prisonnier d'un travail, d'une famille… Derrière ce que l'on appelle « devoir » se cache très souvent une réalité inavouable : le manque de courage.

 

Hommes, femmes, cadres ou non-cadres, sommes-nous égaux devant le mal ?

 

Non, d'ailleurs devant quoi sommes-nous égaux ? Ce serait terriblement ennuyeux !

 

Yann Barte, La Vie Eco, 23 juillet 2007

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1 juillet 2007 7 01 /07 /juillet /2007 22:01

On s'arrache les cheveux à la mairie ! Le projet dix fois différé, semble cette fois prêt à aboutir, mais bien mal parti…

Le-Courrier-de-l-Atlas---juillet-2007.jpgSur un trottoir de la rue d'Amiens, dans le 3ème arrondissement de la cité phocéenne, un groupe d'hommes barbus discute adossés contre des voitures. En face, une porte surélevée d'une enseigne « Conseil des imams de Marseille et ses environs » (CIME). Tous sont imams et aucun ne souhaite s'exprimer sur ce projet de grande mosquée. Après cinq minutes d'un long monologue, je parviens pourtant à faire parler l'un d'entre eux : « Cette mosquée qui va coûter 13 millions d'euros n'a aucun sens, on n'en veut pas ! Mieux vaut réaménager les petites mosquées de proximité. Pour les grands rassemblements comme l'Aïd, le parc Chanot peut déjà accueillir 15.000 personnes ! »

Ces imams dits 'indépendants', souvent proches des Frères musulmans, du FIS algérien ou des salafistes, ont fait la loi durant des années sur Marseille et digèrent mal le fait d'avoir été évincés de la direction du CRCM-PACA, seul CRCM dirigé par la tendance Mosquée de Paris. Cet imam a la dent dure contre les Bencheikh, les Boubakeur… « qui ne sont peut être même pas des musulmans ! ». Il n'est guère plus amène envers la mairie qui a refusé Mohamed Yassine, leur président, à la tête de l'association « Mosquée de Marseille », porteuse du projet. « La mairie assoit des laïcs, des rappeurs à côté d'imams, c'est n'importe quoi ! »

Lors d'un dîner organisé par le Conseil général et relaté par La Provence, Mourad Zerfaoui, l'ex-président du CIME et du CRCM se rebelle contre la mairie. Le clan des imams indépendants tombe alors en disgrâce à la mairie. Pour cette dernière, qui loge le CRCM gratuitement, c'en est trop !

 

l'évolution du maire

 

C'est au 3ème étage de ce bâtiment offert par la mairie, juste derrière l'Opéra à deux pas de la Canebière, que le nouveau président du CRCM-PACA m'accueille. Abderrahmane Ghul, ne souhaite pas s'étaler sur ces « imams autoproclamés du CIME qui ne représentent rien » et « ont une attitude négative ». Il préfère louer l'évolution miraculeuse de Jean-Claude Gaudin qui disait encore lors de son premier mandat « c'est un très beau projet, mais pour Marrakech ». Le président est sincèrement reconnaissant de l'action de la mairie. Et le financement ? Le volet cultuel reviendrait à 6 ou 8 millions d'euros, tandis que le projet total pourrait approcher les 23 millions ! « Le premier investisseur, rassure le président, est la communauté musulmane marseillaise (à 30%), près de 2 millions d'euros ». Mais il faut aussi compter sur des fonds étrangers. « La loi ne l'interdit pas. Des fonds proviennent d'Algérie, du Maroc, d'Arabie Saoudite… L'argent n'a pas d'odeur comme on dit, même si ça sent l'odeur du pétrole » lance le président avec ironie. Pour plus de transparence, « l'association a ouvert un compte à la Caisse des dépôts et consignation avec un commissaire aux comptes ». On n'en saura pourtant pas plus sur ces montants venus de l'extérieur. A la mairie centrale peut-être…

 

Un projet qui divise

 

« Ah bon ? Il vous a parlé de fonds saoudiens ? » Cette proche collaboratrice de Jean-Claude Gaudin souhaite conserver l'anonymat et propose d'être appelée « source proche de la mairie, c'est ainsi que font tous les journalistes » paraît-il. Cette femme qui refuse d'être enregistrée et lance un « c'est off, ça ne l'écrivez pas » chaque fois que je soulève mon stylo, semble avoir quelques difficultés avec ce dossier sensible. Elle compte bien sur moi d'ailleurs pour taire les dissensions, un peu remontée contre toute ces musulmans ingrats qui « crachent sur la mairie » : « c'est un geste de générosité qui s'est retourné contre nous » résume-t-elle.

 

C'est que la mairie qui avait exigé naïvement il y a quelques années une unanimité de la communauté, semble assez peu au fait des divisions idéologiques des différents courants musulmans de la région. C'était vouloir rassembler des chiens avec des chats et il aurait sans doute fallu attendre encore quelques siècles avant de poser la première pierre !

 

Pour le dossier, la mairie a fait appel à un spécialiste du droit des religions, ce qui ne l'a pas dispensée de faire des bourdes monumentales. C'est ainsi qu'elle a omis l'évaluation des domaines. Le tribunal administratif de Marseille a ainsi pu annuler le 17 avril la délibération du conseil municipal qui mettait à disposition de l'association « la Mosquée de Marseille » un terrain par un bail emphytéotique de 99 ans pour le projet. Le tribunal avait été saisi par trois requêtes du FN, MNR, MPF, toujours prompts à se découvrir des penchants laïques s'agissant de lieux de culte musulman. Le tribunal tranchait en faveur de ceux qui dénonçaient des « subventions déguisées » derrière un loyer ridicule (300 euros par an pour 8 600m2 et un prix du m2 cinq fois inférieur à l'école chrétienne voisine), en violation de la loi de 1905 (« la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte »).

 

Après une hausse du loyer, le dossier devrait pourtant repasser en juillet en conseil et les travaux commencer en octobre. « Ce n'était pas une erreur ! » persiste ma « source » qui, plutôt que de m'apporter la preuve contraire, choisit de m'imprimer le discours de la signature du bail dans lequel le maire félicite monsieur N'Gazou, Délégué régional de l'UOIF Sud. Elle me tire même quelques photos de la superbe mosquée Daoua, flambant neuve, livrée en octobre 2005 (2 millions d'euros). « Voyez, on fait même les dossiers de presse des Tabligh ici ! (2) ». La « source » est intarissable d'éloges sur le délégué UOIF : « lui il sait travailler avec l'administration. C'est un homme extrêmement intelligent ». Les frères musulmans en odeur de sainteté à la mairie ? Mieux encore : « Il m'a dit à propos de son projet de collège musulman : 'je vais faire une surprise au maire, ce sera un collège haute qualité environnementale ! » Fondamentaliste ? « c'est possible, en tout cas sa femme est beaucoup moins voilée que la femme de… » Qui a dit que la désignation seule par les pouvoirs publics, plutôt qu'une désignation par le bas, pouvait prévenir les dérapages islamistes ? Avec la marie de Marseille, rien n'est moins sûr.

 

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas, juillet 2007 

 

(1) D'après une enquête du quotidien La Croix, nov. 2006.

(2) Jama'a at-tabligh. Ce mouvement rigoriste fondé à la fin des années 1920 en Inde par Muhammad Muhammad Ilyas Kandhalawi est jeune et très bien organisé. Les Tablighis suivent des codes stricts de droit islamique (codes vestimentaires, pratiques religieuses...)

 

« Je me suis retiré du projet de la mosquée. Trois ans de palabres et toujours les mêmes disputes. C'est avant tout un problème de leadership. Nous, nous ne faisons pas de l'islam un outil poitique ou de pression ».

 

Moussa Couaté, secrétaire général de la FFAIACA PACA (Fédération française des associations islamiques d'Afrique des Comores et des Antilles).

 

« Beaucoup de musulmans ne veulent pas de cette mosquée et préfèrent qu'on traite les questions plus urgentes de ghettoïsation, de discrimination à l'emploi, au logement. La prière, les musulmans peuvent la faire n'importe où ! »

 

Abel Djerari, adjoint au maire à la mairie de secteur des 11è et 12ème arrondissements de Marseille (élu indépendant sur liste UMP).

 

« A la mosquée Islah, le Conseil des Imams (CIME) organise des quêtes au profit de la Grande mosquée de Marseille et vide ensuite les caisses. Il loue par exemple Chanot 30 000 euros pour 4 heures. Ces imams ne croient pas au projet. Moi, je garde espoir et j'ai confiance en la mairie ».

 

Abderrahmane Ghul, Président du CRCM PACA.

 

« Il y a quelques mois, on associait encore au centre cultuel, un centre culturel. Aujourd'hui, on ne parle plus que de la Grande mosquée. Désolant ! Les deux projets étaient tellement liés qu'il y avait même eu une polémique autour de l'application de la charia dans le centre (une personne s'était opposée au fait qu'il y ait de la musique)".

 

Nassera Benmarnia, Directrice de l'Union des Familles Musulmanes des Bouches du Rhône.

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1 avril 2007 7 01 /04 /avril /2007 22:09

 

 

PRÉSIDENTIELLE Discrimination positive, communautarisme, avortement, financement des lieux de culte… Le thème de la laïcité s'invite sans cesse dans la présidentielle sans toutefois jamais devenir un thème central de campagne. Malgré un consensus de façade, d'un bout à l'autre de l'échiquier politique, la laïcité semble aujourd'hui bien mise à mal.

 

"Les candidats à l'élection présidentielle ont, semble-t-il, décidé de parler le moins possible de 'laïcité', tout en s'affirmant, la main sur le cœur, laïques." Robert Albarèdes, président de l'association Les Laïques en réseau, est plutôt sceptique quant aux déclarations des candidats. Il y a quelques mois, le militant décidait de fédérer les initiatives afin de faire de la laïcité un véritable enjeu de société et "un thème essentiel du débat électoral". Plus de quarante structures attachées à la laïcité en France rejoignaient le réseau, bien décidées à peser sur la campagne. En effet, pour le réseau qui interpelle les candidats, il y a péril en la demeure. Un questionnaire (de vingt-neuf questions) dont les réponses seront rendues publiques sur le site du réseau (1) a été adressé à l'ensemble des présidentiables. La moitié a déjà répondu.

 

Les Laïques s'organisent aussi au niveau international. En février dernier avait lieu à Montreuil une rencontre laïque rassemblant plus de huit cents représentants de trente pays différents, à l'initiative de l'Ufal et de l'association Algérie Ensemble. Pour le président de l'Ufal, Bernard Teper, qui dénonce une "présidentielle affligeante", cette rencontre était assurément un message adressé à "nos élites françaises qui préfèrent le communautarisme anglo-saxon, pourtant en faillite partout dans le monde !".

 

Si, dans les discours, plus aucun politique n'ose aujourd'hui ouvertement remettre en cause la laïcité, les définitions que chacun se fait du mot restent redoutablement élastiques. Pour Jacqueline Costa-Lascoux, directrice de l'Observatoire de l'immigration et de l'intégration au Haut Conseil à l'intégration et ancienne membre de la Commission Stasi, il s'agit surtout de ne plus faire de vague : "Plus personne ne veut s'empailler sur des histoires de voile. Il y a manifestement un apaisement sur ces questions. Mais l'intégrisme continue à faire peur : celui des musulmans, mais aussi celui des évangélistes protestants, des cathos qui s'agitent sur les questions de famille, de bioéthique, les sectes… En fait, personne n'a vraiment envie d'agiter ces questions en période électorale."

Le thème n'apparaît alors qu'"en demi-teinte" dans la campagne. Faut-il pour autant parler de consensus ? "La célébration du centenaire de la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat a en effet été très consensuelle, se souvient Martine Barthélemy, chercheuse au Cevipof. Mais la loi a été aussitôt remise en question, très directement. Il est finalement bien difficile de parler de consensus. Il y a une méconnaissance de ce qu'est la laïcité dans son principe. La laïcité est bien plus que la protection des libertés des religions. Elle est aussi la séparation entre ce qui relève de la confession religieuse et de la citoyenneté et des droits de la personne." La confusion règne.

 

Une question qui transcende les clivages politiques

 

La laïcité, une valeur de gauche ou de droite ? "C'est de plus en plus compliqué. Historiquement, c'est clair, la laïcité a été quelque chose de caractéristique et de symbolique du combat républicain et de la gauche. Elle s'est construite en France contre l'influence de l'Eglise catholique, le cléricalisme. Mais elle s'est depuis diffusée, y compris au sein de l'Eglise catholique, remarque la chercheuse du Cevipof. Aujourd'hui, la question fait conflit à gauche comme à droite." Pour Robert Albarèdes, "la laïcité transcende les clivages politiques traditionnels. Rien d'étonnant à cela puisqu'elle est un principe de droit politique qui vise le peuple tout entier. Elle propose un ordre politique et sociétal de concorde, d'équilibre, d'égalité entre tous, quels que soient les options spirituelles ou les choix idéologiques de chacun". Le militant loue d'ailleurs aussi bien les convictions laïques de Jacques Chirac, "à l'origine de la loi sur les signes religieux à l'école" que "l'action exemplaire du sénateur Delfau", à gauche.

Les politiques de gauche comme de droite savent d'ailleurs à l'occasion s'unir lorsque cela s'avère nécessaire. Seize députés (quatre PS, quatre PC, quatre UDF, quatre UMP) avaient ainsi formulé dans un appel, le 26 octobre dernier, leur opposition au rapport Machelon sur la laïcité et réaffirmé leur attachement à la loi fondatrice de 1905.

 

Tous les partis, y compris les plus grands, sont aujourd'hui traversés par des courants contraires sur la question de la laïcité. C'est ainsi que les chiraquiens ont quelquefois aussi peu d'enthousiasme à faire campagne pour Nicolas Sarkozy que les Fabusiens pour Ségolène Royal. Les uns voient d'un mauvais œil l'apologie du modèle anglo-saxon, de la discrimination positive, d'une gestion communautariste et religieuse des conflits, voire la complaisance à l'égard des sectes que le ministre de l'Intérieur appelle les "nouveaux mouvements spirituels". Les autres s'arrachent les cheveux à écouter les discours ponctués d'"ordre juste" (une expression empruntée à Benoit XVI), de morale de leur chef de file, et désespèrent de voir le peu de cas que leur candidate fait de la laïcité dont elle donne d'ailleurs une définition des plus restrictives : "La vraie notion de la laïcité, ce n'est pas le refus des religions, mais le respect de toutes les religions et de ceux qui les pratiquent."

 

"Et pourquoi croyez-vous que Bayrou ait des réponses si alambiquées sur le mariage homosexuel ?, questionne Jacqueline Costa-Lascoux, du HCI. Il y a quinze ans, il aurait dit simplement 'parce que ''je suis chrétien''. Aujourd'hui, on se situe beaucoup moins par rapport à des traditions philosophiques ou religieuses."

 

Nicolas Sarkozy a pourtant franchi le cap dans son livre La République, les religions, l'espérance. Il y affiche ses convictions et met le religieux au centre du débat politique. Dans une approche très similaire aux Républicains américains, le candidat va jusqu'à opposer les valeurs républicaines aux valeurs religieuses : "La dimension morale est plus solide, plus enracinée lorsqu'elle procède d'une démarche spirituelle, religieuse, que lorsqu'elle cherche sa source dans le débat politique ou dans le modèle républicain." Car la pensée laïque est bien attaquée sur trois fronts, explique Catherine Kintzler, professeur de philosophie à Lille III, qui vient de sortir un essai Qu'est-ce que la laïcité ? (Vrin Editions) : "Par des visées politiques menées au nom d'une religion monothéiste, par la remise en cause du modèle politique républicain au profit d'un modèle communautariste, enfin par l'idée qu'il n'y aurait pas de vie politique sans une forme de lien religieux, l'idée que le lien religieux est le modèle de toute vie sociale et politique."

 

La loi de 1905 passera-t-elle le prochain quinquennat ?

 

 

Rien n'est moins sûr. En proposant de réinstaller le religieux dans l'espace politique en gommant les notions de "sphère privée" et de "sphère publique", en permettant toutes les formes de financement public pour la construction des lieux de culte, le rapport Machelon sur la laïcité commandé par Nicolas Sarkozy s'avère être bien plus, selon ses détracteurs, une "kärchérisation de la loi de 1905" que le "toilettage" annoncé. C'est bien à l'essence même de la loi (le non-financement public des cultes) que ce texte s'attaque.

Mais si ce texte a concentré les critiques à gauche comme à droite, peu ont commenté le texte socialiste équivalent. Le 22 juin 2006, en effet, Jean Glavany déposait au nom du PS, sur le bureau de l'Assemblée nationale, un projet de loi visant à "promouvoir la laïcité dans la République". Un texte ambigu dans lequel l'article 2 "la République ne reconnaît, ne salarie, ni ne subventionne aucun culte" devenait "la République ne reconnaît ni ne privilégie aucun culte". Un texte un peu fourre-tout aussi dans lequel était en outre prévue la création d'un Centre national de la mémoire de l'immigration, comme s'il fallait compenser l'application de la laïcité y compris aux "immigrés" en leur donnant "en échange" un centre mémoriel !

Enfin, comme dans le rapport Machelon, le texte rejette toute possibilité d'uniformiser l'application de la loi de 1905 sur l'ensemble du territoire, réaffirmant même le concordat d'exception d'Alsace-Moselle.

Les associations laïques restent aussi souvent perplexes face aux partis ayant voté "oui" au TCE, un traité dans lequel le mot "laïcité" ne figurait pas même une fois et où le dialogue entre les religions était institutionnalisé. Pour Robert Albarèdes, "ces partis sont poussés à accepter dans le cadre d'une construction politique européenne, à faire passer notre pays d'une situation de laïcisation à une situation de sécularisation, à un espace sociétal émietté, à une structure politique régionalisée rompant avec l'unité de la Nation."

Partout, des atteintes graves à la laïcité

C'est sans doute l'accolade entre José Bové et Tariq Ramadan au Forum social européen 2003 qui a sonné symboliquement le début de cette alliance surprenante entre une partie de la gauche et des mouvements islamistes. "Le néo-laïque, explique Catherine Kintzler, apparu sous le label 'laïcité ouverte', est une figure tourmentée, authentiquement laïque lorsqu'il est confronté à un intégrisme de droite ou du Nord et étonnament communautariste lorsqu'il est confronté à un totalitarisme du Sud." Toute l'extrême gauche française est traversée aujourd'hui par cette schizophrénie.

Une vraie fracture est née au sein même des partis entre une gauche antitotalitaire, attachée aux principes universalistes, aux droits de l'Homme, et une gauche tiers-mondiste, alter-mondialiste et adepte du relativisme culturel (entre autres sur la question du port du voile). Si cette gauche radicale ne s'est pas ralliée dans son ensemble aux thèses d'un Socialist Workers Party (SWP) britannique, par exemple, prônant une alliance ouverte avec les islamistes dans un même front anti-capitaliste, elle reste dangereusement tentée par cette option. Le journal Rouge, de la LCR, se fait ainsi le témoin d'affrontements entre trotskistes partisans d'un soutien sans condition au Hamas et de militants dénonçant le totalitarisme du parti islamiste. Faut-il alors s'étonner de voir, comme durant les bombardements au Liban, les drapeaux rouges de la LCR se mêler à ceux du Hezbollah en plein Paris ? La thèse des Indigènes de la République qui assimile ni plus ni moins la laïcité à une forme de colonialisme et de racisme a touché presque toute l'extrême gauche.

Seuls les Verts (et dans une moindre mesure Lutte ouvrière) ont finalement - et depuis peu - réussi à imposer une ligne laïque (voir encadré plus bas). Mais des gestions extrêmement communautaristes demeurent dénoncées par des militants, comme Messaoud Bouras qui s'est fait une spécialité de traquer l'"islamo gauchisme" dans la région de Roubaix.

Quant au Parti communiste, la nomination de Mouloud Aounit à la coprésidence du comité de soutien de Marie-George Buffet a eu à peu près le même effet que la nomination de Christine Boutin comme conseillère politique de Sarkozy. Encore un coup dur pour la laïcité !

Pour le président de l'Ufal, Bernard Teper, c'est d'autant plus absurde que "les politiques néolibérales sont alliés des communautarismes et intégrismes religieux. Le néolibéralisme a besoin des communautés ethniques et religieuses pour substituer à la solidarité sociale, la charité".

A l'extrême droite, la laïcité est aussi malmenée. Si le FN amorce depuis quelques années un virage dans sa communication, sur le fond, peu de choses ont réellement changé. La laïcité s'affiche, mais la référence religieuse reste sous-jacente et les intégristes catholiques, des lobbies qu'il convient encore de ménager. Comme le MPF de de Villiers, le FN rejoint ainsi les catholiques traditionalistes sur la question de l'avortement. L'interdiction du droit à l'avortement reste bien à l'ordre du jour des deux partis.

 

Prisonnier d'un rapport compliqué avec le monde arabe, le Front National a finalement laissé le créneau stratégique du combat contre l'islamisation à de Villiers. Mais les deux partis ont bien plus à cœur de promouvoir les valeurs chrétiennes que les valeurs républicaines.

 

La question instrumentalisée du financement des mosquées

 

"La laïcité est condamnée à évoluer avec le religieux dans l'espace public." Mohamed Mestiri, président de l'Institut international de la pensée islamique, parle de la loi de 1905 comme d'une "bonne loi" tout en affirmant paradoxalement que "l'Etat peut et doit accompagner les religions vers une certaine autonomie". C'est cela qu'il aimerait voir aborder dans la campagne : "La reconnaissance des droits des cultures musulmanes", "la place du CFCM (Conseil français du culte musulman) en crise", "la mise en place avec l'aide de l'Etat de fondations cultuelles ou culturelles à vocation d'intérêt général"…

 

Pourtant, si le chercheur parle de religion presque comme d'un service public, il se dit dans le même temps attaché au modèle français : "La laïcité à la française favorise davantage le droit à la liberté et à l'expression religieuse que les systèmes multiculturalistes anglo-saxons. On voit peu de reconnaissance de l'altérité culturelle dans ces pays : les communautés vivent les unes à côté des autres dans la marginalité, l'indifférence presque totale."

 

Aziz Sahiri, président du Mouvement des laïques musulmans de France, est quant à lui farouchement opposé à tout financement public des lieux de culte. Quant au CFCM, "il a ridiculisé tous les musulmans avec ce procès contre Charlie Hebdo. Mon représentant à moi, ce n'est pas Boubaker, c'est le député que j'ai élu". Pour ce militant, l'argent est là : "Les musulmans de France en 2007, ce n'est pas une communauté pauvre. C'est une communauté inorganisée où l'argent circule. A eux de se prendre en main !"

 

"A moins que l'on veuille continuer à ghettoïser cette population pour la rendre toujours plus manipulable, je ne pense pas que ce soit vraiment une priorité, renchérit Rachid Benzine auteur des Nouveaux Penseurs de l'islam. Si les musulmans n'ont pas les moyens aujour-d'hui de construire des mosquées, ils attendront. Ils doivent savoir s'ils veulent leur autonomie ou préfèrent être achetés aujourd'hui pour être revendus demain. Le problème des musulmans est celui de tous les autres Français, tant qu'ils n'auront pas compris cela, ils resteront manipulés."

 

(1) http://www.laic.fr

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas, avril 2007 

Laïcité chez les Verts : un virage à 180°

 

 


 

 

 

 

Philippe Namias revient sur les errements de son parti qui lui ont fait perdre nombre de militants.

Partisans du relativisme culturel, pro-voile, proches de mouvements communautaristes, voire islamistes…, les Verts n'ont pas fini de payer leurs prises de position antilaïques. Dernièrement, le parti écologiste redressait la barre, se ralliant à la motion "laïcité" proposée par le groupe Laïcité, Ecologie, Association (LEA).

 

Dérive "Il y a trois ans, les Verts prenaient des positions très discutables pour nombre d'entre nous, notamment en rapport avec le féminisme. Ils s'étaient ainsi opposés à la loi sur les signes religieux à l'école (avant même son application). Certains avaient aussi signé des appels comme celui des Indigènes de la République, de L'Ecole pour Tous ou des Féministes pour l'Egalité. Nous avons perdu beaucoup de monde sur ces questions, c'est pourquoi il fallait réagir vite. Un vrai clivage s'est créé entre ces personnes et les militants laïques."

 

Culpabilité post-coloniale "Longtemps, l'idée a persisté chez les Verts que, en se réclamant de la République, de l'universalisme, on était nécessairement contre la diversité, voire même raciste. C'était la position un peu facile qui prévalait chez les Verts : 'on est copain avec tout le monde'. A gauche, on traîne souvent une certaine culpabilité à l'égard de la question coloniale. Au lieu de l'assumer clairement, on est resté dans les généralités et dans l'impossibilité de discuter de tout ce qui venait du Sud ou d'une autre religion (un peu le syndrome de l'ouvrier pour le PC). Chez les Verts, l'islam était avant tout 'la religion des opprimés'. C'est très explicite chez les 'Indigènes', mais c'est sous-jacent chez nos adversaires internes au sein des Verts qui accusent de coloniales des positions simplement laïques. Nous avons de gros problèmes avec des personnes comme Alain Lipietz qui prend des positions pro-hijab au niveau du Parlement européen. Au nom d'un antiaméricanisme, beaucoup ont vu, sans qu'ils l'expriment aussi clairement, les islamistes comme des alliés naturels. Et pourquoi aura-t-il fallu deux ans et demi pour exclure des Verts une antisémite notoire comme Ginette Skandrani ?"

 

Motion laïcité "Face à ces positions très communautaristes, nous avons donc créé, en 2005, le groupe LEA. Nous prenions aussi contact avec des associations placées différemment que nous sur l'échiquier politique comme l'Ufal, SOS Racisme, Ni Putes Ni Soumises. Au dernier congrès, la motion "liberté, laïcité, diversité" est passée (à 53 %) face à d'autres motions qui étaient très proches des Indigènes de la République. La laïcité s'est finalement imposée chez les Verts comme une question essentielle, au même titre que le réchauffement climatique, et c'est la position qui prévaut pour deux ans."

 

Présidentielle "Ecologiste, mais pas verte, Corinne Lepage est extrêmement laïque. Rien à redire ! Dominique Voynet est d'accord sur le fond, mais elle cherche des alliances. Elle est passée tellement limite en interne en nombre de votes (50,59 %) qu'elle préfère sans doute ne pas créer de nouveaux clivages. Sur la question de la laïcité, il n'existe pas vraiment de clivage droite gauche, même si le multiculturalisme reste une vision très libérale, au sens économique du terme."

 

Demain "Nous avons encore des combats à mener en interne, contre la discrimination positive par exemple. Si on considère qu'il n'y a qu'un seul groupe humain et que les diversités culturelles ne sont pas à ériger en murs contre les personnes, la discrimination positive n'a pas de sens. Pour nous, les principes fondamentaux de la loi de 1905 sont toujours valables, puisque basés sur des principes universels. On nous accuse de défendre une 'laïcité de combat'. Nous le revendiquons : la laïcité se défend aussi. Nous souhaitons une laïcité vivante. Parler de 'laïcité ouverte' signifie 'pas de laïcité du tout'. La laïcité est bien plus que la simple coexistence entre les religions qui peut d'ailleurs très bien se faire sur le dos des femmes ou contre les homosexuels. Les trois religions s'accordent parfaitement dans tous les pays pour nier les droits des homosexuels."

 

Mosquées "Nous ne sommes, bien sûr, pas opposés aux constructions de mosquées. A Bagnolet, nous avons des militants de l'association, adjoints au maire, qui ont voté pour la construction d'une mosquée, mais dans le cadre de la loi. Contrairement à Nicolas Sarkozy, je ne pense pas que l'origine du financement soit un problème. Il doit y avoir un travail de vigilance, c'est tout. A contrario, on peut très bien, en effet, avoir des imams français, un financement français et des positions totalement extrémistes." YB

 

Yann Barte, Le Courrier de l'Atlas, avril 2007 

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1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 22:01

DM-nov-2006.jpgEn deux ans, elle est devenue une icône de l'art culinaire au Maroc. Télé, presse, édition, publicité, elle est partout, défendant avec passion et gourmandise, une cuisine traditionnelle qui gagne en légèreté et se nourrit des saveurs du monde.

Elle surgit de ses studios de la rue Mohamed Diouri, en plein cœur de Casablanca, les cheveux encore mouillés, tennis rouge aux pieds et petit chemisier qu'elle finit d'ajuster... de travers. Jolie et fraîche, elle s'excuse presque de ne pas être plus apprêtée pour la séance photo. A côté, quelques jeunes femmes voilées s'activent déjà en cuisine, tandis que, dans la salle mitoyenne, on boucle le spécial ramadan de « Saveurs & Cuisine du Maroc », son journal lancé en octobre 2005.

En deux ans à peine, Choumicha est devenue une référence en matière culinaire, en même temps qu'une véritable marque commerciale. Ambitieuse, la jeune femme prévoit la construction prochaine de 900 m2 de plateau près de la ville d'Azemmour, pour des tournages et ateliers culinaires, la réhabilitation d'un riad transformé en salon de thé au quartier Habbous de Casablanca et des versions internationales de son magazine. Avec un programme culinaire quotidien (« Ch'hiwate Choumicha ») sur 2M, la 2ème chaîne nationale, un second, régional et hebdomadaire (« Ch 'hiwate bladi »), des livres de cuisine en français et en arabe qui se vendent comme des petits pains, un site Internet et une revue bimestrielle tirant à plus de 20.000 exemplaires (chiffre très honorable au Maroc), Choumicha a conquis un large public.

La fée des petits plats fait même des émules dans les maternités. Des fillettes portent aujourd'hui son prénom, pourtant rare, qui signifie « petit soleil » en arabe.

Il suffit de déambuler avec elle dans les rues de Casa pour mesurer le capital de sympathie dont elle jouit. Ce jour-là, au Marché central, les gens l'interpellent avec tendresse et spontanéité : « Alors Choumicha, tu nous prépares le couscous aujourd'hui ? » lance un chibani assis sur une caisse retournée, à deux pas d'un vendeur de légumes. Au quartier Habbous, ce sont des gamines qui virevoltent autour de leur idole avant de venir l'embrasser. Choumicha répond à toutes ces marques d'affection par autant de petits mots gentils. A force d'apparaître au quotidien dans les foyers pour expliquer, avec simplicité, pourquoi il est préférable de ne pas ajouter de cumin au poisson m'chermel, elle a presque fini par faire partie de la famille ! Et chacun d'écouter religieusement, avant de les mettre ne pratique, les conseils de ce fin gourmet.

Pourtant, il y a peu, Choumicha taquinait davantage les éprouvettes que les casseroles. De formation scientifique, elle étudiait la chimie. Elle n'est pas pour autant une adepte de la gastronomie moléculaire ? « Mais j'ai eu l'occasion de rencontrer Hervé This (1) à Fez et je trouve ses travaux très intéressants ». Nul besoin toutefois de la chimie pour lever le voile sur les secrets cachés du fond des tajines : « Ma grand-mère, qui m'a communiqué l'amour de la cuisine, savait par expérience, qu'il fallait citronner un légume pour qu'il ne s'oxyde pas et ne pas laisser trop longtemps des pommes de terre dans l'eau pour conserver du goût ». Pour Choumicha, la cuisine est une affaire de cœur qu'elle appréhende « de façon ludique » : « Ma grand-mère m'a aussi appris à faire la pâte à pain, à éplucher, à connaître les mélanges heureux ou non… Il s'agissait surtout pour elle d'un savoir qu'elle se devait de me transmettre pour me préparer à devenir femme accomplie ». Après des études de communication interrompues par son mariage, la jeune femme a animé « le Mot juste », sur 2M, puis une émission féminine de conseils sur Radio FM durant deux ans, avant de se voir proposer l'émission qui a fait sa renommée.

Depuis, elle ne vit que pour la cuisine. Ici, elle remplace une herbe par une autre, là l'alcool par un jus de citron pour déglacer ou un bouillon de légumes, plus conforme aux habitudes marocaines. Elle invente, simplifie et allège la cuisine marocaine quelle juge souvent « trop grasse », mais si « bien composée », empruntant par exemple une méthode de cuisson asiatique pour rendre plus diététique un plat marocain encore trop riche. « La cuisine marocaine s'ouvre au monde » explique Choumicha qui reconnaît cependant son coté paradoxalement « très conservateur ».

Elle sait aussi s'enrichir de l'expérience des autres et projette de continuer à « se structurer avec d'excellents chefs comme Moha, Myriem Cherkaoui, Nadi ». Choumicha picore partout. Elle chérit l'inventivité de la cuisine française, raffole des soupes, poissons aigre-doux de la cuisine chinoise et goûte avec plaisir les cuisines italienne, espagnole, libanaise, sans jamais chercher à établir un palmarès. . « Chaque cuisine a quelque chose d'intéressant » dit-elle avec sincérité et gourmandise. Consommatrice moderne et gardienne des traditions, Choumicha n'est pas choquée par guerre du pot de terre contre le pot de fer (le tajine contre la cocotte) ou la vogue du fast-food, qui « n'aura jamais au Maroc le succès qu'il a au Moyen-Orient. On a déjà notre fast-food : le sandwich kefta fait à la marocaine avec une bonne salade me convient très bien ! »

 

Yann Barte, DM, novembre 2006 

 

 

(2) Hervé This est physico-chimiste à l'INRA (attaché à la Direction scientifique Nutrition humaine et sécurité des aliments).

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1 mai 2006 1 01 /05 /mai /2006 12:42

Arrestations abusives, corruption, procès verbaux bidon pour prostitution, rafles... les femmes et les gays sont les premières victimes de la montée en puissance de l'islamisme.

 

Marrakech doit être considérée comme une ville touristique propre et non un fief de pédophiles et d'homosexuels". Les déclarations d'Omar Jazouli, maire de la ville ocre, incarnent le discours dominant dans tout le royaume. Le raz de marée annoncé en 2007 du PJD (principal parti islamiste, détenant des villes comme Meknès) alimente chez les élus une surenchère sur les thèmes de la morale et des bonnes moeurs.

 

Marrakech connaît des campagnes d'"assainissement" sans précédent contre la "débauche", entendez sans aucune nuance pédophilie, prostitution et homosexualité. La fermeture, l'été dernier, du café la Bodéga a sonné le début d'une véritable "chasse aux homos".

Arrestations, rackets policiers, délation, rafles... sont désormais quotidiens au Maroc. Même les résidents étrangers du "domaine" (1) s'alarment.

 

Impossible pourtant d'évaluer le nombre de détenus pour homosexualité. la situation ne semble pas émouvoir les ONG locales qui reconnaissent, comme l'Observatoire marocain des prisons (OMP), ne s'être "jamais interessé à la question".

A Casablanca, les filles connaissent aussi des rafles régulières, au grand désespoir des petits taxis de nuit dont elles sont les meilleures clientes. Depuis les attentats du 16 mai, les estafettes de la Sûreté nationale sont omniprésentes. Sillonnant les grands boulevards de la capitale économique, elles peuvent aussi stationner à la sortie du Village (boîte sur la corniche réputée gay) pour en cueillir les clients.

 

Les jeunes marocains sont également les proies faciles d'une nouvelle brigade de police motorisée : les GUS, dits aussi "Croatie". Ces "voltigeurs" marocains se faufilent jusque dans les bosquets les plus reculés du parc de la Ligue arabe. les rencontres se font désormais essentiellement sur le net (moins risqué), via des tchats très fréquentés comme "cybermen". Pourtant, même les cybers jouent quelquefois les polices religieuses, comme ce Giganet ouvert 24h/24, réputé le plus grand d'Afrique, qui refuse l'accès de certains gays "repérés", constituant pourtant l'essentiel de sa clientèle. Le mois de ramadan est assurément la période la plus propice aux déferlements de propos homophobes. Du quotidien islamiste "Attajdid" aux journaux dits progressistes, tous parlent "débauche", certains promettant même des "bûchers pour les homos".

Dernièrement, la presse s'est émue d'apprendre que des mariages gays avaient lieu dans des consulats étrangers du Maroc (2). Paradoxe choquant pour certains, magie de l'extraterritorialité pour d'autres. Mariages ou arrestations... deux mondes séparés par une simple grille consulaire... !

 

Yann Barte, Voyages G, mai-juin 2006

 

(1) En France, on dirait le "milieu"

(2) La France n'est pas concernée puisqu'elle refuse de signer les PACS, prétextant le "trouble à l'ordre public", en s'appuyant sur un accord (vieux de 25 ans) entre les deux pays sur le mariage.

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10 mars 2006 5 10 /03 /mars /2006 00:35

Des musulmans français sortent de l'ombre pour dire "non à la censure au nom de l'islam".

 

 "Mais pourquoi veulent - ils m'égorger ? Je ne suis ni une femme, ni un intellectuel !" C'est un mouton qui s'exprime, poursuivi par un long couteau le jour de l'Aïd.

Fethi Benslama, écrivain et psychanalyste, raconte l'histoire de ce dessin signé par le célèbre caricaturiste Ali Dilem, vilipendant les "illettrés coraniques producteurs de fatwas". Sur un écran géant, derrière lui, défilent des noms : journalistes, éditeurs, traducteurs, poètes, dessinateurs, et même théologiens… tous torturés, criblés de balle, brûlés vifs, décapités ou égorgés en Egypte, au Soudan, en Arabie Saoudite, en Iran, et même au Pays-Bas ou au Canada. Tous victimes de la censure au nom de l'islam.

C'est un "appel à la résistance" que lance le chercheur, à l'heure même où la Ligue arabe et l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) font pression sur l'ONU pour l'adoption d'une résolution interdisant "les atteintes aux religions et aux prophètes". Un amendement controversé, destiné à transformer le nouveau Conseil des droits de l'homme en police religieuse. "Si un tel amendement passe, avec la lâcheté de l'Europe et sans doute la complicité de Bush, on pourra alors dire adieu au mouton de Dilem", prévient Benslama.

Une soirée-débat pour résister

Il n'aura fallu qu'une semaine à l'association du Manifeste des Libertés pour improviser cette soirée réflexion-débat sur le thème brûlant de la "censure au nom de l'islam". L'association s'était fait connaître en février 2004.

A l'époque, les amis de Tariq Ramadan et l'extrême gauche française, en quête d'un nouveau prolétariat bigot, défilaient en rangs serrés pour la défense du voile à l'école. Tewfik Allal, éditeur et syndicaliste, lançait alors dans le quotidien Libération le fameux Manifeste des Libertés, rassemblant les "femmes et hommes, de culture musulmane, croyants, agnostiques ou athées", mobilisés "contre la misogynie, l'homophobie, l'antisémitisme et l'islam politique".

Sans tambours ni trompettes, le mouvement a battu le rappel, pour la soirée-débat, de tout un réseau d'associations issues de l'immigration. Plus de cinq cents personnes, pour moitié d'"origine musulmane", ont répondu présent au "Théâtre du Soleil" d'Ariane Mnouchkine, la célèbre metteur en scène, plus engagée que jamais. Assis sur l'estrade du théâtre, les chercheurs et militants ont tour à tour exprimé leur dégoût de la censure, dénonçant l'étau toujours plus serré de la religion, le relativisme culturel, véritable déni de l'histoire et l'amalgame désormais récurrent entre critique des religions et racisme, traîtreusement nourri par des associations anti-racistes. Comme l'idéologie, la religion ne peut être, pour ces intervenants, assimilée à la race.

"J'ai le droit de tourner en dérision l'islam même avec beaucoup de lourdeur, la qualité de mon humour n'entre pas en ligne de compte", lance Khadija Bourcart, maire adjointe de Paris. Et qu'importe, pour cette militante, d'être perçue comme "en dehors de la Oumma". "Pour exister, dois-je ressembler à ce que l'autre imagine de moi ?" résume la maire adjointe.

La censure, un vieux réflexe

"La censure est une vieille compagne que je connais bien, poursuit Raja Ben Slama, écrivain et universitaire à Tunis. Elle est tentaculaire. Le préalable religieux la dote d'une force sacrificielle purificatrice... D'anathème en anathème, elle construit aveuglément son empire en élargissant le champ du soupçonnable et du censurable".

L'écrivaine rappelle l'invitation au meurtre des éditeurs de Salman Rushdie, l'assassinat des traducteurs japonais et italien, du recteur de la mosquée de Bruxelles et de son adjoint, pour avoir simplement déclaré que Rushdie devait être jugé et se repentir comme l'exige la juridiction islamique… puis l'affaire des caricatures, affublées du même qualificatif de "sataniques", obéissant à la même logique.

"En islam, il n'y a pas encore eu de réforme religieuse abolissant la loi sur le blasphème et l'apostasie. Aucune instance islamique n'a franchi le pas vers un islam plus tolérant" se désole la chercheuse qui rejette catégoriquement la thèse du choc des civilisations : "loin d'opposer l'Occident mécréant à l'islam épris de ses origines, l'affaire des caricatures danoises oppose d'abord les musulmans à eux-mêmes".

"Il n'y a de choc qu'entre civilisation et barbarie, progrès et fanatisme, démocrates et théocrates. La mise en ordre de la maison islam passe par des chantiers titanesques", renchérit son voisin, Ghaleb Bencheikh, physicien et chercheur en sciences religieuses. Se définissant comme "musulman viscéralement attaché à la liberté de la presse", ce théologien refuse de borner la liberté : "Il y a des recours démocratiques pour cela, des instruments juridiques. Cette affaire méritait-elle vraiment tout ce ridicule ?"

Quant au discours sentimental sur l'offense, il n'est pour ces militants que "le masque hypocrite du silence gardé sur les milliers d'offenses réelles (dans leur vie et dans leur pensée libre) subies par des millions d'individus privés de droits dans les pays musulmans".

Blagues et caricatures, une liberté menacée

"Le blasphème est moins un événement insurrectionnel qu'une fonction introduisant une distance salvatrice entre le croyant et son Dieu". Pour l'universitaire tunisienne Raja Ben Slama, "C'est un besoin humain, vital, l'affirmation d'un désir de liberté, la marque d'une levée ludique des inhibitions et des interdits"... et c'est un fait que certaines des caricatures danoises ressemblent étrangement à "des anecdotes que nous, musulmans, croyants ou non, ne cessons de raconter au sujet du prophète, du jugement dernier, des houris, des bons musulmans qui affluent au paradis et qui en sont déçus, le vin paradisiaque s'avérant, par exemple, sans alcool".

Les religions ont besoin d'être critiquées et raillées, car "elles se nourrissent de leurs épreuves, renaissent parfois de leurs cendres pour épouser des formes spirituelles mieux adaptées à la dimension plurielle des communautés et des individus".

Chahla Chafiq, essayiste et sociologue iranienne, refuse aussi de renoncer à l'esprit critique par peur d'encourager l'islamophobie, concept malheureux confondant critique de l'islam et stigmatisation des croyants. Elle signera encore, dans Charlie hebdo, avec douze autres intellectuels dont Salman Rushdie et Taslima Nasreen, un second manifeste .

"Il est urgent de travailler la question des libertés au sein de l'islam, de fédérer ces bastions de résistance invisibilisés" conclura Tewfik Allal, "même si un éclatement de la Oumma doit s'en suivre". Les "musulmans modérés" existent. Ou plutôt : on s'aperçoit enfin de leur existence. Et ils commencent aujourd'hui à parler, sans crainte de leurs "frères" radicaux.

Yann BARTE

(1) Le mot islamophobie adnsle "chapô" ne figurait pas dans la version originale du texte. Il est une correction de la rédaction du journal et non celle de l'auteur. Le mot est évidemment très chargé politiquement. Il est utilisé essentiellement pour détourner l'antiracisme au profit de la lutte contre le blasphème. Il est préférable de ne pas l'utiliser. Juifs. L'autodérision contre la haine


 

 

"Je crois que les juifs sont les mieux placés pour rire d'eux-mêmes. Les Iraniens ne vont pas nous battre sur notre terrain !". C'est en ces termes qu'Amitai Sandarovich, dessinateur au Jerusalem Post, lançait le mois dernier, avec d'autres dessinateurs, en Israël, un concours international de caricatures antisémites. Une réponse à la violence et au mauvais goût du quotidien iranien Hamshahri qui organisait un concours de dessins raillant l'extermination des juifs par les nazis.

"Nous n'allons ni incendier des ambassades, ni organiser des autodafés ou des manifestations sanglantes. Nous publierons, en Israël, les caricatures les plus haineuses de juifs encore jamais vues", déclarait Sandarovich. Parmi celles déjà reçues, retenons-en une, particulièrement sarcastique, montrant Moïse descendant du Mont Sinaï avec, inscrit sur les tables de la Loi, un 11ème commandement inédit : "dominez les médias internationaux".

 

Egalement sur le site de l'hebdomadaire TelQuel.

Le Manifeste des Libertés.

 

Yann Barte, TelQuel, 10 mars 2006.

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1 mars 2006 3 01 /03 /mars /2006 23:54

Le déménagement constitue une sorte de bouleversement mental, voire, pour certains, une péreuve traumatisante. Voici comment interpréter et gérer au mieux cette peur du changement.

 

Résistance au changement

 

Selon une étude de psychiatres américains, le déménagement arriverait en quatrième position sur léchelle de Richter du stress, juste après le deuil, le mariage et le divorce. Pourquoi cet événement crée-t-il un tel "déménagement" dans les esprits ? Parce que changer de lieu ramène à la rupture originelle, disent les psys : le moment où l'on quitte le ventre sécurisant de sa mère pour affronter l'inconnu. Cette perte des repères habituels entraîne une surprenante confusion mentale temporaire...

 

Des souvenirs dans des cartons

 

Changer de chez-soi est toujours une épreuve d'abandon : d'objets, de murs, de quartier, de voisins... dont on sort toujours fatigué, quelquefois sans proportion avec les efforts fournis. Lorsque l'on fait ses cartons, ce ne sont pas seulement des papiers et des vêtements que l'on se met à trier, mais ce qu'ils représentent dans notre vie. C'est aussi une épreuve terrible que de se décider de conserver ou de jeter... Autant de gestes suscitant une appréhension, une hiérarchisation de ces bouts d'existence que l'on va revivre.

 

Déménager "sans douleur"

 

Organisation. Réaliser avant le "décollage" une "check-list" comprenant les numéros et le contenu de chaque carton. Noter sur chacun le nom des pièces du nouveau lieu où ils devront être disposés. Vêtements. Les disposer sur des cintres par cinq ou six, entourés d'un grand élastique et les glisser dans une housse réalisée dans un sac-poubelle. Mobilier. Eviter les bataille de tiroirs. les scotcher, ou mieux, les retirer. Les meubles n'en seront que moins lourds et les tiroirs pourront servir de contenants supplémentaires. Vaisselle. L'emballer avec le linge. Une serviette de bain au fond du carton, des serviettes à main ou autres entre les piles de vaisselle sont préférables au papier journal, peu résistant et salissant. Outil informatique. Archiver et conserver une sauvegarde des documents importants. Etiqueter éventuellement les différents câbles. Et si le déménagement a lieu dans le froid, attendre que l'ordinateur retrouve sa température normale avant de le rallumer. Et aussi. Prévoir pizzas, sandwichs, boissons, essuie-tout, gants, musique... pour un déménagement dans la bonne humeur.

 

La maison, un corps en mouvement

 

Selon des recherches en urbanisme, les villes semblent avoir été sopontanément bâties d'après le modèle du corps humain et ses fonctions, comme si les habitants y avaient projeté leur représentation. Casablanca par exemple possède ainsi son centre névralgique, un coeur et un cerveau où sont censés avoir lieu les activités de décision, deux poumons constitués par les deux parcs de la Ligue arabe. L'analogie avec les connections nerveuses et vasculaires est aussi possible avec ses grandes artères : Mohammed V, Zerktouni... Il en est de même pour la maison. Comme dans un corps, ses activités sont développées dans des lieux déterminés. Elles sont d'ailleurs rattachées à des fonctions corporelles précises : alimentation, sexualité, sommeil.... Des fonctions qui ont bien sûr une influence sur l'agencement de l'espace. La maison est aussi ce lieud'émotions fortes et de liens familiaux. lors d'un déménagement, tout ce réconfort et cette sécurité que procure la maison sont mis en branle. Considérer l'inconscient de la maison ? Une invitation sans doute à envisager sous un regard nouveau la construction de l'habitation, l'héritage, la vente, l'achat... et bien sûr le déménagement et la souffrance due à la perte du logis...

 

Yann Barte, Maison du Maroc, mars 2006

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20 janvier 2006 5 20 /01 /janvier /2006 00:24

- L'humour permet de faire passer un message, améliore la communication, désamorce conflits et objections.

- Pour la vente ou le management, il peut s'avérer un excellent outil de persuasion.

- Si son impact très positif sur l'ambiance de travail et la productivité est prouvé, l'entreprise marocaine demeure réticente à l'intégrer à sa culture.

 

Etymologiquement, le mot travail vient de « tripalium », mot latin désignant un instrument de torture constitué de trois pieux. A priori, rien de très drôle donc ! L'entreprise n'a d'ailleurs pas mission de faire rire. Elle est même un des terribles témoins de la tragédie humaine : à l'aube du IIe millénaire, et en attendant la fin du travail promise par les bonnes fées de la futurologie, l'homme, ce grand singe en costume, est encore et toujours contraint de trimer pour subsister...

 

Alors, quelques entreprises ont pensé que de voir leurs salariés arriver du bon pied plutôt que de se présenter comme s'ils allaient à l'échafaud ne pouvait nuire ni à l'ambiance, ni à la productivité. Elles découvrent qu'on peut faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux et que le travail sera même de bien meilleure qualité lorsqu'il aura été fait avec plaisir plutôt que par obligation.

 

Pourtant, « ces entreprises-là sont bien rares », regrette Fayçal, 48 ans, responsable communication. « Bien plus souvent, l'entreprise sanctionne l'humour, sans pouvoir d'ailleurs totalement l'empêcher. Le boss un peu coincé qui empêche l'humour devient d'ailleurs souvent une source inépuisable de plaisanteries. Empêcher l'humour, c'est simplement montrer aux collaborateurs que la vie de l'entreprise est une punition. Ce n'est pas vraiment la meilleure idée pour motiver les salariés ! ».

 

Si la petite joke, le mot d'esprit, en début d'exposé ou de séminaire est quasiment une tradition chez les Anglo-saxons, voire une politesse, la France comme le Maroc se prennent encore beaucoup trop au sérieux. « L'humour a beaucoup de difficultés à entrer dans l'entreprise marocaine », constate Rolande Allène, coach à Casablanca. « Il semble décontenancer ses dirigeants et, pour eux, nuire à l'image de l'entreprise. Les plaisanteries sont en outre souvent incomprises ou perçues comme des attaques. Au nom du respect, un collaborateur sera très difficilement autorisé à plaisanter avec son patron... de même d'ailleurs qu'un fils avec son père. Et l'humour s'apprend dès l'enfance. Dans ce domaine, les Marocains sont un peu comme les Japonais ».

 

L'entreprise marocaine se prend-elle trop au sérieux ?

 

Est-ce à dire que l'humour ne pénètre jamais dans l'entreprise marocaine ? Evidemment non. Mais il sera rarement utilisé comme art de management. « J'essaie de m'en servir lors d'interventions. C'est souvent mal compris. Je dois expliquer et évidemment... c'est moins drôle ! », poursuit Rolande Allène. « Dans le cadre d'un comité , à Casablanca, rassemblant le gouverneur, les présidents des plus grands groupes du Royaume, des réalisateurs, etc., nous avons été invités à rêver pour la ville. Sachant que seul 1,04% de ce qu'on dirait pourrait être réalisé. Une personne sur vingt s'est réellement permis de rêver ! Rêver, c'est aussi faire preuve d'humour. Et empêcher l'humour, c'est souvent brimer l'imagination ».

 

C'est sans doute pour cela que l'humour est souvent mieux accepté dans les secteurs où la créativité est le moteur même de l'entreprise. Dans les autres, la sinistrose semble de rigueur, s'imposant comme une nécessité pour conserver l'image de sérieux et éviter, côté salariés, la fitna qui fait tellement peur.

 

La bonne humeur et le rire renforcent le système immunitaire

 

Mais faut-il toujours être sérieux pour être crédible ? La présentation des rapports annuels devra-t-elle être éternellement ennuyeuse à mourir ? Si quelques séminaires permettent de casser la sclérose de l'entreprise avec des séances de rire, des jeux de rôles, par exemple... ils restent encore au Maroc une exception. Quelques rares sociétés ont compris cependant le rôle pédagogique de l'humour.

 

L'humoriste et comédien Saïd Naciri est ainsi fréquemment appelé à intervenir dans les entreprises. Car l'humour est bien plus qu'un ensemble de blagues qu'on échange entre collègues devant la machine à café ou sur le net. C'est un outil efficace de développement personnel, de productivité, de créativité. C'est aussi un outil extraordinaire de persuasion. Les professionnels de la vente le savent bien : les très bons vendeurs ont généralement le sens de l'humour. Probablement comme les bons politiques, les bons managers. L'humour et le rire rapprochent les personnes et servent la communication. Ils atténuent la structuration de l'entreprise en différents territoires : hiérarchie, fonctions, services.

 

Pour Jean Christophe Barralis, consultant et coach à Déo Compétences (Casablanca), l'humour a sa place dans l'entreprise comme dans la vie en général. « Il génère des émotions de joie, est favorable au relâchement, à une détente créatrice d'énergie et vitale pour la motivation, l'endurance et l'approche de périodes de crise. Il détend et diminue le stress », explique-t-il. Le rire a même, pour ce coach, des effets bénéfiques sur tout le corps. « Il détend le corps des épaules jusqu'au bas du dos. Après une séance de rire, nous sommes créatifs, de bonne humeur, ouverts aux autres et extrêmement productifs ! »

 

L'« humour management » a fait ses preuves

 

Selon des chercheurs, la bonne humeur et le rire renforcent même le système immunitaire, diminuent la tension artérielle, purifient le sang et régulent le rythme cardiaque. Ils réduisent en outre le risque d'insomnie, de dépression et de maladies générées directement ou indirectement par le stress. Autant d'avantages pour l'entreprise qui peut voir ainsi une diminution de l'absentéisme comme celui des accidents du travail.

 

Aussi, en Europe, les « clubs du rire » se développent-ils, enseignant le moyen de rire mécaniquement pour un bien-être physique et une meilleure détente. Des « formations sur l'humour » sont aussi dispensées dans le cadre du développement personnel. On y apprend les effets positifs de l'humour et ses mécanismes. On peut y apprendre aussi à développer son humour, après avoir détecté son propre référentiel humoristique.

 

L'humour a aussi une fonction sociale essentielle. Lorsque des membres d'un groupe rient de la même chose, ils développent un sentiment d'appartenance communautaire. L'humour devient alors vecteur de valeurs communes, de complicité. Au niveau relationnel, il réduit l'agressivité entre collègues. Il contribue à une meilleure convivialité, à un esprit d'équipe. Il améliore l'ambiance de travail sans pour autant pousser à la désinvolture. Il peut aussi servir de point de départ à une discussion plus sérieuse, sans dramatisation. Par exemple, et c'est peut-être une exception dans le microcosme des patrons de la place, cet ancien président de banque entamait toujours ses entretiens par une bonne blague pour mettre à l'aise ses interlocuteurs.

 

Au Canada comme aux Etats-Unis, l'humour management a déjà séduit nombre d'entreprises qui l'utilisent par exemple pour accompagner les changements, souvent source d'interrogations et d'angoisse. Quelques entreprises françaises ont aussi adopté cette approche non conventionnelle. Au Maroc, le management traditionnel qui prévaut souvent dans l'entreprise tuerait-il tout sens de l'humour et de l'autodérision ?

 


Quelques bienfaits de l'autodérision

 

L'autodérision est une qualité aussi précieuse que rare. Rire de soi, c'est d'abord prendre du recul par rapport à ses réactions, ses émotions, ses croyances. C'est ainsi dédramatiser et être plus efficace dans ses actions. C'est aussi offrir moins de prise aux critiques extérieures et être plus à même d'accepter les remarques des autres. Rire de soi nous réconcilie avec nous-mêmes : nous nous acceptons avec nos qualités et nos défauts. Cela nous rend plus patients face aux défauts des autres. Les relations avec nos collègues et notre hiérarchie sont également facilitées. En ne nous prenant pas au sérieux, nous devenons plus sympathiques aux yeux des autres. Enfin, l'autodérision renforce notre optimisme et accroît notre créativité.

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Petits exercices pour ne pas se prendre trop au sérieux

 

Le coaching donne quelquefois de drôles de conseils. Il en est ainsi concernant le développement du sens de l'humour. Quelques petits exercices pour ne jamais se prendre trop au sérieux.

Forcez-vous à rire pour rien. Seul ou en groupe, partez dans de grands éclats de rire. Ce rire que vous pensez sans doute déplacé est en fait aussi bénéfique pour la santé que le rire spontané. Il favorisera d'ailleurs le déclenchement du rire spontané.

Devenez ridicule. Seul, c'est plus facile au début. Prenez-vous pour une star, mimez, chantez. Devenez clown. Pratiquez également avec des amis ou en famille : racontez une situation où vous n'étiez pas du tout à votre avantage.

Imaginez et visualisez des situations grotesques où vous vous trouvez et la manière d'en sortir avec humour. C'est très utile pour induire de nouveaux comportements.

Remémorez-vous vos plus grands fous rires et ressentez-en tous leurs bienfaits.

Caricaturez vos comportements et émotions. Lorsque vous vous surprenez à sermonner quelqu'un, ajoutez-en deux couches jusqu'à rendre votre discours totalement surréaliste. Si vous vous surprenez en train de vous plaindre, faites de même jusqu'à apparaître grotesque. Interloqué puis amusé, votre interlocuteur accédera plus facilement à votre demande.

Osez avoir des propos absurdes, des comportements totalement décalés... dans le respect de votre interlocuteur. Votre vie deviendra plus légère et, paradoxalement, les gens vous écouteront plus attentivement

 


Le rire, un outil de travail comme les autres ?

 

L'humour donne des résultats surprenants dans l'entreprise. Il permet de :

Améliorer nettement la communication entre personnes, augmente la réceptivité de l'auditoire.

Fluidifier les relations professionnelles. La communication passe mieux entre les collaborateurs. Il permet aussi de casser les strates hiérarchiques. L'humour est en effet une façon de se rapprocher, de se mettre au même niveau que l'autre.

Prendre de la distance et de dédramatiser tout en exprimant réellement des problèmes, en posant des questions.

Améliorer l'ambiance générale de travail et donc la productivité. L'humour n'est pas synonyme de désorganisation. Il est au contraire un moyen de détente, indispensable dans une approche managériale moderne. Il augmente le plaisir de travailler, stimule la motivation comme la créativité.

Désamorcer les conflits et éviter d'aller vers l'escalade ou au clash irréparable. Exprimer une critique par une petite phrase qui fera rire, une boutade, un mot d'esprit permet de faire passer un message sans blesser l'autre.

Exprimer ses émotions. Frustration, jalousie, déception... communiquer ses expressions tout en les tournant en dérision peut être une façon de les évacuer. L'humour a cet avantage qu'il n'est pas pris au sérieux mais peut dire des choses très sérieuses.

Gagner en sympathie. Faire rire reste le meilleur moyen de séduire et d'attirer la confiance des autres. Cela vaut dans la vie en général comme dans le milieu professionnel. Et si développer le sens de l'humour nécessite un peu de courage et de patience, nous avons tout à y gagner... comme notre entourage familial ou professionnel.

 

Yann Barte, La Vie Eco, 20 janvier 2006

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30 décembre 2005 5 30 /12 /décembre /2005 00:08

- Elle peut nuire à la crédibilité des produits ou des dirigeants de l'entreprise voire anéantir une enseigne. Impossible de l'éliminer, essayez plutôt d'agir sur son contenu.

- Le meilleur moyen de l'éteindre ? réagir très vite et dire la vérité. Ne laissez jamais une rumeur s'éterniser.

 

 

« A chaque Derby entre le Raja et le Wydad, nous avons une méthode infaillible pour pouvoir regarder le match s'il est programmé pendant les heures de travail », explique Aziz, chef de ligne dans une entreprise de confection. « Nous faisons simplement courir le bruit que la direction va nous libérer quelques heures pour l'occasion. La direction finit par avoir connaissance de la rumeur et par accepter, un peu amusée, et ne pouvant se permettre de décevoir l'ensemble des salariés déjà mis au courant ». La rumeur devient ainsi réalité. C'est toute la magie de la rumeur !

 

La rumeur est généralement malveillante

 

Toutes les rumeurs n'ont pas bien sûr ce caractère bon enfant, loin de là. Dans la majorité des cas, la rumeur est malveillante, elle peut anéantir une entreprise, attiser les peurs, faire douter les consommateurs, diminuer la productivité, saper la crédibilité d'une enseigne... La rumeur peut viser à démolir une personne. Quelquefois proche du harcèlement moral, elle peut isoler ou éliminer.

 

« Chez nous, Ahmed est un employé modèle. Il attire en cela toutes les jalousies. Récemment il a été dénoncé à tort pour vol. Beaucoup de bruits ensuite ont couru autour de son arrestation : il aurait essayé de fuir, se serait battu avec les agents de sécurité... Si la rumeur était exacte, il ne serait certainement pas resté dans la boîte. J'ai cessé pourtant de lui parler, de peur d'être pris pour son complice », raconte Fouad, responsable qualité. Ainsi, même reconnue comme fausse, la rumeur continue à agir.

 

Au Maroc, les rumeurs de « coucherie » sont légion. Elles émanent aussi bien de femmes envieuses que d'hommes qui n'ont pas digéré l'arrivée récente de ces concurrentes féminines sur le marché de l'emploi. Secrétaire dans une grande entreprise de communication, Hanane n'en finit pas de raconter, avec un plaisir savouré, les escapades sexuelles de son PDG. De la responsable commerciale à la directrice financière... à l'écouter, elles y sont toutes passées ! Et pour ceux qui douteraient encore, Hanane a toujours de croustillants détails à ajouter, tous difficilement vérifiables. « Toutes ont attrapé la même maladie de peau, ce n'est quand même pas un hasard ! », lance-t-elle pour étayer ses propos.

 

La rumeur peut ainsi faire de la vie monotone d'une entreprise un véritable feuilleton à la Dallas. Elle peut aussi valoriser son émetteur. Elle signifie : « Je suis dans les coulisses du pouvoir. Je sais ce que vous ne savez pas ». Elle dénigre aussi. Le message est clair : « Si ces femmes sont là où elles sont, ce n'est pas grâce à leurs qualités professionnelles... »

 

Dans cette autre entreprise textile, c'est la direction elle-même qui a fait courir une rumeur, suite à l'arrestation de salariés pour vol de biens de l'entreprise. « Les personnes auraient été torturées pendant l'enquête, rapportait la direction. L'objectif était clair : il s'agissait de donner l'exemple », se rappelle ce salarié qui n'hésite pas à parler de « rumeur dissuasive ». « D'ailleurs, les jours suivants, se souvient-il, les salariés se sont tenus à carreau : plus personne ne parlait ». La rumeur que les salariés savent fausse est prise ici comme avertissement.

Afin d'intimider les salariés ou jauger leurs réactions avant une prise de décision, la rumeur provenant des hautes sphères de l'entreprise peut-être aussi bien un outil« pernicieux » de management qu'un outil de marketing économique.

 

« J'ai remarqué que les promotions chez les opérateurs pouvaient être annoncées très en avance. Comme la baisse de 50% des abonnements ADSL chez un opérateur téléphonique par exemple. On crée ainsi une attente et, lorsque la promo arrive, tout le monde se précipite. C'est ce que j'ai d'ailleurs fait », raconte Hicham, commercial dans une agence bancaire, qui soupçonne des fuites intentionnelles.

 

Des opérations commerciales aux restructurations ou fusions, des modifications de produits et services aux réductions d'effectifs... toutes les étapes de la vie de l'entreprise exigent une communication. Cependant, une campagne de communication ne peut réussir que si elle révèle plus qu'elle ne dissimule, établissant un climat de confiance. Dans le cas contraire, la rumeur prendra toujours plus d'importance.

 

« A la RAM, la rumeur est plutôt rare », a constaté cet ingénieur informatique. « Une boîte dotée d'un magazine interne, d'un site Internet, de circulaires régulières, d'un syndicat siégeant au cœur de l'entreprise se trouve plutôt protégée. L'entreprise est bien structurée et toute décision importante intéressant les salariés passe d'abord par une réunion préalable . Et lorsqu'il y a rumeur, elle est aussitôt démentie par la direction par voie de conférence de presse. Une salle hi-tech a même été créée pour l'occasion ».

 

Mais s'il est vrai que la rumeur est souvent le fait d'un déficit de communication, aucune entreprise n'est à l'abri d'un tel phénomène. Toutes peuvent être, un jour, perturbées par la diffusion d'informations douteuses. Procter & Gamble a ainsi été la cible dans les années 80 aux Etats-Unis d'une rumeur de grande ampleur. P&G aurait signé un pacte avec le diable pour prospérer dans les affaires, entendait-on. En échange, la compagnie verserait chaque année 10% de ses bénéfices à un culte satanique. Envois de courriers, démentis dans la presse, ... rien n'y faisait. L'entreprise a fini par retirer le logo de la société, prétendument symbole de satanisme, après une avalanche de courriers, d'appels téléphoniques et des pertes chiffrées en millions de dollars sur les ventes.

 

Une rumeur peut avoir été lancée par la direction

 

Les rumeurs commerciales sont particulièrement nocives. Elles impliquent des thèmes de contamination ou de conspiration, concernant des pratiques d'entreprise jugées menaçantes, écologiquement, par exemple, ou idéologiquement : telle entreprise emploie des gamins cambodgiens ou des prisonniers chinois non payés. McDonald's a ainsi été suspecté d'utiliser des vers pour relever le taux de protéines de ses hamburgers. La rumeur avait déjà atteint son concurrent Wendy's, entraînant des pertes de 30 % sur les ventes dans les zones infectées par la rumeur. Sur la place, on entend souvent dire que certains bouillons contiennent de la graisse de porc. Des mesures préventives aux approches combatives... les méthodes pour contrer les effets dévastateurs de la rumeur sont multiples et pas toujours efficaces. Nombre d'entreprises se sont cassé les dents dans cette guerre à la désinformation. Même si aucune stratégie ne fonctionne en toute situation, il s'agit de répondre rapidement. De nombreuses sociétés répondent aux rumeurs en ne faisant rien dans l'espoir que les bruits cessent d'eux-mêmes. C'est généralement le cas des entreprises marocaines qui ne perçoivent pas toujours le danger. Cette approche n'est recommandée que dans des cas limités : lorsque la rumeur va devenir non pertinente et qu'elle échoue visiblement à générer un intérêt continu. Mais on a tort de penser que les récits ridicules s'éteignent d'eux-mêmes.

 

Autre stratégie : ridiculiser une rumeur. Mais si les inquiétudes sont réelles, cette stratégie ne fera qu'exacerber le problème. Les préoccupations du public, des salariés, des consommateurs doivent toujours être prises au sérieux. Les meilleures réponses consistent plutôt à confirmer une vraie rumeur puisque souvent la rumeur contient une part de vérité. Cette franchise permettra de rétablir un climat de confiance. Il est aussi possible de réfuter une fausse rumeur, mais la réponse doit alors arriver très vite, sans être répétée plus que nécessaire. Encore une fois, les meilleurs démentis sont fondés sur la vérité. McDonald's a combattu avec succès la rumeur sur les vers dans ses hamburgers en publiant une lettre du ministre de l'Agriculture aux USA, établissant que ses produits satisfaisaient à tous les standards de santé gouvernementaux. L'enseigne a également mis en relief le « 100% pur bœuf » dans ses publicités et a été jusqu'à informer le public que la « viande de vers » était beaucoup plus onéreuse que la viande de hamburger.

 

La rumeur se nourrit souvent d'inquiétudes et c'est à ces sentiments qu'il faut d'abord répondre. La rumeur est enfin le prix à payer de la liberté de parole. Il ne s'agit plus dès lors de la supprimer totalement et définitivement mais à la contrôler dans ses effets les plus destructeurs. Chercher à neutraliser totalement les rumeurs revient, disait un responsable de relations publiques, à essayer de « mettre du brouillard en boîte ».

 

Yann Barte, La Vie Eco, 30 décembre 2005


 

50 ans d'indépendance, 3 jours fériés et 3 rumeurs

 

Trois jours de vacances, du mercredi au vendredi, ont été annoncés sans préavis à l'occasion du 50e anniversaire de l'indépendance. Ces vacances, arrivées juste après le Ramadan, période pendant laquelle la productivité a tendance à baisser, ont attisé les rumeurs des plus diverses.

La nature a horreur du vide. C'est ainsi qu'en l'absence d'explications claires venant des sources autorisées, il est courant de voir chacun, dans un pays ou une entreprise, interpréter une situation selon sa propre perception. C'est ce qui est arrivé avec les trois jours fériés décrétés, pour certains dans la précipitation, à l'occasion des festivités marquant le cinquantième anniversaire de l'indépendance. Nous avons sérié ces rumeurs en trois catégories. Les voici.

 

Rumeur sécuritaire : inquiétude face au terrorisme

 

La « rumeur Al Qaïdiste » est celle qui a fait le plus parler d'elle. Face aux menaces d'attentats qui entouraient l'anniversaire de l'indépendance, les autorités marocaines auraient préféré accorder des jours de congé, réduisant ainsi le nombre de victimes éventuelles. Toutes sortes de rumeurs d'attentats produits ou à venir ont, durant les semaines suivantes, circulé dans tout le Royaume. Certains prétendaient qu'un café à Marrakech avait sauté, d'autres qu'un grand cinéma de Casablanca était visé...

 

Rumeur sociale : fantasme de la grève générale

 

L'internet offre d'autres pistes. Ces jours fériés auraient été offerts, lit-on sur le « blog de Sami », citoyen marocain, « pour faire face à la montée des grèves dans tous les secteurs de l'économie ». La CDT avait appelé à une grève générale le mercredi dans toute la province de Bouaarfa pour dénoncer la marginalisation de cette région qui aurait (autre rumeur ?) organisé une marche des habitants vers l'Algérie pour demander « l'asile économique ». Une autre grève était annoncée chez les techniciens de l'administration. De même, le syndicat étudiant UNEM appelait ce même mercredi à une grève générale dans toutes les universités pour dénoncer la non-application de la réforme universitaire. Alors, info ? intox ?

 

Rumeur historique : réaffirmation de la pérennité de la monarchie

 

Une autre rumeur, plus savante, proviendrait peut-être de la lecture d'un article de Maroc Soir (« Un retour triomphal »), qui rappelait la levée du couvre-feu au Maroc durant les jours qui ont suivi le retour d'exil de Mohammed V (les 16, 17 et 18 novembre 1955). Ces trois jours décrétés fériés à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance seraient ainsi un rappel de ces jours « plus libres » offerts lors du retour du Sultan il y a cinquante ans.

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ENTRETIEN

« La rumeur, parfois dévastatrice, peut aussi servir de ballon d'essai ».

 

 

- Au Maroc, la rumeur vise plus souvent des personnes que des structures. Elle est aussi trop souvent sous estimée.

- Si elle est parfois bénéfique en permettant d rester à l'écoute des salariés, la rumeur, inévitable, se contre par plus de communication.

 

Rolande Allène, coach et directeur de FormAction, a travaillé sur la rumeur. Un phénomène auquel, selon elle, aucune entreprise ne peut échapper et auquel il faut impérativement répondre.

 

La Vie éco : Existe-t-il des pays dans lesquels l'entreprise est plus sujette à la rumeur ?

 

Rolande Allène : A l'occasion d'une étude économique sur l'importance de la rumeur en Europe, commandée dans les années 90, par l'Union Européenne, nous avions constaté sa force dans les pays du pourtour méditerranéen : Italie, France, Espagne... des pays où on a privilégié la technique, des pays de spécialistes plus que de communicateurs ! Il semblait en revanche que les pays anglo-saxons étaient moins touchés par le phénomène. Autre donnée intéressante : ce ne sont pas dans les pays en voie de développement et de tradition plus orale que la rumeur prend toute son ampleur, mais, peut être paradoxalement, dans les pays les plus développés. Ce sont dans ces pays en effet que l'on a pris toute la mesure du pouvoir de la rumeur, utilisée comme moteur de changement. De même, ce sont dans les strates les plus élevées de la population que l'on trouve le plus de rumeurs. La rumeur est ainsi plus présente chez les cadres que chez les agriculteurs, chez les cols blancs que chez les ouvriers. Les secrétaires, assistantes de direction sont aussi de bons vecteurs de rumeurs, ne serait-ce que parce qu'elles sont plus crédibles, car « plus près du soleil ». Là où on parle le plus, la rumeur est la plus forte. Et pour ce qui est des secteurs… elle court plus vite dans les entreprises de service, les entreprises à dominante artistique, la banque, l'assurance que dans l'industrie lourde par exemple.

 

La rumeur au Maroc prend-t-elle des formes particulières ?

 

La rumeur au Maroc touche plus souvent des personnes que des structures : un tel doit partir, telle autre n'a plus la reconnaissance de ses supérieurs… un peu à l'image de ce qu'il se passe en politique. D'ailleurs à chaque annonce d'un discours du Roi, des rumeurs de remaniements ministériels fusent. C'est le moyen pour certains de montrer qu'ils détiennent l'information. Et puis au Maroc, on adore broder… Dans l'entreprise, les rumeurs de « promotions canapés » sont très courantes. Tout ce qui se vit l'extérieur entre en effet dans l'entreprise. Les rumeurs de corruption sont aussi fréquentes, surtout lors d'appels d'offres. Elles peuvent d'ailleurs déstabiliser et décrédibiliser autant l'entreprise qui a lancé l'appel d'offres que celle qui en a bénéficié. Reflets de nos inquiétudes, nombre d'entre elles concernent les questions liées à la sécurité. Des rumeurs de problèmes respiratoires dans une usine de textile étaient ainsi remontées jusqu'aux oreilles de donneurs d'ordre. Les problèmes de sécurité alimentaire apparaissent également, bien que moins fréquents qu'en Europe. En revanche, celles afférentes aux pénuries sont récurrentes, comme celle du sucre il y a quelques années ou celles qui apparaissent durant Ramadan (pénurie de tomates, œufs, lait…). Le ministère de l'agriculture est d'ailleurs rôdé pour contrer ces rumeurs, rassurant chaque fois, chiffres à l'appui, dans une bonne gestion de crise. Ces rumeurs sont le reflet des inquiétudes du salarié ou consommateur marocain. La rumeur reste un instructif baromètre de nos fantasmes, dans la société comme dans l'entreprise.

 

Les entreprises marocaines répondent-elles efficacement à la rumeur ?

 

Ici, on aurait tendance à dire que si on intervient, c'est que quelque chose est vrai. C'est l'idée sous-jacente dans le proverbe « il n'y a pas de fumée sans feu ». Alors, bien souvent on attend que la rumeur se dissipe d'elle-même, ce qui arrive rarement : la rumeur qu'on laisse vivre devient tout au contraire boulimique. C'est un fait sur lequel les entreprises marocaines qu minimisent le danger, doivent travailler. Seules, celles qui ont une base internationale ont su mettre en place une veille de la communication. Mais elle concerne plus souvent la gestion de catastrophe : pollution de gaz, fumée toxique…

 

Peut-on contrer la rumeur ?

 

On peut déjà l'anticiper, par une bonne communication, plus de transparence. Journal interne, notes, flash info, Intranet… sont des outils utiles. Tout ce qui n'est pas confidentiel et stratégique peut être communiqué. Mais nous sommes là dans une entreprise déjà bien organisée. Lorsque la rumeur est là, l'entreprise doit mettre en place des systèmes de défense et de réponses adaptés.

 

Faut-il toujours répondre à la rumeur ?

 

Je pense qu'il faut en effet chaque fois contrer la rumeur, mettre en place un système de réponse, une gestion de communication de crise, comme le font généralement les pays anglo-saxons qui s'attachent à expliquer, convaincre… Après bien sûr, il ne s'agit pas de mettre un tank là où un pistolet suffit.

 

Quels peuvent être les effets de la rumeur ?

 

La rumeur peut déstabiliser complètement une structure. Elle est aussi quelquefois un révélateur du déficit important de communication entre managers et salariés. Si on voit par exemple un auditeur dans une entreprise, sans explication, une rumeur naîtra probablement sur un éventuel rachat, provoquant une démotivation des collaborateurs. D'ailleurs, il arrive qu'une rumeur fausse au départ devienne réalité. Les rumeurs de licenciements par exemple peuvent entraîner une démotivation, des arrêts de travail… et l'entreprise, déjà sur la corde raide, pourra alors être amenée à licencier donnait finalement raison a la rumeur.

 

La rumeur peut-elle être aussi un outil managerial, marketing… ?

 

Elle peut être quelquefois un outil permettant de tester une décision, une action à mener. Elle peut ainsi se substituer à une étude plus coûteuse. L'entreprise lance une rumeur et reste à l'écoute des réactions des représentants du personnel, des syndicats… pour éventuellement faire machine arrière. De même pour un produit, une promotion… Mais cette façon de faire peu transparente est très éloignée de l'idée que je me fais du management. Certes, la rumeur ne coûte rien, mais elle a des effets qu'il est difficile d'évaluer par avance. La communication a un coût, mais elle est toujours préférable. Méfions-nous des effets boomerang de la rumeur !

 

Qui propage la rumeur ?

 

Un peu tout le monde. La tête comme la base de l'entreprise. Un ouvrier, une secrétaire, un consommateur, un concurrent… tout dépend de ce que cette rumeur peut rapporter et à qui elle profite. Mais la rumeur est un peu comme le tsunami : elle part d'un endroit et fait des dégâts à des milliers de kilomètres. Elle est imprévisible et peut se retourner contre soi. Il est souvent difficile de savoir d'où elle provient. Une rumeur touchant l'enseigne Lotus disait que l'on avait retrouvé des lames de rasoir dans des couches de bébé. Des bébés avaient, disait-on, été hospitalisés. On n'a jamais su si la rumeur émanait d'un concurrent ou d'un salarié vindicatif.

 

La rumeur est-elle toujours malveillante ?

 

Elle l'est généralement. Mais pas toujours. Actuellement, une rumeur court : celle de la semaine de vacances entre l'aïd qui tombe le 10 ou 11 janvier et la fête de l'indépendance. On ne peut pas dire que ce soit bien méchant !

 

La rumeur peut-elle être une information ? Peut-on même la considérer comme nécessaire en tant que contre pouvoir d'une communication dite « officielle » ?

 

C'est parce que la rumeur peut être vraie qu'elle fonctionne. Sa possible crédibilité fait toute sa force. Elle peut en effet être une information. Elle est aussi nécessaire. Une entreprise qui ne connaît pas de rumeur n'est pas viable. D'ailleurs il n'en existe pas. La rumeur constitue par ailleurs un bon baromètre. Elle permet de rester à l'écoute des salariés, de répliquer à certains disfonctionnements… Il faut simplement veiller aux excès. La rumeur est une perturbation de la communication officielle qui peut en effet être bénéfique.

 

Y-a-t-il des professionnels de la rumeur (lancée ou contrée) ?

 

Oui, et ce sont généralement les mêmes : tous ceux qui manient la communication et vivent dans les arcanes du pouvoir. Les publicitaires également qui lancent des produits et désirent les tester. Il est d'ailleurs souvent difficile de distinguer la rumeur de la communication.

 

Propos recueillis par Yann Barte, La Vie Eco, 30 décembre 2005

 

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1 décembre 2005 4 01 /12 /décembre /2005 12:47

PSYCHO-DECO Longtemps synonyme de refuge intime, la maison s'ouvre depuis quelques années sur la famille au sens large, les amis, devient plus spacieuse, et conviviale que jamais. C'est la tendance hiving.

 

Le « cocooning blindé » vole en éclats Dans les années 90, la maison était considérée comme un refuge, un lieu fermé et de retrait. Les attentats du 11 septembre, assurent les tendanceurs, sont venus pulvériser, dans toutes les sphères d'activité, cette propension au repli. Un énorme besoin de renouer des liens avec les autres s'est alors fait sentir. C'est un principe en psychologie : « quand ça va mal, il faut se rapprocher, se connecter ». Le « hiving » naissait alors, comme une urgence, dictant désormais les modes et influençant les architectes et décorateurs d'intérieur, jusqu'aux fabricants de meubles et d'électroménager.

 

Vitalité et essaimage « Hiving » vient du mot « hive » qui signifie « ruche » en anglais, avec toute l'activité qui l'entoure. C'est le retour en force de la vie, de l'ouverture sur le monde et de la convivialité. La maison devient ainsi le centre d'activités multiples, mêlant vie familiale, loisirs et travail. La famille élargie, les amis et les voisins y trouvent toute leur place. Dans la maison, on leur consacre désormais bien plus de temps qu'aux objets. Une approche assurément plus généreuse que celle qui prévalait dans la maison « vitrine ».

 

Des pièces vraiment « à vivre »

 

La cuisine, pièce maîtresse devient un peu le quartier général d'où l'on contrôle toutes les activités, sans s'isoler de l'extérieur. Fonctionnelle, ouverte sur le salon, elle est le centre de la ruche et accueille toutes les activités de la maison : partie de mezzés ou tapas, préparation des devoirs, apéro entre amis… c'est l'aire de discussion, la salle d'étude des enfants, le lieu de retrouvailles des invités…

 

Le salon se joue des frontières, s'ouvre sur la cuisine et peut devenir aussi salle à manger autour d'une table basse. La table, en effet, n'a plus rien de coincé ou d'intimidant.

Les chambres, les salles de bains deviennent plus petites, à l'inverse des aires plus communes qui s'agrandissent. Mais ces espaces sont aussi plus nombreux pour accommoder la famille et les (nombreux) amis.

 

La cour, la terrasse sont plus accessibles par beau ou mauvais temps. Les vérandas, les auvents ont la côte. On ne se contente plus du barbecue dans le patio mais de véritable cuisine extérieure toute équipée pour recevoir les amis en plein air.

 

Au cœur de la maison « ruche »

 

Les pièces communes s'agrandissent, s'ouvrent, se juxtaposent, permettant d'un regard, d'embrasser tout l'espace. On multiplie les fenêtres pour observer le monde en mutation. Terminés les salons marocains « en expo », les pièces pour le souâb. Les meubles deviennent plus fonctionnels et conviviaux que jamais. Simplicité et naturel sont de retour. Et la sacro-sainte TV du salon, devant laquelle on plantait les invités comme pour éviter les échanges, est reléguée dans les aires plus privées. La maison, ouverte sur l'extérieur et en réseau, se veut aussi un bouillonnement d'activités. On lit ses mails dans le coin d'une cuisine tout en mettant le tajine familial sur le feu, on fait « tberguig » pendant que la lessive tourne… On recherche alors les électroménagers performants qui simplifient la vie. Côté design, on mise sur la simplicité, les lignes horizontales et épurées, la luminosité, tandis que les couleurs vives et vibrantes remplacent les pastels neurasthéniques. Espace, confort, convivialité et fonctionnalité sont les nouveaux maîtres mots de la « maison ruche ». Totalement étranger à l'individualisme en béton armé qui prévaut dans certains pays, le Maroc, au sens pratique et aux valeurs communautaires bien ancrées, a sans doute déjà en partie fait sienne de la tendance « hiving ». Reste à s'ouvrir encore davantage et gagner encore en simplicité pour plus de convivialité.

 

Yann Barte, Maison du Maroc, décembre 2005

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